Le Thuy Phap est un art martial traditionnel vietnamien (voir : arts martiaux vietnamiens dont le nom signifie, littéralement, la Méthode de l’Eau.

Le Thuy Phap est une pratique ancestrale des Vietnamiens à la recherche du bien être au quotidien, enseignée depuis plusieurs années en France, en Belgique et au Viêt Nam par Maître Huynh Chieu Duong, .

Le programme d’enseignement est divisé en deux branches : les exercices énergétiques et les techniques de combat, les deux devant être pratiqués dans l’esprit du doux et de l’interne. Le programme comprend : huit enchaînements à mains nues (Thao quyên) permettant d’explorer toutes les techniques des arts martiaux traditionnels (Tan/positions ; Thu/mains nues ; Cuoc/coup de pied ; …) une série d’exercices de respiration (le Thuy Phap Hô Hâp thuât) un Khi Cong Thuy Phap (travail de l’énergie de la Méthode de l’Eau). les élèves suffisamment expérimentés peuvent également s’adonner à la pratique des armes : épée, bâton long ou éventails. enfin, l’école Thuy Phap initie également les pratiquants qui le souhaitent au tronc commun du Vo Co Truyen.

La pratique du Thuy Phap se base sur le fait que la masse liquide, à l’intérieur du corps humain, est supérieure à la masse solide. Les pratiquants du Thuy Phap apprennent à maîtriser et utiliser cette masse liquide comme force d’énergie vitale. Ainsi, grâce à l’enchaînement de mouvements circulaires et simples, mais bien coordonnés selon l’harmonie du Am et du Duong (yin et yang), et effectués fluidement en veillant à la justesse de la respiration, la pratique du Thuy Phap vise à faire circuler les flux de l’énergie vitale à travers le corps, « débouchant » les méridiens et renforçant le métabolisme. De ce point de vue, le Thuy Phap se présente comme une méthode prophylactique, anti-stress, et même source d’allégresse : le « bien-être en mouvement »…

D’un pur point de vue martial, le Thuy Phap propose une approche particulière, assez rare dans le panorama (actuel) des arts martiaux en préférant la juste libération de l’énergie à la puissance de la force musculaire.

La méthode de l'eau

L'eau et le feu

Dans le monde des arts martiaux asiatiques (Chine, Corée, Japon, Viêt Nam, etc.), on peut distinguer deux approches, deux manières différentes d’exprimer ses compétences.

D’un côté, les « arts martiaux externes » pratiquent le « dur », le « fort ». Ces styles et écoles (Karatedo, Taekwondo, et tous les styles de Shaolin) visent à développer l’aptitude au combat en utilisant la force musculaire dans leurs techniques (capacité à frapper l’adversaire). L’accent est mis sur la rapidité, la puissance.

D’un autre, les « arts martiaux internes » pratiquent le doux, le lisse. Ces styles et écoles (Aïkido, Tai Chi Chuan, Wu Tang) visent plutôt à canaliser et faire circuler l’énergie (interne : le « Khi ») et utilisent, dans le combat, la souplesse face à la force, retournant vers l’adversaire sa propre puissance (capacité à contrôler son adversaire et soi-même). L’accent est mis sur la fluidité, l’équilibre, la justesse.

En ce qui concerne le Viêt Nam, les écoles de style Feu comme le Viet Vo Dao, Qwan Ki Do, Tinh vo dao sont bien connus à l’étranger et appartiennent au premier groupe ; le Thuy Phap appartient, bien sûr, au second.

L’eau et le Viêt Nam : aspect culturel Le Vietnam n’est ni une île ni un archipel, mais il est entouré d’eau. Seulement 1,650 km du Nord au Sud à vol d’oiseau, et le Viêt Nam possède 3,120 km de front de mer. Deux rivières énormes, la rivière Rouge et le Mékong, avec de nombreux méandres, divisent le territoire en canaux et en morceaux de terre. De l’aube au coucher du soleil, les Vietnamiens voient de l’eau, utilisent de l’eau, travaillent dans l’eau, ajustent leur vie au rythme de l’eau.

L’histoire du Viêt Nam est faite d’une série de guerres. L’art martial national, au début, était une technique militaire de combat. Les guerriers vietnamiens ont dû apprendre, en premier lieu, comment se déplacer et mener le combat dans l’eau et sous l’eau. Par la suite, en temps de paix, les enseignants d’arts martiaux étudièrent le comportement des pêcheurs et des paysans afin de se perfectionner. Par exemple, comment un cultivateur peut-il rester toute une journée dans un champ de riz, sans avoir froid, comment travaille-t-il dans la boue sans glisser, et comment utilise-t-il la force de l’eau pour améliorer son efficacité, sa force et sa santé ?

Les Arts martiaux vietnamiens, et le Thuy Phap tout particulièrement, ont intégré ces enseignements : il s'agit de suivre le « bon sens » du corps. En outre, la gestuelle de la Méthode de l’Eau s’enjolive des formes circulaires et symboliques de l’eau, pluie, geyser ou jet d’eau, cascades, courants, vagues, douches ou chutes, gouttes, etc., voire s’inspire des comportements des poissons et des nageurs.

Ainsi, profondément attaché aux caractéristiques géographiques, historiques et culturelles qui l’ont vu naître, le Thuy Phap s’inscrit avec respect dans la tradition vietnamienne et veille à préserver une réelle authenticité nationale. Il ne s'agit en aucune façon d’un vain « folklore », mais bien plutôt de la (nécessaire) sauvegarde d’une richesse ancestrale -formelle, technique & spirituelle- menacée d’oubli à la suite des événements qui ont affecté le Viêt Nam au .

L’eau et le corps : aspect médical Dans le cadre conceptuel médico-philosophique de l’Asie sinisée, le corps humain contient plus de Yin (5/6) que de Yang (1/6), donc plus de liquide que de solide. Les médecins, s’intéressant au corps en mouvement, pensaient que la masse liquide circulant dans le corps humain (plus de 60 %) contribue à la circulation de l’énergie vitale. En effet, l’eau transporte le « khi » (qi, dans l’orthographe chinoise) à travers les méridiens (« canaux » en réseau dans l’ensemble du corps, en surface en en profondeur, et connectant les organes les uns aux autres).

Leurs œuvres ont jeté les bases de la pensée médicale dans les arts martiaux tels que le Thuy Phap. Outre le fait que cette pratique martiale améliore l’organisme par le renforcement musculaire et l’assouplissement des articulations, elle favoriserait donc aussi la bonne circulation de l’énergie vitale, la fluidité des mouvements externes affectant positivement la croissance et le développement de chaque organe interne. De plus, des cinq éléments constitutionnels du cosmos, l’élément EAU correspond à l’élément OS dans le corps, d’où une recherche de complémentarité entre le « souple » et le « rigide ».

Le Thuy Phap intègre dans sa pratique ces apports de siècles de pensée médicale. Comme l’indique son nom, la masse de liquide du corps humain joue un rôle clé dans le Thuy Phap. Ainsi, lors de l’exécution d’un quyên Thuy Phap, le principe fondamental est de transférer le poids de droite à gauche et vice-versa, et d’exécuter tous les mouvements circulaires tranquillement et sans interruption, comme l’eau qui coule. En outre, la coordination des muscles et le rythme de la respiration doivent être synchronisés. Cela permet à l’énergie vitale d’entrer et sortir du Dantian naturellement (le Dantian étant le centre d’où émane le Khi, situé dans la partie inférieure de l’abdomen). Lorsque le corps tout entier est en mouvement continu, l’énergie vitale circule librement le long de tous les canaux d’acupuncture bien connectés, se renforce et efface les petites tensions accumulées, les points de blocage. Il en résulte une sensation d’harmonie, de détente, de calme profond, et cela contribue à résister plus efficacement aux ingérences de l’extérieur, et à renforcer la santé.

La force de l’eau : aspect martial Au niveau des techniques de combats aussi, le Thuy Phap puise son inspiration dans la puissance de l’eau.

Niveau défensif Comme l'eau, insaisissable, dont le mouvement est continu, les techniques Thuy Phap visent à de se rendre insaisissable par des mouvements circulaires (cercles et spirales), continus et souples, et par des esquives. Mais avant tout, il s'agit de parvenir à parer et à bloquer les attaques de l'adversaire sans recourir à la force. Par exemple, on peut chercher à parer ou dévier un coup de poing par une gifle lourde (inertie d'un mouvement circulaire et relâché) ou bien en s'appuyant de tout son poids (avec tout son corps) sur le bras de l'adversaire, plutôt qu'en cherchant à opposer la force de mon bras à celle de mon adversaire.

Niveau offensif (plus exactement, il s'agit de riposte) La puissance n’est pas recherchée dans la force musculaire, mais comme résultant d'un mouvement de l'ensemble du corps et de l'inertie du mouvement. Les mouvements circulaires et souples (par exemple, le mouvement circulaire d'un bras relâché, pareil au mouvement d'un pantin), par l'inertie qu'ils induisent, offrent une puissance qui n'est pas celle de la force : les frappes de type eau sont des frappes lourdes, comme une claque par exemple, et que l'on peut comparer au choc d'une chute d'eau ou d'une vague que nous recevrions en pleine figure.

Au niveau défensif comme au niveau offensif, le Thuy Phap présente des mouvements circulaires, souples et relâchés (relâché ne veut pas dire mou) inspirés du mouvement de l'eau et dont le but est de pouvoir se défendre contre plus fort que soi, donc sans utiliser de force (historiquement, l'une des origines du Thuy Phap vient de ce que les vieux maîtres voulaient pouvoir se défendre contre des adversaires bien plus jeunes).

Un Art martial inscrit dans la tradition vietnamienne

Les AMV : aperçu historique (pour un historique plus complet, consulter la page « Arts martiaux vietnamiens »)

Le Viêt Nam est situé dans la partie inférieure de la péninsule indochinoise, au carrefour de deux civilisations : l’Inde et la Chine. L’histoire des arts martiaux vietnamiens affirme que les anciens boxeurs savaient se battre comme les Indiens, et que les moines sont allés en Birmanie pour étudier la philosophie, les techniques de combat et le système de respiration du yoga (ce dernier n’étant plus perceptible aujourd’hui que dans le Khi Cong vietnamien).

L’art du combat servait aux cultivateurs et paysans de moyen de défense et de survie à un niveau local, d’abord, et ensuite, du fait de la situation géographique du Viêt Nam, devint un véritable « art martial »(« Vo Thuat », en vietnamien) pour lutter contre les multiples tentatives d’invasion et d’occupation de leurs belliqueux voisins : la Chine, surtout, mais aussi les Mongols par exemple, et ensuite, bien plus tard, la France, le Japon et les États-Unis enfin. C’est au cours de cette histoire, dans ce creuset particulier qu’est le Viêt Nam, que le peuple vietnamien a créé et enrichi ses propres techniques, dans un mouvement d’influences réciproques.

S’il est indéniable que les arts chinois, principalement, ont influencé la pratique martiale au Viêt Nam (de même que le Karatedo japonais, le taekwondo coréen, etc., qui se sont inspirés du Wu Shu pour améliorer leurs propres compétences traditionnelles), le Vo Thuat ne peut être considéré comme un pâle ersatz des arts martiaux chinois. Suivant le vieil adage « Ajouter, modifier, assimiler, ne jamais s’assujettir », les maîtres vietnamiens ont nourri leur pratique des apports chinois, mais en adaptant tous ces enseignements aux us et coutumes vietnamiens.

Ainsi, le Vo Thuat peut se targuer d’une réelle authenticité, ancrée dans une mentalité spécifique, une culture riche, et une histoire bien particulière.

Le Thuy Phap et les AMV contemporains Très souvent au cours de l’histoire du Viêt Nam, la pratique des arts martiaux fut interdite par le pouvoir en place, et son enseignement dut se faire en secret. Ce fut à nouveau le cas, et de manière sans doute plus radicale encore, au . Un grand nombre de Vietnamiens s’exilèrent, et, parmi eux, beaucoup de maîtres en arts martiaux, qui rouvrirent leurs écoles dans leurs pays d’accueil.