Pénombres est un recueil de trois essais théologiques et d'une nouvelle de Joseph Malègue publié en 1939 aux éditions Spes à Paris.
L'ouvrage a été réédité par L'Homme nouveau en 2024 avec une introduction de Thibaud Collin.
Il rassemble des textes publiés dans des revues théologiques ou spirituelles françaises.
Les deux premiers sont les plus importants par le volume : Ce que le Christ ajoute à Dieu et Vertu de foi et péché d'incroyance.
Les deux autres titres sont une étude sur la Vierge « Mater Admirabilis » et une nouvelle Celle que la Grotte n'a pas guérie.
Des théologiens ou des chrétiens militants se sont référés à cet ouvrage comme les Bruxellois Roger Aubert dans Le Problème de l'acte de foi ou Charles Moeller (dans Littérature du et christianisme), et Lucien Morren. Ou encore Jean Lebrec qui fut professeur à l'Institut catholique de Paris. L'épouse de Malègue, Yvonne Pouzin.
Mais aussi par l'Américain francophone William Marceau, deux théologiens du Chili et la professeure polonaise Zofia Litwinowicz-Krutnik.
Ce que le Christ ajoute à Dieu
Face à la carence christologique du clergé français Le premier texte (Ce que le Christ ajoute à Dieu), est publié à l'époque qui selon Émile Poulat, est celle de la « carence christologique » du clergé français (...) [qui] aura duré plus de deux siècles, avec tous ses effets sur « le sens chrétien de l'homme »., le Dictionnaire de théologie catholique jugeant inutile selon le même auteur les entrées « Pâques » en 1931 et « Résurrection » en 1937.
Une des lignes de force de ces pages, c'est la confrontation de la foi au positivisme et au scientisme dans le même esprit que Maurice Blondel et Henri Bergson. « Comme Bergson », écrit Marceau, Zofia Litwinowicz-Krutnik met l'accent sur Blondel .
Malègue constate, avec toute la tradition catholique (notamment Charles Moeller commentant ici Pénombres), que l'intelligence humaine peut connaître Dieu mais ne peut pas l'atteindre par une sorte Ce qui est aussi un constat de la raison humaine : l'existence de Dieu n'est pas L'intelligence humaine contemporaine ne se fie plus à la métaphysique (façon dont la tradition chrétienne pensait atteindre Dieu), séduite par les succès des sciences exactes. « Malègue s'en explique dans Pénombres selon Marceau : dans le monde contemporain Dans Augustin ou le Maître est là, écrit Jean Lebrec, l'abbé Herzog (en qui il voit le Père Pouget), C'est-à-dire « l'étude psychologique des saints, cité par ..»
Le sens de la kénose chez Malègue vignette|droite|Le cri de jésus-Christ à sa mort « Mon Dieu! Mon Dieu! Pourquoi m'as-tu abandonné ? » (Mc 15,34 et Mt 27,46) photo d'une statue à La Haye intitulée de cette façon par son auteur Walter Watzpatzkowski. Image de la Kénose.
Augustino Molteni et David Solis-Nova, enseignants-cherrcheurs à l' Universidad Católica de la Santísima Concepción, ont analysé en 2021 Ce que le Christ ajoute à Dieu dans Ce que le Christ ajoute à Dieu : les voies théo-christologiques ouvertes par Joseph' Malègue..
Ils présentent la kénose comme .
Ce qui suppose chez le Christ l'abandon de ses attributs ontologiques divins dans sa vie terrestre.
Un tel étalage de ces attributs, selon les auteurs se retrouvent dans les évangiles gnostiques, ce qui a comme conséquence selon eux, d'enlever au Christ . et de récuser la loyauté d'un Christ homme parmi les hommes.
Malègue dans le même sens insiste par exemple sur le fait que Jésus Malègue, bien qu'il n'utilise pas le terme dans Pénombres a ce sens de la kénose.
Camille Focant voit (comme traditionnellement), dans les versets 2,6-11, de L'Épître aux Philippiens une expression de cette kénose. vignette|droite| Friedrich Nietzsche, 1844-1900. Selon Malègue, il n'a pas su que le Christ a vécu dangereusement. Pour lui, On aurait .
L'Incarnation « ajoute » de fait quelque chose à Dieu Les deux universitaires chiliens ne sont pas d'accord avec Moeller quand il affirme que l'ajout du Christ serait seulement
Pour eux le point essentiel n'a pas été saisi par Moeller : l'ajout à Dieu, pour nous ..
Ils illustrent la chose en citant Malègue lui-même.
Qui affirmae que le Christ
Prolongation dAugustin ou Le Maître est là
thumb|« Alexamenos adore son dieu », fac-similé d'un graffiti du Palatin, première représentation connue de « croix chrétienne », ; certains auteurs donnent également le , par exemple .. La première partie de ce chapitre consacré au Christ est rapprochée par Yvonne Pouzin et Charles Moeller de l'entretien qu'Augustin a avec Largilier au sanatorium de Leysin, peu avant sa mort. Moeller reprend le titre du premier chapitre de Pénombres pour qualifier le discours de Largilier à Augustin dans Augustin ou le Maître est là, à la fin du roman, ce discours qui va convaincre le héros du roman après une longue période d'incroyance : il porte, dit Moeller, précisément sur Ce que le Christ ajoute à Dieu Juste après avoir rappelé de cette manière le titre de Pénombres, Moeller répète les prononcés par Largilier d'Augustin ou le Maître est là, Chiasme christologique sur lequel revient souvent Zofia Litwinowicz. Moeller poursuit en reprenant l'exposé de, selon sa formule, « ce que le Christ ajoute à Dieu » chez Largilier en soulignant l'écho de cette démarche spirituelle chez Augustin Méridier, un Augustin sensible à « l'esprit moderne, scientifique et mystique ensemble ».
Pour Moeller, ceci témoigne de la manière de penser de Bergson tentant de rejoindre les réalités métaphysiques dans l'expérimental, et tout particulièrement dans la mystique : .» La première partie de Ce que le Christ ajoute à Dieu s'achève sur l'idée que l' Incarnation constitue la réponse à cet « esprit moderne, scientifique et mystique ensemble ». La façon dont Dieu accepte de parler aux âmes contemporaines chercheuses d'expérience c'est l'Incarnation. Pour Zofia Litwinowicz, cela se vérifie dans
thumb|250 px|ΙΧΘΥΣ (ICHTUS en alphabet latin = poisson) acronyme de « Ιησουσ Χριστοσ Θεου υιοσ, σϖτηρ = ΙΧΘΥΣ = (alphabet latin) Ièsous Christos Theou huios, sôtèr = Jésus Christ Fils de Dieu, Sauveur». (ruines d'Éphèse) : « Loin que le Christ me soit inintelligible s'il est Dieu, c'est Dieu qui m'est étrange s'il n'est le Christ » (J. Malègue, Augustin ou le Maître est là). Yvonne Pouzin-Malègue rapproche aussi Ce que le Christ... des idées de Largilier émises à la fin d' Augustin ou le Maître est là. Elle insiste sur l'humilité du Christ qui , les
Pour Jean Lebrec IL estime qu'il y a une différence dans la mesure où ce texte qu'écrit Augustin est une « critique de la critique » alors que, Pénombres
Cependant cette « critique de la critique » n'est pas purement négative. Au départ, elle ne ramène pas Augustin à la foi. Ici même C'est effectivement en quelque sorte Largilier que l'on entend s'exprimer de manière plus développée dans la description que fait Malègue de l'humanité du Christ dans Pénombres.
L'humanité du Christ par laquelle « Dieu sait aimer » et l'homme croire en Dieu vignette|gauche|Enrique Irazoqui, l'acteur qui représente Jésus dans le film de Pier Paolo Pasolini lors du tournage de son film L'Évangile selon saint Matthieu Pour Zofia Litwinowicz-Krutnik c'est de son talent littéraire que procède la façon dont Malègue parle de l' Incarnation. Il situe l'abstrait ou le spirituel dans le charnel, ce qui le place selon elle dans la lignée de Péguy. Elle donne l'exemple de cette phrase extraite d'Augustin : Elle la commente ensuite :
Malègue célèbre , à la
Le lien entre le style de Malègue et l'Incarnation, se double selon Litwinowicz de la traductuin en roman et essai de la façon dont Maurice Blondel en parle . Pour que l'Infini nous soit accessible, il faut qu'il vienne à nous selon Blondel. L'Infini, nous le voulons, ce que montre la description phénoménologique de ce qu'il appelle la « volonté voulante ». Cette volonté qui veut en nous (quoi qu'on fasse) vignette|gauche|Maurice Blondel 1861-1949. Vers 1890 peu de temps avant la défense et publication de sa thèse, L'Action. Essai d'une critique de la vu-ie et d'une science la pratique. Cet ouvrage aura une influence considérable sur des théologiens comme Henri de Lubac et sur le Vatican II.Il n'en a pas moins été suspecté par l'Église et des théologiens. L'infini, nous n'y accédons pas. Mais une religion l'affirme accessible. C'est le chiasme christologique que Largilier propose à Leysin à Augustin : Pour Litwinowicz , Malègue explicite ce chiasme dans Pénombres :
Pour Blondel, le « généreux incroyant », qui a fait cette expérience des cercles excentriques de la volonté voulante (s'élargissant du moi à l'infini), est mis en face de cette possibilité. Analogue à celle d'Augustin face à Largilier, dans l'avant-dernier chapitre d' Augustin « Jacob et l'ange », transposition de L'Action. Si l' « incroyanr » (soit Augustin face à Largilier), voit que la foi chrétienne propose que l'infini vient à nous, Ce qui se produit à Leysin, l'expérience religieuse de l'infini, la foi d'Augustin redécouverte.
Pour Z. Litwinowicz, Augustin comme le « généreux incroyant » imaginé par Blondel Pour elle, cela se lit ainsi chez Blondel : De même, Augustin mourant au sanatorium de Leysin se rend compte de son impuissance pour où l’appelle Largilier, l’ange envoyé vers lui par Dieu. Pour Thibaud Collin, la phrase capitale de ce chapitre de Pénombres c'est que par l'Incarnation
Ce que le Christ ajute à Dieu Lien avec Pierres noires : Les Classes moyennes du Salut vignette|droite| Photo au Musée de la Révolution, à La Havane « l'amour de Dieu, même sur terre, demeure une immense joie terrestre». La présence tangible de Dieu, réelle au temps du Christ, se prolonge pour Malègue dans les âmes profondément unies à l' « Unique nécessaire ». Pour W. Marceau, « les étapes du progrès pour le héros de Malègue correspondent aux voies traditionnelles de l'ascétisme chrétien. Dans Pénombres Malègue signale ces voies Il considère que c'est le cas pour le personnage central du roman inachevé Pierres noires : Les Classes moyennes du Salut, Félicien Bernier qui souffre du silence de Dieu.
Au départ, l'appel de Dieu à l'aimer ou en quelque sorte le « coup de foudre » qu'ont les saints en face de Dieu qui les « prend » est profondément joyeux. Il y a selon Marceau, avant la partie dite « unitive » de la vie mystique, une partie « purgative ». En effet la rencontre de Dieu procure en ses premiers instants un grand bonheur : Malègue le rappelle, Après écrit Marceau, l'instrument du progrès est la souffrance Et il cite ensuite Malègue soulignant que
Ce moment est suivi de la vie purgative et William Marceau pense que Ceci quand l'auteur d' Augustin parle, dans Pénombres, de Cette partie purgative étant terminée, commence la « vie unitive » : « Il s'agit désormais d'une fusion en Dieu et Marceau cite Malègue parlant vignette|droite| Proximité de la mort pour un héros. Georges Blind, le résistant souriant ici soumis à un simulacre d'exécution qui mourut cependant en déportation. Un agrandissement de la photo fait apparaître son sourire.. Pour les Saints, il y a aussi la mort qui est différente : le Ce « retournement des motivations terrestres », s'exprime aussi selon Jean Lebrec dans Pierres noires Le personnage central du roman inachevé aurait dû être Félicien Bernier qui d'ailleurs apparaît déjà dans le manuscrit que Malègue nous a laissé de Pierres noires.
Lebrec montre ensuite quel est le « retournement » opéré par ce saint par rapport aux lois courantes en le situant dans les grands destins mortifiés : Malègue donne d'autres exemples non plus pour les besoins de la fiction mais tirés du réel. Il découvre que « si la mort est la grande épreuve, ce n'est pourtant pas le cas pour les saints. Aux hommes de consentir à leur ressembler, car ils doivent se trouver dans le vrai..»
Saint Jean de la Croix et derechef Ce que le Christ apporte à Dieu vignette|droite|Dessin de la Crucifixion, par Jean de la Croix, ayant inspiré Salvador Dalí.