vignette|Peinture murale du Capitole mettant en scène les dirigeantes de la NAWSA : Anna Howard Shaw et Carrie Chapman Catt. La National American Woman Suffrage Association (NAWSA) (Association nationale pour le suffrage des femmes américaines) était une association américaine de promotion du droit de vote des femmes, créée en février 1890. Elle résultait de la fusion de la National Woman Suffrage Association (NWSA) et de l'American Woman Suffrage Association (AWSA). Elle était composée d'environ à sa création et en aurait compté jusqu'à au plus fort de sa popularité, en faisant la plus grande organisation bénévole du pays.

Histoire Le suffrage féminin reste controversé aux États-Unis, même parmi les militantes pour les droits des femmes au . En 1848, lors de la Convention de Seneca Falls, la première convention nationale pour les droits des femmes, la résolution pour le suffrage féminin n'est approuvée qu'après un vigoureux débat. Lors des débuts de la National Women's Rights Convention dans les années 1850, les choses changent et le suffrage féminin devient un des objectifs premiers du mouvement. Les trois cheffes du mouvement à l'époque sont Lucy Stone, Elizabeth Cady Stanton et Susan B. Anthony, trois femmes qui joueront un rôle important dans la création de la NAWSA quelques années plus tard.

En 1866, juste après la guerre de Sécession, la National Women's Rights Convention devient l'American Equal Rights Association (AERA) pour les droits des Afro-Américains et des femmes, spécialement en ce qui concerne le droit de vote. L'AERA s’effondre en 1869 à cause du Quinzième amendement de la Constitution des États-Unis qui offre le droit de vote aux anciens esclaves affranchis de sexe masculin uniquement. Stanton et Anthony s'oppose à sa ratification s'il n'est pas accompagné d'un autre amendement accordant aussi le droit de vote aux anciennes esclaves affranchies. À l'inverse, Stone soutient l'amendement. Elle considère que sa ratification incitera les politiciens à soutenir un amendement allant dans le même sens pour les femmes. Elle dit que même si le droit de vote est plus important pour les femmes que pour les hommes noirs, « je serais reconnaissante en mon âme et conscience si n'importe qui peut sortir de cette impasse ».

gauche|vignette|Elizabeth Cady Stanton (assise) et Susan B. Anthony. En , après deux jours de débats houleux lors de la réunion annuelle de l'AERA, Anthony, Stanton et leurs alliés forment la National Woman Suffrage Association (NWSA). En , l'American Woman Suffrage Association (AWSA) est fondée par Lucy Stone, son époux Henry Blackwell, Julia Ward Howe et leurs alliés, dont la plupart ont participé à la création de la New England Woman Suffrage Association un an plus tôt. La rivalité amère entre les deux organisations crée une atmosphère partisane qui durera pendant plusieurs décennies.

Après la ratification du quinzième amendement en 1870, des différences subsistent entre les deux organisations. L'AWSA travaille presque exclusivement pour le suffrage féminin alors que la NWSA travaille sur un large éventail de questions, y compris la réforme du divorce et l'égalité salariale. L'AWSA inclut des hommes et des femmes dans ses postes de responsabilités tandis que la NWSA n'accepte que les femmes pour diriger. L'AWSA travaille pour le suffrage féminin au niveau des États tandis que la NWSA travaille au niveau fédéral. L'AWSA cultive une image respectable tandis que la NWSA est plus dans la confrontation. Par exemple, Susan Anthony interrompt les cérémonies officielles du anniversaire de la Déclaration d'Indépendance pour présenter la Déclaration des droits des femmes son organisation. Elle est arrêtée en 1872 pour être allée voter, ce qui est toujours illégal pour les femmes, et est déclarée coupable lors d'un procès fortement médiatisé.

Les progrès vers le suffrage féminin sont lents après la scission mais les progrès faits dans les autres domaines renforcent le mouvement. En 1890, des dizaines de milliers de femmes fréquentent collèges et universités contre zéro quelques décennies plus tôt. On voit apparaître un déclin de l'idée de la « sphère féminine », cette croyance que la place de la femme est à la maison et non impliquée en politique, dans l'opinion publique. Les lois permettant aux époux de contrôler les faits et gestes de leurs femmes sont révisées. Il y a une croissance spectaculaire des organisations de réforme sociale féminine, telle que la Woman's Christian Temperance Union (WCTU), la plus grande organisation du pays. L'Union approuve le suffrage féminin à la fin des années 1870, arguant que les femmes en ont besoin pour protéger leur famille de l'alcool et autres vices.

Anthony met de plus en plus l'accent sur le droit de vote au détriment des autres questions relatives aux droits des femmes. Son but est d'unir les organisations féminines pour le suffrage féminin même si elles ne soutiennent pas tous les autres droits. La NWSA et elle se tournent aussi vers un militantisme plus respectable. La NWSA n'est alors plus considérée comme une organisation cherchant à modifier les comportements familiaux traditionnels en soutenant, comme ses adversaires l’appelle, le « divorce facile ». Cela a pour effet de la rapporter de l'AWSA. Le rejet par le Sénat américain de l'amendement pour le droit de vote des femmes en 1887 permet aussi de rapprocher les deux organisations. La NWSA a travaillé pendant des années pour mettre cet amendement dans la liste des votes. Après son rejet, la NWSA décide de consacrer moins d'énergie à la campagne fédérale et à se tourner vers une campagne au niveau des États, comme l'AWSA.

Stanton continue de promouvoir tous les aspects des droits des femmes. Elle préconise une coalition des groupes radicaux pour les réformes sociales, y compris les populistes et les socialistes, pour soutenir le suffrage féminin dans le cadre d'une liste de revendications communes. Dans une lettre à un ami, Stanton dit que la NWSA « devient politique et conservatrice avec le temps. [Lucy] Stone et Susan [Anthony] voient seulement le problème du suffrage, pas celui de la servitude religieuse et sociale de la femme, ni les jeunes femmes de l'association qui veulent combiner les deux. ». Cependant, Stanton s'est retireé des activités quotidiennes du mouvement. Elle passe alors beaucoup de temps avec sa fille en Angleterre. Malgré leur approche différente, Stanton et Anthony sont restées amies et collègues, continuant leur collaboration qui commença dans les années 1850.

Stone consacre la plus grande partie de sa vie après la scission au Woman's Journal, un hebdomadaire qu'elle lance en 1870 pour servir de voix à l'AWSA. Dans les années 1880, le Woman's Journal élargit sa couverture médiatique et est considéré par beaucoup comme le journal de tous les mouvements de suffragettes.

Le mouvement des suffragettes attire de plus en plus de membres jeunes qui ne supportent plus la division, qu'elles considèrent comme un problème d'égo plus que de principes. Alice Stone Blackwell, la fille de Lucy Stone, déclare : « Quand j'ai commencé à travailler pour unir les deux associations, les plus âgées n'étaient pas enthousiastes mais les jeunes l'étaient. Rien ne restait que les sentiments désagréables engendrés par la longue séparation. ».

Fusion d'organisations rivales Plusieurs tentatives pour rapprocher les deux parties sont faites mais sans succès. La situation change en 1887 lorsque Stone, qui approche de son anniversaire et voit sa santé décliner, commence à chercher des moyens de surmonter la scission. Dans une lettre à la suffragette Antoinette Brown Blackwell, elle suggère la création d'une organisation faîtière dont l'AWSA et la NWSA seraient des auxiliaires, mais cette idée ne rencontre aucun succès. En , lors de la réunion annuelle de l'AWSA, une résolution est votée autorisant Stone à discuter d'une possible fusion avec Anthony. La résolution indique que les différences entre les deux associations ont été « largement éliminées par l'adoption de principes et de méthodes communs ». Stone transmet la résolution à Susan Anthony avec une proposition de rencontre.

Susan Anthony et Rachel Foster Avery, jeune cheffe de la NWSA, se rendent à Boston en pour rencontrer Lucy Stone. Alice Stone Blackwell, sa fille et cheffe de l'AWSA, accompagne Stone à la rencontre. Stanton, alors en Angleterre, n'y participe pas. La réunion explore plusieurs aspects d'une éventuelle fusion, y compris les possibles nom et nouvelle structure de la nouvelle organisation. Peu de temps après, Stone émet des doutes, disant à un ami qu'elle souhaitait n'avoir jamais émis l'idée d'une fusion mais le processus est déjà enclenché.

Un signe public de l'amélioration des relations entre les organisations a lieu trois mois plus tard au congrès fondateur du Conseil international des femmes, organisé par la NWSA à Washington pour le anniversaire de la Convention de Seneca Falls. Il bénéficie d'une publicité favorable et ses déléguées, issues de cinquante-trois organisations féminines de neuf pays, sont invitées à une réception à la Maison-Blanche. Les représentantes de l'AWSA sont invitées à siéger sur l'estrade avec les représentantes de la NWSA pendant les réunions, en signe de coopération.

La proposition de fusion ne soulève pas de controverse importante au sein de l'AWSA. La résolution émise lors de la réunion annuelle de 1887, celle qui a autorisé Stone à explorer les possibilités de fusion, n'est même pas mentionnée en tant qu'ordre du jour. Cette proposition est traitée de manière routinière pendant la réunion et approuvée à l'unanimité sans débat.

La situation est différente au sein de la NWSA, qui voit une forte opposition se créer de la part de Matilda Joslyn Gage, Olympia Brown et leurs alliées. Ida Husted Harper, collègue et biographe d'Anthony, déclare que les réunions de la NWSA qui traitent de cette question sont « les plus orageuses de l'histoire de l'association ». Faisant valoir qu'Anthony a utilisé des tactiques sournoises pour contrecarrer les opposants à la fusion, Gage forme une organisation concurrente en 1890 appelée l'Union libérale nationale des femmes mais qui ne se développera pas.

Les comités négociant la fusion signent une entente en . En février, Stone, Stanton, Anthony et les autres cheffes des deux organisations publient une « Lettre ouverte aux femmes d'Amérique » déclarant leur intention de travailler ensemble. Quand Anthony et Stone ont discuté pour la première fois de la possibilité d'une fusion en 1887, Stone avait proposé qu'elle, Anthony et Stanton refusent la présidence de l'organisation unifiée. Anthony a d'abord accepté mais les autres membres de la NWSA s'y sont fortement opposés. La base de l'accord de 1889 ne mentionne pas cette information.

Au départ, l'AWSA est la plus importante des deux organisations, mais sa popularité diminue au cours des années 1880. La NWSA est perçue comme la représentante principale du mouvement des suffragettes, en partie grâce à la capacité d'Anthony à trouver des manières dramatiques de porter le sujet aux yeux de l'opinion publique. Anthony et Stanton publient également une histoire du suffrage féminin, qui les placent au centre de l'histoire du mouvement et marginalise le rôle de Stone et de l'AWSA. La visibilité publique de Stone diminue considérablement, contrastant fortement avec l'attention qu'elle avait attiré dans ses jeunes années en tant que porte-parole lors de conférences dans le pays.