Jésus de Nazareth est un Juif de Galilée, né entre l'an 7 et l'an
Selon les évangiles, qui constituent la principale source d'information sur sa vie, il apparaît dans le cercle de Jean le Baptiste avant de s'engager, entouré de quelques disciples, dans une courte carrière de prédication itinérante de deux à trois ans, essentiellement en Galilée, en pratiquant guérisons et exorcismes. Il suscite engouement et ferveur, s'attirant la méfiance des autorités politiques et religieuses, avant d'être arrêté, condamné et crucifié vers l'an 30 à Jérusalem pendant la fête juive de la Pâque, sous l'administration du préfet Ponce Pilate.
L'annonce de sa résurrection par ses disciples, qui le reconnaissent comme le Messie annoncé dans l'Ancien Testament et transmettent son histoire et ses enseignements, donne naissance au christianisme primitif. Pour les chrétiens, celui qu'ils appellent Jésus-Christ est le Fils de Dieu, envoyé aux hommes pour les sauver. Dans l'islam, Jésus de Nazareth, appelé ʿĪsā, est considéré comme un prophète majeur.
Le retentissement de son message, transmis par les différentes Églises chrétiennes, et les interprétations auxquelles il a donné lieu, ont influencé différentes cultures et civilisations au cours de l'Histoire. Il a inspiré une importante production théologique, littéraire et artistique. L'année de sa naissance est prise comme origine conventionnelle des calendriers julien et grégorien, et le dimanche, jour de la célébration de sa résurrection, s'est imposé comme le jour de repos hebdomadaire au-delà même de la chrétienté. Cette importance contraste avec la brièveté de sa prédication et le peu de traces historiques conservées à son sujet.
Étymologie et dénomination Jésus Jésus, en grec / , vient de YehoshuaDictionnaire de la Bible, entrée « Jésus », Paris, éd. Robert Laffont, 1989.Karel van der Toorn, Bob Becking et Pieter Willem van der Horst, Dictionary of Deities and Demons of the Bible, Leyde, éd. Brill, 1999, : « Iesous is the Greek form of the Hebrew personal name yĕhōšūʿa stamped after its postexilic variant yēšūʿa » ; Amy-Jill Levine et Marc Z. Brettler, The Jewish Annotated New Testament, éd. Oxford University Press, 2011, , extrait en ligne. (hébreu : ), à travers sa forme abrégée YeshuaVoir l'article dans le Thayer's Lexicon, in Dictionary and Word Search for Iēsous (Strong's 2424), Blue Letter Bible, 1996-2008 . (hébreu : ). Yeshua signifie « Sauveur »Dictionnaire Brown-Driver-Briggs. et Yehoshua est un nom théophore qui signifie : « Dieu (YHWH) sauveLe Brown-Driver-Briggs, la référence des dictionnaires d'hébreu biblique, rapporte que le sens de Yeshua peut également marquer l'« opulence » en plus de la salvation ; cf. Francis Brown, Samuel Rolles Driver et Charles Augustus Briggs, Hebrew and English Lexicon of the Old Testament, Oxford, éd. Clarendon Press, 1939, , article en ligne. ». La Septante (rédigée en grec) utilise également le nom de Iesoûs pour désigner Josué, lieutenant et successeur de Moïse« Les Pères de l'Église ne manqueront pas d'utiliser cette homonymie : c'est "Jésus" (Christ) qui assure la victoire finale sur Amalek », in Cécile Dogniez et Marguerite Harl (dir.), Le Pentateuque. La Bible d'Alexandrie, Paris, éd. Gallimard, « Folio Essais », 2003, 731, note.. Le nom était généralement prononcé « Yeshua » mais vraisemblablement « Yeshu » dans la prononciation galiléenne..
« Jésus » est un prénom courant dans la Palestine du : il est le sixième nom masculin+ Occurrences de prénoms masculins dans la Palestine du Prénom Fréquence (%) Simon Joseph Juda Éléazar Johanan Joshua (Jésus) Hananiah Jonathan Mattathias Ménahem le plus fréquent à cette époque.. Il est par exemple attesté pour Jésus Ben Sira, l'auteur du Siracide, pour un fils d' dans l'Évangile selon Luc., ou encore pour Barabbas, le personnage libéré par Ponce Pilate selon certaines versions de l'Évangile selon MatthieuB. Feldman, « Barabbas and the Gospel of Yeshua the Galilean », American Imago, New York, vol. 39, , 1982, , et Jean-Paul Michaud, « Barabbas », InterBible, 26 septembre 2003.. L'historien juif Flavius Josèphe mentionne vingt individus prénommés de la sorte, dont une dizaine à l'époque de Jésus de Nazareth..
Dans le Nouveau Testament, Jésus est qualifié plusieurs fois en grec de / , « Nazôréen »À six reprises dans les Évangiles, sauf Marc, par ex. , et six dans les Actes, par ex. .. Ce terme est discutéFrançois Blanchetière, « Reconstruire les origines chrétiennes : le courant "nazaréen" », in Bulletin du Centre de recherche français de Jérusalem, , 2007, en ligne. et peut venir de l'hébreu nsr qui signifie « celui qui observe [la Loi] », ou de nzr, « celui qui se consacre [à Dieu] », ou encore « rejeton » (d'Israël). Le nom de nazôréen servira par la suite à désigner un courant juif en PalestineUn passage des Actes des Apôtres rapporte que l'avocat Tertulle accuse l'apôtre Paul en ces termes : « Nous avons trouvé cet homme, qui est une peste, qui excite des divisions parmi tous les Juifs du monde, qui est chef du parti [en grec / ] des nazoréens » (). qui croit en la messianité de JésusSimon Mimouni, « Les nazôréens descendant de l'Église de Jérusalem », in Les premiers temps de l’Église, éd. Gallimard / Le Monde de la Bible, 2004, .. On trouve également parfois / , « Nazarénien »À quatre reprises dans l'Évangile selon Marc, et deux, selon Luc, par ex. ., qui est « l'homme du village de NazarethΕn grec , ou . », et qui, selon certains chercheurs, ferait référence à une naissance dans ce villageJohn P. Meier, Un certain juif Jésus. Les données de l'histoire. I. Les sources, les origines, les dates, Paris, Éditions du Cerf, 2004, recension en ligne.. D'autres théories existent encoreSelon B. Gärtner, cette dénomination ne serait pas à rapprocher des mots évoqués précédemment mais de nesûrîm, « sauvés » ou « rescapés » d'Israël, qui se trouve dans le Livre d'Isaïe () ; « sauvés » se retrouve en . Une dérivation de , neser (« descendant », « rejeton ») est moins convaincante., comme celle faisant référence à son rattachement à une hypothétique communauté de nazirsPour les différentes hypothèses, voir .. Dans les Évangiles, aucune de ces dénominations n'est utilisée par Jésus lui-même ni par ses disciplesSimon Mimouni, « Les nazôréens descendant de l'Église de Jérusalem », , 387..
Titulatures dans le Nouveau Testament
Jésus ne semble pas s'être attribué de titres, à l'exception du mot « Fils », et paraît avoir gardé un silence absolu sur son identité. Il est néanmoins nommé de multiples façons dans la littérature néotestamentaire, chacun de ces noms et titres suggérant une façon dont ont pu l'appréhender ou le considérer ses différents interlocuteurs, puis, dans la mesure où l'essentiel de cette titulature a été composée après sa mort, les diverses communautés chrétiennes dont sont issus ces textes.
Parmi les différents titres appliqués à Jésus, on trouve le terme « Rabbi », ou le terme proche en araméen « Rabbouni »Au radical Rab (« maître ») s'ajoute -ou (« notre ») et -ni (le nun est euphonique et le yod signifie « à moi »). Ce mot translittéré, et non traduit, dans l'appellation affective utilisée par Marie de Magdala en pourrait se traduire par « notre maître à moi » (, Grammaire élémentaire de l'hébreu biblique, Paris, éd. Beauchesne, coll. « Langues anciennes », 1988)., qui signifie au le « maître » pharisien, au sens « maître et philosophe » d'un groupe pharisienÉtienne Nodet, o.p., La Crise maccabéenne – Historiographie juive et traditions bibliques, Paris, éd. Cerf, 2005. ; on trouve également les titres de « Maître » , de « Prophète attendu », de « Juste », de « Saint », de « Messie-Christ », de « Fils de David » , de « Roi des Judéens », de « Juge eschatologique », de « Berger » ou de « Pasteur », de « Seigneur », ou encore de « Serviteur », qui semble être l'un des plus anciens de ces titres. L'Évangile selon Jean rapporte que la croix de son exécution était surmontée d'un titulus qui portait l'inscription INRI signifiant « Jésus le nazôréen, Roi des Juifs »Dans le grec de l'Évangile selon Jean : Ἰησοῦς ὁ Ναζωραῖος ὁ βασιλεῦς τῶν Ἰουδαίων., cf. Claude Tassin, « Jean-Baptiste et les baptistes », in Aux origines du christianisme, Paris, éd. Gallimard / Le Monde de la Bible, 2000, 178..
L'expression «Fils de l’homme » que s'attribue à plusieurs reprises Jésus lui-même dans les évangilesLes paroles que les rédacteurs des évangiles placent dans la bouche de Jésus ne représentent pas les « paroles mêmes de Jésus » (les ipsima verba) mais seulement la manière dont au temps de la rédaction les disciples « ressentaient » Jésus ; cf Rudolf Bultmann, Jésus. Mythologie et démythologisation, éd. Seuil, 1968 et H. Conzelmann et A. Lindemann, Guide pour l'étude du Nouveau Testament, éd. Labor et Fides/le Monde de la Bible , 1999 se trouve précédemment dans la littérature hébraïque, dans le Livre des Psaumes., où elle désigne l'homme ordinaire. Chez le prophète Ézéchiel., le Fils de l'homme définit la fonction prophétique. Dans le Livre de Daniel., elle s’applique au statut messianiqueAinsi qu'on le suggère dans ..
Sa désignation comme « Christ » (du grec / , traduction de l'hébreu : מָשִׁיחַ - mashia'h, Messie, signifiant « l’oint [du Seigneur] ») a une forte connotation politique et religieuse dans l'espérance messianique de cette époque. De son vivant, Jésus interdit à ses disciples de dire à quiconque qu'il est le Messie, , ..
Enfin, Jésus est aussi désigné comme « Fils de Dieu » par lui-même., par le tentateur, ., par les démons qui sortent des possédés, , ., par ceux qui le découvrent comme tel, , , . ; et lors de son procès, , ..
Biographie Sources vignette|La Palestine au temps de Jésus. La biographie de Jésus de Nazareth est très mal connue. La principale source d'information vient des textes rédigés vraisemblablement entre 65 et 110Michel Quesnel, « Les sources littéraires de la vie de Jésus », (Aux origines du christianisme, éd. Gallimard/Le Monde de la Bible, 2000, 191) propose 65-95. La majorité des historiens pensent à une rédaction entre 70 et 110. Cf. Daniel Marguerat et alii, Introduction au Nouveau Testament, Labor et Fides, et Raymond E. Brown p.s.s., Que sait-on du Nouveau Testament ?, Bayard, qui donne la fourchette 68-110. qui seront appelés « Évangiles » vers 150Pierre Geoltrain, « Les origines du christianisme : comment en écrire l'histoire », in Aux origines du christianisme, éd. Gallimard/Le Monde de la Bible, 2000, XVII., textes dont le but n'est pas historique mais apologétique, et dont l'interprétation en termes de biographie historique est souvent hasardeuse. Michel Quesnel souligne que « les Évangiles ont retenu de la vie de Jésus un certain nombre de scènes et de paroles qui sont avant tout témoignages de foi et dont l'historicité peut à bon droit être questionnée »Michel Quesnel, « Jésus et le témoignage des Évangiles », in Aux origines du christianisme, éd. Gallimard/Le Monde de la Bible, 2000, 199..
Les éléments biographiques se résument à peu de choses, au point que théologiens et exégètes ont pu parler de « mystère de Jésus ».. Lorsque l'historien aborde la question de Jésus de Nazareth, il .