alt=Signature d'Ismaël en 1862 tirée d'un courrier|vignette|upright=1.6|Signature d'Ismaël en , avec les ∴ maçonniques. Jean-Vital Jammes dit Ismaël est un baryton français né le au Passage (Lot-et-Garonne) et mort le à Marseille (Bouches-du-Rhône).
Né dans une famille très pauvre, il part de chez lui à quatorze ans et gagne sa vie comme chanteur des rues, avant de se faire embaucher comme choriste puis soliste sur des scènes de province de plus en plus illustres. Au début des années 1850, il se fixe à Marseille, où il révèlera la véritable dimension de son talent. Les années 1860 seront celles de la consécration parisienne. Cet autodidacte absolu a créé en 40 ans de scène nombre de grands rôles au Théâtre-Lyrique puis à l'Opéra-Comique, dont Zurga dans Les Pêcheurs de perles de Georges Bizet et Ourrias dans Mireille de Charles Gounod. Consécration de sa carrière, il devient professeur au Conservatoire de Paris en 1874, avant d'en être chassé dans des conditions obscures. Sa fin de carrière est marquée par des difficultés vocales liées à une affection du larynx. Mais Ismaël ne cessera jamais d'enseigner son art à de nombreux élèves, souvent illustres eux-mêmes. Biographie Des origines modestes vignette|upright=0.7|gauche|Ismaël jeune en costume de scènePortrait à l'huile sur bois Jean-Vital JammesPlusieurs sources, dont , , , disponible sur Google Livres, donnent les prénoms Jean-Vital-Ismaël. naît au Passage, près d'Agen. Son père, Antoine Jammes, est un tailleur d’habits analphabète originaire de Foulayronnes ; sa mère, Marguerite Andrieu, est domestiqueSelon , , , disponible sur Google Livres, ses parents étaient Juifs : « de parents Israélites », et il donne la date de naissance de 1827.Acte de naissance de Jean-Vital Jammes, Archives départementales de Lot-et-Garonne, 1825, visible sur Wikimedia Commons., ., , , disponible (partiellement) sur Google Livres.. Très pauvres, ils ne peuvent offrir à leur fils aucune éducation. À seize ans, Jean-Vital, qui témoigne un intérêt précoce pour le chant, quitte à pied le domicile familial pour gagner sa vie en chantant dans les rues et les auberges. Il arrive ainsi à Nantes, , , disponible sur Google Livres.. Prat, le directeur du théâtre Graslin, l'entend chanter dans un café au cours de la saison 1842-1843 et l’embauche comme choriste. Jammes remporte un premier succès en remplaçant au pied levé le baryton titulaire du rôle de Max dans Le Chalet d’Adolphe Adam, , , .. Il part – semble-t-il – à Paris en espérant recevoir une formation plus poussée mais le Conservatoire de Paris le refuse à cause de son analphabétisme. Il apprend donc seul à lire et à écrire et travaille essentiellement par lui-même les grands rôles de baryton de son époque.
Ce travail porte ses fruits car il obtient un poste de basse en Belgique, à l’Opéra de VerviersSelon « Causerie bordelaise », La Gironde, 18 juin 1893, visible sur Wikimedia Commons, il aurait débuté à Namur, , .. En , il se produit à Namur, déjà sous le nom de scène d’« Ismaël », en tant que Position déjà relativement importante puisqu'il apparaît en second sur le tableau de troupe qui comporte 8 solistes hommes, 7 solistes femmes, 4 choristes et 30 musiciens., ..
De retour en France, il est engagé à Saint-Étienne en , comme pour l’opéra et pour les drames, comédies et vaudevilles, .. Il se produit à Amiens à partir d', .. Face à un public extrêmement exigeant, il fait preuve de , ., même s’il est , .. ll résilie son contrat en , . et part pour Orléans où il est référencé comme baryton Martin en , .. Il y rencontre le succès dès son arrivée grâce à sa , ..
Il est engagé au Grand-Théâtre de Bordeaux en 1848-1850, et passe au Grand Théâtre de Nîmes en 1850, .. On le voit aussi, en 1851, à Perpignan et à Béziers. Puis il fait ses débuts en 1851 au Grand-Théâtre de Lyon comme , .. Il y rencontre sa première épouse, la mezzo-soprano Alceste Anastasie Hortense Cœuriot qui y est « Première dugazon », , , .. Il retourne à Bordeaux avec Alceste en 1853-1854, puis il réside six saisons d’affilée (de 1854 à 1860) au Grand-Théâtre de Marseille. À Bordeaux et Lyon, Ismaël a eu l’occasion de donner la réplique à des vedettes comme Marietta AlboniAvec Marietta Alboni dans le rôle d’Odette., . et Louis GueymardLouis Gueymard était venu en représentation et jouait dans ces œuvres., .. À Marseille, il construit sa propre stature de grand artiste. En effet, il obtient par exemple une « couronne d’or » de la Direction pour fêter sa deuxième saisonCouronne d’or dédicacée : , ., et joue pour la première fois le rôle-titre de Rigoletto de Verdi, dans lequel il excellera par la suite. Il se déplace également : il fait une apparition à Aix-en-Provence fin 1855-début 1856, et se rend apparemment en représentation à Constantine, avec Alceste au cours de l’été 1856L’agence A. Lacroix et Belliard a engagé Ismaël et Alceste en représentation à Constantine en mai 1856., .. Après un nouveau passage à Lyon en 1860-1861, disponible à la Bibliothèque municipale de Lyon., Ismaël fait en 1861 ses débuts de baryton « Grand opéra et traductions » et « opéra-comique » au théâtre de la Monnaie à Bruxelles, , , .. Il est engagé l'année suivante au théâtre des Arts de Rouen. Il y joue avec succès plusieurs rôles majeurs en 1862-1863 et attire ainsi l’attention de Léon Carvalho, directeur du Théâtre-Lyrique à Paris.
Consécration parisienne vignette|upright=0.7|Ismaël vers 1885, huile sur toile Carvalho engage Ismaël dans sa troupe. Celui-ci débute le avec la création de Zurga des Pêcheurs de Perles de Georges Bizet. Il joue ensuite à partir du le rôle-titre dans Rigoletto de Verdi. Ce rôle consacre Ismaël comme l'un des chanteurs de premier plan de la capitale, .. Il crée l'année suivante Ourrias dans Mireille de Gounod puis chante le le rôle-titre du Macbeth de Verdi dans sa version révisée, .. Il joue également le rôle-titre de Don Pasquale de Donizetti, Falstaff dans Les Joyeuses Commères de Windsor, . de Nicolai, et Sganarelle dans Le Médecin malgré lui de Gounod (1866). , .. Il chante au Grand-Théâtre de Marseille début 1868, ., puis à nouveau en 1869 après la faillite de Carvalho en . En , il signe avec le Théâtre royal de Liège, ., quelques jours avant le déclenchement de la guerre de 1870Guerre déclarée le 19 juillet 1870, après plusieurs jours de crise.. Le , il est à Marseille. Sur un balcon de la Canebière, il entonne La Marseillaise pour la foule enthousiaste qui attend, comme lui, Giuseppe Garibaldi. Celui-ci arrive sur le vapeur Ville-de-Paris pour aider la jeune République française, .. Fin 1870, il participe également à deux concerts de bienfaisance au Grand-Théâtre de Marseille, ..
En , après les événements de la Commune, La Comédie annonce le retour d'Ismaël à l’Opéra-Comique dans L’Ombre de Friedrich von Flotow, ., , disponible sur Open library.. Il crée, à la salle Favart, plusieurs opéras et opérettes dont Fantasio d'Offenbach et Le roi l'a dit de Delibes. Il joue aussi dans les œuvres de Gounod Roméo et Juliette (frère Laurent) et Le Médecin malgré lui (Sganarelle). Entretemps, il fait une grande tournée dans au moins 25 villes de France, en juillet-, en compagnie de trois autres artistes de l'Opéra-Comique, avec L'Ombre de FlotowTournée d’été 1872 d’Ismaël (accompagné de Galli-Marié, M. Lhérie, Priola), avec l’Ombre. Selon le Journal de Lyon, reprenant le Sémaphore de Marseille, ils jouent le juillet à Orléans, puis s’arrêtent au moins à : Agen, Angers, Angoulême, Avignon, Béziers, Bordeaux, Blois, Carcassonne, Cette (Sète), Dijon, Grenoble, Le Havre, Marseille (22 juillet), Montauban, Montpellier, Nantes, Nîmes, Rochefort, Poitiers, Saint Étienne, Tours, Toulouse, et sans doute Lyon. Recette de la tournée : , dont à partager entre les quatre artistes., ..
Au cours des années 1870, Jean-Vital Jammes semble connaître des problèmes vocaux, liés à une affection du larynx, disponible sur The New-York Times., qui l'éloignent périodiquement de la scène. Les journaux de l’époque relatent plusieurs incidents à propos de ce point et de sa santé en général. En 1853 déjà, à Lyon, il a une extinction de voix, .. L'Argus et le Vert-vert réunis publient même un couplet satirique sur le sujet. Son médecin le soigne dans un surprenant caisson hyperbare d’époqueCommentaire du docteur dans une publication scientifique, (, , , ) : . Plus tard, fin 1871, il s’évanouit sur scène à la fin d’une représentation de L’Ombre, . ; de même, il est obligé de en , ..
Professeur au Conservatoire vignette|upright=0.7|gauche|Villa d'Ismaël à Marseille (vers 1980)
Nommé professeur de déclamation lyrique au Conservatoire de Paris le , Ismaël continue cependant à jouer. Il crée en particulier, sur la scène de l'Opéra-Comique, Gille et Gillotin en 1874, L’Amour africain en 1875 et le pasteur Tidmann dans Piccolino de Guiraud en 1876, .. Le journal satirique Le Trombinoscope lui consacre en 1875 un numéro, avec une biographie fantaisisteBiographie fantaisiste d'Ismaël par Touchatout, visible sur Wikimedia Commons. signée Touchatout.
Il quitte l'Opéra-Comique en , quand Léon Carvalho reprend la direction du théâtre, , , disponible sur Open library.. Le , il est brusquement et sans explications démis de ses fonctions de professeur au Conservatoire. Il demande à plusieurs reprises, mais en vain, une enquête publique sur les raisons de sa révocation, , , .. Profondément touchéIl signera son testament : « Jean Vital Jammes dit Ismaël, ancien professeur au Conservatoire de Paris »., il publie en un opuscule sur cette affaireJustification d'Ismaël à propos de sa révocation du Conservatoire, visible sur Wikimedia Commons.. Il attribue sa révocation au ressentiment d'une de ses élèves à qui il avait expliqué son inaptitude à l'art lyrique. Cette affaire, qui trouve en 1877 un écho dans plusieurs quotidiens, le poursuit : en 1880, sollicité pour diriger la classe de chant du Conservatoire de Marseille, il en est finalement écarté. Il s'en plaint dans une lettre au FigaroTranscription littérale du courrier adressé à Jules Prével, , : . Son dossier aux « ressources humaines » du ConservatoireVisible aux Archives nationales (cote AJ 37/70-2), il montre un échange de lettres entre la mairie de Marseille et les services du ministère. Les réponses du ministère semblent dissuader la mairie. semble étayer les hypothèses d'Ismaël dans sa lettre.
À partir de 1877, Ismaël passe de plus en plus de temps dans sa villa de MarseilleCette villa existe toujours en 2012, dans le quartier du Roucas-Blanc, sur la traverse Ismaël (nommée en son honneur). Un escalier public, l'escalier du Prophète, mène de la traverse à la plage du Prophète. Dans son article « Les plages de Marseille, des Catalans jusqu'à la Pointe-Rouge », le journal La Provence du 25 juillet 2004 évoque une légende locale selon laquelle l'escalier et la plage doivent leur nom à l'opéra Le Prophète (opéra) de Meyerbeer, qu’Ismaël aurait souvent répété sur cette plage.Emplacement de la villa de Jean-Vital Jammes à Marseille, au nord-est du repère rouge Google Maps , sur Google Maps., achetée en 1861, donnant des leçons de chant et participant à la vie de la cité. Il est par exemple membre du « Cercle artistique de Marseille », et il lui arrive de chanter pendant les manifestations du cercleTh. Lormond, « Mort du baryton Ismaël », Le Petit Marseillais, juin 1893, visible sur Wikimedia Commons., ..
vignette|upright=0.7|Caveau de Jean-Vital Jammes et Marie Garcin au cimetière Saint-Pierre