Ali Khamenei , né le à Machhad (État impérial d'Iran) et tué lors d'une frappe aérienne américano-israelienne le à Téhéran (République islamique d'Iran), est un ayatollah et homme d'État iranien, Guide suprême de 1989 à sa mort. Il est président de la république islamique d'Iran de 1981 à 1989.
La fonction de Guide suprême fait office de chef de l'État en tant que plus haut responsable politique et religieux du pays, au-dessus de la charge de président de la République, qu'il occupe lui-même lors de la direction de l'ayatollah Rouhollah Khomeini.
Il porte le titre de marja-e taqlid (grand ayatollah), le plus élevé du clergé chiite duodécimain, et son turban noir indique qu'il se réclame seyyed, c'est-à-dire qu'il serait un descendant du prophète Mahomet par Ali Zayn al-Abidin. Au pouvoir, il soutient de nombreuses factions soutenant l'islamisme chiite y compris non-duodécimaines. Sa politique est alors basée sur le Velayet-e faqih, le khomeinisme et un conservatisme autoritaire. Durant ses années au pouvoir, il soutient les conservateurs au détriment des réformateurs dont il défavorise à plusieurs reprises les décisions. Sa politique extérieure est marquée par une intransigeance vis-à-vis d'Israël et des États-Unis allant jusqu'à mettre son veto sur certaines décisions de rapprochement avec les États-Unis. Il appuie également des factions musulmanes chiites parfois controversées, à l'exception de la Palestine où ses alliés sont sunnites.
Il est considéré depuis 2002 comme le principal membre de l'Axe de la résistance, une alliance qui réunit le Hamas, le Hezbollah, Bachar el-Assad et les Houthis, qu'il arme contre Israël et les États-Unis. En , il affronte ces derniers lors de la guerre des Douze Jours, qui vise à détruire le programme nucléaire iranien et à le renverser.
Les critiques de Khamenei le considèrent comme un despote répressif, responsable de meurtres de masse. Sa légitimité au pouvoir est régulièrement mise en cause, notamment lors des manifestations consécutives à la mort de Masha Amini ou celles de à , qu'il fait durement réprimer. Ses partisans au contraire le voient comme un guide pour toute la communauté chiite, même s'il existe une opposition religieuse chiite à son égard dans le monde.
Le , les États-Unis et Israël lancent une opération militaire contre l'Iran. Suite à un bombardement, la résidence d'Ali Khamenei à Téhéran est détruite, entraînant sa mort.
À la suite de sa disparition, les autorités iraniennes décrètent un deuil national, tandis que des manifestations de colère et des appels à la vengeance contre les intérêts américains se multiplient dans le monde chiite. Blessé dans l'attaque, son fils Mojtaba lui succède. Biographie Origines et famille
gauche|vignette|redresse|Ali Khamenei durant son adolescence.
Ali Hossaini Khamenei naît en 1939 à Machhad, considérée comme une ville sainte dans l'islam chiite et un centre religieux très important, dans une famille religieuse. Son père est un Azéri de Khameneh né à Nadjaf (Irak), une autre ville sainte du chiisme. Sa mère est la fille d'un clerc. Le couple a huit enfants et les conditions de vie de leur ménage sont modestes. Ali Khamenei est leur second fils ; il a deux frères et qui deviendront également religieux et perpétuent la tradition familiale et six filles dont , épouse d'. L'ancêtre de Khamenei est Hossein Tafreshi, dont la lignée remonte — selon certains — au quatrième imam chiite Ali Zayn al-Abidin, l'arrière-petit-fils de Mahomet.
Ali Khamenei se marie avec Mansoureh Khojasteh Bagherzadeh ( – ), avec laquelle il a six enfants : quatre fils (, Mojtaba, Masoud, et Meysam) et deux filles Boshra et Hoda (morte en ). Plusieurs de ses fils sont des dignitaires religieux.
Études littéraires et linguistiques Dès son enfance, Ali Khamenei se distingue par son profil atypique : il aime la littérature plus que la théologie et passe plus de temps à la bibliothèque Astan-e Qods Razavi, la plus grande collection de livres en Iran, qu'à la mosquée. Il apprécie les livres de Mikhaïl Cholokhov, Alexis Tolstoï, Victor Hugo, Honoré de Balzac et Michel Zévaco. Son roman préféré est Les Misérables, de Victor Hugo, livre au sujet duquel il déclare :
Également amateur de poésie, il écrit des poèmes sous le pseudonyme « Amin » et participe à des concours de poésie durant sa jeunesse. Il déclare également avoir été un admirateur du philosophe français Jean-Paul Sartre (lui-même admirateur de Rouhollah Khomeini et soutien de la révolution iranienne) et de Bertrand Russell pendant sa jeunesse...
Sa passion l'introduit, à la fin des années 1950, dans les salons littéraires de Machhad, où il se lie avec des intellectuels locaux, souvent marqués à gauche, comme le philosophe 'Alî Sharî'atî, qui mélangeait chiisme et marxisme dans ses œuvres, et le romancier Jalal Al-e-Ahmad, qui imputait le retard et le sous-développement de l'Iran à l'émulation de l'Occident par le régime Pahlavi.
Outre le persan, Ali Khamenei parle couramment l'arabe et l'azéri.
Études religieuses Ali Khamenei commence ses études religieuses à Machhad sous la direction de Hashem Qazwini et de l'ayatollah Milani, puis se rend à Nadjaf, en Irak. Après que son père a tenté de le renvoyer en Iran, il s'installe à Qom entre 1958 et 1964. Au séminaire de Qom, il suit les enseignements des ayatollahs Hossein Tabatabai Boroudjerdi et Rouhollah Khomeini dont il fait la connaissance à cette occasion. L'opposition de Khomeini à la modernisation de l'Iran sous le régime du shah, jugée contraire à l'islam, aura sur Khamenei une influence décisive.
Marqué par l'empreinte du groupe fondamentaliste chiite Fadayan-e Islam, Ali Khamenei épouse pleinement l'idéologie révolutionnaire de l'ayatollah Khomeini et contribue au recrutement de militants pour porter le projet de son maître.
En 1967, il traduit en persan l'ouvrage du Frère musulman Sayyid Qutb, al-Mustaqbal li-hadha al-din (L'avenir de cette religion), dans lequel l'auteur défend la suprématie politique de l'islam. Dans la préface de sa traduction, Ali Khamenei déclare que l'islam doit moderniser son message pour séduire les jeunes générations.
Khamenei étudie la philosophie islamique puis devient ayatollah.. Dans ses discours, il déplore que la plupart des musulmans aient une vision quiétiste de l'islam, restreignant la religion aux rituels et négligeant sa force révolutionnaire. Selon Khamenei, ils n'ambitionnent de bouleverser ni l'ordre social, ni l'ordre politique, et s'accommodent de la domination des puissances occidentales sur l'Iran. Dans les années 1970, Khamenei prêche les idées de Khomeini et est arrêté à six reprises par la police iranienne et emprisonné.
Les adversaires de Khamenei raillent néanmoins longtemps ses connaissances religieuses limitées.
Ascension politique Révolution iranienne vignette|redresse|Khamenei en tant qu'imam de la prière du vendredi à Téhéran (1979). En 1979, lorsque le shah Mohammad Reza Pahlavi est renversé lors de la révolution iranienne, la carrière politique de Khamenei commence. Selon , Hachemi Rafsandjani, alors confident de Khomeini, fait entrer Khamenei dans le cercle des proches de Khomeini. Plus tard, Hassan Rohani fait en sorte que Khamenei obtienne son premier poste important en 1979 au sein du gouvernement révolutionnaire provisoire de Mehdi Bazargan en tant que vice-ministre de la Défense.
Khomeini nomme Khamenei au poste d'imam prêcheur lors de la prière du vendredi à Téhéran, en , après la démission de Hossein Ali Montazeri. Pour autant, Khamenei est alors très peu populaire, et n'a ni le charisme ni l'érudition religieuse de son prédécesseur. Le diplomate américain , retenu captif à Téhéran pendant la crise des otages américains en Iran, rencontre Ali Khamenei pendant sa détention, et déclare à son sujet : .
Tentative d'assassinat
vignette|gauche|Ali Khamenei à l'hôpital après la tentative d'assassinat. Le , à la à Téhéran, Ali Khamenei est victime d'un attentat. Une bombe est placée dans un magnétophone. La convalescence de Khamenei dure plusieurs mois et son bras, ses cordes vocales et ses poumons sont gravement touchés, il perd notamment l'usage de son bras droit James Reynolds, Profile: Iran's 'unremarkable' supreme leader Ayatollah Khamenei, bbc.com, 4 août 2011..
Président de la République Quelques mois après la tentative d'assassinat ratée contre lui, Khamenei est élu le président de la République islamique. Il succède à Mohammad Ali Radjaï, assassiné le précédent et devient le premier ayatollah à occuper ce poste. Cependant, cette fonction revêt surtout une dimension symbolique ; le pouvoir réside en effet d'abord chez le guide suprême, puis au Premier ministre (fonction alors occupée par Mir Hossein Moussavi). Khamenei est également élu représentant de Téhéran à l'Assemblée consultative islamique.
Le , dans son discours d'investiture présidentielle, Khamenei s'engage à combattre . Selon l'association Iran Chamber Society, l'opposition au gouvernement, qui agit par des manifestations non-violentes et violentes, mais aussi par des assassinats, des activités de guérilla et de l'insurrection, fait face à une forte répression au début des années 1980, donc avant et pendant la présidence de Khamenei. Des milliers de militants sans grade des groupes insurgés sont tués, souvent sur décision des tribunaux révolutionnaires. En 1982, le gouvernement annonce que les tribunaux seraient restreints, même si divers groupes politiques armés insurgés continuent d'être réprimés par le gouvernement dans la première moitié des années 1980.
Le , il est réélu pour un deuxième mandat. Selon Sahimi, Khamenei ne souhaite pas reconduire Mir Hossein Moussavi au poste de Premier ministre mais Rouhollah Khomeini l'y contraint en menaçant « implicitement » de le remplacer à la présidence.
Guerre Iran-Irak
vignette|redresse|Ali Khamenei en uniforme sur le front en 1988. Ali Khamenei est l'un des dirigeants iraniens pendant la guerre Iran-Irak dans les années 1980 et développe des liens étroits avec les gardiens de la révolution, désormais puissants, néanmoins, Khamenei ne joue aucun rôle de premier plan dans la conduite de cette guerre. En tant que président à la même époque, il était réputé pour son intérêt marqué pour les questions militaires, budgétaires et administratives.
Après l’expulsion de l'armée irakienne d’Iran en 1982, Khamenei est devenu l’un des principaux opposants à sa propre décision de contre-envahir l’Irak, une opinion que Khamenei partageait avec le Premier ministre Mir-Hossein Mousavi, avec lequel il entrera en conflit plus tard lors des manifestations contre l’élection présidentielle iranienne de 2009.
Fatwa contre Salman Rushdie Le , Rouhollah Khomeini lance une fatwa contre l'écrivain Salman Rushdie, auteur du livre Les Versets sataniques.
Salman Rushdie s'excuse et déclare . Khamenei déclare que les musulmans pourraient pardonner Salman Rushdie si celui-ci reconnaissait ses erreurs et présentait des excuses mais qu'il serait quand même exécuté. Le 1989, Ali Khamenei affirme :
Il stigmatise l'écrivain comme , en ..
Khamenei rappelle la fatwa en 2015. Depuis l'édiction de la fatwa en 1989 jusqu'en , plusieurs personnes sont mortes du fait d'attentats contre les traducteurs, éditeurs de l'écrivain ; Rushdie est lui-même victime d'une tentative d'assassinat en 2022 qui le rend infirme..
Guide suprême de la révolution islamique
Élection et premières décisions vignette|redresse|Ali Khamenei lisant le testament de Rouhollah Khomeini, qui le confirme comme étant son successeur, devant l'Assemblée des experts le 5 juin 1989.