Muna Moto (L'Enfant de l'autre) est un film camerounais réalisé par Jean-Pierre Dikongué Pipa, sorti en 1976.
Le film suit Ngando, un jeune villageois, qui aime Ndomé à laquelle il est fiancé. Le mariage est impossible car il ne peut réunir la dot. Il sollicite son riche oncle mais celui-ci convoite Ndomé pour en faire sa cinquième épouse car aucune ne lui a donné un enfant.
Synopsis
Au Cameroun, une fête traditionnelle, le Ngongo, a lieu à Douala. Dans la foule, un jeune homme, Ngando, recherche une jeune femme qu'il finit par trouver. Ils se connaissent. Il s'approche d'elle, prend la petite fille qu'elle tient dans ses bras puis s'enfuit avec elle. La femme le poursuit en criant. De nombreux participants l'aident à rattraper Ngando, qui se retrouve pris au piège dans un endroit sans issue. La jeune femme lui fait face. Commence alors un long flash back.
Le retour en arrière démarre lors d'une réunion traditionnelle consacrée au futur mariage de Ndomé, une jeune fille de Douala. Ngando est son principal prétendant. Il est orphelin de père et exerce le métier de pêcheur, mais son activité lui rapporte tout juste de quoi vivre car les bateaux des Blancs, mieux équipés que le sien, tarissent l'océan de son abondance. Ngando a néanmoins un oncle riche, dont il espère une aide pour payer la dot du mariage.
L'oncle en question a déjà quatre femmes mais aucun enfant. Considérant que chacune est stérile, il recherche une cinquième épouse susceptible de lui donner une descendance. Ngando lui présente Ndomé dans l'espoir d'obtenir sa bénédiction pour leur union, mais son oncle a d'autres idées en tête car la jeune fille lui plaît. Un geste déplacé de sa part lui vaut une gifle de Ndomé : l'oncle en fait une raison pour refuser de financer le mariage de son neveu. Ngando n'a d'autre choix que de travailler dur pour essayer de rassembler la somme nécessaire. le rassure-t-elle. . Les pensées du jeune homme sont traduites en voix off : .
L'oncle de Ngando veut en réalité faire de Ndomé sa propre femme, car il voit en elle l'opportunité d'avoir un enfant. Il propose à son neveu de nombreux cadeaux en échange de la jeune femme, mais Ngando refuse. L'oncle finit par négocier directement avec le père de Ndomé pour acheter la jeune fille. Le marché est conclu mais Ndomé refuse le sort qui lui est destiné. Elle retrouve Ngando et lui expose son idée : si jeune homme la met enceinte, elle ne sera plus vierge et perdra sa valeur auprès des autres hommes. L'oncle ne voudra plus d'elle et son père acceptera une dot plus faible de la part de Ngando. Le plan est mis à exécution. Mais lorsque Ndomé avoue plus tard à sa mère qu'elle est enceinte, celle-ci panique et accélère les préparatifs du mariage. Ndomé, à qui on ne laisse plus le choix, devient ainsi sa cinquième épouse de l'oncle de Ngando.
Quelques mois plus tard, l'enfant naît. Ngando voit encore Ndomé puisque celle-ci vit dans la case de son oncle, mais rien n'est plus comme avant. Malgré son malheur, Ngando reste attaché à sa fille. Il lui achète un jour des souliers, ce qui déclenche une querelle avec son oncle. Ndomé avoue alors à son mari que l'enfant n'est pas le sien. Peu après, elle propose à Ngando de fuir du village avec leur fille. Ngando accepte, mais des hommes de main de son oncle les arrêtent et ramènent Ndomé à son mari.
Retour au temps présent. Ngando tient toujours sa fille dans les bras en faisant face à Ndomé, qui ne sait quoi faire. Un policier arrive, arrête le jeune homme et le conduit au palais de justice dont il ressort menotté pour être incarcéré à la prison centrale de Douala.
Production Jean-Pierre Dikongué Pipa part pour ce film des . Il rédige un premier projet, intitulé Le Banc de sable, , et va voir des producteurs français qui ont tous . .
Dikongué Pipa rencontre alors Jean-René Debrix, qui dirige le Bureau du Cinéma au ministère de la Coopération et lui demande d'étoffer davantage le scénario qui aura huit versions. Debrix lui confie alors de la pellicule noir-et-blanc pour . Il achète une caméra 16 mm avec ses économies et tourne en 1965-1966 trois courts-métrages qui ont convaincu Debrix.
De retour au Cameroun en 1966, Dikongué Pipa cherche à se faire financer par le service du cinéma mais propose un budget de 100 millions de FCFA, trop élevé. Le projet reste en sommeil plusieurs années où il se consacre au théâtre jusqu'à ce qu'il arrive à réaliser le film avec une aide financière de nouveaux francs du ministère français de la Coopération en échange des droits non-commerciaux et un prêt du Centre Audiovisuel International (CAI), et en utilisant une caméra 16 mm prêtée par le Centre culturel français pour lequel il travaille comme animateur à Douala. En raison du manque de budget, le tournage prend neuf mois et il doit changer d'opérateur. Les scènes sont tournées sans clap de début pour les repérer et il y a une panne de magnétophone, si bien qu'une grande partie des rushes est enregistrée sans son ni parole, et que le son existant ne se trouve nulle part synchrone. Trois monteuses déclarent forfait, jugeant le film "inmontable". C'est alors Andrée Davanture qui s'en charge. , déclare le réalisateur. Les textes sont réécrits par Dikongué Pipa puis réenregistrés six mois plus tard et entièrement mixés et resynchronisés à la table de montage, sans que cela soit finalement perceptible.
Pour ce film, Jean-Pierre Dikongué Pipa reprend les comédiens qu'il avait dirigés au théâtre et joue lui-même un officier de police. Tous acceptent de jouer sans rémunération, un paiement n'étant prévu que si le film a des recettes. Son intention n'est pas idéologique mais , dit-il, contre la déviance qui , la dot étant et non plus un cadeau, contrairement au principe traditionnel douala Entretien avec Dikongué Pipa dans Dikongue Pipa na Muna Moto (Dikongué Pipa et l'Enfant de l'Autre), film d'Imunga Ivanga (29 min, Gabon, 2019)..
Fiche technique Titre original : Muna Moto Réalisation : Jean-Pierre Dikongué Pipa Assistant-réalisateur : Manfred Ngom Production : Cameroun Spectacles Montage : Andrée Davanture, Dominique Saint-Cyr, Jules Takam Musique : A.G.A'Styl, chansons Georges Anderson Son : Ambroise Ayongo Format : B/N Langues : français, douala, basaa Durée : 89 minutes Date de sortie :
Distribution David Endene Arlette Din Bell Jeanne Mvondo Philippe Abia Jeacky Kingue Gisèle Dikongue-Pipa (l'enfant) Esther Mwembe Catherine Biboum Justine Sengue Samuel Baongla Avec ma participation de : les Ballets bantous de Jimmy Nelle Eyoum et le Negro-Styl, l'Union des danses traditionnelles
Festivals Amakula Kampala International Film Festival, Uganda (2011) 15.º NYAFF - New York African Film Festival, E.U.A. (2008) São Paulo International Film Festival, Brèsil
Distinctions Étalon de Yennenga au FESPACO 1976 Tanit d'argent aux Journées cinématographiques de Carthage, Tunis (1976) Grand Prix au Festival International du Film de l'Ensemble Francophone, Suisse (1975) Prix Georges-Sadoul, France (1975) Sélection officielle à la Mostra de Venise, Italie (1975)
Bibliographie Armes, Roy, Dictionary of African filmmakers, Indiana University Press, 2008, p. 59 M’Boka Kiese, « Muna Moto (L’enfant de l’autre), un film de Dikongue Pipa » Françoise Maupin, La Saison cinématographique 76, , Jean Delmas, Jeune Cinéma, , ,
Liens externes
Muna Moto sur Africiné Muna Moto sur Il était une fois le cinéma
Notes et références
Catégorie:Film camerounais sorti en 1976 Catégorie:Film dramatique camerounais Catégorie:Film camerounais en noir et blanc Catégorie:Film se déroulant à Douala Catégorie:Film tourné au Cameroun Catégorie:Premier long métrage sorti en 1976 Catégorie:Grand prix Étalon de Yennenga