Le château d'Ognon était situé dans la commune d'Ognon, dans l'Oise.

Son parc fait l’objet d’une inscription au titre des monuments historiques depuis le .

Historique Le Moyen Âge

La terre d'Ognon est mentionnée pour la première fois en 1197, quand elle appartient à Barthélemy d'Ognon. Un aveu signé par l'un de ses descendants, Regnaut d'Ognon, plus qu'un siècle plus tard, donne un aperçu de la composition du domaine. Il s'agit donc d'un manoir (hostel) avec cour, jardin et environ cent arpents de bois, situés pour partie près du manoir, pour partie au bois Saint-Jean de Senlis. Entre la fin du et 1479, la seigneurie change quatre fois de propriétaire : Elle appartient à un Le Galloy d'Aunoy, chambellan de Charles VI en 1390. Puis elle est transmise par mariage aux Villiers le Bel, aux Baudry et aux La Fontaine, qui en entrent en possession par le mariage de Jeanne de Baudry, dame d'Ognon, de Malgeneste et de Villers-Saint-Frambourg, avec Pierre de La Fontaine. Cette famille conserve la seigneurie jusqu'à la mort de François de La Fontaine en 1632 90..

L'ère des La Fontaine (vers 1500—1632) thumb|left|Gloriettes à l'italienne bâties sous François de La Fontaine-Solare.

Le château d'Ognon est honoré plusieurs fois de visites royales au . Pierre de La Fontaine, écuyer et panetier du duc d'Orléans ainsi que capitaine de Crépy-en-Valois et Pont-Sainte-Maxence, reçoit Louis XII en 1510. En 1520, c'est Jean de La Fontaine (fils de Pierre) qui l'accueille, et le nouveau roi François vient chasser à Ognon en 1526, du temps où le Château Royal de Senlis est encore utilisé. Jean de La Fontaine devient capitaine des chasses royales de la forêt d'Halatte en 1533, et officie comme gouverneur de Crépy et Pont, conseiller du roi et maître d'hôtel du roi. Son fils Artus de La Fontaine-Solare hérite de ces charges et conserve les faveurs de quatre rois successifs : Henri II, François II, Charles IX et Henri III, sous lesquels il est Grand maître des cérémonies de France. Puis il devient successivement ambassadeur à Constantinople et Vienne, et finalement lieutenant général du gouvernement d'Île-de-France. C'est son respect scrupuleux du protocole et de la hiérarchie qui a donné naissance à l'expression « être rangés en rang d'Ognon ».

La famille de La Fontaine parvient à construire une fortune considérable. Lors de la huitième guerre de religion, François de La Fontaine, fils d'Artus, rallie malencontreusement le camp des Ligueurs et les troupes du duc de Longueville, qui subissent une lourde défaite à Senlis, du 15 au . Quoi qu'il en soit, François entre surtout dans l'histoire pour les embellissements qu'il apporte au parc d'Ognon au début du siècle suivant. Il fait créer un parterre de dentelles orné de statues dans le verger à l'est du château, transformer la grande allée pour le jeu de mail, élever les deux gloriettes et aménager le grand étang au sud du parc. Avec le temps et la disparition de Henri IV, la cour oublie les fautes du seigneur d'Ognon, au point que Marie de Médicis le sollicite pour se porter caution pour elle. Quand la reine mère est contrainte à l'exil en 1632, elle n'aura pas encore remboursé ses dettes, et François de La Fontaine est ruiné, contraint de vendre ses terres d'Ognon. Il meurt dans la même année.

L'ère des Titon (1676—1806) thumb|Restitution du grand parterre du château d'Ognon, dans l'Oise (aujourd'hui disparu), . thumb|Double escalier menant vers la salle de verdure avec les statues des Saisons. thumb|L'orangerie, bâtie vers 1711/1753.

L'acheteur est Jean Lécuyer, un voisin, seigneur de Balagny et doyen de la Chambre des comptes. Cependant, Lécuyer disparaît en 1634 et sa fille meurt un jour après lui. C'est le petit-fils de Lécuyer qui hérite de la seigneurie d'Ognon, qu'il conserve jusqu'en 1668 pour la vendre ensuite aux Cardon. Cette famille garde Ognon pendant moins de huit ans et s'en défait en 1676 au profit de Maximilien Titon. Depuis le décès de François de La Fontaine, le château est resté inhabité du fait de la proximité du manoir de Balagny, et le domaine n'a plus été correctement entretenu. Titon le trouve en mauvais état et entreprend d'importants travaux de restauration et d'aménagement. Issu d'un milieu modeste, le fournisseur d'armes de l'armée de Louis XIV de France fait une carrière hors du commun et s'enrichit notamment au monopole de la fabrication des armes à feu individuelles, tout en permettant à la France de ne plus importer d'armes à feu individuelles grâce à ses manufactures de Charleville, Saint-Étienne et Maubeuge. En 1690, la fortune de Titon se monte à livres (correspondant à de 1999)91-94..

Maximilien Titon et après lui, son fils aîné Louis-Maximilien Titon de Villegenon, puis le fils aîné de ce dernier, Louis II Titon de Villegenon, ont poursuivi l'aménagement du parc commencé par François de La Fontaine au début du siècle. En premier lieu, le parterre est agrandi en supprimant entièrement le verger, et l'allée du Mail est prolongée en direction du nord, bordant ici la limite orientale du parterre. Le grand bassin est transformé en miroir d'eau aux angles biseautés, et des statues supplémentaires sont placées à plusieurs endroits. Une salle de verdure avec les statues des quatre Saisons est aménagée à l'ouest du bassin et achevé en 1690, et une salle de bal champêtre est créée, ornée par des statues en 1753 seulement. Elle marque l'achèvement des travaux commandés par les Titon, dont les revenus se sont réduits depuis que le Régent, Philippe d'Orléans, leur ait retiré le monopole sur la fabrication des armes à feu. Louis II meurt en 1758 et sa fille cadette, Marie-Louise, hérite d'Ognon. En 1783, elle abandonne la nue-propriété du domaine à son cousin Jean-Baptiste Maximilien Pierre Titon de Villotran, qui habite le château voisin du Plessis-Chamant. Maximilien-Pierre est guillotiné à Paris en 1794, et ses deux fils se partagent ensuite la nue-propriété. Après le décès de Marie-Louise et de son second époux, le comte Auguste Charles René de Chevigné, en 1804 à peu de temps d'intervalle, les deux frères Titon de Villotran vendent les terres d'Ognon. L'acte notarié est signé à Senlis, le 94-95..

Dans son ouvrage « Description du Département de l'Oise », le premier préfet du département, Jacques Cambry, affirme que Madame de Sévigné aurait habité Ognon. Caix donne la page 501 au lieu de 50, erreur recopiée par Poussard, qui par ailleurs indique le tome V, inexistant (il n'y a que deux tomes et un tome de planches).. Comme le souligne Amédée de Caix de Saint-Aymour (voir ci-dessous), il s'agit en fait d'une confusion du fait d'une consonance approximative des mots Chevigné et Sévigné.. Madame de Sévigné a bien séjourné à Ognon, mais pendant quelques jours seulement, commé invitée96..

L'ère des Caix de Saint-Aymour (1817—1881) thumb|Ambiance forestière sur l'allée du Mail.

L'acquéreur d'Ognon est un ancien notaire parisien, Gabriel Louis François Périer, qui donne le domaine en dot à sa fille en 1817, quand elle épouse un vicomte de Caix de Saint-Aymour. Pas plus que Périer, le jeune couple n'habite sur le domaine qui subit ainsi une seconde période d'abandon, comme entre 1632 et 1676. Ce n'est que préalablement au mariage de leur fils Léon (1810-1905) avec Louise de Marcilly (1813-1861), en 1840 que les parents des futurs époux commandent conjointement un état des lieux à deux experts. Il en résulte que le château est de 20-30 % en dessous d'un état habitable, et que les murs sont pénétrés par l'humidité et rongés par le salpêtre jusqu'à une hauteur d'un mètre. Le vicomte et la vicomtesse de Saint-Aymour s'installent toutefois à Ognon, mais des pages publiées par leur fils Amédée (1843-1921) ne ressort malheureusement pas si l'ancien château des La Fontaine a été remis en état, au moins sommairement, ou si une nouvelle demeure a été construite. En effet, plusieurs documents des années 1850-1870 qualifient le château de « maison de l'Empire » ou de « petite construction de l'Empire », ce qui appuie plutôt la seconde hypothèse. Amédée de Caix de Saint-Aymour passe une enfance heureuse à Ognon puis effectue des hautes études à Paris. Il envisage de mener une carrière littéraire à Ognon, mais s'attache d'abord à développer l'exploitation agricole de son père pendant les années 1870, quand il devient également conseiller général du canton de Pont-Sainte-Maxence. En 1881, la famille vit un revers de fortune contraignant Léon de se séparer d'Ognon en faveur du directeur de banque parisien Charles Amédée Demachy, régent de la Banque de France depuis 187497..

L'ère des Demachy et Seillière de Laborde (1881—à ce jour) thumb|Vue du château, façade sur la cour d'honneur. thumb|Vue du château, façade sur le parc. thumb|Le grand lac, reconstitué dans la tradition des jardins anglais.

Les capitaux de la banque que Demachy dirige, tout comme avant-lui son père Charles Adolphe (1818-1888), appartiennent à la famille lorraine Seillière, industriels dans le textile depuis plusieurs générations. Sous la monarchie de Juillet, ils financent les de Wendel et les Schneider grâce à leur fortune acquise avec les fournitures aux armées. Les Seillière avaient déjà racheté à bon compte le château de Mello. - Charles Amédée Demachy fait aussitôt démolir la « petite construction de l'Empire » et commande au célèbre paysagiste Louis-Sulpice Varé (1803-1883) la création d'un jardin anglais. L'ancien château n'est pas mentionné, mais la grosse tour du nouveau château Néorenaissance qu'il fait édifier en provient probablement. L'année de démolition de l'ancien château reste donc en suspens. Demachy meurt en 1888, et la mauvaise conjoncture qu'a connu sa banque pendant les années précédentes oblige son fils Charles-Amédée de la liquider, substituant à elle une nouvelle banque avec quatre fois moins de capitaux. Les Seillière s'étant retirés de la banque vers 1875, cet incident n'altère pas la bonne entente entre les deux familles, si bien que les deux filles de Charles-Amédée, Hélène et Germaine, épousent respectivement les barons Léon et Ernest Seillière. Ces derniers sont cousins germains entre eux à la fois par leurs pères et leurs mères, les sœurs Laborde97-98..

Les parents Demachy, leur fils surnommé Charly, resté célibataire, et les deux jeunes ménages vivent tous au château, de dimensions généreuses. Léon Seillière travaille dans la banque familiale et passe ses loisirs à jouer du piano et à composer. Son cousin Ernest est reçu troisième à l'école polytechnique, mais opte pour une carrière littéraire et effectue plusieurs années d'études à l'université de Heidelberg. Il se fera une renommée comme philosophe et plus particulièrement analyste de la pensée germanique, avec soixante-et-onze volumes et plus de cinq cents articles à son actif. Il est élu à l'Académie des sciences morales et politiques en 1914 et à l'Académie française en 194698..