vignette|Une femme peule, chez les Woɗaaɓe du Mali. L’origine des populations peules a fait l'objet d'un nombre considérable de théories, dont aucune ne fait aujourd'hui consensus parmi les historiens. Beaucoup de ces hypothèses furent émises au début du , à une époque où les rapprochements les plus hasardeux entre langues ou populations n'étaient pas rares. Ainsi, il importe de prendre les lignes qui suivent avec un maximum de précautions, même lorsqu'elles comportent des références publiées.
En particulier, aucun historien moderne n'accepterait les hypothèses liant les Peuls aux peuples indo-européens, indo-aryens ou mésopotamiens. En outre, les hypothèses rattachant les Peuls à l’Égypte pharaonique sont également largement discréditées. Néanmoins, les études récentes en paléogénétique montrent que les Peuls sont issus d'un mélange entre un groupe d’Afrique de l’Ouest et un groupe portant à la fois une ascendance européens et une ascendance est-africaine.
Théories faisant consensus aujourd'hui
Génétique Une étude génétique publiée en 2019 montre que les populations peules sont issus d'un mélange entre un groupe d’Afrique de l’Ouest et un groupe portant à la fois des ancêtres européens et nord-africains. Ainsi, les Peuls de Ziniaré au Burkina Faso ont des fractions d'ascendance d'origine d'Afrique de l'Ouest à raison de 74,5 %, 21,4 % d'origine européenne et 4,1 % d'origine est-africaine. Une structure génétique similaire est observée parmi tous les autres groupes de Peuls, à l'exception des Peuls de Gambie. Ce mélange doit probablement être associé aux pratiques d'élevage adoptées dans le passé, car il a entraîné des adaptations génétiques dont notamment l'élément de contrôle du gène LCT permettant aux porteurs de digérer le lactose tout au long de leur vie. Cet allèle T-13910 LP chez les individus peuls analysés dans cette étude repose sur un fond européen d'haplotype ce qui exclut une évolution parallèle convergente Mário Vicente et al., Population history and genetic adaptation of the Fulani nomads: inferences from genome-wide data and the lactase persistence trait, BMC Genomics, volume 20, Article numéro: 915, 2019.
L'identification des fragments d'ascendance spécifiques flanquant des segments de type européen conforte l'opinion selon laquelle l'ascendance européenne dans les génomes peuls est couplée à leur composante nord-africaine. Ces deux ancêtres génétiques se sont mélangés dans le nord-ouest du continent africain depuis au moins . Une étude de 2018 a établi un lien entre la diffusion de populations par le détroit de Gibraltar aux migrations néolithiques et au développement néolithique en Afrique du Nord. Cette ascendance mixte trans-gibraltarienne avait déjà été observée dans le pool génique mitochondrial des Peuls qui relie les Peuls au sud-ouest de l'Europe à partir des haplogroupes d'ADNmt H1cb1 et U5b1b1b. La lignée paternelle R1b-V88 montre des estimations d'âge similaires indiquant le moment où les premiers éleveurs se sont installés dans la ceinture Sahel / savane Iva Kulichová et al., Internal diversification of non‐Sub‐Saharan haplogroups in Sahelian populations and the spread of pastoralism beyond the Sahara, onlinelibrary.wiley.com, 24 juillet 2017.
L'étude déduit que la proportion de non-Africains chez les Peuls a été introduite par le biais de deux mélanges datés pour le premier entre 1500 et 2138 ans et le second entre 237–368 ans. Le premier mélange supposé entre les ancêtres ouest-africains des Peuls et un groupe nord-africain ancestral a probablement favorisé , voire catalysé des changements dans le mode de vie de ces populations et a par conséquent conduit l'expansion des Peuls dans la ceinture Sahel / savane. Ce point de vue est compatible avec les traces du pastoralisme dans la savane ouest-africaine (nord du Burkina Faso, en particulier), commençant il y a environ 2000 ans selon des données archéologiques. Le deuxième événement d'adjonction remonte à une époque plus récente, provenant d'une source de l'Europe du sud-ouest. Cet événement peut probablement être expliqué par un flux de gènes ultérieur entre les Peuls et des populations nord-africaines (qui supportent des proportions importantes de mélanges avec les Européens en raison du flux de gènes par Gibraltar) ou encore par l'expansion coloniale européenne en Afrique.
Théories supposées
L'origine (ou les origines) des Peuls a donné naissance à une littérature abondante de qualité inégale, qu'il est difficile de résumer.
De la fin du aux années soixante, on les désigne sous le nom de Hamites (terme désignant des tribus du nord-est de langues caucasoïdes)def. p. 93 in L'Afrique, 50 cartes et fiches de Etienne Smith, éd. Ellipses, 2009 & p.26 et p. 21 Le Mali de Joseph Roger de Benoist, ed. L'Harmattan, 1998. Ce terme est aujourd'hui quelque peu abandonné, au profit de celui plus généraliste de BerbèresJean Jolly 2002: 14 ou lorsque l'origine est précisée, « pasteurs d'origine indo-européenne »Jean Jolly, L'Afrique et son environnement Européen et Asiatique-Atlas historique, éd. Paris-Méditerranée, 2002. Certains auteurs opèrent une distinction entre Berbères et populations d'origine indo-européenne ayant pénétré durant la Haute-Antiquité ; Peuples de la mer, Hittites, Hyksôs (ces derniers étant un mélange d'Indo-européens et d'Asiatiques)Bernard Nantet, Histoire du Sahara et des Sahariens, éd. Ibis press, 2008. D'après le Lasnet (cité par Henri Lhote), ils auraient été connus des auteurs de l'Antiquité (Pline et Ptolémée) sous le nom de leuco-Éthiopiens, c'est-à-dire « Éthiopiens blancs », thèse reprise par Henri LhoteHenri Lhote, L'extraordinaire aventure des Peuls, Présence Africaine/doc/1959, pp.48-57.. Pour Gustave d'Eichthal (1804-1886) et André Arcin, les Peuls seraient les Phout, Fouth, Foud ou Foull de la Bible (Genèse 10-6, 10-14) où ils sont rattachés aux peuples situés à l'Est de la MésopotamieKranse : « La genèse fait descendre les Libyens de Phout, fils de Cham. », p.7 in Moreau/doc/Notice ethnologique sur le Soudan, 1897.
D'après leurs légendes orales, les Peuls sont originaires du Levant (terme dévolu à l'Orient). Ce mythe s'inscrit aussi bien dans les rites (prières matinales au soleil rouge du levant, pour demander le retour à Yôyô, ville mythique située en Orient, les rites funéraires, que dans les mœurs ou la psychologie)Culture - p.64 Les Bergers du Soleil, de J. M. Mathieu, ed. DésIris, 1998. D'après le scientifique peul, originaire du Sénégal, Aboubacry Moussa Lam, la ville mythique de Yôyô, serait a situer en Égypte-Nubie. S'étant basé sur les traditions orales de Peuls d'Afrique de l'ouest, comme on peut le voir dans ses ouvrages Les chemins du Nil : les relations entre l'Égypte ancienne et l'Afrique noire, ou bien De l'origine égyptienne des Peuls.
Le problème des origines
Les Peuls apparaissent encore sous d'autres appellations : éthiopiens"Ethiopiens d'Afrique de l'Ouest" dans certains ouvrages ou autre variante ; "couchites" ; méditerranéens ; chamitesReprésentation identitaire - p. 1-82 in Figures peules de Jean Boutrais, Roger Botte et Jean Schmitz, éd. Karthala, 1999.
Peuple situé à la frontière entre le monde nord-africain et l'Afrique noire, les Peuls ont été perçus par les Européens comme un peuple métis, ce qui posera un grand problème aux classifications rigides du et de la première moitié du . Ils furent par conséquent, au centre d'une entreprise de recherches internationales, car leur présence en ces lieux, posait aux chercheurs de l'époque un double problème: celui du métissage et celui de la migration, c'est-à-dire de l'origine. Ces travaux devaient en outre, permettre de comprendre les migrations humaines en Afrique. Au , ils s'inscrivaient sous l'égide de l’école polygéniste française, proposant le métissage comme modèle explicatif aux multiples interrogations des nombreux observateursFigures peules, ibid., p.75. Cent ans plus tard, une autre lecture de l'histoire proposée par Cheikh Anta Diop (1970-1980) - conforme aux hypothèses de Sergi (Boëtsch & Ferrié 1994) et d'Elliot Smith voyageur écossais au Soudan en 1928 - consiste en une translation entre « méditerranéens » et « noirs »Figures peules, ibid., p.81-82 in : Trois grandes théories sur l'origine des Peuls ont donc été développées depuis la fin du , durant tout le et début du :
L'Éthiopienne (Verneau : 1895 ; Pales : 1952 ; Lhote 1959) L'Égypto-nubienne (Diop : 1967, 1973, 1981 ; Dieng : 1989 ; Froment : 1991) La Libyenne ou berbère (Cortambert : 1860 ; Béranger-Féraud : 1875 ; Deniker: 1900 ; Sarrazin : 1901 ; Lhote : 1958 ; Cavalli-Sforza : 1992).
La complexité de l'identité peule tient précisément à son métissage. Le discours itératif autour des Peuls sera souvent celui de la pureté et du mélange, du vrai et du faux (vrais Peuls ; faux Peuls). Ils seront pour longtemps classés en tant que Peuls « rouges » et Peuls « noirs » dans l'anthropologie européenne. Les premiers possédants des caractères europoïdes que ne posséderaient pas les seconds. À cette dichotomie, Joseph Deniker en 1900 élaborera la théorie du « métissage en strates discrètes ». Il faut compter en effet quatre ensembles distincts survenus à différentes périodes de l'histoire. Le premier métissage évoqué par les historiens, fut celui d'un apport berbère important, survenu à différentes périodes. L'un très ancien du néolithique jusqu'à la période islamique. Le deuxième plus récent et géographiquement circonscrit, survient au avec l'invasion de tribus maures au Fouta-ToroOumar Kane, Les Maures et le Futa Toro au in cahier d'études africaines, 1974, vol.4, , 237-252. Ce métissage concerne en particulier les Peuls du Fulaadu, du Fouta-Toro et du Burkina Faso, (branche venue de l'Est du Fouta Toro).
À ce métissage dit « régional », il faut ajouter un élément que les chercheurs s'accordent à considérer comme asiatique. Des historiens et des linguistes soutiennent depuis longtemps l'ascendance indienne de ces pasteursSennen Andriamirado; Virginie Andriamirado, Le Mali, éd. du Jaguar, 2003, 7). De récentes recherches ont montré que certains rapprochements pouvaient être fait avec certaines tribus pastorales d'Asie centraleMoreau, in Hérodote l'Enquête, éd. Gallimard, 2006, note p. 527 ce qui pourrait les rapprocher des Hyksôs dont pense qu'ils ont introduit le cheval en Afrique.
Mais à ces deux apports l'un berbère, l'autre asiatique, un troisième élément vient s'ajouter. ont évoqué l'intervention d'un ou plusieurs Peuples de la merFigures Peules, ibid., p. 66 dans l’ethnogenèse peule et ce pour un événement historique majeur ; l'introduction du zébu en Afrique - espèce qui n'était pas représentée sur les peintures rupestres du Tassili étudiées par Henri Lhote, mais qui sont aujourd'hui présents chez les Peuls<ref>Figures Peules, ibid. 66 & in Bernard Lugan, Histoire de l'Afrique des origines à nos jours, éd. Ellipses, 2008, p. 44</ref>. Pour les Peuls auraient été des Palestiniens ou des Mésopotamiens, c'est-à-dire, des éléments du groupe sémite (Le Mali: 66)Le Mali, 2003, ibid., p.66 Ainsi, pour Maurice Delafosse, leur ascendance serait judéo-syrienne. Ces juifs, auraient été chassés de la Cyrénaïque et auraient migré vers le Mali.
Cependant des recherches récentes en génétique des populations n'ont pas confirmé cette thèse qui est aujourd'hui abandonnée. L'ensemble de ces différentes "strates", se situent sur un substrat soudano-guinéen effectif depuis le pour les Peuls d'Afrique de l'Ouest (Guinée-Bissau, Sierra Leone, Sénégal, Sénégambie) et du au pour les Peuls du Mali, du Niger, du Burkina Faso, de Guinée, du Bénin, du Nigeria, du Tchad, du nord Soudan, ou du nord Cameroun (migrations par vagues en deux phases)p.12-13 Parlons pular Anne Leroy et Alpha Oumar Kona Balde, éd. L'Harmattan, 2002.