Les Hmong ou Mong () sont un groupe ethnique. d'Asie du Sud, présent dans le sud de la Chine (principalement dans la province du Guizhou), et dans le nord de tous les pays de l'Indochine au sein d'une région appelée « Zomia »...
Origines Les Hmong sont originaires des régions montagneuses du sud de la Chine., où ils sont officiellement intégrés à la « nationalité » Miao qui inclut différents sous-groupes tels que les Hmu, les Kho Xiong et les A hmao. En république populaire de Chine, au Viêt Nam, au Laos, en Thaïlande, en Birmanie et au Cambodge, la législation différencie la « citoyenneté » fondée sur le droit du sol également appliquée à tous les habitants (chinois 国籍 guójí), de la « nationalité » au sens d'ethnie appliquée selon le droit du sang à telle ou telle population identifiée par la langue, ses origines et sa culture spécifique (chinois 民族, mínzú) : c'est ce qui permet de dénombrer les Hmong aux recensements..
Dénominations et sémantique Comme il est impossible à la langue chinoise de transcrire le mot Hmong en idéogrammes avec le « m » nasal, ce mot est absent des sources chinoises qui emploient Miao signifiant, en chinois mandarin, « jeune pousse, plant » : « En mandarin l'appellation Miao actuelle signifie "jeune pousse, plant" » cité par .. Cela dit, ce nom était utilisé par les Chinois dans un sens moqueur à l'égard des Hmong.
Au Viêt Nam moderne, ils sont appelés H'mông et sont, selon le classement des officiellement reconnues dans ce pays, désignés sous l'appellation Miêu (Meo à l'époque coloniale française)Du repris dans les sources occidentales anciennes, notamment à l'époque de l'Indochine française : . , voir la page pour le reste..
Au Laos, dans les années 1960, ils ont été regroupés à l'instar des peuples tibéto-birmans et Yao sous la désignation de Lao Sung ou Lao Soung signifiant « montagnards du Laos », mais eux-mêmes s'appellent parfois Laos Ungs - « Oungs du Laos ». et le plus souvent Hmoob ou Moob dans la langue hmong du Laos.
En Thaïlande, ils sont inclus dans « les tribus des collines » et sont appelés Móng () ou Mieow ().
Comme beaucoup de dénominations ethniques, Hmong, Mong, Miao, Miêu, Mieow ou Méo ont pu avoir des sens différents, certains mythiques, parfois flatteurs ou au contraire péjoratifs, changer de sens selon les sources et les époques, ou encore être rapprochés par homophonie d'autres dénominations ou même des vocalisations des félins..
L'origine du mot Hmong ou Mong est discutée. Yang Dao, après avoir donné au mot Hmong le sens de « peuple libre » ou « homme libre », a finalement validé le sens d'« homme ». Une croyance relevée par Nicholas Tapp auprès d'un mouvement messianique hmong, le fait dériver de celui de Hmoov en dialecte hmong blanc ou Moov en dialecte mong vert, qui veut dire « chance », « mérite » ou « destinée »..
Hmong et Mong sont des endonymes. : des appellations par lesquelles ce peuple s'auto-désigne. L'ajout final de la consonne « g » aux mots hmong et mong est dû aux conventions de transcription française, ce qui fait que les mots se prononcent « hmongue » ou « mongue » en français alors qu'ils se prononcent « Hmon » et « Mon » en hmong. Hmong avec un « h » aspiré est l'appellation des locuteurs du dialecte hmong blanc et Mong celui des locuteurs du dialecte mong vert. L'emploi préférentiel de la graphie Hmong au détriment de celle de Mong, a suscité des protestations de certains locuteurs mong au point de vouloir s'identifier en tant que . C'est pourquoi l'ethnologue français Jacques Lemoine a de son côté inventé la graphie (H)mong pour inclure les deux dialectes.. Hmong et Mong sont des mots invariables qui ne prennent pas de « s » au pluriel.
Le mot Miao est tiré d'un peuple légendaire montagnard qu'auraient combattu les premiers rois chinois, sans parvenir à le soumettre : les San Miao, référencés dans les textes chinois antiques comme le Shu jing, le Shanhaijing, le Guoyu ou le Shiji. Par la suite, le mot acquit par métonymie les sens génériques d'« insoumis, libre » (sens valorisant) ou de « sauvage, barbare » (sens péjoratif), l'affiliation des groupes ainsi dénommés faisant toujours l'objet de débats.. Compte tenu des migrations, des séparations et des regroupements entre groupes au fil du temps, ainsi que de l'indigence et de l'imprécision des sources écrites, une origine historique commune et unique des Hmong et des autres peuples Miao contemporains ne peut être démontrée en l'état des connaissances actuelles..
Le premier sens du mot Miao demeure une énigme et fait toujours l'objet de spéculations dans le domaine des recherches académiques chinoises.. On ne sait toujours pas avec certitude si c'est un titre ou le nom d'un peuple, une translittération du mot ou encore le nom d'une région de la province du Henan.. Au temps de la Période des Royaumes combattants, un lettré chinois avait traduit ce mot par « descendant » d'où San Miao voudrait dire les « trois descendants ».. Mais à présent, les racines qui le composent sont la clé de l'herbe 艹 au-dessus de celui de la rizière ou du champ 田. La combinaison de ces deux idéogrammes a également été par le passé sujette à de nombreuses interprétations, avec deux hypothèses principales qui s'opposent. Les uns, en s'accordant à la tradition chinoise qui dit que les San Miao furent relégués au Gansu, lui attribuent le sens de « nomades » et, ceux qui témoignèrent en général de la sympathie aux Hmong mettent plutôt en avant les sens de « paysans, agriculteurs, planteurs de riz, fils de la terre, autochtones, aborigènes »… mais ce sont toutes des interprétations libres. Actuellement, le dictionnaire chinois de Beijing lui donne comme définition « jeune pousse » ou « plant » avec le sens de « humble, petit » cité par ..
Les Hmong ont été désignés en premier lieu par les Annamites et les Thaïs sous des appellations péjoratives et spécistes de Man Meo pour « chats sauvages »., par opposition aux Yao alors appelés Man Yao. Man, qui pouvait à l'origine désigner un peuple en particulier, fut, avec la connotation de « sauvage » un terme générique péjoratif englobant divers peuples montagnards de la péninsule indochinoise.. Les Man désignaient également chez les Chinois, les peuples du midi de la Chine et chez les Hmong, des étrangers (Mab).
Meo est en sino-vietnamien un terme onomatopéique désignant le miaulement du chat. Durant la dynastie Song, le radical de la « griffe » (d'après Louisa Schein) ou celui du « reptile » (d'après Joakim Enwall) 豸 a été ajouté à ceux du mot Miao 苗 pour lui attribuer le sens de « chat » 貓.. L'ancien historien chinois Meng Ke (372-289 avant notre ère) avait de même comparé la langue Miao aux vocalisations modulées des hyènes, le rapprochement avec ces animaux soulignant l'« incivilisation », la « barbarie » ou la « sauvagerie » attribuée à ces populations.. Ce sens péjoratif disparaît peu à peu des écrits chinois entre le et le , mais l'image négative de ces peuples prend alors de nouvelles formes, à travers la conception opposant les « Miao crus » (ayant gardé leurs traditions ancestrales) et « Miao cuits » (acculturés).
Pendant l'antiquité tardive, l'idéogramme Miao disparut durant des siècles de la littérature chinoise pour ne réapparaître qu'au Moyen Âge dans le Livre des Barbares (Manshu) écrit par Fan Chuo sous la dynastie Tang et celui de Zhu Xi, un penseur confucéen de la dynastie Song du sud, intitulé Sur les San Miao (San Miao ji), décrivant un peuple de la province du Hunan mis en rapport avec les San Miao. Son usage fut plus fréquent sous la dynastie Yuan avec des déclinaisons variables telles que Miaoman, Miaoliao, Miaolao, Shengmiao… pour indiquer les locuteurs tai-kadai, tibéto-birmans et austroasiatiques du Hunan et du Guizhou..
Sous les dynasties Ming et Qing, il se superposa au mot Man ou Man Nan (« barbares du Sud ») en tant que terme générique péjoratif pour désigner tous les peuples non chinois du sud ouest de la Chine. Vers la fin de la dynastie Ming, les concepts de « Miao cuits » (Shu Miao) c'est-à-dire les ralliés ou les soumis et « Miao crus » (Sheng Miao) c'est-à-dire les indépendants, y furent appliqués. Par exemple, les Dong et les Tujia entretenant de bons rapports avec l'Empire chinois et payent les taxes sont considérés comme des « Miao cuits », tandis que les Hmong nomades se soustrayant à l'emprise impériale, sont des « Miao crus », terme incluant d'autres groupes ethniques que les Hmong, comme en témoigne l'erreur du père François Marie Savina qui fait de Sonom, un Gyalrong de tribus tibétaines, un « roi Hmong »..
À partir des années 80, les exonymes Meo et Miao furent progressivement remplacés en Occident par l'autonyme Hmong, sous l'initiative de Yang Dao. En revanche, ils sont toujours en usage en Chine, en Thaïlande et au Viêt Nam. Combattus, les sens péjoratifs ont progressivement reculé, tandis que le postulat selon lequel les Hmong descendraient en droite ligne des San Miao s'est également vu remis en cause, sans que la question soit tranchée..
Démographie
Le nombre d'habitants dans la diaspora hmong est estimé entre . Les Hmong établis au Laos représentent 7,9 %Source ONU, 2003. de la population laotienne, soit environ selon le recensement laotien de 1989.
Agriculteurs montagnards itinérants et éleveurs de bétail propriétaires de petites parcelles, les Hmongs ont été nombreux à refuser la collectivisation et la sédentarisation forcée voulue par les communistes laotiens, au point que certains se sont engagés contre ces derniers aux côtés des Français, puis des États-Unis après la défaite française. Pendant la guerre du Viêt Nam, une guérilla hmong armée par la CIA s'oppose aux autorités communistes du Laos : c'est le « conflit hmong », mais tous les Hmong n'ont pas combattu contre le Pathet Lao et certains y ont au contraire participé, par exemple le président de l'assemblée nationale laotienne, Faydang Lobliayao.
À la suite de ces conflits, à la fin du et au début du , une partie non quantifiable de la guérilla Hmong s'est réfugiée dans la jungle dans la zone de Xaysomboun, traquée par les armées laotienne et vietnamienne, pour avoir « aidé les impérialistes ». En 2005, ils n'étaient plus , contre plus une dizaine d'années plus tôtGuerre secrète au Laos de Grégoire Deniau, 2005..
Dans la province de Xieng Khouang, au Laos, la population hmong fut victime du plus intense bombardement de populations civiles du depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale, lorsque l'aviation américaine bombarda la piste Hô Chi Minh dans les années 1970CIA- Opération Laos (NDR, Allemagne, 2009, rediffusé sur Art en 2014). On estime les victimes à plus de et les bombes à sous-munitions non explosées continuent à tuer depuis la fin de la guerre..
À l'issue de la guerre civile laotienne conclue par la victoire du régime communiste en ., un nombre important de Hmong fuit le Laos pour se rendre dans un premier temps dans des camps de réfugiés situés en Thaïlande, avec l'ouverture du camp militaire Namphong pour l'accueil des premiers réfugiés laotiens, dont les Hmong, le 10 mai 1975. Leur nombre est tel qu'en 1976, s'ajoutent les camps de réfugiés supplémentaires de Ban-Vinai, Non-Khai, Poua, Ubone, Outradith et Chiang-Khang.
Entre 1975 et 1978, des avions gros-porteurs récupèrent une partie des réfugiés politiques Hmong, qualifiés de « guérilleros de la liberté victimes d'un génocide » par la presse occidentale et de « traîtres, laquais de l'impérialisme colonial et américain » par les autorités laotienes. Ils sont répartis dans des pays d'accueil comme les États-Unis, la France (notamment en Guyane) et l'Australie.
Aujourd'hui, les survivants du peuple Hmong sont intégrés à la vie laotienne (c.f. le marché du soir de Luang Prabang ou le « marché ethnique » de Vientiane) ou thailandaise (régions du Lanna au Nord et de l'Isan à l'Est).