Henri Fiori, né le à Alger (Algérie) et mort le à Paris, est un publiciste, humoriste et homme politique français. Il est député républicain-socialiste d'Alger de 1919 à 1928 et de 1932 à 1942.

Repères biographiques Henri Fiori est un Français d'Algérie. Issu d'une famille bien implantée dans le pays, sa branche paternelle, fixée à Bougie (aujourd'hui Béjaïa), est d'origine italo-maltaiseANOM, territoire Algérie, commune d’Alger, acte de mariage n°15, année 1852 ; Jean-Marc Valentin, Les parlementaires des départements d’Algérie sous la , L’Harmattan, 2010, p.40 et p.180. , tandis que ses grands-parents maternels vinrent du Midi de la France (Bouleternère, Pyrénées-Orientales)ANOM, territoire Algérie, commune de Mascara, acte de naissance n°184, année 1864 ; ANOM, territoire Algérie, commune de Mascara, acte de décès n°172, année 1871. . Il passe son enfance à BelcourtVoir L’Echo d’Alger du 2 avril 1928, des 27 et 30 avril 1932 ; Les Nouvelles du 21 avril 1928 ; ANOM, Etat civil. , quartier populaire à l'Est d'Alger, dans un milieu très modeste. Son père, Orazio Fiori, est employé des chemins de fer. Sa mère, Marie Mestre, née à Mascara est fille de cordonnier. Mais il grandit également dans un milieu d'instituteurs républicains, autour de ses oncles Jean et Laurent Fiori. Orphelin de père à sept ansOrazio Fiori meurt brutalement, à l'âge de 30 ans, à Sétif, ville dans laquelle il se rendait probablement pour son travail (ANOM, territoire Algérie, commune de Sétif, acte de décès n°141, année 1888). il quitte l'école à onze ans et demiL'Echo d'Alger du 22 janvier 1930. pour devenir ouvrier-typographe à Alger, à l'imprimerie Victor Heintz, afin de faire vivre sa famille.

En 1898, en pleine Affaire Dreyfus, alors qu'il n'a que 17 ans il se serait opposé, selon son propre témoignage, au maire « antijuif » d'Alger Max Régis, participant au mouvement de Défense républicaineC’est en tout cas ce qu’il affirme à plusieurs reprises au moment du Front populaire, où il lie l’antifascisme à son attitude d’hier. « Je suis un républicain de vieille souche » (L'Echo d'Alger du 22 avril 1936) dira-t-il martialement, évoquant « les temps héroïques de 1898 » : « En face de milliers de factieux et de sectaires, de fauteurs de trouble et d’énergumènes, nous n’étions qu’une poignée, cinq cents républicains peut-être ! Je faisais partie de ces salopards d’avant-garde » (L'Echo d'Alger du 18 avril 1936). Il soutiendra ensuite l’action du sénateur Gérente dans sa lutte contre les antijuifs, entièrement défaits à partir de 1902. S'il convient d'être sceptique face à de telles déclarations tardives, il est vrai que dès 1908-1909, son journal, outre le fait qu'il rejette tout antisémitisme, louant l’« esprit de large tolérance » du radical-socialiste Saliège, dénonce les « hordes » de 1898 « qui vivaient de pillage et de désordre » (Le Réveil d’Alger du 17 avril 1909). Mais il est vrai également qu'il nouera des liens d'amitié avec d'anciens animateurs du parti antijuif d'obédience socialiste, tel le cheminot Lucien Chaze, ex maire « socialiste antijuif » de Mustapha (banlieue d'Alger). .

Il devient ensuite modeste fonctionnaire des Douanes, de 1904 à 1908ANOM – Registres matricules militaires – Fiori Horace Henri – Classe 1901. Cote : FR ANOM 1 RM 86. , étant l'un des premiers, en 1906, à rejoindre la section algérienne de l’Union Générale des Agents du Service Actif des Douanes de France et des Colonies, groupement corporatif marqué à gauche. Fondateur de son organe mensuel, Le Douanier AlgérienLe Douanier Algérien, octobre 1906. , il se distingue dès ces années par sa bonne humeur légendaire, y composant un hymne pour l'association intitulé La Marseillaise des douaniers. En voici le premier couplet, sur l'air de La Marseillaise :

« Douaniers de France et d’Algérie / – Grands partisans de l’Union – / N’oubliez pas que la Patrie / Nous a confié son fanion (bis) / Qui flotte dans notre atmosphère / Montrant à tous ses trois couleurs, / Symbol’ du Courag’, de l’Honneur / Deux vertus jamais éphémères. » (Le Douanier Algérien, ).

Mais s’il arrive, grâce à sa persévérance à faire triompher un certain nombre de revendications en faveur de ses collègues, Fiori gêne, et l’administration ne tardera pas à le tenir en horreur. Menacé de disgrâce, il donne sa démission des DouanesAnnales Africaines du 25 juin 1910 ; Le Mutilé de l'Algérie du 1er mai 1932, p.11. .

Il crée dans la foulée un petit journal socialisant, Le Réveil d'Alger (), journal ayant l'ambition d'être « le défenseur désigné de toutes les causes présentant un caractère d’oppression », d'être enfin « l’appui des petits, des faibles, des prolétaires qui bien souvent souffrent obscurément »Le Réveil d'Alger du 5 décembre 1908. . Le Réveil d'Alger, dont la durée de vie n'excède pas quelques mois affirme son appartenance aux milieux ouvriers, dénonce les nombreux accidents du travail, l’extrême misère arabe, voit d’un bon œil les grèves des employés des Postes et des cheminots... Dans une tout autre logique Fiori rejoint l'hebdomadaire satirique et populiste Papa-Louette en , feuille vendue à un sou remplie de blagues potaches et de gauloiseries en tous genres, dans lequel il tient une chronique humoristique sous le pseudonyme de Toni-PançaVoir Jérémy Lagarde, Henri Fiori (1881-1963), Français d'Algérie, humoriste, « poilu » de la Grande Guerre et député républicain-socialiste d'Alger sous la Troisième République, mémoire de Master 2 Cultures et sociétés du XVIe au XXIe siècle – Histoire contemporaine, sous la direction de Stéphane Gacon et Jean Vigreux, soutenance à l'Université de Bourgogne en juin 2017. , dans le langage populaire typique des Européens d'Algérie, le dialecte « cagayous » (on dira plus tard « pataouète », puis, « parler Pied-noir »). Il collabore également, comme simple journaliste, aux Nouvelles, quotidien du soir algérois proche des radicaux-socialistes.

Jeune, il ne quitte jamais Alger, logeant la plupart du temps dans ses faubourgs populaires. Il épouse en Emma CaridiANOM, territoire Algérie, commune d’Alger, acte de mariage n°191, année 1904 ; La Croix de l'Algérie et de la Tunisie du 24 avril 1904. , fille d'un restaurateur Napolitain du quartier de la Marine. De cette union naîtront trois enfants, Lys, Hermann et Charles Fiori. Lys, qui sera Commissaire de police, Charles journaliste et Hermann Directeur Adjoint de l'Hôpital Psychiatrique d'Alger. A noter que Charles et Hermann étaient jumeaux.

Le tournant de la Grande Guerre Aux premiers jours de la Première Guerre mondiale – il a alors 33 ans –, Henri Fiori est mobilisé comme sous-lieutenant au 1er Régiment de marche de Zouaves. Promu Capitaine en , il se distingue par sa bravoure, son courage, et sa bonne humeur (il collabore au journal du front La Chéchia, et écrit des pièces de théâtre aux armées à forte tonalité patriotique sous le nom de Capitaine FioriCes deux revues en particulier : 1er Régiment de Marche de Zouaves, Au clair de la… Dune, Revue de La Chéchia en 1 acte et 2 tableaux, août 1915, BnF ; 1er Régiment de Marche de Zouaves, C’est à Schlitter partout !..., 2ème Revue de La Chéchia en 1 acte et 3 tableaux, par Toni-Pança, L’Ecorcheur et Le Lanceur de Fusées, janvier 1916, BnF. Voir sur les revues aux armées de façon générale Anne Simon-Carrère, « Chanter la Grande Guerre », dans Philippe Poirrier (dir.), La Grande Guerre, Une histoire culturelle, Editions Universitaires de Dijon, Coll. Histoires, Dijon, 2015, p.191-215. , qui connaissent un grand succès). Dans l’embouchure de l’Yser, où il se bat dans les tranchées, il écrit dans une lettre à son ami Ernest Mallebay : « Je vis, dans les tranchées, comme les hommes préhistoriques vivaient dans leur caverne. Mes « poilus » m’ont construit un gourbi qu’ils ont baptisé « Villa des Marguerites ». On n’y est pas trop mal, si ce n’est que, parfois, nos jardinets sont arrosés par la… mitraille. »Annales Africaines du 26 février 1915. Mais, le , lorsque, pendant la bataille de la Somme, au bois de ChaulnesANOM – Registres matricules militaires – Horace Henri Fiori. Cote : FR ANOM 1 RM 86. D’autres sources évoquent Verdun, mais celle-ci est la plus fiable. , sous un violent bombardement il circule dans les tranchées pour faire abriter ses hommes, il est grièvement blessé. Des éclats d'obus lui ont pénétré dans le crâne. Fiori est trépané, mais il se remet assez vite, tout en gardant des séquelles. Il « profite » enfin de sa convalescence pour écrire plusieurs pièces de théâtre comique, véritables satires des mœurs algéroises, jouées à Alger dans les dernières années de la guerre où elles recueillent toutes un triompheC'est d'abord La Fée des poilus, pièce en trois actes jouée en février 1917, puis, un an après, Attention tu glisses !, au Casino Music-Hall, qui devant son succès prolongera la série de représentations. Il revient en juillet 1918 avec Oh ! ces yeux !, Grande revue en 2 actes et 25 tableaux, et connaît son dernier grand succès de fantaisiste l'été 1919 au Nouveau-Théâtre d'Alger, avec la revue d'actualité La Dame de chez Maklouf. . 

Surtout, la guerre et la barbarie qui l'accompagne le marqueront profondément, et constitueront bien le véritable tournant de sa vie d'homme. Elle le pousseront définitivement à s'engager en politique.

L'humoriste devenu député De retour dans sa ville natale au lendemain de sa démobilisation, porteur de nombreuses décorations militaires, auréolé de la gloire du devoir accompli, fort enfin de sa grande popularité auprès du petit peuple Européen d'Alger, Fiori se présente aux législatives de comme candidat indépendant et républicain avancé, mais surtout comme le représentant autoproclamé des poilus et de toutes les victimes de la guerre, « contre ceux qui en ont profité »Les Nouvelles du 29 novembre 1919. . Faisant liste commune au second tour avec le radical-socialiste Charles-Eugène Lefebvre, il remporte facilement l'électionIl arrive en tête avec 21.688 voix, soit près de 60 % des votants (L'Echo d'Alger du 1er décembre 1919). devenant ainsi l'un des deux députés du département d'Alger, poste qu'il conserve après une réélection tout aussi facile en (près de 60 % des voixRésultats officiels (L’Echo d’Alger du 1er juin 1924 ; L’Homme libre du 27 mai 1924). ) jusqu'en 1928, moment où il est battu par le candidat de droite Raymond Laquière, pour revenir vainqueur en 1932 et 1936. Député d'Alger lors de quatre mandats, il se distingue par son action soutenue et victorieuse en faveur du rétablissement de l'anisette – alors interdite en Algérie –, obtenu en , qui le fait devenir une véritable idole sur sa terre natale, Fiori étant porté en triomphe par la foule à chacune de ses arrivées sur le port d'AlgerPar exemple, en avril 1921, ainsi qu'en avril et novembre 1922. . Il en gardera un surnom, « Fiori l'anisette ».