L'église de l'Annonciation (glèia de l'Anounciacioun en Niçois), communément appelée église Sainte-Rita (glèia Santa-Rita), est une église baroque située dans le Vieux-Nice au 1 rue de la Poissonnerie. Elle porte également les noms de : chapelle Saint-Jaume (ou Saint-Giaume), chapelle Saint-Jacques-le-Majeur, et chapelle Sainte-Rita.
Elle est classée monument historique par arrêté du .
Historique
L'église de l'Annonciation est l'une des plus anciennes de Nice. On peut établir la date de son érection vers l'an 900 de l'ère chrétienne. Dédiée à l'apôtre Jacques le Majeur pendant 935 ans, dont 893 comme paroisse, elle fut la deuxième, en importance, des quatre paroisses de la ville de Nice. L'église qui abritait entre autres l'autel de saint Érasme, patron des navigateurs, était celle de la paroisse de la Marine.
En 1531, les moines de l'abbaye Saint-Pons échangent avec le chapitre cathédral le prieuré Sainte-Réparate contre l'église paroissiale Saint-Jacques. Cette dernière porte aussi le nom de Saint-Giaume (en niçois). Les transactions ne furent finalisées que le .
Le couvent des Carmes a été détruit au cours du siège de 1543. Ceux-ci cherchent alors un nouveau lieu pour s'installer et choisissent l'église Saint-Jacques. Un accord est trouvé avec l'abbaye Saint-Pons. Il est approuvé par le pape Paul V, le .
En 1604, après l'administration paroissiale des bénédictins, les pères carmes desservirent l'église en y établissant la confrérie « Notre-Dame-du-Mont-Carmel ». L'église étant en très mauvais état, les pères décidèrent dès 1610 de la reconstruire. Afin de pouvoir agrandir l'église qu'ils jugeaient « trop étroite, incommode et obscure », ils achetèrent une maison contiguë à l'ouest sans laquelle tout agrandissement était impossible, mais n'obtinrent pas le transfert de la loge communale, construite en 1584, qui était accolée au nord du bâtimentChristion Corvisier, Nice, loge municipale, 278-279, dans Congrès archéologique de France. . Monuments de Nice et des Alpes-Maritimes. 2010, Société française d'archéologie, Paris, 2012 .
La première pierre de la nouvelle construction est posée le . Vers 1685 l'église est achevée, mais des travaux de finition et d'embellissement se poursuivront pendant cinq ans. Ce n'est qu'en 1740-1741 qu'un clocher sera rajouté à l'édifice après accord du vice-légat d'Avignon pour emprunter la somme nécessaire. Il semble qu'une reprise des travaux ait eu lieu en 1760.
La structure et la décoration de l'église sont similaires à celles de l'église de Laghet et de la cathédrale Saint-Réparate qui ont été réalisées par Jean-André Guiberto et Marc-Antoine GrighoDominique Foussard, Georges Barbier, Baroque niçois et monégasque, 124, Picard éditeur, Paris, 1988 .
En 1793, par décret du gouvernement de la Terreur, l'église fut fermée et réduite à être un dépôt de sel. Douze ans plus tard, en 1806, elle fut restaurée et rouverte au culte. À partir de ce moment toutefois, l'église n'était plus paroissiale, mais simplement un lieu de culte dépendant de la paroisse du Gesù. Le prêtre et théologien Borelli et, plus tard, l’abbé André Gilli travaillèrent beaucoup l'un et l'autre à la restauration de la chapellePatrice Véraquin, "Gli Oblati nelle Chiesa di "Notre Dame de l'Annonciation" in Lanterianum, vol. II, n. 2, Luglio 1995, p. 84-93..
Le , fête de Notre-Dame du Mont-Carmel, un grave incendie éclata dans l’église et détruisit le grand tableau de l'abside. Il s'agissait d'un tableau représentant la Transfiguration de Jésus-Christ devant les trois apôtres Pierre, Jean et Jacques le Majeur (titulaire de l'église), œuvre importante du peintre Domenichino. Le tableau fut remplacé par celui de 'L'Annonciation, œuvre du peintre russe K.A. Chevelkine (1829). Le tsar Alexandre en avait fait don au général comte Alexandre Michaud de Beauretour. Ce dernier, né et mort à Nice, fut aide de camp du tsar et commandant militaire de la Russie impériale. Après l'incendie, Michaud offrit le tableau à l’église. C’est à partir de ce jour que l'église changea de titulaire et fut appelée populairement « église de l'Annonciation ».
La façade fut rénovée en 1836.
En 1844, Galvano, évêque de Nice, la confia aux pères oblats de la Vierge Marie qui entreprirent une restauration complète de l'édifice, avec notamment l'exécution des portes en noyer sculpté vers 1845 (encore visibles aujourd'hui).
En 1930, Henri Betti y a été nommé organiste à 13 ans.
En 1934, le père Andrea Bianco, alors recteur de l'église, y introduisit le culte de sainte Rita en installant une statue de sainte Rita sur le premier autel latéral, à gauche en entrant dans l'église. La dévotion des Niçois à sainte Rita n'a cessé depuis lors de grandir à tel point que l'église est davantage connue aujourd'hui sous le vocable d'église Sainte-Rita que sous son nom véritable d'église Saint-Giaume et de l'Annonciation.
En 1983, de nouveaux travaux réalisés sur la façade permettent de dégager l'inscription du linteau. En 1984-1985, les Pères Oblats, grâce à la collaboration des fidèles, ont effectué d'importantes rénovations afin qu'aujourd'hui encore on puisse admirer la beauté artistique et la richesse de la décoration.
Au fil des restaurations successives, deux autels seulement ont changé : celui de la Sainte-Croix remplacé par Sainte-Rita en 1934 et celui de Saint-Joseph restitué à Saint-Érasme.
Caractéristiques
L’église est dotée d’une façade inachevée qui a perdu sous des rénovations successives ses structures originelles. Elle ne se distingue que par son léger recul.
Le porche concentre sur lui seul toute l’ornementation et tranche par la blancheur de ses marbres sur le haut mur crépi, qui n’est troué que par les baies de l’église. Les vantaux de la porte en noyer, frappés du monogramme des Oblats de la Vierge Marie, ont été sculptés vers 1845 par le frère oblat Julien Barberis.
Au linteau de la porte, on peut lire une inscription rappelant la présence des Carmes dans le lieu : « O quœ carmeli Gaudes quos purgant ignes / Habitare recessus hos tua vota iuvent » (Ô toi qui habites les lieux retirés du Carmel, tes prières sont salutaires à ceux que le feu purifie).
Le clocher, ajouté à l’édifice en 1740-1741, renferme deux cloches coulées en 1807 par la Fonderie de la place Saint -François des frères Rosina et une troisième fondue en 1872 par Giacomo Sémeria, fondeur à Monaco, il domine une sorte d'amoncellement d'immeubles qui composaient le couvent. Il est surmonté d'un bulbe étranglé couvert de tuiles vernissées et dominé par les trois étoiles des Carmes. Il émerge d’une pittoresque et désordonnée superposition de toitures sur lesquelles il reflète les signes de la culture baroque et de la fantaisie rococo.
La nef de l’église est accolée à la loggia jadis municipale et à l’ancien couvent des Carmes.
Intérieur Entièrement restructuré au , en pleine floraison du baroque niçois, l'intérieur de la chapelle est d'un luxe et d'une richesse inouïs.
Le plan de l'église est très clair et simple : une nef rectangulaire et, séparé par un arc triomphal, un chœur en hémicycle, celui-ci étant surmonté d'une étrange demi-coupole. Le demi-cylindre du chœur est souligné par sa hauteur dépassant nettement celle de la nef.
La nef est ornée, latéralement, de six chapelles qui furent entretenues, comme dans toutes les autres églises du Vieux-Nice, soit par des groupes (corporations ou confréries), soit utilisées comme sépulture jusqu'à la fin du par des particuliers, nobles en général.
L'entrée, avec ses portes en noyer sculpté, est surplombée d’un orgue construit par la Maison Tamburini d'Italie.
La « série » des retables de l’église, bien qu’elle ne constitue pas un ensemble homogène, s’intègre admirablement au développement en profondeur de chacune des travées de l’édifice. Les retables occupent généralement tout le fond des chapelles.
La nef centrale La voûte de la nef est en berceau simple. Elle fut décorée de fresques vers 1834, lors de la réhabilitation de la chapelle.
À partir de l'entrée, la fresque centrale représente : La Délivrance de Saint Pierre par l’Ange du Seigneur de la prison de Jérusalem ; Le mystère de l'Annonciation qui est le vocable de la chapelle (on peut observer la beauté du visage de la Vierge envahi par la lumière de l’Esprit Saint ; le bleu de son manteau est des plus lumineux) ; La Vierge du Mont-Carmel donnant le scapulaire à saint Simon Stock.
Dans les tympans des fenêtres, on note : Le Sacré-Cœur de Jésus porté par Marguerite-Marie Alacoque (du côté de la porte, au nord) ; Le voile de la Sainte Face porté par sainte Véronique (au sud). La tradition relate l’épisode de la Sainte Face que Jésus aurait laissée imprimée sur le petit linge utilisé par la femme pour essuyer la sueur sur son visage, lors de sa Passion.
Entre ces deux tympans, quatre allégories symbolisent peut-être diverses vertus : la Foi (avec le calice et le livre, et avec la croix), l'Espérance (avec l'ancre), la Charité (avec le cœur).
De deux côtés de l'Annonciation, deux saints docteurs évêques, peut-être saint Augustin et saint Ambroise.
Du côté de l'autel, deux anges sont entourés par les quatre évangélistes. À noter, à la clé de voûte de l'arc central, l'inscription « Janua coeli » (Porte du ciel), qui est un des noms de la Vierge dans ses litanies.
Le chœur Couronné par une coupole très lumineuse, le maître-autel, tout en marbre coloré, met en relief le tableau représentant L'Annonciation faite à Marie, titulaire de l’église. Pour la fête de sainte Rita, ce tableau est remplacé par une image de la sainte.
Au-dessus du tableau est placé l’emblème de la Congrégation des Oblats de la Vierge Marie, au centre d’une belle décoration dorée.
Sur le pilier de gauche se trouve une plaque commémorative à Philippe de Blonay, dont la traduction est la suivante : Philippe de Blonay, Chevalier de l’Ordre de Jérusalem, illustre par sa noble naissance savoyarde et par les plus hauts grades de l’armée commandant en chef de la marine royale, d’abord des trirèmes puis des plus grands navires nommé ensuite gouverneur du château de Suse, de Sassari au-delà de la mer par après enfin pendant qu’il gouvernait militairement Nice et sa province mourut et décida par testament d’être enterré ici âgé de 61 ans le ..
Dans les piliers de la clôture de chœur, deux calices portant une hostie gravée ont été sculptés : sur l'hostie de gauche est représentée la Crucifixion et sur celle de droite la Résurrection.
La fresque située au-dessus du maître-autel représente L'Adoration du Saint Sacrement (« le pain des anges ») par les anges.
Chapelle de Sainte-Rita
Première chapelle en entrant sur la gauche, elle fut précédemment dédiée à la Sainte-Croix, puis à Notre-Dame-des-Sept-Douleurs avant d’être dédiée à Sainte-Rita en 1934. Il y a dans cette chapelle deux strates décoratives successives : celle évoquant la précédente titulaire du lieu, Notre-Dame-des-Sept-Douleurs, et celle évoquant la nouvelle, Sainte-Rita.
Le souvenir de la Mère de Jésus meurtrie par sa Passion et sa mort est évoqué par les instruments de la Passion peints sur la voûte et le tableau de Charles Garacci (paroi de droite) : La déposition du Christ (1840).
Sur la paroi de gauche se voit un tableau représentant sainte Élisabeth de Hongrie. Ce tableau est la copie presque exacte d’un autre tableau de même sujet, visible dans le chœur de l’église du Gesù. Non seulement il figure la sainte, mais aussi deux consœurs de la confrérie féminine des Pénitentes grises de Nice (les deux femmes vêtues de robes grises qui entourent la sainte pendant qu’elle fait l’aumône). Sa présence ici est inexplicable, puisque la chapelle de la confrérie, si elle déménagea du Gesù ici , pour revenir au Gesù, ne fut jamais installée dans l'église de l'Annonciation.
Au centre, la statue de sainte Rita, vénérée par les fidèles, est une œuvre naïve du début du .
Chapelle de Saint-Pierre Chapelle corporative des pêcheurs, .