vignette|redresse=1.4|Carte des royaumes royaumes indo-grecs v. -180 et 10. L'Oddiyana apparaît en 13, juste au nord des royaumes indo-grecs (Uddyana en anglais). C'est durant cette période que le roi grec Ménandre se convertit au Bouddhisme. Ménandre apparaît dans le texte bouddhiste Milindapañha.
L'Oddiyana (parfois écrit Oudyāna) est un petit royaume bouddhiste du millénaire centré sur la vallée de Swat, aujourd'hui dans le nord-ouest du Pakistan. L'Oddiyana joue un rôle central dans le bouddhisme vajrayāna car les Tibétains pensent qu'une grande partie de leurs principaux tantras proviennent de ce royaume. D'autre part, Padmasambhava, le fondateur du bouddhisme tibétain, serait originaire d'Oddiyana.
Éléments historiques
La présence d'un royaume centré sur la vallée de Swat semble apparaître au moins dès l'Antiquité (voir carte ci-contre). La vallée de Swat est incluse dans la région du Gandhâra. Cette dernière, ainsi que les régions proches comme le Cachemire ou la Bactriane, étaient réputées pour être des régions de haute spiritualité. D'autre part, elles furent le lieu de mélanges de nombreuses culturesRené Grousset, Sur les traces du Bouddha Asiatheque L&M, 2008, René Grousset, L'Empire du Levant, Histoire de la Question d'Orient, Payot, Paris, 1979, Jean-Paul Roux, L'Asie centrale. Histoire et civilisation (Fayard, 1997).
Entre autres, ces régions furent le lieu d'apparition et de développement de l'Art gréco-bouddhiqueAlfred Foucher,L'art gréco-bouddhique du Gandhâra. Étude sur les origines de l'influence classique dans l'art bouddhique de l'Inde et de l'Extrême-Orient, 2 t. [t. 1 : 1905 ; t. 2 en trois fasc. : 1918, 1922, 1951], Paris, Imprimerie nationale (PEFEO, 5 et 6).A. Fenet, Documents d’archéologie militante. La mission Foucher en Afghanistan (1922-1925), Paris, 2010, 695 p. (Mémoires de l’Académie des Inscriptions et Belles-Lettres 42).Mario Bussagli, L'art du Gandhara, Le Livre de Poche ( mai 1996), .. En effet, l'empereur Ashoka (v. -304 à -232) qui fut le premier à unifier le monde indien sous l'Empire Maurya, se convertit au Bouddhisme et envoya de nombreux missionnaires dans tout son empire. Le Bouddhisme se développa alors dans les régions correspondantes aux actuels Pakistan et Afghanistan. D'autre part, la présence de grecs dans la région remonte à l'empire perse des Achéménides et s'accentua avec la conquête d'Alexandre le Grand (vers -327 à -325).
La rencontre de ces deux cultures donna naissance à l'Art gréco-bouddhique surtout dans l'Empire kouchan (env. –s). Ces régions furent fortement touchées par les invasions des Huns Hephthalites ( - ) qui détruisirent une grande partie de cette culture. Néanmoins, dans certaines régions, comme à Bâmiyân ou en Oddiyana, le Bouddhisme et l'Art gréco-bouddhique se maintinrent (et résistèrent même quelques siècles à l'arrivée de l'Islam) jusqu'à la fin du millénaire.
La présence du Bouddhisme est attestée de façon très précoce en Oddiyana : le au lieu de Jamal Garha est daté de la fin « De l'Indus a l'Oxus : Archéologie de l'Asie Centrale », Osmund Bopearachchi, Musée De Lattes, 2003. probablement construit sous l'impulsion d'un empereur Maurya. Les régions de l'Art gréco-bouddhique ont fait l'objet de fouilles systématiques des archéologues européens dès le début du . Les archéologues français ont particulièrement travaillé en AfghanistanLes Français eurent le monopole des fouilles en Afghanistan entre les deux guerres mondiales ce qui explique que le Musée national des arts asiatiques - Guimet à Paris a encore aujourd'hui la plus grande collection hors d'Asie d'Art gréco-bouddhique.. L'historien de l'art Alfred Foucher (1865-1952) présenta dans sa thèse de Doctorat en 1905 l'hypothèse suivant laquelle la première représentation humaine du Bouddha aurait été sous une forme grecque, hypothèse qui semble toujours partiellement vraie. L'Oddiyana a été fouillé, la première fois, par une expédition italienne dirigée par Giuseppe Tucci qui confirma la très longue tradition bouddhiste de cette région au millénaire.
vignette|redresse=1.4|Carte des Indo-Sassanides vers 600 L'Oddiyana apparaît en 29La même carte en 565 fait apparaître l'Oddiyana en 30: Voir en ligne.. Le pèlerin chinois Xuanzang traversa l'Oddiyana un peu plus tard (dans les années 630). Dans le récit de son pèlerinage, il déclare que les bouddhistes sont nombreux en Oddiyana et pratiquent déjà une forme tantrique du Bouddhisme.
Le moine-pèlerin bouddhiste chinois Xuanzang (602 – 664) qui se rendait à l'université de Nâlandâ en Inde et dont le récit des voyages est une source très importante de connaissance pour l'histoire ancienne de l'Asie traversa les régions gréco-bouddhiques la première moitié du et déclara que la plupart des monastères avaient été détruits par les Huns Hephthalites. Il traversa l'Oddiyana et fut effrayé de voir que les bouddhistes qui y étaient présents y pratiquaient ce qui lui semblait être une sorte de syncrétisme avec le Shivaïsme du Cachemire. Ce que découvrait Xuanzang était en fait une des toutes premières formes du Bouddhisme tantrique, le Vajrayana.
À partir du , l'Oddiyana fut gouvernée par la dynastie hindoue . L'Hindouisme commença à remplacer le Bouddhisme. Vers 1023, Mahmoud de Ghaznî écrasa très rapidement la dynastie Sahi et convertit la région à l'Islam, religion qu'elle a gardée jusqu'à aujourd'hui.
L'origine du Vajrayana
Jusqu'au , le Bouddhisme indien était dominé par le MahayanaPhilippe Cornu, Longchenpa, la liberté naturelle de l'esprit (préface de Sogyal Rinpoché). Éditions du Seuil, coll. « Points. Sagesses » , Paris, 1994.. Le Mahayana avait pour centre les grandes universités du Nord de l'Inde comme Nâlandâ. À partir du , apparaissent de nouveaux textes (les tantra) et pratiques qui vont prolonger le Mahayana et donner naissance au Vajrayana. Le Vajrayana se développe de façon précoce dans les régions frontalières de l'Inde : Cachemire et Oddiyana à l'ouest et Assam et Bengale à l'est sous l'impulsion de ceux que la tradition bouddhiste appellent les Mahasiddha. Ces derniers étaient des yogis à qui l'on attribue de nombreux pouvoirs magiques et qui n'aimaient pas les disputes scolastiques des grandes universités bouddhistes. À partir du , les nouvelles pratiques tantriques gagnèrent les universités et se répandirent pendant toute la dernière période du Bouddhisme indien (jusqu'au ) au Tibet. D'après les bouddhistes tibétains et surtout pour l'école la plus ancienne du Bouddhisme tibétain (lécole Nyingmapa), le royaume d'Oddiyana aurait été le centre majeur de l'apparition des tantras. Padmasambhava et Garab Dorje, le premier maître humain du Dzogchen, y seraient nés. Vimalamitra y séjourna longtemps et le Mahasiddha fut un roi d'Oddiyana. Un très grand nombre des enseignements du Dzogchen et le Guhyagarbha tantra, le tantra « ancienAncien veut dire ici correspondant à la première transmission du Bouddhisme au Tibet (au ). » le plus important, auraient pour origine géographique l'Oddiyana. En conséquence, les pratiquants du Bouddhisme Vajrayana et tout particulièrement les Nyingmapa ont un culte très prononcé pour le royaume antique d'Oddiyana qui apparaît comme la terre sacrée par excellenceL'Oddiyana fait figure avec le royaume de Shambhala comme la « terre sacrée » par excellence..
Le roi Indrabhuti
apparaît à de nombreuses reprises comme le roi d'Oddiyana dans les textes tantriques bouddhistes. Philippe Cornu croit pouvoir distinguer quatre personnages historiques derrière le nom d':
l'Ancien dit le Grand appelé Ja ou Dza. Il aurait reçu du Bodhisattva Vajrapani le Guhyagarbha tantra. Il aurait eu pour disciple Vimalamitra.
le Second. Il fut le disciple de Vimalamitra.
le Jeune. Il aurait été le fils de l'Ancien et aurait joué un rôle important dans la transmission de nombreux tantra.
qui apparaît dans le Pema Kathang (Dict de Padma), le texte qui raconte la vie de Padmasambhava. C'est lui qui aurait été le père adoptif de Padmasambhava.
Padmasambhava
Padmasambhava est le fondateur du Bouddhisme tibétain et le Second Bouddha pour l'école Nyingmapa. Contrairement à , son existence historique est prouvée. En effet, un texte prouvant l'existence de Padmasambhava a été trouvé par Paul Pelliot dans les Grottes de Mogao à Dunhuang. Il est conservé aujourd'hui à Bibliothèque nationale de France. Ce texte du explique qu'un maître bouddhiste indien Padmasambhava vint au Tibet y enseigner le Dharma et la pratique de VajrakilayaPhilippe Cornu, Padmasambhava : la magie de l'éveil (avec la collaboration de Virginie Rouanet ; préface de Sogyal Rinpoché). Éditions du Seuil, coll. « Points. Sagesses » , Paris, 1997. 275 p. .Article de Philippe Cornu dans le magazine de l'exposition « Rituels tibétains, Visions secrète du dalaï-lama », Éditions des musées nationaux, 2002, .. D'après la tradition tibétaine, Padmasambhava apparut de façon miraculeuse dans un lotus au centre du lac Dhanakosha en Oddiyana. Le roi l'aurait alors adopté. Padmasambhava passa ensuite de nombreuses années en Inde avant d'aller au Tibet à la demande du roi tibétain Trisong Detsen (v. 704-797). Il est donc possible que Padmasambhava soit bien né en Oddiyana au et qu' était le nom du roi de ce pays bouddhiste tel que l'archéologie nous le montre.
Depuis, les Tibétains considèrent que le royaume d'Oddiyana est à l'origine de leurs traditions. C'est aussi la terre des Dakini. La plupart des textes tantriques, en particulier tous les terma commencent par l'invocation à Padmasambhava, ou « prière en sept lignes », qui fait directement référence à ce royaume. La prière est la suivante:
Tibétain phonétique (Oddiyana se dit Orgyen en tibétain): Hūm Orgyen Yul gyi Nub Chang Tsam Péma Gesar Dongpo La yatsen chok gi ngödrub nyé Péma jungné shyé su drak Khor du khandro mangpö kor Khyé kyi jesu dak drub kyi Jingyi lab chir shek su sol Guru Padma Siddhi Hūm
Traduction : Hūm Aux confins nord-ouest du pays d'Oddiyāna, Au cœur d'une fleur de lotus, Doué du merveilleux et suprême accomplissement, Vous êtes connu sous le nom de « né du lotus » Une assemblée de nombreuses dākinīs vous entoure ; Je vous suis afin d'accomplir votre nature ; Je vous prie : venez me bénir de votre grâce ! Guru Padma Siddhi Hūm
En tant que terre sacrée, la localisation historique et géographique de l'Oddiyāna n'est pas importante. Il est dit que, comme pour le royaume Shambhala, les pratiquants bouddhistes peuvent s'y rendreC'est-à-dire en « vision spirituelle ». et que le vrai royaume d'Oddiyāna (c'est-à-dire la terre sacrée à l'origine des traditions tantriques) n'est pas accessible par des moyens ordinaires et n'est pas localisable. Cependant, contrairement à celui de ShambhalaL'apparition du mythe de Shambhala est lié au Tantra de kalachakra, tantra qui serait apparu au Bengale et en Orissa au . Shambhala est présenté comme une terre située à l'extrême nord de l'Inde. Mais le trantra dit explicitement que l'on ne peut pas situer Shambhala sur une carte., le « mythe » du royaume d'Oddiyāna a une origine historique et géographique précise.
Références
Bibliographie Mario Bussagli, L'art du Gandhara, Le Livre de Poche (), . Jean-Paul Roux, L'Asie centrale. Histoire et civilisation (Fayard, 1997). René Grousset, Sur les traces du Bouddha Asiathèque L&M, 2008, . Philippe Cornu, Dictionnaire encyclopédique du bouddhisme. Nouvelle édition augmentée, Éditions du Seuil, Paris, 2006. 952 p. . Philippe Cornu, Padmasambhava : la magie de l'éveil (avec la collaboration de Virginie Rouanet ; préface de Sogyal Rinpoché). Éditions du Seuil, coll. « Points. Sagesses » , Paris, 1997. 275 p. .
Liens externes Carte des sites archéologiques du Gandhâra, Ohio State University Gandhara (musée Guimet)
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