L'Observatoire syrien des droits de l'homme (OSDH) (en ; en , abrégé SOHR) est une ONG syrienne de défense des droits de l'homme qui, à partir d'un réseau de sources sur le terrain, propose des bilans chiffrés des victimes du conflit armé.

Au cours de la guerre civile syrienne, les trois grandes agences de presse internationales, l'AFP, Reuters et Associated Press s'appuient sur les communiqués de l'OSDH. La neutralité et la fiabilité de cet organisme sont cependant contestées par certains experts du conflitL'OSDH, source contestée de la guerre en Syrie, Le Figaro, 9 août 2016.

Historique Créé en Tristan de Bourbon, « Je tiens le décompte des victimes en Syrie avec rigueur», La Croix, 7 février 2020.Rami Abdel Rahmane, la voix des manifestants, La Libre, 2 août 2011, à Coventry au Royaume-Uni, l'OSDH est dirigé par Rami Abdel Rahmane, de son vrai nom Oussama Ali Souleiman The Syrian Observatory: The Inside Story, Al-Akhbar, 26 janvier 2012. Né à Baniyas en Syrie, présenté comme musulman ou laïc selon les sources Coventry - an unlikely home to prominent Syria activist, Reuters, 8 décembre 2011, il étudie le marketing dans une école technique, puis fait trois courts passages dans les prisons syriennes pour son activisme, ses sympathies de gauche et ses liens avec Amnesty International. Il écrivait en effet des pamphlets en secret. Après l'arrestation de deux de ses associés en 2000, il fuit la Syrie pour s'installer à Coventry en Grande-Bretagne, où il tient la caisse d'un magasin de vêtementsSyrie, guerre civile et guerre des mots, La Croix, 24 juin 2012. Il lance l'OSDH et pour mettre en évidence le sort des militants arrêtés à l'intérieur de la Syrie. Selon l'ancien diplomate et spécialiste de la Syrie Wladimir Glasman rédigeant un blog sous le nom d'Ignace LeverrierDisparition de Wladimir Glasman, compagnon de route de la révolution syrienne, lemonde.fr, 25 août 2015, l'OSDH a dans un premier temps été en offrant l'avantage de concurrencer , ce qui a permis à Bachar el-Assad d'.

Selon Benjamin Barthe, journaliste du Monde : .

Seul militant du réseau à l'étranger, il revendique environ 200 contacts sur place, qui lui communiquent les chiffres des registres d'admission dans les hôpitaux et les témoignages de militants sur le terrain. Ses 200 correspondants syriens sont issus de son réseau politique de jeunesse, d'après Ignace Leverrier. Hivin Kako, membre de l'organisation, affirme également qu'ils sont tous bénévoles. Selon les dires de Rami Abdel Rahmane, les militants de l'OSDH ne se connaissent pas entre eux et sont en contact anonyme par Internet, pour des raisons de sécurité. Quatre hommes résidant en Syrie aident Rami Abdel Rahmane à collecter les informations de ces contacts, tandis qu'un cinquième traduit les informations en anglais pour la page Facebook de l'organisation A Very Busy Man Behind the Syrian Civil War’s Casualty Count, The New York Times, 9 avril 2013. D'après Rami Abdel Rahmane, , et ce, après avoir été coopté par un autre membre. En , Rami Abdel Rahmane affirme que le réseau de l'OSDH compte 224 activistes présents dans toute la Syrie. Il indique cependant que huit d'entre-eux ont été tués par des bombardements du régime syrien, de la Russie ou de la coalition et que d'autres ont été exécutés par l'État islamique.

Amnesty International maintient des liens réguliers avec Rami Abdel Rahmane depuis 2006. En , celui-ci est reçu par le ministre des Affaires étrangères britannique William Hague avec d'autres opposants syriensSyrie: la Grande-Bretagne veut intensifier la pression sur Bachar el-Assad, Radio France internationale, 21 novembre 2011.

Cet organisme est la source la plus importante utilisée par les principaux médias occidentaux pour la guerre civile syrienne depuis l'expulsion des journalistes étrangersSyrie : l'embarrassante résurrection d'une martyre de la révolution, Le Point, 7 octobre 2011, mais aussi par l'ONU jusqu'au début de l'année 2012, alors que d'autres ONG syriennes délivrent elles aussi des bilans quotidiens de victimes.

Le , le site de l'OSDH est piraté par un groupe se faisant appeler « Jaich al-Khilafa al-Electroni » (Armée électronique du califat) et se réclamant de l'État islamiqueSyrie: le site de l'OSDH piraté par des membres présumés de l'EI, AFP, 8 juillet 2015..

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Controverses Qualité de l'information Critiques d'ordre général La quasi-exclusivité des sources d'informations sur la Syrie rendant souvent impossible leur vérification, les doutes entretenus par l'agence officielle syrienne Sana, et la méfiance des médias occidentaux envers cette dernière, rendent parfois difficile l'évaluation de la qualité des nouvelles diffusées par l'OSDHDonald Walther, Faut-il douter des chiffres de la révolte syrienne ?, Le Monde, 4 août 2011. Ainsi, de nombreuses nouvelles sont invérifiables à court terme« Il n'était pas possible de vérifier dans l'immédiat ces informations sur le terrain en raison des fortes restrictions imposées au déplacement des journalistes étrangers en Syrie. » - « Syrie: trois familles entières tuées à Homs », L'Orient le jour, 8 février 2012. Moussab Azzawi, ancien coordinateur de l'OSDH, affirme qu'il n'est pas journaliste et ne devrait pas accomplir le travail des médias Sebastian Usher, UK activist lifting the lid on secret Syria, BBC News, 18 février 2012.

En 2020, Rami Abdel Rahmane déclare : .

Au cours du conflit syrien l'AFP, Reuters et AP s'appuient sur les communiqués de l'OSDH. Selon Sami Boukhelifa, journaliste au service international de RFI, Qui se cache derrière l'Observatoire syrien des droits de l'homme ?, RFI, 18 octobre 2015..

En , Sammy Ketz, directeur du bureau de l'AFP à Beyrouth, déclare : Marine Pradel, Couvrir la guerre en Syrie, une mission impossible ?, slate.fr, 13 septembre 2016..

Parmi les détracteurs de l'OSDH, on trouve notamment le site Infosyrie. Ce dernier a été créé par Frédéric Chatillon (proche du Front national) via son agence de communication Riwal, qui est par ailleurs prestataire du gouvernement de Bachar el-Assad (elle a notamment édité le site du ministère du Tourisme syrien)Pierre Marissal, Syrie : l'extrême droite française en campagne pour Assad, L'Humanité, 5 mars 2012.

Par ailleurs, les bilans chiffrés de l'OSDH sont parfois remis en causeAude Lorriaux, Syrie : les stratégies des ONG contre la censure, Le Figaro, 19 août 2011, notamment par les militants révolutionnaires des Comités locaux de coordination qui les jugent trop modérés. Ils sont également lacunaires : l'OSDH, bien qu'il mentionne les morts parmi les rangs du régime, n'est en effet et .

Rami Abdel Rahmane assure de son côté que les informations de l'OSDH sont vérifiées et recoupées, ce que confirme Jean-Louis Doublet, rédacteur en chef du bureau du Moyen-Orient de l'AFP, qui dit accorder autant de crédit à l'OSDH qu'aux associations de défense des droits de l'homme comme Amnesty International ou Human Rights Watch. Gilles Paris, chef du service international du Monde, estime quant à lui que les chiffres donnés par l'OSDH Syrie : la guerre des sources, Arrêts sur images, 27 juin 2012. Neil Sammonds, chercheur au Moyen-Orient pour Amnesty International, affirme : . Les sources citées par l'organisme sont souvent l'AFP (qu'il alimente lui-même) et des coordinations internes (groupes de Syriens contestataires)Syrie Le mystère de l’Observatoire syrien des droits de l’homme, sur fond de huis clos : Crédibles, ces informations ?, Le Soir, 29 juillet 2011.

Critiques d'informations rapportées par l'OSDH

À l'automne 2011, l'OSDH a contribué à relayer la fausse information sur la mort de la jeune Syrienne Zainab al-Hosni, devenue martyre de la répression avant de réapparaître.

En , son bilan de 114 morts pour le massacre de Houla est validé par une enquête de l'ONU.

En , le Haut-Commissariat de l'ONU aux droits de l'homme annonce une estimation de plus de morts en Syrie lors de la guerre civile, fondée sur sept sources différentes et nettement supérieure à celle de l'OSDH (). Cette publication suscite l'indignation de Rami Abdel Rahmane qui dénonce un rapport et rétorque : Armin Arefi, Syrie : nos informations sont-elles fiables ?, Le Point, 4 janvier 2013.

En , alors qu'on annonce dans la presse que les combats ayant lieu du côté syrien de la frontière syro-libanaise ont fait trois morts au sein de l'organisation libanaise du Hezbollahhttps://www.courrierinternational.com/breve/2013/02/18/trois-combattans-du-hezbollah-tues-en-syrie, Le Courrier international d'après An-Nahar, 18 février 2013En Syrie, les insurgés combattent contre le Hezbollah, 18 février 2013, Rami Abdel Rahmane affirme : ; et ajoute : , précisant malgré tout que le Hezbollah contribue, avec l'Iran, à entraîner les forces armées syriennesSyrie : ces étrangers qui soutiennent Bachar el-Assad, Le Point, 19 février 2013. Mais en , l'OSDH revient sur sa position et affirme que le mouvement a perdu 104 combattants en huit mois dans la guerre en Syrie, alors qu'une source proche de celui-ci avait comptabilisé 75 morts durant la même périodeSyrie : 75 membres du Hezbollah libanais tués, Le Monde, 23 mai 2013.

En , l'OSDH produit une estimation globale de plus de morts en SyrieLe flux des réfugiés syriens atteint plus de 1,5 million, Le Monde, 17 mai 2013, dont du côté de la seule opposition : cette dernière estimation est proche de celle du Centre de documentation des violations (réseau de militants antirégime), qui comptabilise environ mortsMaxime Vaudano,Ce que révèle le décompte sinistre des morts syriens, Le Monde, 30 mai 2013. Cependant, l'universitaire Thomas Pierret produit de son côté une estimation de morts à cette date et juge que l'OSDH surestime le nombre de victimes alaouites Syrian Observatory probably overestimated Alawite casualties, blog Mediapart de Thomas Pierret, 16 mai 2013.

En , Ignace Leverrier indique que certains opposants syriens . Ces opposants critiquent par ailleurs la tendance de l'OSDH .

Liens et financement L'Union européenne finance les activités de l'OSDH à partir du début de l'année 2013.

Rami Abdel Rahmane a été accusé d'appartenir aux Frères musulmans (bien qu'il soit de confession alaouite et athée), il s'en défend, et se défend également d'appartenir au parti communiste et se dit proche de militants syriens comme Michel Kilo. Fabrice Balanche, directeur du Groupe de recherches et d'études sur la Méditerranée et le Moyen-Orient (Gremmo), estime que l'OSDH « est un instrument de propagande favorable aux Frères musulmans » alors que « personne ne questionne les sources de l’OSDH, sa façon de rapporter les faits ». Fabrice Balanche affirme, en 2012, que l'OSDH gonfle les pertes de l’armée syrienne « pour faire croire à la débandade », et que l'OSDH est soutenu par Al Jazeera sur le plan logistique. Fabrice Balanche déclare en 2016, au sujet de l'OSDH, qu'. En 2012, Alain Chouet, ancien responsable de la DGSE, estime que l'OSDH, fonctionnant sur fonds saoudiens et qataris, « est en fait une émanation de l’Association des Frères Musulmans et il est dirigé par des militants islamistes dont certains ont autrefois été condamnés pour activisme violent »Syrie: les dangers de l'après Bashar El-Assad, Marianne, 20 juillet 2012. Rami Abdel Rahmane et Moussab Azzawi contestent l'existence de financements du Golfe ; le premier affirme même avoir refusé des sources de financement d'origines arabe, américaine et libanaise.

Le Monde indique par ailleurs : .