Les Mousquetaires de la Garde du Roi (ou plus simplement Mousquetaires du Roi) étaient les membres d'une puis de deux compagnies de la maison militaire du roi de France. Créés en 1622 par Louis XIII au cours des rébellions huguenotes, ils se distinguèrent principalement pendant les guerres de Louis XIV, qui en porta les effectifs à environ par compagnie. Dissous en 1775, au début du règne de Louis XVI, les Mousquetaires furent reformés de façon éphémère à l'avènement de Louis XVIII.

Combattant à cheval et à pied, les compagnies de Mousquetaires accueillaient en leur sein de nombreux jeunes nobles qui y faisaient leur apprentissage des armes. Elles constituaient ainsi une pépinière pour les futurs officiers de cavalerie et d'infanterie de l'armée françaiseHistoire de la milice françoise, Père Daniel, Paris, 1721, volume 2, pages 211-214..

Les Mousquetaires avaient pour double fonction de servir de troupes d'élite lors des guerres et de garde effective du souverain, principalement lors de ses déplacements.

Les Mousquetaires du Roi ont notamment été popularisés au par le roman d'Alexandre Dumas Les Trois Mousquetaires.

Histoire

La première compagnie de mousquetaires (1622-1646)

Création et recrutement des premiers mousquetaires

Les Mousquetaires du Roi furent créés en 1622. Lorsque Louis XIII décide de détacher les carabins de la compagnie des chevau-légers pour créer une nouvelle compagnie, il les dote de mousquets : la compagnie prend alors le nom de Mousquetaires.

Louis XIII veut en faire un corps d’élite, composé de gentilshommes et de personnes au mérite reconnu. On y entre très jeune , il est préférable d’avoir une recommandation et d’être Gascon. Gascons et Béarnais y sont en effet majoritaires car Henri IV apprécie ses sujets de Navarre. Cette tradition perdure pendant tout le .

La première bataille menée par les mousquetaires est celle du siège de Saint-Martin-de-Ré en 1627.

Dissolution de la compagnie par Mazarin

À la mort de Richelieu, en 1642, Mazarin lui succède comme principal ministre d'État. L'influence à la cour de Tréville, capitaine-lieutenant des Mousquetaires du roi, et son implication dans la conspiration de Cinq-Mars en font une menace pour le nouveau ministre. Mazarin propose donc à Tréville le gouvernement de Foix en échange de la démission de sa charge de capitaine-lieutenant, désirant ainsi l'éloigner de la cour et donner sa charge à l'un de ses neveuxDéfendre le roi : la Maison militaire au XVIIe siècle, Rémi Masson, Ceyzérieu, Champ Vallon, coll. « Époques », 2017..

Devant le refus de Tréville, Mazarin fait casser la compagnie en 1646, en invoquant des prétextes économiques.

La renaissance sous Louis XIV (1657-1715)

En 1657, Louis XIV décide de rétablir la compagnie des Mousquetaires du roi, pour qu'elle l'accompagne à la chasse et à la promenade. C'est un neveu de Mazarin (qui encourage d'ailleurs cette décision) que le roi nomme capitaine-lieutenant : Philippe Mancini.

Sitôt sur pied, la compagnie est envoyée combattre sous les ordres du maréchal de Turenne avec l'armée royale, en cette fin de guerre franco-espagnole. Les Mousquetaires du roi se distinguent notamment à la bataille des Dunes, en 1658.

En 1660, peu avant sa mort, Mazarin cède au roi sa compagnie de mousquetaires à cheval, qui devient dès lors la deuxième compagnie des Mousquetaires du roiAbrégé chronologique et historique, Simon Lamoral le Pippre de Nœuville, Liège, 1734, volume 2, pages 131-133..

Louis XIV en devient capitaine en 1665 (comme il l'était déjà de la première), lorsque le précédent capitaine cède ses charges à Édouard-François Colbert. La présence du frère du ministre à la tête de la deuxième compagnie participe à sa popularité, au sein de laquelle de nombreuses familles souhaitent placer leurs enfants.

C'est également en 1665 que le roi ordonne aux Mousquetaires de la première compagnie de ne monter que des chevaux gris, et à la seconde des chevaux noirs, à l'origine des surnoms des deux compagnies.

Le déclin (1745-1816)

Le dernier éclat

Dissolution de la compagnie Dans le but de réduire le train de vie de la Couronne, Louis XVI réduit les effectifs de sa Maison militaire dès le début de son règne. Ainsi, dans une ordonnance du , le roi annonce la suppression des deux compagnies des Mousquetaires de la Garde à compter du , et accorde à leurs membres une indemnité en attendant qu'ils trouvent des places dans des régiments d'infanterie, de cavalerie ou de dragonsOrdonnance du roi pour la suppression des deux Compagnies des Mousquetaires de la Garde du Roi, Paris, Imprimerie royale, 1775 disponible au lien suivant sur le site Gallica de la BNF : https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k9758808f/f1.item.r=mousquetaires%201775 ..

Tentative de réactivation en 1789 et 1814

La Restauration 1814 - 1816

gauche|vignette|Mousquetaire gris en 1814. Au retour de la monarchie en France en 1814 à la suite de la première abdication de Napoléon Ier, le nouveau roi, Louis XVIII désire recréer, tout en utilisant les restes de la garde impériale, la maison militaire du roi, c'est ainsi que les Cent-Suisses, que les Garde du corps du roi sont reformés. Certains régiments sont directement issus d'unités existantes sous le Premier empire comme le corps royal des Chasseurs de France venant des Chasseurs à cheval de la Garde impériale. Ainsi sont reformés le régiment des mousquetaires et ses deux compagnies, les uniformes pour l'ensemble des régiments sont mis au goût du jour, le tricorne laisse la place à un casque « à la romaine », avec une queue de cheval à l'instar des dragons pour les mousquetaires gris et à chenille pour les mousquetaires noirs, un peu comme les carabiniers à cheval. En 1815 avec le retour de Napoléon sur le continent et l'épopée des Cent-Jours, les mousquetaires escortent Louis XVIII, sa famille, son entourage et son état-major jusqu'à Gand où devant des officiers anglais ils firent des représentations fastueuses mais assez ridicules au vu de leur nombre. Par la suite ils vont retourner en France après la bataille de Waterloo. En 1816 ils sont supprimés faute d'argent, mais aussi pour laisser la place à des unités plus récentes et utiles militairement, comme les dragons ou les chevau-légers. Les flammes de trompettes des deux compagnies furent conservées jusqu'au par les familles des officiers supérieurs des mousquetaires. Le Musée de l'Armée annonça début l'acquisition de l'ensemble des flammes, du drapeau et de l'étendard des mousquetaires noirs à l'issue d'une vente. Ils avaient comme le présente Bertrand Malvaux dans une de ses vidéos sur les flammes de trompettes, acheté quelques années auparavant une flamme des mousquetaires gris, les trois autres étant chez des collectionneurs privés dont Bertrand Malvaux. On peut retrouver des uniformes du régiment à cette époque au Musée de l'Armée à Paris et au château de l'Empéri dans les collections du Musée de l'Armée issue de la collection Raoul et Jean Brunon.

Une unité de la maison militaire du roi

Rang au sein de la Maison militaire du roi Lors de l'institution de la première compagnie en 1622, les Mousquetaires sont subordonnés aux Chevau-légers de la Garde. Lorsqu'ils en sont détachés en 1629, ils prennent un rang inférieur à celui des Chevau-légers de la Garde, rang qu'ils conservent après le rétablissement de la compagnie en 1657. Les mousquetaires ont donc un rang inférieur aux Gardes du corps, aux Gendarmes et aux Chevau-légers.

La première compagnie des Mousquetaires a la préséance sur la seconde.

Service auprès du roi

Sous le règne de Louis XIV, les rôles des différentes compagnies de la Maison militaire du roi sont précisés. Lorsque le roi se rend à la messe, deux mousquetaires, un de chaque compagnie, se placent à l'entrée de la chapelle, dans l'attente d'un éventuel ordre du souverainHistoire de la milice françoise, Père Daniel, Paris, 1721, volume 2, page 214. Dans la pratique cet ordre se limite au souhait du roi d'être escorté ou non par un détachement des mousquetaires lorsqu'il sort.

Lorsque le roi est en déplacement, les Mousquetaires ouvrent la marche de l'escorte royale, et préviennent les incidents pouvant entraver ou ralentir la progression. Les mousquetaires de la deuxième compagnie, montés sur des chevaux noirs, précèdent alors ceux de la première compagnie, de rang supérieur, montés sur des chevaux gris L'état de la France, Paris, 1744, volume 2, page 183 disponible sur le site Gallica de la BNF au lien suivant : https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k9765609h?rk=21459;2 .. Les deux officiers à leurs têtes chevauchent quant à eux au niveau des roues avant du carrosse du roi.

Composition

Deux compagnies composaient le corps des mousquetaires.

Elles disposaient chacune d'un fourrier, d'un aumônier, d'un apothicaire, d'un sellier, d'un maréchal-ferrant, de six tambours et de quatre hautbois.

Encadrement

Il existait différents grades dans le corps des mousquetaires : un capitaine, fonction occupée par le Roi lui-même ; un capitaine-lieutenant (dit le Capitaine), qui commande une des deux compagnies et peut proposer volontairement sa compagnie pour une campagne ou assigner des missions personnelles à certains de ses hommes ; un sous-lieutenant, assistant direct du capitaine-lieutenant de la compagnie ; une enseigne, officier porte-drapeau ; une cornette, officier porte-étendard de la compagnie ; deux maréchaux des logis, échelon supérieur des hommes de rang ; des brigadiers, grade intermédiaire dans les hommes de rang ; des mousquetaires, hommes de rang.

Effectifs

À la suite des ordonnances royales, dans les paragraphes suivants, les effectifs des compagnies ne comprennent pas les officiers. Lorsque Louis XIV rétablit la compagnie des Mousquetaires, elle n'était composée que de 150 membres.

Leur nombre est porté à 300 dans chacune des deux compagnies dès 1663, avant d'être réduit à 250 par compagnie en 1668, après la conquête de la Franche-Comté. Cet effectif est resté stable pendant le reste du règne de Louis XIV.

Au cours de la minorité de Louis XV, les mousquetaires voient leurs effectifs être réduits à 198 par compagnie. Par une augmentation de 50 membres par compagnie en 1734, le nombre de Mousquetaires est porté à 248 par compagnie, avant d'être de nouveau ramené à 198 en 1737Ordonnance du Roy pour retrancher les 50 mousquetaires à cheval, dont chacune des première et seconde compagnies de ses Mousquetaires, etc, Imprimerie royale, Paris, 1737, disponible sur le site Gallica de la BNF au lien suivant : https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k9753578h/f1.item.texteImage .. En 1747, le nombre de Mousquetaires par compagnie est porté à 200.

Les effectifs étaient de plus augmentés en temps de guerre par des surnuméraires.

Recrutement

Les deux compagnies servent de pépinières d'officiers, destinés par la suite à intégrer des régiments de cavalerie et d'infanterie. À ce titre, elles sont en grande constituées de jeunes nobles apprenant le métier des armesAbrégé chronologique et historique, Simon Lamoral le Pippre de Nœuville, Liège, 1734, volume 2, pages 241-242..

Insignes et équipement

Armement

Comme leur nom l'indique, les Mousquetaires de la Garde sont équipés de mousquets à la création de leur corps. À la fin du , ils utilisent toutefois des fusils à l'armée, ne conservant les mousquets que pour les revues, avant de les abandonner complètement avant 1720Histoire de la milice françoise, Père Daniel, Paris, 1721, volume 2, page 221.. Les mousquetaires sont également équipés d'une épée et de pistolets. Si les mousquets sont fournis par le roi, ce n'est pas le cas des fusils qui les remplacent.

Uniformes