thumb|upright=1.4|Schéma montrant que le dérangement ajoute des effets de stress à ceux de la prédation. Pour Frid & Dill (2002) ces deux types d'effets sont comparables : tous deux induisent des stratégies "anti-prédateurs" coûteuses en temps et en énergie, ce qui diminue l'espérance de vie de l'animal (dont la population déclinera si le dérangement persiste) vignette|2 pigeons fuyant devant un chien.
Dans le domaine de l'écologie et de l'éthologie on parle de dérangement quand un comportement humain a une incidence négative sur celui de la faune, en particulier dans ses activités de nourrissage, migration, reproduction, mise bas, élevage des petits, hibernation, recherche de partenaires sexuels. Cette interaction, qui peut être observée dans un environnement naturel ou non, se caractérise par un stress anormal de l'animal, forcé d'y répondre en recherchant un compromis (y compris sur le plan énergétique) entre prise de risques et activité d’alimentation, déplacement ou reproduction ou repos/sommeil. C'est un paramètre important de la biologie de la conservation pour de nombreuses espèces menacées, mais aussi pour des espèces banales quand leurs chances de survie sont significativement affectées par le dérangementHeribert Hofer, Marion L. East (1998) Biological Conservation and Stress ; Advances in the Study of Behavior, Vol.27, pages 405-525 (résumé).
Enjeux thumb|upright=1.4|La sylviculture et plus encore les coupes rases ou la déforestation sont des sources discrètes à évidentes de dérangement (selon leur importance). Ces modifications et destruction d'habitat affectent la biodiversité (même quand elles ne concernent que de petites surfaces)
Dans le domaine de la protection de la nature, préserver les populations vulnérables ou menacées de dérangement est un enjeu important pour leur survie et pour le maintien des services écosystémiques auxquelles elles contribuent.
Gill & al en 2001 ont montré que le dérangement est sous-estimé, car les réponses comportementales qu'on utilise le plus souvent pour le mesurer ne le reflètent pas complètementGill J.A, Norris K & Sutherland W.J (2001) Why behavioural responses may not reflect the population consequences of human disturbance. Biological Conservation, 97(2), 265-268. Mieux comprendre ce phénomène permettrait donc de mieux l'intégrer dans les études d'impact, mesures conservatoires et mesures de gestion restauratoire, au travers du principe éviter-réduire-compenser le cas échéant, ainsi que dans l'aménagement du territoireGill J.A, Sutherland W.J (2000) . In: Gosling, L.M. & Sutherland, W.J. (Eds.), Behaviour and Conservation. Cambridge University Press, Cambridge. ; il pourrait ainsi être mieux pris en compte dans l'accueil du public, l'aménagement de chemins (le dérangement par les promeneurs hors chemin est supérieur à celui occasionné par des promeneurs restant sur les chemins)Licoppe A., Lievens J, Verheyden H. (2005), Mesure par télémétrie de l’impact du dérangement humain sur le cerf ; Parcs et Réserves ; 60(3) : 10-21 (12 p., 4 fig., 3 tab., 24 réf.)(repris par Forêt-mail , décembre 2005) ; de même pour le choix des méthodes et périodes de chasse au gibier d’eau migrateur Madsen J (1995) Impacts of disturbance on migratory waterfowl. Ibis 137, 67-74. ou la gestion conservatoire de populations d'espèces chassables Madsen, J., 1998. Experimental refuges for migratory waterfowl in Danish wetlands. II. Tests of hunting disturbance effects. Journal of Applied Ecology 35, 398-417 (résumé)Hepp, G.R., Blohm, R.J., Reynolds, R.E., Hines, J.E. & Nichols, J.D. (1986), Physiological condition of autumn banded mallards and its relationship to hunting vulnerability. - Journal of Wildlife Management 50: 177-183., tout particulièrement en hiverDehorter, O. & Tamisier, A. 1998: Hunting vulnerability and wintering strategy among waterfowl in Camargue, France. - Wildlife Biology 4: 13-21. où lors des migrations quand les animaux sont plus vulnérablesMayhew, P.W., 1988. The daily energy intake of European wigeon in winter. Ornis Scandinavica 19, 217223. (en théorie, dans certains cas au moins, l'animal pourrait être endormi par un appât contenant un somnifère et tué avec moins de stress). Cependant dans le monde animal, la vulnérabilité face au dérangement (comme à d'autres perturbations anthropiques) varie beaucoup selon les espècesBélanger L, Bédard J (1989) Responses of staging greater snow geese to human disturbance. Journal of Wildlife Management 53, 713-719|résumé.. Les espèces depuis longtemps chassées et/ou qui craignent le plus l'homme sont a priori les plus vulnérables.
Vulnérabilité selon les milieux, espèces, individus et circonstances Certains milieux sont plus vulnérables au dérangement, comme ceux qui sont riches en faune et fréquentés par l'homme, les habitats restreints, linéaires (ex : littoraux, berges) et les îlesBurger, J., 1981. The effect of human activity on birds at a coastal bay. Biological Conservation 21, 231-241. où la fuite peut être plus difficile voire impossible, ce pourquoi, l'insularisation écologique peut exacerber les effets du dérangement. Les littoraux et les estuairesDavidson, N.C. & Rothwell, P.I. 1993: Human disturbance to waterfowl on estuaries: conservation and coastal management implications of current knowledge. - Wader Study Group Bulletin 68: 97-105. Goss-Custard, J.D., Verboven, N., 1993. Disturbance and feeding shorebirds on the Exe estuary. Wader Study Group Bulletin 68, 59-66. sont également des espaces essentiels pour certaines espèces Hirons, G., Thomas, G., 1993. Disturbance on estuaries: RSPB nature reserve experience. Wader Study Group Bulletin 68, 72-78. qui en sont dépendantes, et qui peuvent s'y trouver en quelque sorte piégées. Chez les espèces dites "évoluées", le tempérament individuel a une importance dans la réponse au dérangementJ.G.A. Martin & D. Réale (2008), Animal temperament and human disturbance: Implications for the response of wildlife to tourism ; Behavioural Processes ; Volume 77, Issue 1, janvier 2008, Pages 66–72 (résumé), de même que l'habituation. La nature des activités perturbantes peut avoir une importance, à pondérer par les effets qu'elles ont à long terme sur l'habitat. Par exemple, jogger et vélo tout-terrain semblent avoir peu d'importance, mais s'ils déclenchent des fuites sur les zones de pentes en montagne, ils peuvent avoir un impact proportionnellement bien plus important qu'en plaineGander, H., Ingold, P., 1997. Reactions of male alpine chamois Rupicapra rupicappa to hikers, joggers and mountainbikers. Biological Conservation 79, 107-109. Au contraire, des activités militaires Andersen, R., Linnell, J.D.C., Langvatn, R., 1996. Short term behavioural and physiological response of moose Alces alces to military disturbance in Norway. Biological Conservation 77, 169-176. réellement très perturbantes, voire mortelles pour de nombreuses espèces, mais par intermittence, n'empêchent pas certains camps militaires d'abriter une biodiversité importante : espace non eutrophisé par les engrais, préservé des pesticides et autres intrants, périodes de calme entre les entraînements et fréquente disponibilité en milieux ouverts et en caches. Le dérangement de la faune est un sujet de préoccupation récent, qui prend de l'importance à proportion de l'accroissement de l'impact général de l'homme sur la planète (phénomène dit d'anthropisation). Après une période de déductions empiriques, le sujet a intéressé les scientifiques et les gestionnaires ; au moins depuis les années 1970 (avec 272 articles scientifiques publiés en 30 ans (de 1976 à 2005), dans 83 revues différentesVoir page 2 sur 13 de l'article de (Actes du colloque international pluridisciplinaire "Le littoral : subir, dire, agir" - Lille, France, 16-18 janvier 2008), cité en bibliographie, en passant de six publications/an en 1976-1980 à plus de cent publications/an en 2001-2005. Les progrès du suivi à distance, dont par télémétrie, par observation nocturne dans l'infrarouge ou en amplification lumineuse a permis de mieux observer et comprendre le dérangement.
La forêt La forêt, en tant que milieu plus abrité et moins ouvert, est utilisée par de nombreuses espèces comme refuge, notamment à l'arrivée de chasseurs.
En cas de guerre ou de troubles civils graves, la forêt est souvent un refuge pour des populations fuyant les conflits ou se cachant (ex : maquisards durant la seconde guerre mondiale en France), mais aussi un endroit où cacher des soldats ou camoufler des pièces d'artillerie, des dépôts de munitions, etc. Elle devient alors une cible pour le parti opposé.
La notion de dérangement diffère de ce que les écologues appellent les perturbations écologiques, qui sont naturelles (ou sub-naturelles) et "normales" dans l'écosystème ; ce sont par exemple les incendies de forêt (non intentionnels, ou non-expliqué par le réchauffement climatique), les épidémies, les chablis et volis qui, tant qu’ils sont « naturels », sont considérés comme des événements ordinaires et même tout à fait favorables de la sylvigenèse (stades évolutifs de la forêt, de la plantule au bois mort) en tant que favorisant la succession écologique et la biodiversité qui la caractérise.
En 2016 les données disponibles confirment l'intuition qu'en forêt tropicale la biodiversité est mieux conservée dans les paysages peu fragmentés par l’homme, et quand le dérangement humain est minimal. Ce dérangement peut doubler la perte de biodiversité liée à la déforestationBarlow J et al (2016). Anthropogenic disturbance in tropical forests can double biodiversity loss from deforestation. Nature 535, 144–147).
En 2017, la revue Nature publie un travail confirmant que le recul mondial de la forêt naturelle érode de manière la biodiversité ; les dernière forêts et paysages intacts devraient être protégés concluent les auteurs qui soulignent n'avoir pas trouvé d’éléments significatifs en faveur de l’idée reçue qui est que la perte de forêt serait la plus grave et la plus préjudiciable dans les paysages déjà fragmentés ; Pour les 3 plus grandes forêts tropicales (de Bornéo, d'Amazonie centrale et du bassin du Congo), au rythme actuel de leur dégradation, une modélisation prédit que rien que pour les vertébrés, 121 à 219 autres espèces seront classées menacées dans les 30 prochaines années, et le dérèglement climatique pourrait aggraver ce situation, de même que la « dette d'extinction ». Or l’artificialisation du monde s’aggrave rapidementKareiva, P., Watts, S., McDonald, R. & Boucher, T. (2007) Domesticated nature: shaping landscapes and ecosystems for human welfare. Science 316, 1866–1869 et seules 17,9 % de ces trois zones sont actuellement formellement protégées et moins de la moitié (8,9 %) ont une protection stricte. Selon les auteurs des mégaréserves naturelles, réellement protégées sont à mettre en œuvre (suggestion déjà faite en 2005 par C. PeresPeres C.A Why we need megareserves in Amazonia. Conserv. Biol. 19, 728–733) Matthew G. Betts, Wolf C, William J. Ripple, Ben Phalan, Kimberley A. Millers,Adam Duarte, Stuart H. M. Butchart& Taal Levi (2017), Global forest loss disproportionately erodes biodiversity in intact landscapes ; Nature |Doi:10.1038/nature23285 |résumé.
La chasse thumb|upright=1.4|Après les incendies volontaires, la chasse à l'aide de chiens et l'usage du feu (outre l'usage de pièges ou de poisons) ont probablement compté parmi les principaux facteur de perturbations anthropiques de la faune, dès le milieu du Néolithique en Europe thumb|upright=1.4|La chasse nocturne en battue, ici dépeinte par Paolo Uccello, en 1460, en Italie, autrefois réservée aux nobles et aujourd'hui interdite et considérée comme braconnage dans la plupart des pays, est probablement la plus perturbante pour une grande partie de la faune, qu'elle soit ou non la cible de cette chasse.