Les raids vikings sur le territoire de la France actuelle sont surtout connus par des chroniques rédigées par des clercs qui en ont souvent exagéré l'ampleur et l'importance. Ils n'ont laissé quasiment aucune trace matérielle, hormis quelques armes et objets principalement dragués dans la partie normande de la Seine.
Vikings
Les Hommes du nord, qualifiés indifféremment au Moyen Âge de Normands (Nortmanni) ou de Danois (Dani)Adam de Breme, p. 44 sq. : « Et quia vastacio Nortmannorum vel Danorum excedit omnem crudelitatem... » sont plus connus aujourd'hui sous le nom de VikingsChristian Frey « Les raids vikings dans l’historiographie saxonne : une peur héréditaire » in Figures du nord (dir. Éric Schnackenbourg), Presses universitaires de Rennes, 2012 (lire en ligne sur OpenEdition) . Ils profitent des luttes intestines entre les trois souverains carolingiens (Lothaire, Charles le Chauve et Louis le Germanique). Venus de Norvège, du Danemark ou plus rarement de Suède, ils multiplient les raids de pillage et de destruction dès le début du .
Premières incursions
vignette|Incursions Vikings des et en Bretagne, Alain Barbetorte remportant sur eux une victoire décisive au camp de Péran en 936. Hormis Péran, possiblement, et Landévennec, la carte des camps vikings supposés ou existants ne repose sur aucun document fiable, ni aucune preuve archéologique.
Début du , des incursions côtières
Les premiers raids vikings visent la proximité du rivage, pillant les endroits peu défendus, repartant rapidement. L'Ouest de la France connaît alors une insécurité rappelant l'époque des Grandes Invasions. Les Vikings pillent les côtes de la Manche et de l'Atlantique puis, en remontant les fleuves (notamment la Seine, la Loire et la Garonne), attaquent les villes et les monastères situés plus à l'intérieur du pays.
Le premier coup de main recensé sur le territoire de l'actuelle France est celui qui touche les côtes d’Aquitaine en 799Jean Renaud, Les Vikings en France, Rennes, Ouest-France, 2000 (coll. Mémoires de France)Régis Boyer, « Jean Renaud. — Les Vikings en France. Rennes, Ouest-France, 2000 (coll. Mémoires de France) » [compte-rendu] in Cahiers de Civilisation Médiévale, Année 2002, p. 398 - 399 - 400 (lire en ligne sur Persée) . C'est en 820 qu'est attestée la première incursion viking en NeustrieJean Renaud, La Normandie des Vikings, Orep Édition, Cully 2006, p. 11. Les Annales Royales indiquent qu’une flotte de 13 navires venus de « Nordmannia », c'est-à-dire la Scandinavie, cherche d'abord à piller les côtes de Flandre, mais y est repoussée. Une autre opération, toujours selon les Annales, a lieu dans l'embouchure de la Seine et les Vikings perdent cinq hommes, puis se retirent sans avoir rien obtenu. Les Annales attribuent aussi à cette même flotte l'attaque de l'île de Bouin, mais peut-être s'agit-il de Vikings norvégiens venus de mer d'Irlande.
Milieu du , les Vikings remontent le cours des fleuves
Vers 830, des groupes plus nombreux pénètrent plus profondément et plus loin dans le pays, dévastent et pillent principalement des églises et des monastères. Ils capturent les riches (personnes importantes, de haut rang) et les rendent contre une rançon ou s'emparent des plus pauvres qu'ils emmènent comme esclaves. En 841, ils entrent pour la première fois dans la Seine, brûlent Rouen ainsi que les abbayes de Jumièges et de Fontenelle, puis regagnent leurs vaisseaux.
Le , les Vikings remontent la Loire jusque Nantes qui est alors l'un des principaux ports de commerce de l'Empire carolingien. Ils pillent la ville, lors des célébrations de la Saint-Jean et massacrent de nombreux habitants, clercs et laïcs, et l'évêque Gohard de Nantes dans son église. Ils s'installent ensuite à l'embouchure de la Loire, dans les îles de Bouin et de Noirmoutier d'où ils ravagent le duché d'Aquitaine durant dix ansAnnales de Saint-Bertin.
En 845, une troupe venant directement du Danemark, entre dans la Seine avec cent vingt vaisseaux, arrive à Paris le , veille de Pâques et y entre sans résistance car les habitants se sont enfuisAbbon de Saint-Germain-des-Prés : Le siège de Paris par les Normands, en 885 et 886. Tous les monastères aux environs sont également abandonnés. Celui de Saint-Germain est brûlé. Charles le Chauve, ne pouvant les repousser par la force, leur donne d'argent pour prix de leur départ. D'autres raids vikings ont lieu en Poitou et dans la vallée de la Charente et en Flandre où Saint-Omer fut pillée.
En 850, Charles le Chauve cède quelques terres près de la Seine à Horik II pour arrêter les ravages. Mais ces Normands ne sont pas assez forts pour résister aux autres invasions, ni assez près de la civilisation pour s'attacher facilement à une vie paisible. Dès que l'occasion se présente, ils se joignent aux pilleurs qui ne cessent d'affluer sur les rivages, ou se constituent d'eux-mêmes agresseurs, quand les pays ravagés qu'on leur a donnés pour demeure .
En 851, Hasting, chef viking décrit par Guillaume de Jumièges comme l'« éducateur » de Björn Côtes-de-Fer, le fils de Ragnar Lodbrok., marche à la tête de ses troupes sur Rouen et Beauvais. Battus à Vardes, les Vikings se répandent dans les campagnes, et incendient l'abbaye Saint-Germer-de-Fly, dévastent le diocèse de Thérouanne, les villes de Saint-Quentin, Noyon et leurs environs, l'abbaye Saint-Médard de Soissons, l'abbaye Sainte-Geneviève de Paris, et tous les édifices autour de Paris.
En 852, une flotte dirigée par Godfrid Haraldsson remonte la Seine. Elle est rejointe par les 250 navires de Sydroc, qui vient de remporter d’importants succès sur la côte frisonne. Les Scandinaves sont retranchés dans une petite île de la Seine, « Givaldi-Fossa » (sans doute Jeufosse, non loin de Vernon). Lothaire et Charles le Chauve unissent leurs forces, en vain. Charles doit payer de nouveau un tribut (danegeld) pour obtenir le départ des Vikings. Sydroc ne quitte les rives de la Seine que pour rejoindre la Loire et y exercer de nouveaux ravagesCharles de La Roncière Histoire de la marine française E. Plon Nourrit et Cie, Paris, 1899. Nantes, l'abbaye de Saint-Florent-le-Vieil, Angers, Tours, l'abbaye Saint-Martin, Luçon, et Blois sont pillés et brûlés.
Des Vikings mis en échec (seconde moitié du )
En 854, Agius, l'évêque d'Orléans et Burchard, l'évêque de Chartres, ayant réuni contre eux une flotte et une armée, sauvent Orléans. Selon les Annales de Fulda, cette même année, tous les Normands cantonnés dans les différentes parties de l'empire des Francs quittent leurs conquêtes pour aller prendre part à une guerre civile en Danemark, entre Horik et Gudurm (que l'on trouve également sous les noms de Guthorm et Guttorm), l'un de ses neveux, qui, chassé par lui du royaume, avait jusque-là exercé le métier de pirate. Horik, Guthorm et presque tous les autres membres de la famille royale périssent dans une grande bataille, à l'exception d'un enfant, Horik II.
Dès 855, les Normands norvégiens arrivent à l'embouchure de la Loire puis envahissent Bordeaux, attaquent Poitiers par terre, mais sont repoussés. Maîtres de Nantes, ils sont chassés par des Normands danois alliés d'Erispoë. Pour se venger ils entrent dans la Vilaine, où ils exercent leurs ravages accoutumés. Les Normands danois vainqueurs de Nantes, conduits par Sidroc, entrent dans la Seine, remontent jusqu'à Pîtres, au confluent de l'Andelle et, joints par une nouvelle flotte, ils font une incursion dans le Perche, mais sont battus par les troupes du roi Charles le Chauve.
En 856, les Normands de la Loire prennent et pillent Orléans. D'autres entrent dans la Seine, ravagent les monastères situés sur les deux rives, et se fortifient à Jeufosse pour y passer l'hiver. Le , ils envahissent et brûlent Paris.
En 857 les Normands de la Loire, auxquels s'était joint Pépin d'Aquitaine, dévastent Poitiers et d'autres lieux aux environs.
En 858, les Normands s'étant retranchés dans l'île d'Oissel, formée au sud de Rouen par les détours de la Seine, Charles vient les y assiéger, mais menacé par son frère Louis, qui vient usurper ses états, il se retire en hâte, et les Normands s'emparent de ses vaisseaux. Une fois établis à Oissel, les Normands peuvent venir à Paris quand bon leur semble. Ils commencent par attaquer et brûler Noyon, tuent l'évêque Ymon, et emmènent une multitude de captifs.
En 859, les incursions vikings se multiplient sur plusieurs points : la Frise, le Brabant, l'Escaut, la Somme ; contournant l'Espagne, des Vikings entrent en Méditerranée et remontent le Rhône.
Au printemps 859, les Vikings de Weland remontent la Somme, pillent Saint-Valery et Amiens mais sont mis en échec devant Corbie en juillet-août de la même année et se replient.
L'île de la Camargue est envahie, pillée et brûlée à la même période. Les Normands du Rhône remontent jusqu'à Valence, puis retournent dans la Camargue, et de là partent en Italie, ravagent Pise et d'autres villes.
Les peuples d'entre Seine et Loire, désespérés des vexations continuelles d'un ennemi impitoyable qui les pressait des deux côtés, s'insurgent contre les Normands de la Seine, mais les seigneurs du pays, faisant cause commune avec leurs nouveaux hôtes, se réunissent à eux et les détruisent facilement.
En 860, Charles négocie avec les Normands de la Somme, commandés par Weland, pour combattre les Normands de la Seine. Weland exige le versement de d'argent. Charles lève cette somme sur les églises, les négociants et les manoirs même des pauvres ; mais n'ayant pu la compléter, il leur remet des otages. Ceux-ci, dans l'intervalle, vont attaquer les Anglo-Saxons, qui les repoussent.
Les Vikings aux environs de Paris
En les Normands de la Seine, commandés par Björn Côtes-de-Fer, reviennent pour la troisième fois sur Paris, qu'ils brûlent, ainsi que l'église de Saint-Germain. Ils poursuivent les négociants de la ville, qui s'enfuyaient en remontant la Seine, et les font prisonniers, puis ils retournent à Oissel. Après avoir ravagé Thérouanne, les Normands de la Somme, commandé par Weland, viennent les y attaquer, moyennant un tribut de payé par le roi (ils sont devenus plus exigeants depuis l'année précédente) ainsi que de grandes quantités de bétail et de céréales, afin d'éviter que les Vikings ne vivent sur le pays. Les Normands de la Seine, réduits à l'extrémité, capitulent et donnent aux assiégeants , moitié or, moitié argent. Tous réunis, ils songent à se remettre en mer, mais, arrêtés par la tempête, ils se cantonnent par peuplades dans les ports de la Seine. Weland, avec les Normands de la Somme, remonte jusqu'à Melun, les Normands de la Seine s'arrêtent à l'abbaye de Saint-MaurWeland est un chef viking danois actif en Francie occidentale et dans le Wessex au cours des années 850 et 860, avant de se rallier au roi Charles le Chauve.. Après ce troisième siège, organise la défense des régions situées entre la Seine et la Loire, en créant la marche de Neustrie qu'il confie à Robert le Fort, comte d'Anjou. Celui-ci affronte avec courage les Normands et meurt en les combattant, en 866.