L'Assemblée nationale prussienne ( en allemand) est la première assemblée élue du royaume de Prusse. Elle fut créée à la suite de la révolution de Mars, qui avait pour objectif de mettre fin à la restauration politique, établir des libertés politiques ainsi que l'unité nationale. La tâche de l'assemblée était la rédaction d'une constitution pour le royaume, ce qui la rapprochait du parlement de Francfort, qui devait alors être en train d'effectuer de même à l'échelle nationale.

Elle fut mise en place au même moment que le gouvernement de mars dirigé par Ludolf Camphausen. Elle siégea du à septembre de la même année à Berlin dans l'académie de chant derrière la . Une ébauche de constitution rédigée par le gouvernement sans concertation avec l'assemblée fut présentée lors de son ouverture. Rapidement, un débat sur la position à prendre vis-à-vis de la révolution eut lieu. Le , la motion Waldeck, qui demandait le réexamen de la constitution proposée, fut acceptée. Ce vote de rejet provoqua la démission du gouvernement Camphausen. Un autre texte, dénommé charte Waldeck en référence à son rédacteur, fut alors présenté. Cependant la contre-révolution gagnait du terrain entre-temps. Ainsi l'assemblée dut déménager en septembre au (actuel ) proche de la . Le le gouvernement déplaça de nouveau l'assemblée, cette fois vers Brandebourg-sur-la-Havel. Finalement elle fut dissoute par ordre royal le . La constitution qui y fut écrite fut, certes, rejetée par le gouvernement, mais celle imposée par Frédéric-Guillaume IV de Prusse en en reprit de nombreux articles.

Contexte

thumb|L'arrivée au pouvoir du roi Frédéric-Guillaume IV fit naître d'immenses espoirs, finalement déçus, parmi les libéraux.|alt=Portrait du souverain.

alt=Carte d'Europe sur laquelle est mis en couleur le territoire du royaume de Prusse.|left|thumb|Le royaume de Prusse entre 1815 et 1848. La période du (l'), qui s'étend de 1815 à 1848, fut marquée par la restauration politique mise en place par la Sainte-Alliance et en particulier par le chancelier autrichien Metternich dans la Confédération germanique. Les décrets de Karlsbad avaient en particulier pour objectif de lutter contre la propagation des idées libérales et nationalistes grâce à des mesures de censure renforcées et la diminution de la liberté de la presse..

En Prusse, l'arrivée sur le trône de Frédéric-Guillaume IV en 1840 souleva d'immenses espoirs parmi les libéraux. Son penchant pour le romantisme était considéré avec sympathie, car garant de l'identité allemande, et un changement était attendu pour en finir avec la politique répressive de son père. Il convoqua certes des parlements provinciaux mais n'envisageait pas de créer une représentation nationale.. En , le roi se vit néanmoins forcé de convoquer le parlement uni prussien afin de permettre la levée d'un emprunt pour financer une ligne de chemin de fer entre la Westphalie et le Brandebourg. L'assemblée se réunit à partir du . Cependant celle-ci ne prenant pas la voie escomptée, Frédéric-Guillaume IV la dissolvait en juin de la même année..

Révolution de Mars

Après les révolutions en Italie début janvier 1848 et en France en février, les États allemands rejoignirent les soulèvements européens.. Les révolutionnaires des États allemands aspiraient à l'établissement des libertés politiques ainsi qu'à l'unité nationale..

Sous la pression des événements révolutionnaires ayant lieu à Berlin depuis le , le roi Frédéric-Guillaume IV fit des concessions dans un premier temps. Il consentit à la mise en place d'un parlement, à introduire la liberté de la presse, à supprimer les barrières douanières et à réformer la Confédération germanique. Le , après la lecture de la loi en question, deux tirs partirent des rangs de l'armée et dispersèrent des milliers de citoyens qui étaient réunis sur la place du château. Cela provoqua d'abord un mouvement de panique puis des combats sur les barricades et dans les rues de Berlin entre les révolutionnaires et l'armée régulière prussienne ; les rebelles réussirent dans un premier temps à l'emporter. Le , les troupes furent retirées de Berlin sur l'ordre du roi. Ces combats eurent pour conséquence plusieurs centaines de morts et plus d'un millier de blessés, des deux côtés.... thumb|left|Le cimetière des victimes de mars, dans le quartier Berlin-Friedrichshain.|alt=Photo montrant une tombe.

Au vu du nombre des victimes, le roi honora les révolutionnaires tués. Le , il s'inclina devant les corps exposés des , avant qu'ils ne soient enterrés le au , et il se montra en public avec un bandeau aux couleurs de la révolution (noir, rouge et or). Cette manœuvre servit surtout à gagner du temps : en utilisant le vocabulaire des révolutionnaires et en allant dans leurs sens, il s'assurait de calmer une révolution aux conséquences incertaines. Dans un appel à , il promit la dissolution de la Prusse dans l'Allemagne .. Le , un ministère de mars libéral fut mis en place.. Le , Frédéric-Guillaume convoqua pour la seconde fois le parlement uni..

Sur le plan national, le , les hommes politiques et députés formant l'opposition à la restauration se rassemblèrent à Heidelberg afin de se coordonner.. Ils décidèrent de la création d'un pré-parlement qui devait décider du mode d'élection d'une assemblée devant donner une constitution à l'Allemagne.. Celui-ci siégea du au à Francfort-sur-le-Main. Après des élections début mai, le parlement de Francfort fut ouvert le dans l'église Saint-Paul.

Élections et missions de l'assemblée thumb|Ouverture du second parlement uni prussien en 1848.|alt=Vue d'une grande salle dans un le château de Berlin avec des bancs rectilignes. Le but poursuivi par Frédéric-Guillaume IV et les membres du gouvernement de mars dirigé par Ludolf Camphausen en organisant des élections était de canaliser la révolution..

Le parlement uni prussien décida de former une assemblée nationale afin de donner à la Prusse une constitution et trouver un système d'élection. Georg von Vincke réussit à faire passer son amendement qui prévoyait que l'Assemblée nationale devait avoir l'accord du roi pour mettre en place la constitution. La possibilité que le parlement soit seul responsable de la constitution fut donc directement exclue..

Les élections furent faites au suffrage universel masculin, égalitaire et indirect. Tous les hommes de et plus et habitants depuis plus de six mois au même endroit et ne recevant pas d'assistance publique, c'est-à-dire n'étant pas dans la pauvreté, avaient le droit de vote. L'assiette électorale était donc particulièrement large, plus que dans les autres grands États allemands de l'époque. Les élections se déroulent le , en même temps que celles pour la constitution du parlement de Francfort. Les grands électeurs votèrent par la suite le 8 et pour constituer le parlement, qui commença à siéger le 22..

Composition de l'assemblée Membres de l'Assemblée nationale de 1848. Catégorie Nombre Fonctionnaires 73 Profession judiciaire (sans les avocats) 87 Enseignants 26 Fonctionnaires (au sens large) (total) 186 Ecclésiastes 51 Profession libérale (dont avocats) 17 Bourgeois (commerçants, industriels) 39 Propriétaires terriens 73 Artisans 18 Divers 11 total 395

Les membres de l'Assemblée nationale prussienne étaient assez différents de ceux du parlement de Francfort. Les professeurs et juristes étaient peu présents à Berlin, quant aux journalistes et écrivains ils étaient complètement absents. Par contre, les artisans et fermiers, au nombre de quarante-six, et les grands propriétaires terriens, au nombre de vingt-sept, étaient bien représentés. Il y avait également plus de juges. Comme à Francfort toutefois, la plupart étaient fonctionnaires, ce terme incluant les juges et les enseignants.

L'Assemblée nationale prussienne était globalement moins sous l'influence de la bourgeoisie et plus sous celle des classes moyennes que celle de Francfort. Cela était en partie dû au fait que les hommes politiques renommés étaient envoyées principalement au parlement de Francfort. Les députés prussiens étaient en comparaison proches du peuple..

Constitution de groupes parlementaires thumb|Députés du parlement uni prussien, de l'Assemblée nationale prussienne et du parlement de FrancfortDe gauche à droite : Carl Mittermaier, David Hansemann, Maximilian von Schwerin-Putzar, Rudolf von Auerswald, Franz Leo Benedikt Waldeck, Friedrich Römer, Friedrich Christoph Dahlmann, Ludolf Camphausen, Hermann von Beckerath, Hermann Schulze-Delitzsch et Carl Theodor Welcker.|alt=Dessin montrant les visages des différents députés.

Comme à Francfort des groupes parlementaires se formèrent rapidement sans qu'on puisse réellement parler de partis. Le premier sujet de discorde concerne le fait que le jour de l'ouverture de l'Assemblée nationale, les députés devaient se rendre à pied au château royal. Si les conservateurs et les libéraux n'y voyaient pas d'inconvénient, les démocrates y étaient formellement opposés. Ainsi Jodocus Temme déclara :

Les factions n'étaient pas officielles et de plus mouvantes, il est donc difficile de les déterminer avec précision. L'Assemblée nationale prussienne était globalement plus radicale et positionnée plus à gauche que son pendant de Francfort. Les conservateurs de l'entourage des frères Gerlach et de leur journal le n'étaient pour ainsi dire pas présents. La droite était donc constituée d'ancien libéraux prussiens, soutenant la mise en place d'une monarchie constitutionnelle. Elle siégeait dans l'opposition durant la période de la et au parlement uni prussien. Parmi eux on peut citer les bourgeois rhénans tel Camphausen et Hansemann, les et les catholiques de Westphalie comme Johann Friedrich Joseph Sommer. La fraction francfortoise la plus proche de ce groupe était la fraction Casino. Plus tard, la droite se scinda en deux avec la formation de la fraction Harkort qui garda cependant le même cap politique.

Groupes parlementaires dans l'Assemblée nationale de 1848 Nom Nombre de membres Droite 120 Fraction Harkort 30 Centre-droit 40 Centre-gauche 90 Gauche 120 total 400

Le centre-droit était constitué des libéraux-démocrates, défenseur du constitutionnalisme mais avec une forte composante parlementaire. Il était en cela proche de la de Francfort. Le centre gauche, semblable au de Francfort, partageait des positions semblables à celle de la gauche et avait un rôle clé au parlement car uni à la gauche il permettait à celle-ci d'avoir la majorité.

La gauche était divisée en deux : une aile parlementaire et une aile républicaine plus radicale. La gauche prussienne était plus ouverte au compromis que celle de Francfort, qui était constituée du et du . Elle avait par ailleurs une influence plus grande qu'à Francfort, quand bien même elle perdait les votes cruciaux.

Les personnalités les plus influentes du parlement étaient probablement Benedikt Waldeck et Jodocus Temme, tous deux de gauche, qui décidaient souvent de l'issue des négociations. Seul Karl Rodbertus, meneur du centre-gauche, leur faisait parfois de l'ombre...

Pétitions et influences extérieures thumb|Assemblée constituante siégeant dans l'académie de chant en 1848, gravure sur bois.|alt=Vue de la salle plénière, qui n'est pas un hémicycle mais forme un rectangle. Le parlement reçut de nombreuses pétitions : de sa création à . Un comité les traitait spécialement, mais leur nombre fit qu'il était continuellement débordé. Parmi elles, les problèmes agricoles, majoritaires, représentaient par exemple en des demandes. Les questions concernant l'école et l'Église suivaient, ainsi que celles portant sur le commerce, l'industrie et les impôts. La presse politique, des groupes d'intérêt avaient également une influence non négligeable sur le parlement..

Débat sur la reconnaissance de la révolution