Domèvre-sur-Vezouze est une commune française située dans le département de Meurthe-et-Moselle, en région Grand Est.

Géographie

Domèvre est située dans la plaine sous-vosgienne dans une contrée initialement très boisée. Des défrichements successifs ont laissé la place aux cultures et aux prairies, mais la forêt y occupe encore plus du quart de la superficie de la commune. Toute cette région est désignée par les Romains sous le nom de Vogasus ou Vosagus ou Vosasus. D'où les noms de Vosges et de Vezouze.

De la proximité des Vosges, on note des inondations en hiver ou au début du printemps et des orages de grêle en été, avec destruction des récoltes.

Hydrographie La commune est dans le bassin versant du Rhin au sein du bassin Rhin-Meuse. Elle est drainée par la Vezouze, le ruisseau d'Albe, le ruisseau le Danube et le ruisseau le Vacon..

La Vezouze, d'une longueur de , prend sa source dans la commune de Saint-Sauveur et se jette dans la Meurthe à Rehainviller, après avoir traversé . Les caractéristiques hydrologiques de la Vezouze sont données par la station hydrologique située sur la commune de Blâmont. Le débit moyen mensuel est de Les moyennes interannuelles (écoulements mensuels) ont été calculées le 21/05/2024 à 02:05 TU à partir des 137 QmM (débits moyens mensuels) les plus valides du 01/01/1996 au 01/09/2008.. Le débit moyen journalier maximum est de , atteint lors de la crue du . Le débit instantané maximal est quant à lui de , atteint le ..

vignette|centre|redresse=1.2|alt=Carte en couleur présentant le réseau hydrographique de la commune|Réseau hydrographique de Domèvre-sur-VezouzeLes ruisseaux intermittents sont représentés en traits pointillés..

Climat

Plusieurs études ont été menées afin de caractériser les types climatiques auxquels est exposé le territoire national. Les zonages obtenus diffèrent selon les méthodes utilisées, la nature et le nombre des paramètres pris en compte, le maillage territorial des données et la période de référence. En 2010, le climat de la commune était ainsi de type climat des marges montagnardes, selon une étude du Centre national de la recherche scientifique (CNRS) s'appuyant sur une méthode combinant données climatiques et facteurs de milieu (topographie, occupation des sols) et des données couvrant la période 1971-2000.. En 2020, le climat prédominant est classé Cfb, selon la classification de Köppen-Geiger, pour la période 1988-2017, à savoir un climat tempéré à été frais sans saison sèche.. Par ailleurs Météo-France publie en 2020 une nouvelle typologie des climats de la France métropolitaine dans laquelle la commune est exposée à un climat semi-continental. et est dans la région climatique Vosges, caractérisée par une pluviométrie très élevée ( à ) en toutes saisons et un hiver rude (moins de ).. Elle est en outre dans la zone H1b au titre de la réglementation environnementale 2020 des constructions neuves..

Pour la période 1971-2000, la température annuelle moyenne est de , avec une amplitude thermique annuelle de . Le cumul annuel moyen de précipitations est de , avec de précipitations en janvier et en juillet. Pour la période 1991-2020, la température moyenne annuelle observée sur la station météorologique de Météo-France la plus proche, sur la commune de Saint-Maurice-aux-Forges à à vol d'oiseau., est de et le cumul annuel moyen de précipitations est de ... . Urbanisme Typologie Au , Domèvre-sur-Vezouze est catégorisée commune rurale à habitat dispersé, selon la nouvelle grille communale de densité à sept niveaux définie par l'Insee en 2022.. Elle est située hors unité urbaine et hors attraction des villes...

Occupation des sols L'occupation des sols de la commune, telle qu'elle ressort de la base de données européenne d’occupation biophysique des sols Corine Land Cover (CLC), est marquée par l'importance des territoires agricoles (56,9 % en 2018), une proportion sensiblement équivalente à celle de 1990 (56,4 %). La répartition détaillée en 2018 est la suivante : terres arables (42,4 %), forêts (39,3 %), prairies (12,3 %), zones urbanisées (3,8 %), zones agricoles hétérogènes (2,2 %).. L'évolution de l’occupation des sols de la commune et de ses infrastructures peut être observée sur les différentes représentations cartographiques du territoire : la carte de Cassini (), la carte d'état-major (1820-1866) et les cartes ou photos aériennes de l'IGN pour la période actuelle (1950 à aujourd'hui).. vignette|redresse=1.4|centre|alt=Carte en couleurs présentant l'occupation des sols.|Carte des infrastructures et de l'occupation des sols de la commune en 2018 (CLC).

Toponymie Le nom de la localité est attesté sous les formes Ecclesia Domni Apri (XIIIe siècle) ; Domepvre (1479) ; Dompmevre (1506) ; Dompmeyvre (1538) ; Dommeyvre (1549) ; Dom-Epvre (1594) ; Dommêvre (1600) ; Domêvre-sur-Vezouse (1779).. Cet hagiotoponyme caché, apparaît au sous la forme (ecclesia) Domni Apri, vient du latin médiéval Domnus Aper, où Domnus, littéralement seigneur, maître, désigne le saint. Ce type de toponyme, qui fait d'un saint le maître et le protecteur d'un lieu et de ses habitants, remonte en fait au Haut Moyen Âge. Saint Èvre, septième évêque de Toul, était particulièrement vénéré dans ce diocèse (on y compte une cinquantaine d'églises qui lui sont dédiées). La localisation sur la Vezouze n'apparaît qu'en 1779 : le nom Domèvre-sur-Vezouze n'est officialisé que le .

La Vezouze est une rivière qui coule dans le département de Meurthe-et-Moselle, en région Grand Est.

Histoire Moyen Âge Du début de sa création vers le , le village de Domèvre fut sous la domination de différentes seigneuries morcelées et épisodiques. En 1010 (date capitale pour Domèvre) l'évêque de Toul Berthold fait don de la seigneurie de Domèvre-sur-Vezouze à l'abbaye de Saint-Sauveur (en Vôge, abbaye bénédictine d'hommes), située à à vol d'oiseau à l'est de Domèvre, en pleine forêt vosgienne. Vers 1185, l'abbaye laisse la place à des chanoines réguliers de Saint-Augustin.

Le seigneur du village de Domèvre est donc un abbé qui exerce l'autorité dans toute sa plénitude. N'ayant pas, de par sa fonction de 'bras armé, il sollicite l'aide de 'voués' (défenseurs laïcs) qui sont, soit la prévôté de Blâmont jusqu'en 1506, soit la prévôté de Lunéville pour le compte du duc de Lorraine. Les 'voués' font intrusion dans la vie du village et tentent de mélanger à leur avantage leurs prérogatives avec celles du seigneur clerc. Ainsi l'autorité du seigneur ecclésiastique peut être contestée par les habitants par un recours gracieux auprès du voué laïc. Mais l'abbé conserve tout pouvoir de justice et droits divers (droit de pêche, droit de banalité, droit exclusif de la chasse, etc.), les habitants ont des obligations diverses (comme présence à la messe à l'abbaye les dimanches et jours de fêtes, sous peine de punition) et des corvées.

Ainsi sur un total de surface labourable de sur la paroisse, les habitants assurent par corvées (corvées de charrue, corvées de fauchage, corvées de moisson...) l'exploitation sur le domaine abbatial des (sur 125, les 18 sont réservés aux moines) de terres labourables, et exploitent pour leur propre compte . À cela s'ajoutent une dîme (10 %) sur toutes leurs productions agricoles, une redevance de 3 % payable en argent, un prélèvement d'un quart de leurs semences…

Seul l'abbé a le droit de promulguer des règlements et des ordonnances, qui sont proclamés deux fois par an lors de plaid (plaids annaux) se tenant à Domèvre à l'église sous la présidence du seigneur abbé en présence obligatoire de tous les habitants, l'absence entraînant une amende payable à l'abbaye.

L'abbé de Saint-Sauveur crée au sur la rive droite de la Vezouze une 'grange monastique' (exploitation agricole) et il est certain que la situation de Domèvre (au point de vue agricole, climat) est plus intéressante que celle de Saint-Sauveur.

L'abbaye de Saint-Sauveur subit trois destructions : en 1470 un terrible incendie accidentel, en 1525 pendant la révolte des paysans, puis en 1568 par des troupes huguenotes. De l'abbaye de Saint-Sauveur ne reste seulement que le chœur devenu église paroissiale.

Temps modernes Aussi l'abbé décide en 1571 de quitter l'abbaye ruinée et de s'établir à Domèvre dont il est le seigneur et qui possède environ 400 habitants. Or cela se complique par la limite des diocèses. En effet, la limite des peuplades gauloises des Leuques de Toul et ceux des Celtes Mediomatrices (Metz) a été fixée par le cours de la Vezouze, et les diocèses créés à l'époque franque ont repris les mêmes limites. Ainsi la rive droite de la Vezouze, là où est située la grange monastique, est sous la juridiction de l'évêque de Metz, alors que l'abbaye de Saint-Sauveur est sous la juridiction de celui de Toul. Après moult difficultés, les bâtiments de la nouvelle abbaye à Domèvre sont achevés en 1576. Cette proximité de limite diocésaine permettra à l'abbé d'obtenir plus de libertés dans son exercice.Las, en , des bandes de reîtres ravagent le village et détruisent totalement l'abbaye. Le relèvement est lent et laborieux. De plus, de 1618 à 1648, la guerre de Trente Ans ravage la Lorraine, par les exactions des troupes occupantes. À cela s'ajoutent les mauvaises récoltes et la peste. Les religieux de Domèvre abandonnent leur nouvelle abbaye à peine rénovée pour trouver asile à l'abbaye de Belchamp (dont les ruines, de par la Révolution, se situent à la limite de la commune de Méhoncourt). En , une bataille eut lieu à Domèvre entre les Lorrains et les Français et le village fut soumis à un pillage complet par les occupants français. En 1642, les religieux fuient de nouveau, de même en 1644 où un tiers des habitations du village fut incendié. En 1647, l'abbaye est de nouveau pillée.

Ce n'est qu'en 1649 que le calme et la tranquillité revinrent à Domèvre (dénommé Domèvre-l'Abbaye pour faire la distinction avec les autres villages homonymes) et les ecclésiastiques réintégrèrent définitivement l'abbaye. Notons qu'en 1625 et 1626, Pierre Fourier y fit de nombreux séjours et réforma l'abbaye en l'incorporant à la congrégation de Notre-Sauveur, tout en étant en mission à Badonviller, haut-lieu du protestantisme et capitale du comté de Salm.

Henri de La Tour d'Auvergne, vicomte de Turenne, en chemin pour l'Alsace, passe la nuit à l'abbaye de Domèvre en . Les religieux font prospérer leur domaine : prairies artificielles, création d'étangs de pêche, flottage de bois sur la Vezouze, utilisation de gens qualifiés du métier… De 1729 à 1765, une reconstruction imposante et superbe de l'ensemble abbatial eut lieu : couvent, cloître (jardin intérieur de 25 par 32 m), quartier et église abbatiale (30 m de large et 45 m de long, avec deux clochers à bulbe surmontés d'une croix, comme à l'abbaye de Belmont)… Une merveille, qui, hélas, ne durera pas plus d'un demi-siècle… L'abbaye devient à la fin du le siège de la congrégation de Notre-Sauveur, dirigée par le général Joseph de Saintignon qui y meurt abandonné de tous lors de la Révolution.

Révolution française et Empire En 1791, a lieu la mise en vente de tout le patrimoine de l'abbaye. Tout a été pillé : portes, fenêtres, planchers, toitures ( ardoises)... Les ouvrages de la magnifique bibliothèque ont disparu, sauf quelques rescapés retrouvés à Nancy. Seuls quelques éléments ont pu être sauvés de la folie destructrice ; ainsi, une chaire à prêcher et deux confessionnaux ont été conservés à l'église Saint-Maurice à Blâmont.

Époque contemporaine