Schneider et (se prononce "Schnedr" [ʃnɛdʁ]) est une ancienne société française fondée au Creusot (Saône-et-Loire) en par Adolphe et Eugène Schneider. Ses points d'attache étaient les activités minières (charbon, notamment le bassin houiller de Blanzy et minerai de fer), sidérurgiques (fonderie et forge) puis de matériels (locomotives, armement, moteurs, turbines…) et d'équipement (ponts, charpentes…). Pendant plus d’un siècle, elle s’est développée en se diversifiant fortement et a constitué le premier groupe industriel français au niveau international. En 1949 elle était la maison-mère de la holding nommée Groupe Schneider, avec SFAC et CITRA comme principales filiales. En 1966 le Groupe Schneider a fusionné avec le Groupe Empain pour former le Groupe Empain-Schneider avec Creusot-Loire de à 1984 et Jeumont-Schneider jusqu'en 1986. Schneider Electric en est un descendant.

Histoire de la société vignette|redresse|Joseph Eugène Schneider (1805-1875).

En , Adolphe Schneider entre à la banque Seillière sur recommandation de son cousin Virgile Schneider. En , il se voit confier l’intendance des fournitures en vivres et fourrages de l’expédition militaire pour la destitution du dey d’Alger. C’est un succès financier et les Seillière s’estiment redevables envers lui et sa famille. La banque, qui vient d’acheter les forges de Bazeilles (Ardennes), y nomme gérant Eugène Schneider, le frère d’Adolphe. Le , après avoir trouvé un difficile montage financier, François-Alexandre Seillière, Louis Boigues, propriétaire des Forges de Fourchambault et les frères Adolphe et Eugène Schneider, se portent acquéreurs de tous les Établissements du Creusot. Adolphe et Eugène Schneider deviennent les cogérants de la nouvelle société : Schneider frères et , société en commandite par actions, passée sous le nom de Schneider et Cie au décès accidentel d'Adolphe en .

L’implantation des Schneider au Creusot au L’industrie métallurgique était implantée dans la région du Creusot-Montcenis depuis la fin du . Plusieurs maîtres des forges, comme Ignace de Wendel, Michel Ramus, Jean-François Chagot puis Manby et Wilson, se sont succédé sans parvenir à pérenniser cette activité. Les Schneider s’y intéressent dès , grâce à leur connaissance de la situation financière de ces sociétés au Creusot et à l’opportunité apportée par les débuts du développement du chemin de fer, inventé en Angleterre, dont le potentiel permet d’espérer un développement en France, puis à l’étranger.

Ce marché naissant, surtout lié à des villes minières, engendre un besoin en rails et en locomotives. Dès le début, l’ambition de construire des locomotives implique la création ex nihilo d'une activité de construction mécanique. Le choix est fait de concevoir une locomotive originale en s’inspirant de la technique britannique (la Gironde en ).

Les lignes de chemin de fer nécessitent également des ponts pour franchir les cours d’eau. Cette activité est développée à Chalon-sur-Saône (Le Petit Creusot), initialement dévolu à la construction de bateaux, puis, à partir des années , aux ponts et charpentes métalliques et enfin aux travaux publics (caissons de fonçage à l’air comprimé, écluses, aménagements de ports, grues).

La construction de l’outil industriel au Le site du Creusot présente à la création de la société la particularité unique en France de disposer des sources de minerai de fer et de charbon dans un périmètre restreint. En s’appuyant sur cette spécificité, les dirigeants étendent leurs sources d’approvisionnement aussi bien pour le fer que pour le charbon, soit en nouant des partenariats avec par exemple le bassin de Blanzy pour le charbon, soit en prenant le contrôle de mines de fer dans la Nièvre et la vallée de la Dheune. La sécurité des approvisionnements est une préoccupation constante des deux dirigeants du , Eugène et son fils Henri qui lui succède.

vignette|Les fours Appolt au Creusot pour la production de coke.

Eugène puis Henri Schneider sont toujours à la pointe de l’utilisation des dernières techniques métallurgiques : fonte au coke, acier puddlé à la main puis mécaniquement, convertisseurs Bessemer, fours Thomas et Martin. Ils font de même pour la transformation des produits, avec les laminoirs à rails et surtout le marteau-pilon, inventé par l’ingénieur François Bourdon, puis les presses hydrauliques, pour ne citer que les exemples les plus significatifs.

La grande innovation industrielle réside dans l’intégration verticale vers le produit élaboré en créant sur place des très grands ateliers de mécanique, puis de montage et d’assemblage. C'est possible en s’appuyant sur des bureaux d’études internes et la capacité d’inventer et de construire leurs propres machines-outils spécifiques. C’est cette concentration de moyens industriels et humains dans un même lieu, une première en France, qui est la clé de leur succès au .

Jusqu’à la guerre de 1870, les productions se consacrent essentiellement aux équipements civils : chemin de fer (rails, locomotives, ponts), bateaux fluviaux, charpentes pour bâtiments industriels, équipements pour rivière (écluses, barrages) et aménagement de ports.

Après la défaite de Adolphe Thiers incite Eugène Schneider à s'impliquer plus fortement dans l’activité de l’armement. C'est son fils Henri qui mettra en œuvre cette nouvelle orientation, par la création de nouveaux ateliers d'artillerie, développant ainsi une large gamme de canons et mortiers, dont le plus emblématique est le canon de 75 mm. Cette activité est cependant freinée par les cadres militaires de l’Armement, jaloux de leur monopole et de leur technologie. En , la société rachète les ateliers d’artillerie des Forges et Chantiers de la Méditerranée, situés au Havre. L’embauche de l’ingénieur Gustave Canet au Havre, qui améliore sensiblement la technologie du canon sans recul, fait beaucoup pour la renommée des productions Schneider. L’apparition des aciers au nickel, maîtrisés depuis , lui donne une avance internationalement reconnue dans les tôles de blindages pour cuirassés et sont des compléments essentiels de cette branche. Les aciers du Creusot se montrent ainsi souvent à leur avantage lors des concours (Expositions universelles) face à leurs concurrents (Vickers, Krupp AG, Skoda).

Au tournant du , Le site du Creusot s’implique dans la construction électrique (dynamos, alternateurs, transformateurs et distribution), essentiellement pour ses besoins propres. La société exporte ensuite ses produits d’abord en région parisienne, puis dans le monde entier.

Le développement du site du Creusot thumb|Le Creusot et ses usines en 1905. Les établissements industriels se sont construits alors qu'aucun village constitué n'existe préalablement. L’urbanisation du site du Creusot se fait donc autour de l’usine et la croissance très rapide des effectifs nécessite vite un plan d’organisation de la ville. Les dirigeants, Eugène puis Henri Schneider, s’en préoccupent en organisant le logement des ouvriers, leur formation dans des écoles financées par la société et l’organisation logistique de l’approvisionnement en nourriture et autres produits de première nécessité, en s’appuyant sur un réseau de fournisseurs, jusqu’à plus de 50 km du Creusot. Cette politique tent progressivement vers un contrôle social de plus en plus fort. Elle est critiquée par le monde ouvrier sous le vocable de paternalisme.

L’aménagement de l’approvisionnement en eau, critique dans la région du Creusot, et le maillage des transports par fer entre les différents ateliers constituent une part importante de ces travaux d’urbanisation.

Les ateliers du Creusot s’étendent notablement sous l’impulsion d’Eugène II, à Montchanin (Fonderie Henri-Paul) et au Breuil (aciérie et construction mécanique).

La dynastie et le management Le succès initial de l’aventure Schneider, puis la disparition prématurée d’Adolphe, font germer l’idée d’une transmission dynastique dans l’esprit d’Eugène . La structure de la société en commandite le permet facilement. En , les statuts introduisent la cogérance avec signature sociale. Cette structure perdurera sur quatre générations, malgré les tensions familiales. La longévité de chaque dirigeant à son poste est également un facteur de succès.

La conséquence logique de l'implication des dirigeants est d'être maires de la commune du Creusot de manière quasi ininterrompue au et de participer à la vie politique locale. Au niveau national, la centralisation de l’organisation administrative en France nécessite une action constante au niveau parisien et proche des réseaux d’influence. Eugène , puis Henri, y trouvent leur place.

De 1855 à 1900 la société participe à toutes les Expositions Universelles à Paris. Elles contribuent à leur renommée industrielle et commerciale en étant les vitrines qui leur permettent d’engranger au cours du XIXe siècle de nombreuses commandes de pays étrangers. De plus, les visites au Creusot des têtes couronnées du monde entier marquent les esprits et sont un véhicule puissant de réputation technique.

L’accroissement constant du périmètre de la société empêche un management solitaire, malgré le tropisme centralisateur de quatre générations de dirigeants. Ils s’entourent de collaborateurs de qualité sortis des grandes Écoles (Polytechnique et Centrale Paris), quelquefois liés à la famille Schneider. Durant tout le , le directeur du Creusot est tout puissant, après le gérant. Cependant, afin d’assurer la transition entre les générations Schneider, les fils collaborent étroitement avec leur père et occupent simultanément divers postes dans la société. Ce mécanisme se grippe avec Eugène II qui se fâche avec ses fils en et nuit à la transition avec Charles, bien que celui-ci n’ait pas à rougir de son action.

Grèves et tensions sociales vignette|Grève de 1899 - Peinture de Jules Adler. La fin du connaît un regain de tensions sociales qui culminent avec la grève générale de , très dure. Le , une entrevue est prévue entre le secrétaire du syndicat chargé de défendre les droits des ouvriers, M. Adam, et M. Eugène II Schneider, mais ce dernier la refusa déclarant au sous-préfet d'Autun :

Eugène Schneider fait ensuite appel à l'armée et à l'arbitrage de Waldeck-Rousseau, président du conseil. La répression anti-syndicale se traduit en par le départ de ouvriers et marque durablement les esprits.

L’ouverture sur le monde (jusqu'en ) vignette|gauche|Chargement à Toulon du sous-marin Ferré de de long construit par Schneider et pour la marine péruvienne à bord du Kanguroo en 1912. Bien que de nombreuses fabrications et même de chantiers soient destinés à des pays étrangers souvent lointains, la direction de ces activités reste au Creusot. Henri commence à créer des usines puis des filiales, d’abord en France puis à l’étranger vers la fin du . Pour l’armement on peut citer Le Havre-Harfleur, Le Hoc (), puis le pas de tir des Maures () sur la Méditerranée. Pour l’équipement électrique, après des accords de licence avec Ganz, l’usine de Champagne-sur-Seine est créée () et une partie des ouvriers du Creusot y est mutée. Pour la construction navale, le chantier de Bordeaux est créé. Pour la sidérurgie l’usine de Sète, créée en , se solde par contre par un échec.

Un premier contrat de locomotives est obtenu en Russie sous l’égide de Morny, Président du corps législatif, où Eugène le supplée pendant son ambassade à Saint-Pétersbourg en . Et surtout le premier contrat de locomotives pour une compagnie anglaise, la Great Eastern Railways en , est annoncée triomphalement par Eugène à la Chambre. Ce succès donne une publicité mondiale aux qualités des locomotives Schneider, qui engendre un flux important de commandes (locomotives, rails et ponts) de la Russie.