vignette|200x200px|Hôtel Le Roux de Bourgtheroulde à Rouen, contemporain de Radeval. Aujourd'hui disparu, le manoir de Radeval, également connu sous le nom de Grand'Maison, était situé dans le hameau éponyme de la commune des Andelys, en l'actuel département de l'Eure, et servit de siège présidial à cette ville sous l'Ancien Régime.

Description et style architectural vignette|gauche|200x200px|Château d’Ételan en Pays de Caux, style gothique flamboyant. Il s'agit d'une ancienne demeure édifiée dans les toutes premières années du dans le style Louis XII, qui marque la transition entre le gothique flamboyant et le style de la Première Renaissance française. L'analyse architecturale non seulement des gravures du manoir de Radeval mais encore des vestiges existants en Angleterre démontre que sa construction est postérieure à celle du château d'Ételan, lancée en 1494 par Louis Le Picart, à celle de l'hôtel de Bourgtheroulde à Rouen, commencée dès 1501 par Guillaume II Le Roux, et y compris à celle de l'ancien Palais Royal de Rouen (qui forme aujourd'hui le corps central du Palais de Justice), pour sa part débutée en 1507. Xavier Pagazani la situe entre 1510 et 1515. Au début du , la cour du manoir de Radeval n'était plus protégée que par l'une de ses deux ailes en retour, réduite à une seule travée, l'autre ayant été remplacée par un simple bâtiment à pans de bois. De plus, le vieux manoir avait été décoiffé de sa toiture à forte pente et les trois anciennes lucarnes gothiques qui prolongeaient initialement les travées de la façade sur cour avaient fait place à deux humbles chiens-assis en retrait sur la nouvelle toiture. L'édifice servait de hangar à grains lorsqu'il fut vendu en 1824 au futur baron Stuart de Rothesay (1779-1845), ambassadeur d'Angleterre à ParisChanoine Porée, Guide du touriste aux Andelys, édit., .. Ce dernier en fit scier et démonter les pierres de taille, qui furent transportées sur la côte anglaise méridionale, non loin de Poole, dans le Hampshire, et partiellement remontées pour contribuer à l'édification de l'actuel château de Highcliffe entre 1827 et 1835, par l'architecte William Donthorne (1799-1859). Cette vaste construction romantique et hétéroclite, où prédominent les styles néo-élisabéthain et néo-jacobéen, ne compte qu'un étage en son corps central, alors que Radeval en comptait deux, plus les hauts combles. Les six fenêtres à meneaux des deux étages de la façade sur cour de Radeval furent remontées au rez-de-chaussée et à l'étage de Highcliffe Castle, au centre de la façade sur jardin, qui donne elle-même sur la Manche. Quant à lui, l'oriel en cul-de-lampe richement sculpté de la chapelle seigneuriale de Radeval orne désormais l'étage de l'une des tours de Highcliffe Castle, dont les flancs présentent également deux baies du rez-de-chaussée de Radeval en réemploi. Enfin, l'intérieur du grand hall de Highcliffe Castle est orné de linteaux et jambages de portes provenant davantage du vieux manoir andelysien que du cloître de l'abbaye de JumiègesJean Lafond (1888-1975), « Le château de Highcliffe, sculptures des Andelys et de Jumièges, vitraux de Rouen et de Saint-Denis », in Bulletin de la Société nationale des Antiquaires de France, 1972-1974, p Lire en ligne sur Persée..

On doit au passage de John Sell Cotman (1782-1842) aux Andelys en 1818 une gravure de la Grand'MaisonHouse at Great Andelys, 1818, in Architectural Antiquities of Normandy, planche XV , exposée au musée Nicolas Poussin de cette ville. Rares sont les descriptions de ce monumentRécit du voyage de Dawson Turner. Outre les témoignages offerts par les gravures, on retiendra des commentaires du banquier et antiquaire britannique Dawson Turner (1775-1858) une similitude avec l'hôtel de Bourgtheroulde à Rouen. 203x203px|gauche|vignette|Château de Highcliffe construit en 1827-1835 avec réemploi des vestiges du manoir de Radeval.

Historique Le manoir de Radeval fut édifié à l'origine pour le compte de messire Jean Le Picart ou Le Picard (° ca 1475, † le ), frère de Louis Le Picart (voir supra), aussi seigneur de Neufbosc et de Louraille à Saint-Thomas-la-Chaussée, fils cadet de Guillaume Le Picart († après le ), chevalier, seigneur d'Estelan, Radeval, Bourg-Achard, Mesnil-Tate, Le Châtelier, Chailly, Longjumeau et Villiers, notaire et secrétaire du roi Louis en 1462, général de ses aides en 1463, général de ses finances en Normandie avant 1483, son capitaine d’Abbeville en 1477, son grand-bailli, capitaine et gouverneur de Rouen et de Château-Gaillard, son premier maître d'hôtel, et enfin son chambellan et conseiller, et de son épouse dame noble Jeanne de La Garde († le ). vignette|284x284px|Armes des Le Picart de Radeval, avec lambel d’or en guise de brisure de cadet, sur la verrière d’une chapelle boréale de la collégiale Notre-Dame des Andelys, verre polychrome, . Jean Le Picart prit lui-même part à la bataille de Fornoue le , entra au Conseil du roi Louis XII en 1498 avant de devenir le maître d'hôtel ordinaire du roi François en 1517, son bailli et capitaine de Gisors en 1521 et son vicomte de Falaise. Régulièrement appelé à représenter la noblesse aux États généraux de Normandie, Jean Le Picart intercéda en 1516 pour que le roi François reçût à Amboise une délégation de la ville de Rouen. À sa mort, il fut inhumé en l'église collégiale Notre-Dame des Andelys, où le suivit son épouse noble dame Geneviève Basset († le ), dame de Feuguerolles, fille de Jean Basset, chevalier, seigneur de Normanville et de Riberpré, bailli de Gisors, et de son épouse noble dame Isabeau Roussel. Jean Le Picart et Geneviève Basset offrirent à la collégiale Notre-Dame des Andelys une verrière à leurs effigies et à leurs armes, qui représentait Saint Christophe portant l'Enfant Jésus et dont les vestiges furent rassemblés vers 1865 par Louis-Gustave Duhamel-Marette (1836-1900) dans la verrière à bornes qui illumine encore aujourd'hui la chapelle boréale du chœur de cette égliseC'est par erreur que François-Roger de Gaignières (1642-1715) a non seulement localisé cette verrière comme étant en l'église paroissiale Saint-Étienne-des-Tonneliers de Rouen mais encore identifié les donateurs de cette verrière comme étant Christophe Le Picart et Anne Basset. Cf. [notice Palissy]..

Radeval passa ensuite à leur fils, messire Georges Le Picart (° ca 1516, † en 1564-1565), chevalier, seigneur de Radeval, Villers etc., qui épousa en premières noces damoiselle Louise de La Motte-Bléquin (° en 1525, † entre 1544 et 1548) et en secondes noces damoiselle Anne de Mailly († entre 1565 et 1572). Fille et héritière de Georges et de sa première épouse, damoiselle Louise Le Picart de Radeval (° en 1542-1552, † le ) fit passer Radeval entre les mains d'une antique maison de chevalerie lorraine en épousant le messire Christophe de Bassompierre ou Bettstein (° ca 1535-1549, † le ), chevalier, baron d'Harouel, seigneur de Rémonville et Baudricourt, colonel entretenu de reîtres dès 1571 et grand-maître de l’Hôtel de Lorraine, avec lequel elle fonda le couvent des Minimes de Nancy en 1592.. vignette|283x283px|Contrefeu aux armoiries parties Bassompierre et Le Picart de Radeval fondu le à la forge de Cousance, dessin d'Henri Delesques (Caen, 1888), d'après l'orginal conservé au Musée Lorrain de Nancy. Cf. Journal de la Société d'archéologie lorraine, juillet 1896. Peu avant que le manoir de Radeval ne passât aux mains des Bassompierre, damoiselle Françoise Le Coq († après le ), fille d'un procureur du Roi en l'élection de Gisors, demeurait au hameau de ce nom lorsqu'elle épousa par contrat passé le aux Andelys messire Nicolas II de La Barre (° ca 1550, † entre le et le ), seigneur du Mesnillet dès 1572 et du Mesnil-des-Planches ou Nanteuil en 1598, homme d'armes de la compagnie du ligueur Charles de Lorraine, duc d'Aumale (1555-1631)Carrés d'Hozier 61, f° 168-169 et 172, à la BNF.. Ancêtres de la famille de La Barre de Nanteuil, les deux époux demeurèrent à Radeval durant les premières années de leur mariage mais on ignore si ce fut dans le manoir, dans l'une de ses dépendances ou encore dans une maison voisine. Toujours est-il que, le , dame Magdeleine III Le Picart de Radeval, sœur de Louise et épouse de messire Jean de La Haye-Chantelou La Haye-Chantelou portait : « parti d'argent et de gueules, au chef de sable chargé de trois besants d'or ». In Louis-Étienne Charpillon (1817-1894) et l'abbé Anatole Caresme (1815-1876), Dictionnaire historique de toutes les communes du département de l’Eure, tome (1868), p. 104., chevalier de l’ordre du Roi, baron de Quatremare, seigneur de Chantelou, Fontaine-sous-Jouy, Launay, Cesseville et Crestot, qui serait capitaine de 50 lanciers en 1585, tint sur les fonts baptismaux de la collégiale du Grand-Andely leur fils Jehan IV de La Barre. De plus, la dame de La Haye-Chantelou constitua en faveur dudit Nicolas II de La Barre, qualifié "capitaine au Chasteau-Gaillard" en 1591-1593, une rente de , par acte passé le par devant Pierre Allorge († après le ), sieur d'Hardanville, conseiller du Roi, lieutenant général et juge présidial au bailliage de Gisors et garde-du-scel aux obligations de la vicomté d'Andely en 1591-1602 au moinsCarrés d'Hozier 61, f° 205-206, à la BNF.. vignette|274x274px|Armoiries polychromes de François de Bassompierre (1579-1646) en lArmorial de l'Ordre du Saint-Esprit (1610-1621). Radeval échut en 1592 à messire François de Bassompierre (1579-1643), marquis d'Harouel, colonel général des suisses en 1614, maréchal de France en 1622, fils de Christophe et de Louise Le Picart de Radeval. Ayant écrit ses Mémoires publiés en 1665 et les récits de ses Ambassades en Espagne, en Suisse et en Angleterre publiés en 1668, le maréchal de Bassompierre vendit Radeval par acte passé le devant les notaires de Paris au financier Jean de Moisset dit "Montauban" († le ) Patriciens de Bayonne anoblis en 1650, les Moisset portaient en 1696 : « d’argent, à une rose de gueules soutenue d’un croissant du même. », conseiller secrétaire du Roi, maison et couronne de France, contrôleur de l'artillerie en 1585, payeur des rentes de l'hôtel de ville de Paris en 1585-1619, fermier général des aides et gabelles de France en 1604, adjudicataire des greniers-à-sel de France en 1619, puis maître d'hôtel du Roi. Déjà propriétaire du château du Val à Rueil-en-Parisis depuis 1606, ainsi que du fief de La Pallée, Jean de Moisset avait été anobli vers 1585 par le roi Henri IV pour avoir pris part à la fondation des manufactures de soie, or et argent filé à la façon de Milan, place Royale à Paris. Il demeurait rue Saint-Thomas-du-Louvre en 1604-1620, avait épousé damoiselle Antoinette Charon († après 1667.), fille de Pierre et de Nicole Marget, et fut inhumé le lendemain de sa mort dans le chœur de l'église Saint-Germain-l'Auxerrois à ParisAndré Lesort (1876-1960) et Hélène Verlet (1920-2020), Épitaphier du Vieux Paris, tome V, Paris, Imprimerie Nationale, 1974, .. vignette|207x207px|Armes d’alliance d’Alexandre de La Vache de Radeval (ca 1650-1700) et Marie-Marguerite Hallé d'Orgeville (1672-1743) en lArmorial Général de Rouen (1696-1709).