Dans le Coran actuel, aucun verset ne prévoit la lapidation pour les adultères. Le verset de la lapidation (, romanisation : āyat ar-rajm) est un verset concernant la lapidation des coupables d’adultère qui aurait, pour certains, appartenu au Coran avant d'en être retiré.

Au maximum pour le Coran actuel, dans certains cas (les fornicateurs), peuvent être prévus 100 coups de fouet. Mais . Pour cela, les juristes s’appuient sur ce verset de la lapidation..

Les hadiths contiennent des exemples de lapidation par Mahomet. Ils peuvent concerner des juifs mais aussi des musulmans, coupables d’adultère et leur chaîne de transmission renvoie généralement directement aux compagnons de Mahomet. Ces récits ont été repris dans de nombreux ouvrages de hadiths, comme ceux de Bukhari et Muslim, ou des commentaires coraniques, comme celui de Tabari..

Description des différentes versions du verset Il existe deux versions de ce verset.

Le texte de ce verset est donné par un hadith attribué à Ubay ibn Ka'b, compagnon de Mahomet. Le texte se retrouve dans le Muwatta’ de Malik et à deux reprises dans le Musannaf d’Abd-al-Razzaq sous la forme :

Cette première version appartient à un récit concernant la lapidation de deux juifs adultères. Il a été étudié par l'islamologue Alfred-Louis de Prémare. Ce verset concerne soit un verset de la Torah, soit un verset du Coran qui vise uniquement les juifs. Pour Tabari, cette loi, pour les juifs, n’a pas été abrogée et le pouvoir musulman doit soit .

Pour Cyrille Moreno, la traduction par et est erronée : Cette traduction serait conforme à la vision antique que seule une personne de condition honorable peut être déshonoréeCyrille Moreno, Analyse littérale des termes dîn et islaâm dans le Coran - Dépassement spirituel du religieux et nouvelles perspectives exégétiques, Thèse de l'Université de Strasbourg, 2016..

Ibn Hanbal cite un autre verset et concerne :

Ce verset est cité par Muslim et inclus par Tabari dans son commentaire de la sourate 4 du Coran.

Intégration au Coran ?

Des traditions anciennes Les traditions rapportent qu'Ubay ibn Ka’b, transmetteur du texte de ce verset, aurait été l’auteur d’une version du Coran rejetée par la suite par le pouvoir califal. Cette version semble toujours attestée au . Ubay était secrétaire de Mahomet et plusieurs hadiths racontent que Mahomet discutait de la mise du Coran par écrit avec lui. Pour Ibn Ishaq, ce récit appartient davantage à son commentaire coranique qu’à ses écrits historiques. Selon un hadith de Muslim, ce verset aurait été mangé par une chèvre. Pour Mohammed-Hocine Benkheira, .. Pour les rédacteurs de ces hadiths et de ces chaînes, .

Ces hadiths rappellent un discours d’Omar, selon lequel il aurait existé un verset coranique concernant la lapidation. Il aurait affirmé : . Ce discours est rapporté par de nombreux auteurs : Ibn Ishaq, Ibn Hanbal, Bukhari, Muslim, Tabari... Pour Prémare, ce récit pourrait être lié à la « théorisation » d’une pratique liée au besoin de se positionner face au judaïsme et au christianisme, ce passage calquant par antinomie l’épisode évangélique de la femme adultère.

Une mise en place du corpus coranique Pour Prémare, les hésitations coraniques quant à la peine à infliger illustre les débats des premiers temps de l’islam sur la punition de l’adultèreMoezzi, Dictionnaire du Coran, . trad de l’italien. Au , les penseurs musulmans réfléchissent à la mise en place de la loi islamique et à son rapport avec la loi juive. Pour Benkheiria, la réactivation d’une peine biblique, abandonnée par le judaïsme, serait une manière de se placer en tant que continuateur d’un judaïsme originel.

Claude Gilliot étudie ce verset dans un article intitulé « Coran, fruit d'un travail collectif ? ». Pour l'auteur, cette question des versets retirés s'inscrit dans le schéma classique d'une révélation qui a besoin d’être fixée et canonisée par un groupe, en éliminant ce qui n'en fait plus partie. L'auteur rappelle que cette question est présente dans les traditions musulmanes. Selon une de ces traditions, . Cette problématique rappelle l’ambiguïté du terme « collecte » appliqué au Coran, ce qui pour certains signifie « appris par cœur » et pour d'autres « écrit »Claude Gilliot, « Le Coran, fruit d’un travail collectif ? », dans De Smet D., et al. (éd.), Al-Kitab. La sacralité du texte dans le monde de l’Islam, Bruxelles, 2004, ..

Dans sa conclusion, Prémare dit : .

Les points de vue des chercheurs Cette intégration originelle revendiquée par la tradition au corpus coranique est reprise par d'autres chercheurs. Pour Amir-Moezzi, Moezzi, « Autour de l’histoire de la rédaction du Coran. Nouvelles remarques », Islamochristiana 36 (2010), Pontifico Istituto Di Studi Arabi e d’Islamistica [ PISAI], Rome, .. Pour Geneviève Gobillot et Michel Cuypers, . Ils donnent ainsi comme exemple le verset de la lapidation de la femme adultèreMichel Cuypers et Geneviève Gobillot; Idées reçues, le Coran, Éditions Le Cavalier Bleu, Paris, août 2007, ..

Pour Rémi Brague, Claude Gilliot, "Le Coran a une histoire », interview par Jacqueline Martin-Bagnaudez, in Notre Histoire, 195 (janvier 2002), .

Pour Éric Chaumont, le verset de la lapidation est un exemple d'une des formes d'abrogation. Éric Chaumont dans Amir-Moezzi, Dictionnaire du Coran, 2007, Paris, article "abrogation", p. 14 et suiv.

Comparaisons Dans un article appelé « Un verset manquant du Coran ou réputé tel », Gilliot repère un certain nombre de traditions sur le retrait ou la perte de versets du texte coranique. Il approfondit dans celui-ci la question du verset . Pour Ibn Suddi, ce verset possède un statut similaire à celui de la lapidation, étant donné qu'aucun des deux ne figurent dans le corpus coranique actuelClaude Gilliot, « Un verset manquant du Coran ou réputé tel », in M.T. Urvoy (éd.), En hommage au Père Jacques Jomier, o.p., Paris 2002, ..

Est rapportée par plusieurs auteurs, comme Burayda, la récitation de cet autre verset par Mahomet au cours de la prière. Pour Malik, ce verset appartenait à une sourate comparable en longueur à la sourate 9, soit 129 versets. Pour Ubay, ce verset prendrait place dans la sourate 10, à la suite du verset 24. Cet avis est aussi celui d’Ibn Hisham reprenant des traditions plus anciennes.

Ibn Abbas et Malik rappellent ce verset tout en conservant un doute sur son appartenance ou non au corpus coranique. Certaines traditions remontant à Aïcha parlent d’abrogation de ce verset. Bukhari rapporte ce verset en précisant : .

Pour Gilliot, appuie le principe d’abrogation et certaines de ces traditions d’abrogation de versets auraient pu être créées, dès les premiers temps de l’islam, dans ce but. Pour l’auteur, .

Articles connexes Lapidation Mansukh

Références

Catégorie:Exécution Catégorie:Verset du Coran Catégorie:Lapidation