L'Union nationale est un parti politique genevois nationaliste créé en 1932 et disparu en 1945.

Le parti est le plus important des mouvements frontistes en Suisse romande. Durant ses années d'activité, il collabore avec les différents partis de droite et du centre au sein de l'Entente nationaleJoseph 1975, p. 77..

Fondation L'Union nationale (U.N.) naît en 1932 de la fusion de deux partis politiques : l'Union de défense économique (UDE) et l'Ordre politique national (OPN).

Fondée en 1923 par l'aile droite du Parti démocratique (devenu par la suite le Parti libéral), l'UDE est un parti antiétatiste, corporatiste et antisocialiste possédant des élus au niveau fédéral, cantonal et communal. En perte de vitesse lors des élections fédérales de 1931 (avec seulement 5 % des voix), l'UDE entame alors des négociations avec l'OPN en vue d'une fusion. Ce dernier est un parti nationaliste, fondé en Joseph 1975, p. 35. et dirigé par Georges Oltramare, qui ne dispose pas d'élus mais possède un contingent important de militants actifs, dont plusieurs maurassiens.

Le nouveau parti dispose donc, en 1932, de quinze députés au Grand Conseil et d'un conseiller d'ÉtatJoseph 1975, p. 228..

Doctrine politique

Programme issu de la fusion En 1932, le premier programme de l'Union nationale est issu d'un compromis entre l'UDE et l'OPN et le classe comme parti de droite antiétatiste, corporatiste et antimarxiste et non comme parti d'extrême droiteJoseph 1975, p. 137.. Le parti souhaite abaisser la fiscalité (notamment sur les successions en ligne directe et entre conjoints), équilibrer les comptes de l'Etat et limiter le protectionnisme, mais il ne s'oppose pas à la démocratieJoseph 1975, p. 138. et se dit favorable à la mise en place d'allocations familialesProgramme accompagnant les statuts de l'Union nationale de juin 1932. Il demande en outre l'expulsion des étrangers abusant de l'assistance sociale.

Programmes d'extrême droite En 1933, le parti adopte des positions antisémites et d'extrême droite et critique le libéralisme et la démocratie. Il réclame en outre, tout comme le Parti indépendant chrétien-social (ancêtre du Parti démocrate-chrétien)Joseph 1975, p. 142., « une Suisse chrétienne, fédérative et corporative »G. Sauser-Hall, , . et se déclare favorable au retour à une confédération d'Etats cantonaux indépendants mais alliés, où l'entité confédérale serait en charge uniquement des relations extérieuresJoseph 1975, p. 156.. C'est toutefois en 1934 que l'U.N. se prononce véritablement contre la démocratieJoseph 1975, p. 139. et adopte des positions révolutionnairesJoseph 1975, p. 140..

En 1935, l'U.N. abandonne le confédéralisme pour une position anticentralisatrice demandant que tout accroissement des compétences de l'Etat fédéral soit soumis à l'approbation d'une très forte majorité des cantons. En 1936, l'U.N. se déclare favorable au salaire minimum, à la semaine de 40 heures et aux vacances payéesJoseph 1975, p. 233.. En 1936, le parti s'affirme en outre favorable à la mise en place d'un régime autoritaire en Suisse, avant de faire marche arrière en 1937 en prônant la sortie du régime démocratique sans tomber dans la dictatureJoseph 1975, p. 145..

Fascisation graduelle L'U.N. adopte progressivement, au fil des années qui suivent, des traits propres au fascisme (prétentions totalitaires, principe du chef, organisation selon un mode militaire, idéalisme fondé sur l'action)Joseph 1975, p. 175.. Ainsi elle affirme la nécessité de dissoudre les partis et les législatifs cantonaux et communaux pour les remplacer par sa seule gouvernance, et d'adjoindre à la police un corps de ses militantsJoseph 1975, p. 163.. Le parti a pour devise, dès Joseph 1975, p. 158., « une doctrine, une foi, un chef ».

Rupture avec le fascisme Cependant, en 1939, la nouvelle direction de l'U.N., succédant à Oltramare, retourne à une position davantage favorable à la démocratieJoseph 1975, p. 269.. Le programme du parti succédant à celui de l'ère Oltramare s'oppose à toute influence étrangère, y compris totalitaire ou « raciste », se dit favorable aux contrats collectifs pour les travailleurs (équivalents aux actuels CCT) et aux congés payés et veut lutter contre les monopoles et les trustsProgramme de l'Union nationale de 1939 et accorder le droit de vote aux femmes célibataires qui travaillentManifeste de l'Union Nationale, 16 juillet 1940.. La nouvelle direction considère par ailleurs que le marxisme n'est plus l'ennemi n°1, mais que celui-ci est plutôt "le régime radical", aussi qualifié de "dictature radicale"PV du Conseil de direction de l'U.N., séance du 6 juin 1939..

Organisation

Direction du parti Lors de sa fondation en 1932, l'Union nationale se voit doter d'une direction collégiale composée de quatorze membres, dont une moitié d'anciens membres de l'UDE, notamment William Droin, Auguste Dupont-Lachenal, Bernard Naef et Jean Poncet-Adami, et une moitié d'anciens membres de l'OPN, dont OltramareJoseph 1975, p. 95.. Le président du premier conseil de direction est l'ex-UDE William Droin. En 1933, Roger Steinmetz le remplace à la présidenceJoseph 1975, p. 99. et en , le nombre de membres du conseil de direction est porté à huitJoseph 1975, p. 98.. En , lors d'une assemblée générale, le conseil de direction de l'U.N. est suppriméJoseph 1975, p. 100. et Oltramare devient le chef unique de l'Union nationale. Il est alors surnommé « le petit Duce de Genève ». Ce changement provoque le départ de quelques membres du parti. Dès 1932, le conseil de direction est toutefois assisté par un comité général. En 1935, Oltramare le remplace par un conseil des responsables de l'U.N.Joseph 1975, p. 121.. En , Oltramare quitte la direction du parti. Un conseil de direction est alors restauré. C'est cet organe qui dirige l'U.N. jusqu'en 1945.

Journaux du parti Le journal de l'Union nationale est d'abord en 1932 Le Citoyen, l'ancien journal hebdomadaire de l'UDEJoseph 1975, p. 96., avec comme rédacteur en chef Auguste Testuz, ancien membre de l'OPNJoseph 1975, p. 123.. Cependant, en 1933, Le Citoyen est remplacé par un nouveau journal nommé L'Action nationaleJoseph 1975, p. 97. et sous-titré initialement Journal politique et littéraire, avec comme rédacteur en chef Paul Bonny, autre ancien membre de l'OPN. En 1937, le nombre d'abonnés est de 3 000Lettre de Paul Bonny à Ernest Rive, 19 janvier 1937.. Il existe en outre une association des Amis de L'Action nationale. L'imprimeur de l'U.N. est l'imprimerie de la Tribune de Genève.

En 1940, L'Action nationale laisse place au Bulletin de l'Union nationaleJoseph 1975, p. 287. qui disparaît en Joseph 1975, p. 290.. L'organisation de jeunesse de l'U.N. possède en outre son propre organe de presse : La RelèveJoseph 1975, p. 114.. Le financement des journaux du parti est assuré par la publicité à la hauteur de 23% en 1932, mais décroît jusqu'à 7% en 1938Joseph 1975, p.124-125..

La rédaction du journal collabore en outre avec une petite agence internationale appelée l'agence B.U.T.Joseph 1975, p. 184. Cette dernière se compose de quatre Hongrois, dont André Tamas, d'un Ukrainien et d'un prêtre slovaqueJoseph 1975, p. 185..

Effectifs et assemblées du parti L'U.N. compte jusqu'à 2 000 membres en 1937 en plus de 1000 sympathisants en 1938Joseph 1975, p. 105.. Ses membres sont en majorité des indépendants, des commerçants, des artisans et des petits patronsJoseph 1975, p. 106., mais le parti compte aussi des employés de bureau, des membres des professions libérales et des artistesJoseph 1975, p. 107.. Bien qu'existant, les ouvriers et les agriculteurs sont faiblement représentés au sein de l'U.N.Joseph 1975, p. 106-107.. La moyenne d'âge des membres de l'U.N. est en outre particulièrement basseJoseph 1975, p. 108.. Dès 1936, les membres de l'U.N. doivent appartenir à l'organisation corporative de leur métierStatuts de l'Union nationale du 4 mai 1936, article 3..

Les militants de l'U.N. défilent régulièrement dans les rues de Genève en uniforme (béret basque et chemise grise) au son d'une clique. Dès 1934, ils prêtent le « serment du banneretJoseph 1975, p. 166-167.» et, dès 1935, chantent le Cé què l'ainô à la fin de leurs assembléesJoseph 1975, p. 167.. Entre 1932 et 1937, celles-ci ont lieu 23 fois au Victoria Hall. centré|vignette|Défilé de l'Union nationale sur le quai du Mont-Blanc à Genève|550x550px

Sections et commissions du parti À l'origine, l'U.N. compte uniquement deux commissions : la commission de la presse et celle des questions socialesJoseph 1975, p. 109.. Par la suite, les commissions sont remplacées par de nombreuses sections. Le parti compte ainsi plusieurs sections organisationnelles : députation, électorale, financière, de presse, de propagande, de propagande en campagne et de propagande électoraleJoseph 1975, p. 110.. Il possède en outre des sections catégorielles : féminine, jeunesse, cadets (dix à seize ans), ouvrière appelée la SOUVJoseph 1975, p. 111., jeunesse ouvrière, beaux-arts (pour les artistes)Cette section sera renommée Arts et Lettres en 1938., alémanique appelée Winkelried, spectacle (pour les professionnels du théâtre et du cinéma)Joseph 1975, p. 112.. Il dispose de sections consacrées à l'étude : commerce, doctrine et histoire (centrée sur les institutions helvétiques et le fédéralisme), militaire et travaux publics (urbanisme). A ces sections, s'ajoute enfin celles conçues pour l'entraide, le cercle social helvétique, ou pour rassembler les membres autour de loisirs : la section musique (qui comprend un orchestre, une fanfare, un ensemble de jazz, une chorale et un club de jodlers), la section récréative (organisatrice de soirées dansantes), récréation (art amateur) et le cercle sportif national (tennis, ski, montagne, volley-ball). Toutes ces sections se réunissent tant que fin 1935, le calendrier de l'U.N. comporte trois à quatre convocations par jour ouvrable. En 1939, durant la mobilisation, un service d'entraide aux membres mobilisés et à leurs familles est mis en place par l'U.N.

Financement du parti Le financement de l'U.N. est assuré par les cotisations de ses membres et de ses sympathisants et par des dons. Entre 1932 et 1934, le parti bénéficie d'un financement suffisant grâce à sa composante patronale UDE. Toutefois, à mesure que les anciens notables de l'UDE se retirent les recettes du parti se réduisent, plongeant l'U.N. dans des difficultés financières (budgets déficitaires et dettes) qui le poursuivront jusqu'à sa disparitionJoseph 1975, p. 134..

Locaux du parti Les membres se réunissent d'abord dans les locaux de l'UDE, au-dessus d'un café du Cours de Rive, au sein d'un club créé par eux et nommé Cercle national, qui contient notamment une table de ping-pong et une bibliothèqueJoseph 1975, p. 130.. En 1934, l'U.N. déménagé dans des locaux plus spacieux à la rue du RhôneJoseph 1975, p. 132., fournis par Arnold Wyrsch. Ces locaux consistent en une salle de réunion pouvant accueillir 400 personnes, une salle de lecture, un bar-restaurant, un hall d'exposition de peintures, d'une salle de conseil, d'un secrétariat, d'une chancellerie, d'une salle d'attente et de bureauxJoseph 1975, p. 131..

Résultats électoraux

Élections au Conseil national 1935 : apparentement avec le Parti radical (PR), le Parti démocratique (PD) et le Parti indépendant chrétien-social (ICS), ancêtre du Parti Démocrate-Chrétien ; l'U.N. présente 5 candidats et son candidat Théodore Aubert est élu en battant de quelques voix son colistier Georges Oltramare. 1939 : désorganisée par la mobilisation, l'U.N. ne présente pas de candidatsJoseph 1975, p. 278..

Élections cantonales

Grand Conseil 1933 : apparentement avec le PD ; 9 députésJoseph 1975, p. 54., dont OltramareJoseph 1975, p. 229.Les autres députés sont : Roger Steinmetz, François Cramer, Ferdinand Gros, André Chamay, John Albaret, André Balland, Gabriel Wagnon et Pierre Béguin..