Xuanzang (Autres transcriptions possibles de son nom : Xuan Zang, Yuan Chwang, Hiuen Tsiang, Hhuen Kwan, Hiouen Thsang, Hsuan Chwang, Hsuan Tsiang, Hwen Thsang, Yuan Chang, Hiouen-Thsang et Yuen Chwang.) (600 ou 602 – 664), moine bouddhiste chinois, est l'un des plus grands traducteurs de soutras bouddhiques de l'histoire de la ChineRobert E. Buswell Jr. & Donald S. Lopez Jr., The Princeton Dictionary of Buddhism, Princeton, Princeton University Press, 2014, p. 1015 -1016.. Il est né à Luoyang, dans le Henan. En 629, il part en pèlerinage en Inde afin d'aller chercher des textes bouddhiques. Il est de retour en avril 645, ramenant un grand nombre de soutra sanskrit qu'il va s'atteler à traduire et qui enrichiront considérablement la littérature bouddhique disponible en Chine. Par ailleurs, avec son disciple Huili (, parfois transcrit Kui Ji), il a ramené et établi en Chine l'école dite « de la conscience seule » (sk. vijñānavāda ou yogācāra, ch. wéishí ).

Son propre récit, Rapport du voyage en Occident à l'époque des Grands Tang, d'une exceptionnelle richesse d'information sur les mondes chinois et indien à l'époque des Tang et de Harsha, fit l'objet de nombreuses adaptations littéraires ultérieures.

La plus célèbre de ces adaptations est le grand roman classique La Pérégrination vers l'Ouest () très populaire en Chine, et qui fait de Xuanzang l'un des personnages historiques les plus connus des Chinois. Dans le roman, il apparaît sous le nom de Tang Sanzang (), traduction chinoise de Tripitaka (« trois corbeilles »), terme qui désigne le canon bouddhique et, par extension, les moines qui en ont la maîtrise.

Il est aussi l'auteur de la Vijñaptimātratāsiddhi (Chéng Wéishì Lùn 成唯識論), un texte important qui commente la Triṁśikā (« La trentaine ») de Vasubandhu et constitue une sorte d'encyclopédie des doctrines du Yogācāra.

Biographie gauche|vignette|Statue de Xuanzang devant la Grande pagode de l'oie sauvage à Xi'an. Xuanzang est né à Luoyang, dans le Henan, cadet de quatre fils d'une famille de lettrés. Bien que sa famille soit essentiellement confucéenne, il exprime dès son jeune âge le désir de devenir moine bouddhiste, comme son grand frère Chensu, deuxième de la fratrie.

Son souhait ayant été entendu, il entre à onze ans comme novice au monastère Jingtu () — patronné par la dynastie Sui — dans le LuoyangPhilippe Cornu, Dictionnaire encyclopédique du bouddhisme, Paris, Seuil, 2006, 950 p. p. 717-718., où il rejoint son frère Chensu qui y était déjà moine. Durant cette période, il étudie le Mahâparanirvanâsutrâ ainsi que d'autres textes du Mahâyâna.

En 618, la dynastie des Sui s'effondre. Xuanzang et Chensu s'enfuient vers Chang'an (Xi'an), devenue la capitale des Tang , puis de là plus au sud à Chengdu dans le Sichuan. Les deux frères y passent deux ou trois ans en études approfondies, principalement les Abhidharma (commentaires) du bouddhisme hînayâna et du mahâyâna. Xuanzang parfait également sa connaissance de la doctrine du courant Vijñânavâdin.

Xuanzang est pleinement ordonné moine en 622 à l'âge de 20 ans. Son étude de différentes traductions du Mahāyānasaṃgraha lui révèle un certain nombre de difficultés posées par certaines traductions, ce qui l'amène à vouloir se rendre en Inde pour rapporter les textes sanskrits originels, notamment ceux de l'école Vijñânavâdin.

Il quitte ensuite son frère et retourne à Chang'an pour apprendre des langues étrangères et continuer son étude du bouddhisme. Il commence ainsi à maîtriser le sanskrit en 626 et étudie probablement le tokharien, langue indo-européenne pratiquée dans l'actuel Xinjiang et ouest du Gansu, dont la production du corpus bouddhique est importante dans la première moitié du Pendant ce temps, Xuanzang s'intéresse également à l'école métaphysique yogācāra. gauche|vignette|Statue de Xuanzang en traducteur. Grande pagode de l'oie sauvage. En 629, il entame son périple vers l'Inde en quittant clandestinement Chang'an, l'empereur Taizong (règne de 626 à 649.) s'opposant fortement à ce voyage. Son périple va durer jusqu'en 645 et le conduire à travers les grands sites de pèlerinage bouddhiques jusqu'à Nalânda, célèbre pour son monastère-université où il passe plusieurs années à maîtriser le sanskrit, et à étudier les textes du Yogâcâra. En 645, il rentre dans capitale des Tang avec pas moins de 657 textes sanskritsRongxi Li, « Introduction » in Sramana Huili and Shi Yancong, A Biography of the Tripiṭaka Master (...), Numata Center for Buddhist Translation and Research, 1995, p. xiii-xv (V. Bibliographie), mais aussi des reliques et des images, objet qui seront conservés dans la Grande pagode de l'oie sauvage à Xi'an. Xuanzang demande son pardon à l'empereur Taizong — qui le lui accorde et lui réserve un accueil chaleureux, avec toute la population de Chang'an.

Par la suite, les empereurs Taizong et Gaozong (r. 649-683) rendirent hommage à Xuanzang en lui conférant le titre de Tripitaka (chinois: sanzang fashi, « maître du Canon bouddhiste »).

Bilan d'un voyage

Le traducteur Outre le titre, les deux empereurs établirent pour Xuanzang un bureau de traduction dans la capitale, où le maître était à la tête d'une nuée de moines traducteurs, chargés de transcrire les textes, de les relire, de retravailler, clarifier et polir les traductions, et d'attester ainsi de la qualité de leur syntaxe et de leur signification. C'est ainsi que de 645 à sa mort, Xuanzang put superviser la traduction de soixante-seize soutra et shastra (commentaires) représentant au total 1347 rouleaux, soit près de quatre fois le nombre de rouleaux traduits par le grand Kumarajiva. Les spécialistes estiment que Xuanzang et son équipe traduisaient un rouleau chaque cinq jours, et ce pendant dix-huit ans.

Les traductions de Xuanzang ont fait date dans l'histoire du bouddhisme en Chine: elles ont reçu le nom de « nouvelles traductions », par opposition à celles qui les précédaient, qualifiées d'« anciennes traductions ». Cela est dû précisément à la qualité des textes que livrait Xuanzang, à leur forme plus accessible pour les lecteurs chinois. Les qualités littéraires et l'érudition de Xuanzang sont aussi pour beaucoup dans cela.

Parmi ses traductions les plus importantes, mentionnons le (« Traité des terres des pratiquants du Yoga »), œuvre qui avait la première motivation de son voyage et dont il a laissé une traduction en cent rouleaux, l'Abhidarmakosa (« Trésor de l'Abhidarma ») de Vasubandhu, les six cents rouleaux de la Prajnaparamita (« Traité de la Grande Sagesse »).

L'écrivain Il laisse également un récit fort précieux de ses observations au cours de son long périple, le Dà Táng Xī Yù Jì (大唐西域記) (« Le Grand Livre de la dynastie Tang des régions occidentales ») qui nous apporte quantité d'informations sur l'Inde du et qui sera à l'origine d'un des monuments de la littérature chinoise, portant le titre de Xī Yóu Jì (西游记) (« Pérégrination vers l'Ouest ») et dû à Wu Cheng'en. Ce roman narre les aventures du moine Sanzang (Tripitaka) accompagné par un singe pèlerin.

Son récit de voyage offre une description de l'Inde bouddhique au moment où elle entame son déclin et il est donc d'un intérêt majeur pour la connaissance de l'Inde de cette époque.

Se fondant sur le texte de Xuanzang, une mission archéologique menée par Zemaryalaï Tarzi, un archéologue français d’origine afghane, effectua en 2005 des recherches dans la vallée de Bâmiyân pour retrouver un Bouddha couché en parinirvâna dont le voyageur chinois estimait la longueur à trois cents mètres « From Ruins of Afghan Buddhas, a History Grows », The New York Times, .

Le philosophe

Le voyage I : Vers l'Inde gauche|vignette|Itinéraire de Xuanzang. Carte établie par Alexander Cunningham.

Jusqu'à Tourfan En 629, Xuanzang affirme avoir eu un rêve qui l'a convaincu de partir en Inde. Mais la dynastie Tang et les Gökturks orientaux étant en conflit, l'empereur Tang Taizong avait interdit tout voyage à l'étranger. Xuanzang persuade cependant quelques gardes bouddhistes aux portes de Yumen de le laisser passer, et quitte l'Empire en passant par Liangzhou, dans le Gansu, et la province de Qinghai. Il traverse ainsi le désert de Gobi à Hami, longe la chaîne des Tian Shan vers l'ouest, et arrive enfin à Tourfan en 630. Là, il rencontre le roi du pays, un bouddhiste, qui lui donne des lettres d'introduction et des objets de valeur comme monnaie d'échange pour son voyage.

De Tourfan à l'Amou-Daria Continuant plus à l'ouest, Xuanzang échappe à des voleurs et atteint Yanqi puis visite les monastères theravāda de Koutcha. Toujours plus à l'ouest, il passe Aksou avant de prendre vers le nord-ouest pour entrer dans ce qui est maintenant le Kirghizstan. Il longe le lac Issyk Kul avant de visiter Tokmak au nord-ouest et de rencontrer le grand Khan des Gökturks occidentaux, qui entretient des rapports amicaux à l'époque avec l'empereur Tang. Xuanzang continue au sud-ouest vers Tachkent, aujourd'hui capitale de l'Ouzbékistan. À partir de là, il poursuit au travers du désert jusqu'à Samarcande. Dans cette ville sous influence persane, il retrouve quelques temples bouddhiques abandonnés et impressionne le roi local par ses prêches. Repartant vers le sud, Xuanzang traverse le Pamir, atteint l'Amou-Daria (Oxus) puis la ville de Termez où il rencontre une communauté de plus de mille moines bouddhistes.

Traversée de l'Afghanistan vignette|Xuanzang peint dans une des grottes de Dunhuang. . Plus à l'est, il s'arrête quelque temps à Kunduz (Afghanistan) où il assiste aux rites funéraires en l'honneur du prince Tardu, mort empoisonné. Il y rencontre le moine Dharmasimha. Après quoi il poursuit vers l'ouest jusqu'à Bactres (aujourd'hui Balkh) où il visite des sites et des reliques bouddhiques. Xuanzang y trouve également plus de moines theravāda parmi lesquels Prajñākara avec qui il étudie les écritures. Prajñākara accompagne alors le groupe de voyageurs vers Bâmiyân, plus au sud, où Xuanzang rencontre le roi et visite des dizaines de monastères theravāda ainsi que les deux bouddhas géants creusés dans la falaise que les Talibans détruiront en 2001.

Il reprend ensuite son périple, cette fois-ci vers l'est, passant le col du Shibar et redescendant vers , (l'actuelle Begrâm), capitale du royaume de Kapisa, à environ soixante kilomètres au nord de la moderne Kaboul. La ville, située dans le Gandhara comptait plus de cent monastères et moines de l'école mahāyāna pour la plupart, ainsi que plus 1 000 temples consacrés à Deva . Il s'agit d'un royaume gouverné par les Turcs de la tribu Suli, décrit dans le livre des Sui, comma le royaume de Cao, à la fois allié et ayant d'importants échanges avec les Tang. Xuanzang participe à un débat religieux et fait montre de sa connaissance d'un grand nombre d'écoles bouddhiques. C'est là également qu'il rencontre les premiers jains et hindous de son voyage. Il pousse ensuite jusqu'à Nagarahâra, l'actuelle Jalalabad, où il considère enfin avoir atteint son but, l'Inde, en 630.

Pour son voyage en Inde et dans des pays d'Occident de 626 à 644, il serait passé par Lhassa au TibetRoland Barraux, Histoire des dalaï-lamas, Quatorze reflets sur le Lac des Visions, édition Albin Michel, 1993. Réédité en 2002 chez Albin Michel , : . sous le règne du roi Songtsen Gampo.

Le voyage II : En Inde

Le Gandhara vignette|Bactriane et Gandhara. On voit sur la carte plusieurs localités mentionnées dans l'article.