L’aérodrome de Lézignan-Corbières (code OACI : LFMZ) est un aérodrome ouvert à la circulation aérienne publique, situé sur les communes de Lézignan-Corbières et Conilhac-Corbières, dans l’Aude (région Languedoc-Roussillon, France).

Il est utilisé pour la pratique d’activités de loisirs et de tourisme (aviation légère, parachutisme, aéromodélisme), en conditions de vol à vue. L’aérodrome est géré par la municipalité de Lézignan-Corbières.

Histoire Les débuts du champ d'aviation En , La Dépêche de Toulouse organise un raid aérien reliant Toulouse à Narbonne avec des étapes à Carcassonne et Lézignan. À cette occasion, le Comité d'aviation de Lézignan aménage un champ d'aviation sur une zone plane et relativement inculte du fait de la nature du terrain essentiellement calcaire, très dur et sec, servant au pacage des moutons. Cette zone est située dans la plaine de Caumont au lieu-dit de Gaujac, sur la route de Fabrezan après le Ruisseau des Juifs, en bordure du tracé des tramways de l'Aude.

Jules Védrines participe à ce « Raid de la Dépêche » et relie Toulouse à Carcassonne sur un Morane-Borel le , devenant le premier aviateur audois. Le lendemain, partant de Carcassonne, il survole la zone d'atterrissage préparée à Lézignan pendant une demi-heure sans pouvoir se poser en raison d'un vent violent. Renonçant à l'atterrissage sur Lézignan, il continue vers Narbonne où il peut atterrir.

Le Comité d'aviation de Lézignan organise quelques semaines plus tard en une « semaine de l'aviation » initialement sur . Le au matin, l'avion du pilote alsacien Gustave-Paul Weiss arrive en pièces détachées par le chemin de fer. Le pilote et son mécanicien procèdent immédiatement au remontage sur le champ d'aviation de Lézignan du monoplan Pivot-Koechlin à moteur Gnome.

Toute l'après-midi, les tramways à vapeur, autobus, automobiles et omnibus déversent des flots de spectateurs provenant de toutes les communes environnantes. Le dimanche à 17h30, le vent étant tombé, le pilote procède au premier décollage depuis le terrain devant une foule considérable évaluée par la presse à . Après un vol de l'avion se pose en face du hangar dans l'enthousiasme général. Le pilote effectue un moment plus tard un autre vol encore plus apprécié du public qui le porte en triomphe. De nouvelles séances on lieu le lundi mais le temps pluvieux et venteux entraîne l'annulation de la séance du mardi. Les démonstrations se poursuivent finalement chaque fin d'après-midi jusqu'au dimanche suivant avec notamment un vol de plus de qui l'amènera jusqu'à Capendu et une poursuite contre un train Express.

Le maire Léon Castel pressent l'importance de l'aviation naissante et tente de faire homologuer le terrain pour accueillir le trafic aérien qui s'organise. La Première Guerre mondiale entraine la cessation des activités aérienne et stoppe ces initiatives.

L'entre-deux-guerres Naissance de l'aérodrome Dès la fin de la guerre, en , Pierre-Georges Latécoère crée la Société des lignes Latécoère, future Aéropostale. Le vol inaugural de la première ligne Toulouse-Barcelone a lieu le 25 décembre 1918 sur Salmson 2A2 avec René Cornemont, un pilote expérimenté et Pierre-Georges Latécoère comme passager. Le terrain de Lézignan est déjà considéré comme terrain de secours pour cette ligne.

En 1923, ce terrain reste une zone d'atterrissage encore rudimentaire. Un petit groupe de Lézignannais enthousiastes menés par Alphonse Jouy se mobilise alors pour créer un vrai terrain d'atterrissage pour accueillir les avions de l'Aéropostale. Alphonse Jouy, garagiste et ancien mécanicien d'aviation, s'investit en acquérant sur ses deniers les parcelles autour du terrain et en les sécurisant (débroussaillage, épierrage...) avec l'aide de sa famille.

Début 1930, grâce à ses efforts, l'aire d'atterrissage atteint déjà de long sur un terrain plat de grandes dimensions. En juin, le commandant de l'aérodrome de Perpignan où les avions s'embourbent sur le sol non cimenté, vient pour le compte de l'aviation marchande en reconnaissance au terrain de Lézignan dont la qualité du sol est reconnue. L'Aéropostale reconnait aussi par écrit en juillet l'intérêt du terrain comme escale de secours et demande l'aménagement de facilités pour en faire un aérodrome digne de ce nom : hangar, bureau, téléphone, poste d'essence... En septembre, le terrain est inauguré officiellement par le maire de Lézignan. De nombreux meetings aériens y sont organisés dans les mois et années suivantes.

En 1931, la direction de l'Aéronautique marchande finance la moitié de la dépense consacrée à l'acquisition de nouvelles parcelles nécessaire à l'aérodrome ainsi que l'amélioration du balisage et de l'éclairage. Un pavillon servant de salle de réception, salle d'attente et bureau des douanes est alors installé.

Dans cette optique d'amélioration, le ministère de la Défense contribue en 1932 à la construction d'un hangar à avions. Toujours en 1932, une Association pour l’Étude et Développement de l'Aviation est constituée à Lézignan et s'intitule Groupement Aéronautique « Paul Sourgnes » Des Corbières-Minervois, ses actions stimulant l'activité de l'aérodrome par la mise à disposition d'appareils achetés et loués. De mars à , un avion (F-ALOX) appartenant à un pilote de Lézignan est basé sur l'aérodrome.

En 1933, l'aérodrome de Lézignan est toujours un terrain de secours de la ligne Toulouse-Perpignan-Alicante-Afrique du nord et devient une escale de l'Aéropostale où s'effectue le transbordement du courrier pour Marseille et le Maroc. L'intégration de l'Aéropostale à Air France en fin d'année amène les avions d'Air France à des escales régulières sur le terrain. De nombreux pilotes célèbres font alors escale au terrain de Lézignan : Jean Mermoz lui-même, Henri Guillaumet, Pierre-Marcel Lemoigne, Maryse Bastié et Maurice Bellonte notamment.

Début 1935, le premier Aéro-club « Paul Sourgnes » est créé. En , les autorités aéronautiques civiles et militaires sont suffisamment convaincues des qualités du terrain pour que le Ministère de l'Air fasse l'acquisition de l'aérodrome alors installé sur . Cette acquisition du terrain marque un tournant dans l'investissement pour l'aérodrome et son utilisation. L'alimentation électrique est sécurisée de même que la ligne téléphonique et un balisage de nuit ainsi qu'un phare à éclat sont installés. 1938 voit le début de la construction d'un radiophare de grande navigation sur le chemin des Romains. Il ne sera achevé qu'en 1942, sous occupation allemande.

En , alors que la Seconde Guerre mondiale se rapproche, la guerre civile d'Espagne se termine. La fuite d'Espagne de plusieurs responsables républicains s'opère alors depuis l'aéroport espagnol de Monóvar vers la France et notamment Toulouse. L'avion piloté par Ignacio Hidalgo de Cisneros chef des Forces Aériennes de la République Espagnole se trouve à court de carburant et se voit obligé d'atterrir sur l'aérodrome de Lézignan. Dans le même temps, 2 escadrilles de 12 avions gouvernementaux atterrissent à Carcassonne pour les mêmes raisons.

Militarisation de l'aérodrome

Dès le début 1930, les autorités militaires sont alertées sur l'intérêt du terrain. Cantonné à un usage civil jusque là, l'aérodrome de Lézignan-Caumont participe à de grandes manœuvres aériennes militaires d'une semaine en 1937. Le Grand Quartier Général de la division aérienne est installée à Lézignan et l'aérodrome sert de base de ravitaillement. C'est la première utilisation militaire du terrain avant son utilisation intensive durant la Seconde Guerre mondiale.

La Seconde Guerre mondiale

Mobilisation Le Groupement d'Instruction de l'Aviation de Bombardement du Sud-Est cantonne le Groupement de Bombardement (GB I/31 et GB II/31) sur l'aérodrome de Lézignan. Ces Groupes de Bombardement sont équipés successivement de Bloch 200 et Bloch 210 puis de LéO451. Puis la escadre de bombardement qui avait occupé l'aérodrome lors des grandes manœuvres de 1937, revient occuper le terrain début avant de repartir en deux temps vers le front de l'Est en . Durant le premier semestre 1940, le Centre d'Instruction de la Chasse de Montpellier se replie lui aussi sur Lézignan.

Combats de 1940

Du fait de sa position géographique, l'aérodrome n'est pas utilisé pour des missions de combats tout au long des de la bataille. À la fin de la Bataille de France, le terrain de Lézignan voit se succéder de nombreuses unités militaires. En effet, il est la dernière escale technique et de ravitaillement avant la traversée de la Méditerranée et l'Afrique du Nord où vont se mettre à l'abri de nombreuses unités pour éviter d'être désarmées. En seulement , du 15 au , pas moins de 18 Groupes se succèdent sur l'aérodrome.

De nombreux Groupes de Bombardement (13) passent par Lézignan équipés de différents matériels : Martin 167, Farman 222, Bloch 200, Bloch 210, Douglas-DB7 et Amiot 143. Des Groupes de Reconnaissance en moins grand nombre (4) passent aussi par Lézignan, équipés de Potez 540, Potez 63.11, Potez 637, Bloch MB.174, et Bloch MB.131. Un seul Groupe de Chasse (GC II/7) équipé de Dewoitine D.520 passe sur Lézignan.

À partir du et de la signature de l'Armistice, les avions sont immobilisés et désarmés. Une partie du Groupe de Bombardement GB II/34 qui se trouve à Lézignan au moment de la signature est dissout sur le terrain, les autres avions du groupe ayant déjà rallié Oran (Algérie) puis Kalaa-Djerda (Tunisie).

Escadrilles de l'Armée d'Armistice

Lors de l'Armistice de 1940, dans le cadre du groupement 18, les hommes et avions survivants de la GB I/51 et de la GB II/51 sont regroupés à Lézignan en tant que GB I/51 le et rejoignent le GB I/54, dont les hommes logent dans un premier temps chez l'habitantEmmanuelle Hellot-Cintract, Jacques et Jeanne (1912-1913/2012), publié en auto-édition lulu.com, 2012,par un membre de la famille, /246.p.. Ces deux groupes volent alors sur Breguet 693/695. Ils sont dissous au lendemain de l'invasion de la zone libre le . Les appareils sont désarmés et mis à disposition de l'armée allemande.

Occupation allemande

Dès l'invasion de la zone libre, la Luftwaffe prend le contrôle de l'aérodrome et réutilise les installations. Parmi les unités qui vont s'y succéder tout au long de la période d'occupation on peut citer des escadrons : De chasse de nuit (Natchjaggeschwader, NJG), De combat aéroportés avec planeurs (Luftlanddegeschwader, LLG), De bombardement (Kampfgeschwader, KG). Ces unités opérationnelles ont le support au sol des unités de soutien (Flieger-Regiment). Pour loger les troupes, le château de Gaujac tout proche est réquisitionné pour les officiers et un cantonnement installé à l'emplacement du quartier actuel du Plantier, au nord de la ville.

L'utilisation opérationnelle de l'aérodrome nécessite l'amélioration de ses installations et sa fortification qui seront menés par l'armée allemande : six batteries de D.C.A (Flak) sont installées autour du terrain pour le défendre et un bunker de commandement (resté inachevé) est construit en bout de piste.

Dès mi-, le groupe I./NJG 2 équipé de Junkers JU 88 C-6b fait escale à Lézignan avant de prendre part à l'opération Lila le 27 et de repartir en décembre.

Entre mai et , l'unité de combat aéroportée I./LLG.1 s'installe sur le terrain de Lézignan-Caumont. Elle est équipée de 136 planeurs DFS 230 et de 52 Dornier Do 17 destinés à les remorquer. Cette unité de combat participera en 1944 à l'assaut du maquis du Vercors. Le groupe spécial sondergruppe/LLG.1 est formé à partir des éléments présents de la I./LLG.1 en vue d'une action en Italie et sera le seul à rester sur l'aérodrome à partir de septembre.

Plusieurs escadrons de bombardement passent par Lézignan de la fin 1943 à . Début 1944, 4 avions du groupe II du KG 76 (escadrons de bombardiers) sont affectés à Lézignan pour entrainement au marquage de cibles avant de repartir sur Istres pour opérer en Méditerranée.