Le Lit à colonnes est un film français réalisé par Roland Tual, sorti en 1942.

Le film suit un détenu, compositeur de talent, crée en prison une œuvre musicale, Le Lit à colonnes, inspirée par l’amour qu’il porte à sa muse, la fille du directeur de la prison, lequel usurpera cette œuvre en se l’attribuant pour satisfaire son égo. La découverte de ce vol restera secrète.

Synopsis

Dans les années 1880, non loin d’une petite ville de la province française, Clément Porey-Cave règne sur la maison d’arrêt de Meu dont il est directeur depuis 27 ans, redouté de ses gardiens et d’une vingtaine de prisonniers. C’est un homme terne et aigri, déplaisant et funèbre. On n’essaye pas de s’évader de sa prison sinon c'est dix jours de cachot et on ne chante pas comme fait le : « Ici, pas de note de musique mais des notes de conduite. Le règlement c’est le règlement ! »

Chez lui, Madeleine sa femme, soumise à son autorité, baisse la tête. C’est une femme désabusée qui ne s’occupe que de ses plantes et de sa fille, Marie-Dorée. Celle-ci craint son père, bien qu’elle trouve grâce à ses yeux. Pour passer le temps et l’ennui, elle joue du piano, ce qui agace son père et tricote des écharpes pour les prisonniers en particulier pour « un jeune homme » qu’elle entend chanter, ce qui révolte son père : « à table j’ai faim ! »

Mais lorsqu’il sort de son royaume, Clément Porey-Cave se métamorphose. C’est par désœuvrement et pour rompre un peu la monotonie de la vie de province, qu’il fréquente mademoiselle Yada, celle qu’il appelle son « aventure » et qui habite la ville voisine dans un appartement de deux pièces meublées en style tunisien. Pour ne pas divulguer son intrigue, il a pris la précaution de se faire appeler monsieur Alfred.

Au Grand Café, où se réunissent les notables, et où la belle et insolente Yada passe son temps, Porey-Cave compte un jeune rival : Jacquot, le violoniste chef d’orchestre très apprécié des femmes et dont Yada en est amoureuse parce que, lui, est un artiste. Porey-Cave, ce vieux jaloux, ne cesse de se lamenter de son triste sort, alors qu’il voudrait être aimé et admiré à l’égal de Jacquot : un musicien !

Alors lui vient une idée ! Il convoque dans son bureau le : Bonvent Rémi, un jeune paysan emprisonné pour vingt ans, pour avoir tué accidentellement un garde-chasse une nuit de braconnage. Porey-Cave l’autorise à s'adonner à son activité favorite, la chanson mais aussi à composer des airs qu'il lui promet de conserver jusqu'à sa sortie de prison, afin, prétend-il, de lui assurer un avenir une fois la liberté retrouvée. Pour lui prouver qu’il n’est pas un bourreau, Porey l’installe dans la petite chapelle de la prison où se trouve un orgue, afin qu’il puisse exercer ses réels talents de musicien. Peu après, Porey-Cave, voulant se sortir de l’obscurité de sa prison, demande conseil à Jacquot en tant que spécialiste en lui soumettant la musique d’une petite chanson dont il s'attribue la paternité, au grand étonnement de Yada : « Toi musicien dit-elle mais tu chantes faux ! » Mais Jacquot est enthousiaste, reconnaissant la valeur de cette musique et la gracieuseté des paroles.

Fort de cette appréciation, Porey-Cave invite sa fille et son épouse au Grand Café pour écouter jouer une valse de sa composition, malgré l’étonnement de Madeleine qui n’avait jamais su que son mari était capable de cela. Jacquot y joue une œuvre inédite : la valse langoureuse, très appréciée du public dont la discrète Yada. Jacquot présente l’auteur à l’auditoire : Porey-Cave.

À présent le plan de l’usurpateur fonctionne bien : Rémi Bonvent, ne se doutant de rien, se montre prolifique, tandis que Jacquot vient à la prison pour annoncer au directeur qu’il a signé un contrat d’exclusivité avec un grand éditeur de Paris pour 12 mélodies : « Allons au travail, vous êtes fonctionnaire rendait les clés de la prison mais garder la clé de sol ! »

Un jour, Bonvent reçoit la visite inattendue d’Aline, une jeune fille de son village qui lui apprend qu’elle a racheté sa ferme, où elle habite et qu'elle protège en attendant sa libération dans 18 ans. Mais Rémi ne lui laisse aucun espoir car il veut tout oublier, son ancienne vie ne compte plus pour lui. Adieu Aline ! Bonvent préfère penser à « son ombre » qu’il aperçoit de la fenêtre de sa cellule, qui l’entend jouer du piano et dont il a reçu une écharpe bleue. Et inspiré par sa muse, dans son univers de claustration, le compositeur-prisonnier Rémi Bonvent commence à composer un opéra qu'il baptise Le Lit à colonnes, d’après une légende que lui racontait sa mère.

L’été est là. La famille Porey-Cave part en vacances, à l’hôtel du Bel Air, et Marie Dorée fait la connaissance de la famille de Verrières dont le fils Olivier. Marie-Dorée tombe amoureuse de son délicieux visage de jeune officier. Des projets d’avenir sont échangés. Rémi, en panne d’inspiration durant l’absence de « son ombre », se remet avec conviction au travail d’écriture, dès son retour. En fait, c'est parce qu'il est secrètement amoureux de Marie-Dorée, qu'il observe par moments depuis sa petite geôle, que Bonvent compose sa musique. L’œuvre paraît tellement belle, que Porey-Cave, qui veut briller aux yeux de la société, s’approprie manuscrit et partitions, chargeant Jacquot, son imprésario diligent, de les défendre auprès de ses messieurs de l’Opéra. Cet hymne à l’amour est sélectionné.

Dès la première représentation à l'Opéra de Paris, Le lit à colonnes « détourné » est un véritable succès, en présence des familles Porey-Cave et de Verrières au complet. Seul Bonvent, dans son univers étriqué, ignore la supercherie, jusqu’au jour où, triste d’attendre « son ombre » qui a disparu, Dix-Doigts son brave gardien, croyant raisonner son prisonnier pour qu’il se fasse une raison de ne plus espérer, lui apprend que son amour d’ombre se nomme Marie-Dorée, qu’elle est la fille du directeur, lequel vient de connaître un triomphe à l’Opéra, et qu’elle va épouser le comte de Verrières. Rémi découvre que Marie-Dorée en réalité jouait et chantait sa propre musique et que son bienfaiteur de père n’était qu’un escroc. Il décide de s’évader pour aller la retrouver au château de Verrières et lui dire la vérité.

De leurs côtés, Jacquot et Yada ont des doutes sur l'authenticité de l’œuvre et sur les dons de musicien de Porey-Cave. Mais, ayant été généreusement récompensés pour leur soutien, ils décident d’abandonner ce musicien qui peut confondre « une clef de sol avec une clef de fa ! »

À la soirée du bal des fiançailles, tandis que Madeleine fait ses essais de robe, Porey-Cave effondré lui apprend que son prisonnier s’est évadé. Devant l’insouciance de son épouse face à ce non-événement, Clément décide de lui dire la vérité : « De ma vie je n’ai jamais composé une note de musique, l’auteur c’est l’évadé. » Madeleine, soucieuse de préserver cette vie brillante qu’elle souhaitait connaître, lui demande de garder son sang-froid. Porey-Cave, ayant aperçu l’ombre de Rémi traversant le village, a obtenu de la gendarmerie une surveillance discrète dans le parc du château pour le protéger de cet individu. Madeleine supplie son mari de sauver les apparences et de la rejoindre auprès de leur fille pour le bal mais Clément, à bout de force, en est incapable. Caché dans le parc où rodent les gendarmes, Rémi réussi à s’introduire discrètement dans le château et dans un couloir désert croise Marie-Dorée. Se faisant passer pour le jardinier du château, il lui demande humblement de pouvoir embrasser sa belle robe d’organdi-blanc pour lui porter bonheur. Marie-Dorée, juste un peu étonnée par son attitude, rejoint les invités et dans les bras de son fiancé Olivier ouvre le bal sous l’air de la valse langoureuse.

Dans la chambre à l’étage, Porey-Cave ouvre la fenêtre donnant sur le balcon, tandis que Rémi qui est parvenu à le retrouver, entre par la porte. Le face à face des deux protagonistes, le prisonnier musicien et le directeur usurpateur, est dramatique. Rémi, furieux de son infamante machination, dit qu’il lui a volé son âme tout en s’approchant du directeur qui se trouve sur le bord du balcon. Porey-Cave, effrayé et se sentant piégé, recule brusquement se blessant mortellement en tombant du premier étage, tandis que Bonvent est abattu par les gardes dont le bruit des armes est couvert par celui de l’orchestre. Madeleine, montant à l’étage croyant y trouver son mari, découvre Rémi qui meurt en prononçant le nom de son inspiratrice : Marie-Dorée.

Ignorant la vérité cachée par sa mère, Marie-Dorée, la fille roturière du regretté directeur de la maison d’arrêt de Meu, auteur d’une unique œuvre musicale renommée, Le Lit à colonnes, pourra épouser son fiancé le comte Olivier de Verrières.

Fiche technique Titre : Le Lit à colonnes Réalisation : Roland Tual Scénario et dialogues : Charles Spaak, d‘après le romanLe Lit à colonnes, roman, éponyme de Louise de Vilmorin, paru en 1941 Dialogues: Jean Cocteau (non crédité) Costumes : Christian Dior Décors : Serge Piménoff Photographie : Pierre Montazel Son : René Louge Montage : Yvonne Martin Musique : Jean Françaix dirigée par Roger Désormière Directeur de la production : Dominique Drouin Société de production : Synops Production Roland Tual Société de distribution : Films Roger Richebé Tournage aux Studios Radio-Cinéma Pays de production : Format : Noir et blanc - 35 mm - 1,35:1 - Mono Durée : 107 minutes Date de sortie : France - 19 juillet 1942

Distribution Fernand Ledoux : Porey-Cave Odette Joyeux : Marie-Dorée Jean Marais : Rémi Bonvent Jean Tissier : Jacquot Pierre Larquey : Dix-Doigts Mila Parély : Yada Michèle Alfa : Aline Georges Marchal : Olivier de Verrières Emmy Lynn : la comtesse de Verrières Valentine Tessier : Porey-Cave Robert Vattier : un inspecteur Jacqueline Champi : Marguerite de Verrières Henri Vilbert : un gardien Henri de Livry : un inspecteur Max de Guy : l'économe

Acteurs non crédités : Huguette Donga : Élise Georges Cadix : le petit Maurice Henri Farty Jacques Courtin

Du livre au film Du roman mélodramatique et poétique de Louise de Vilmorin Louise de Vilmorin, Le Lit à colonnes 1941 - Éditions Gallimard 1999 – , écrit en 1941, Roland Tual, producteur de cinéma, réalisa l'année suivante, pendant les heures sombres de l’Occupation, sa première mise en scène : Le Lit à colonnes

Cette adaptation d'après un scénario de Charles Spaak est dans l’ensemble assez fidèle au roman mais le temps du livre n’étant pas le même que le temps du film il y a des passages (ou séquences) comprimés voire absents.

Le film est centré dans l'ambiance carcérale de la forteresse de Meu où les principaux personnages vivent, avec quelques échappées dans l’environnement de la ville voisine, tandis que le livre s’ouvre plus amplement à d’autres régions dont celle du Midi de la France.

Dans le film comme dans le livre, le trio infernal est le même : la famille Porey-Cave, le prisonnier Bonvent et le couple Yada-Jacquot. Les personnages secondaires n’ont pas tous la même importance. Si le gardien Dix-Doigts joue le même rôle dans les deux univers, ce n’est pas le cas ni pour la famille de l’aristocrate Olivier de La Feuye (appelée de Verrières dans le film) qui est assez sollicitée dans le livre, ni pour le personnage d’Aline, juste évoquée dans le film. Dans ce dernier, certains personnages sont mêmes inexistants : les gérants de la librairie Brousse, l’éditeur Larride, Nestor Dimanchet le courtisan de Mme Porey-Cave, Melle La Chancelière la confidente de Marie-Dorée.