Jean-Antoine Leclerc de Milfort dit Milfort-Tastanegy est né le à Thin-le-Moutier, dans les Ardennes et mort le à Villevallier dans l'Yonne. Militaire français, puis aventurier, il devient grand chef de guerre de la nation indienne des Creeks. Revenu en France, il est fait général par Bonaparte.

Enfance et début de carrière militaire Celui qui s'appelle encore Jean-Antoine Leclerc ou Le Clerc s'engage à douze ans comme enfant de troupe dans le régiment d'Infanterie de LorraineHenry Lachouque, Les Vagabonds de la gloire, Éditions Copernic, 1980, , . Il est possible qu'il ait combattu en CorseLes documents relatifs à la carrière du général ont été regroupés au S.H.A.T. (Service Historique de l'Armée de Terre) sous le G.B./2. Dans ce dossier un mémoire de Pierre Riel de Beurnonville du 6 janvier 1814 atteste que Leclerc aurait combattu en Corse et y aurait même reçu la Croix de Saint-Louis. Il ne figure pour autant dans aucune liste des détenteurs de cet Ordre.

En 1775, à vingt-trois ans, il déserte, quitte la France, s'embarquant dans un bateau, à Dunkerque où il est en garnison, pour la Norvège. Ce départ serait dû à un duel dans lequel il aurait tué un employé du Roi.

Arrivé à Bergen, il avise un autre bateau partant pour les Amériques. Il embarque à nouveau pour cette destination.

Aventure américaine avec la nation indienne des Creeks thumb|Territoire des Creeks. Arrivé à New London, il se rend à Boston. Leclerc devient Lewis Milfort, pseudonyme à consonance anglo-saxonne. Il séjourne à New York, Philadelphie, Baltimore, d'où il s'embarque pour la Virginie d'où il gagne la Géorgie. Il est vite en butte avec des colons américains.

Parti de France depuis dix-sept mois, il s'introduit en 1776 dans la nation indienne des Creeks, à l'est du Mississippi (l'Alabama aujourd'hui), apprenant leur langue, adoptant leurs coutumes. Il rencontre parmi le peuple Creek plusieurs blancs ou métis, dont Alexander McGillivray, fils d'un Écossais et d'une métisse, elle-même fruit des amours entre un Français et une Indienne CreekChristian Buchet, Introduction de la réédition de l'ouvrage de Jean-Antoine Leclerc, Chef de guerre chez les Creeks, Éditions France-Empire, 1994, . Chez les Creeks, c'est l'ascendance maternelle qui est déterminante. Leclerc-Milfort se lie d'amitié avec Alexander McGillivray qui est devenu l'un des chefs amérindiens.

En 1778, Leclerc-Milfort épouse Jeannett McGillivray, la sœur d'Alexander, dont il a deux enfants, Alexander et Polly. Ce mariage est précédé d'un assaut par quatre jeunes femmes creeks, raconté avec humour dans son MémoireMilfort-Tastageny, Mémoire, ou coup d'œil rapide sur mes différents voyages et mon séjour dans la nation Creck et général de brigade au service de la République Française, 1802, imprimerie Giguet et Michaud, Paris, qui s'assurent qu'un guerrier français vaut bien un guerrier creekÉpisode qui rappelle une scène du film Little Big Man d'Arthur Penn..

En 1780, il est nommé Tastageny ce qui signifie grand guerrier pour sa combattivité, ses méthodes de guerre et ses subtilités tactiques, ayant participé à quelques guerres tribales.

La guerre d'indépendance des États-Unis est alors en cours. Alexander McGillivray épouse la cause des Britanniques, considérant les colons comme des voleurs de terres. Il entraîne les tribus amérindiennes dans des opérations contre les Américains. Leclerc-Milfort a aussi plaidé pour une position de neutralité des Amérindiens et n'a pas été suivi. Il s'éloigne et voyage dans les territoires détenus par les Creeks, plutôt que de combattre les colons qu'il sait alliés aux Français. À la tête d'une bande de deux cents guerriers creeks, Leclerc-Milfort vit quelque temps dans les grottes où l'histoire de la tribu aurait commencé, au-dessus de la rivière Rouge.

En 1784, il revient auprès d'Alexander McGillivray et participe aux négociations avec les Espagnols qui les courtisent. La position du peuple Creek est devenu forte. Leclerc-Milfort prend son neveu William Weatherford , selon la tradition tribale. Ce William deviendra aussi un chef de guerre sous le nom de Hopnicafutsahia, Celui qui dit vrai, le plus souvent nommé Lamochattee, Aigle Rouge, par les Creeks.

Six années plus tard, après plusieurs tentatives de conciliation, le gouvernement américain se rapproche à son tour d'Alexander McGillivray et signe avec lui le traité de New York en , contraire au traité entre les Creeks et les Espagnols de 1784. Ce traité est contesté par le peuple Creek et par Leclerc-Milfort dit Tastageny, même si celui-ci s'emploie à calmer les esprits. Finalement, une nouvelle convention est signée avec les Espagnols en , qui résilie de fait le traité de New York.

Retour en France et défense de la Louisiane

Ayant appris les changements en France à la suite de la Révolution, Leclerc-Milfort dit Tastageny y revient après la mort de sa première épouse, laissant ses enfants à sa nation adoptive. Il offre ses services à la République et en particulier se propose d'organiser une armée des Creeks, alliée des Français, qui participerait à la protection de la colonie française en Louisiane. Leclerc intéresse le Directoire et est reçu par Charles Delacroix, Ministre des Affaires Étrangères.

Il est promu général de brigade le (avec un brevet au nom de François (?) Tastanegy) et est prié de rester en France : par crainte sans doute qu'il aille proposer ses services ailleurs.

Talleyrand, lui-même de retour des États-Unis où il s'était réfugié, succède à Charles Delacroix au ministère des Affaires Étrangères. Le Consulat succède au Directoire. Le Premier Consul Bonaparte est intéressé pour constituer un empire colonial dans le golfe du Mexique. Une expédition se prépare à Flessingue, comprenant douze navires de charge encadrés de navires de guerre. Une autre est déclenchée pour venir à bout des révoltes des Noirs à Saint-Domingue. L'échec de cette dernière expédition et l'opposition conjointe de l'Angleterre et des États-Unis décident le Premier Consul à abandonner ses projets en Amérique.

Leclerc-Milfort tente de relancer les idées qui lui sont chères auprès de Bonaparte et de l'opinion publique. Il publie un ouvrage sur ses années passées, sous le nom de Milfort-Tastageny. C'est le Mémoire, ou coup d’œil rapide sur mes différents voyages et mon séjour dans la nation Creecks et général de brigade au service de la République Française, un récit étonnant et unique. La première partie de l'ouvrage décrit son périple en terre américaine et le contexte politique entre colons américains, Espagnols, Anglais et tribus amérindiennes. La seconde partie narre les mœurs des différents peuples côtoyés et notamment des colons, des Creeks bien sûr et des Choctaws.

Il réagit également à un article dans la Gazette de France qui évoque les convoitises américaines sur La Nouvelle-Orléans tout en traitant cette région de façon condescendante, . Il répond en argumentant de l'intérêt économique et politique de ce territoire.

En vain. La conviction de Bonaparte est faite et la vente de la Louisiane le , scelle le sort de ce territoire. Leclerc-Milfort renonce : ses projets en Amérique n'intéressent plus. À défaut, il tente, sans succès, d'obtenir du Consul un commandement effectif dans le vieux continent.

Le , il est mis en demi-solde, ce qui ne l'empêche pas d'accumuler les demandes de réintégration en service actif. Puis, en 1810, il est placé à la retraite, avec une solde conséquente, sans avoir commandé en Europe. Sa promotion dans l'armée française, passant de simple soldat au grade de général de brigade, a été un déni spectaculaire aux règles d'avancement.

Fin de vie et derniers combats

Il se remarie avec Marie Anne Baya et a un nouvel enfant, François, de cette seconde épouse.

Il s'installe à Mézières puis à partir de à Chestres, près de Vouziers, dans une maison au centre de ce bourg. En Amérique, la guerre Creek de 1813-1814, également connue sous le nom de guerre des Red Sticks, affaiblit considérablement les tribus amérindiennes. Le traité de Fort Jackson impose au peuple Creek la cession aux États-Unis de plus de moitié de leurs possessions territoriales héréditaires..

En 1814, lors de la campagne de France, Leclerc-Milfort fait de sa maison une petite forteresseJean-Marie Thiébaud, Gérard Tissot-Robbe, Les Corps francs de 1814 et 1815 - La double agonie de l'Empire - Les combattants de l'impossible, préface de Jean Tulard, Paris, S.P.M., collection Kronos, 2011, . . Aidé par son épouse et de sa domestique qui chargent les fusils, il tire des coups de feu contre des uhlans commandés par le baron Ludwig Adolf Wilhelm von Lützow qui prenaient un peu de repos dans ce site avantageux. La légende veut qu'il ait tué une douzaine d'hommes. Les Prussiens lévent le camp devant ce fou furieux.

Le , la bataille de Waterloo est suivie d'une nouvelle invasion du territoire français. Leclerc-Milfort dirige une compagnie de corps francs. Elle est basée à Mézières et comprend 89 hommes dont 44 forestiers. L'un de ses officiers, le chef de bataillon Drevet est blessé le , près de RethelJean-Marie Thiébaud, Gérard Tissot-Robbe, Les Corps francs de 1814 et 1815 - La double agonie de l'Empire - Les combattants de l'impossible, préface de Jean Tulard, Paris, S.P.M., collection Kronos, 2011, . .

En 1817, sa seconde épouse le quitte, gardant leur fils avec elle. Elle regagne Charleville et s'y installe comme couturière. Quelques années plus tard, l'activité de couturière ne suffisant peut-être pas à couvrir ses besoins, Madame Milfort se proclame guérisseuse. Elle se crée une réputation dans le département. Elle attire beaucoup de monde, au 57 de la promenade des Allées et prétend résoudre toutes les maladies ou infirmités, avec des prières à réciter pendant neuf jours en renonçant à tout autre remède. Tous ne guérissent pas ; Madame a la réponse : "vous n'avez pas respecté la neuvaine à la lettre"Alain Chapellier, Revue Terres Ardennaises, , mars 2010, .

Il s'installe à Villevallier où il vit avec un domestique. Après une vie extraordinaire, il meurt dans son lit en 1821Acte de décès Villevallier (89), le 17 juillet 1821.

Publication

Mémoire, ou coup d'œil rapide sur mes différents voyages et mon séjour dans la nation Creck et général de brigade au service de la République Française, 1802, imprimerie Giguet et Michaud, Paris.

L'ouvrage de Jean Antoine Leclerc-Milfort a été republié en 1994 aux Éditions France-Empire, sous le titre Chef de guerre chez les Creeks, avec une introduction de Christian Buchet. Cette édition comprend également l'article du général Milfort dans la Gazette de France le 10 thermidor an X, et l'article publié dans Le Publiciste le 9 vendémiaire an XI.

Notes et références

Bibliographie

Benjamin Hoffmann, « Du mémoire aux Mémoires. Exils et politique chez Leclerc de Milfort », Orages. Littérature et culture (1760-1830), 2018, . Paul-François Paoli, Au pays des rivières, Bartillat, roman historique, 2022.

Liens externes Albert James Pickett, History of Alabama, 1851, at Rootsweb Notes and Documents: Milfort's Plan for a Franco-Creek Alliance and the Retrocession of Louisiana, E. Wilson Lyon, The Journal of Southern History, Vol. 4 No. 1, February 1938, JSTOR Journal Archive, accédé le 15 September 2011

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