Le Tour de l'URSS a été une compétition cycliste organisée en Union soviétique. Créée en 1937, l'épreuve sportive eut une périodicité irrégulière. Son nom lui-même est abandonné dans la dernière décennie de l'État soviétique. Déjà attributif du titre de Champion d'Union soviétique de grand fond, au cours des années 1950Cf René Jacobs, Hector Mahau, Velo 1958, compétitions en Europe orientale, URSS, pages 215-217, il est à partir de 1974/1975 une des épreuves qui permet de décerner au lauréat l'un des nombreux titres de Champion d'URSS, celui de Champion d'Union soviétique de Course à étapes.

Moscou-Kiev-Minsk-Moscou Le projet : 1936 Paris, , journal L'Humanité, rubrique « sports » - Le Tour de France 1936 est en journée de repos sur les bords du Lac de Genève. Peu d'éléments à transcrire. Les journalistes du quotidien du Parti communiste français meublent une demi-page comme ils peuvent. L'unIl s'agit de René Thuillier, 23 ans, issu de la Fédération de la Jeunesse communiste, futur Résistant, puis député de l'Aisne de 1945 à 1951 s'entretient du beau temps et de la pluie, avec Antonin Magne. L'autrePierre Mars, 36 ans, chef de la rubrique sportive, résistant, mourra en décembre 1944. Les informations biographiques proviennent du Dictionnaire biographique du mouvement ouvrier français intéresse le lecteur en lui faisant découvrir le Tour de France du Front populaire. L'autre demi-page rend compte des travaux du Conseil national de la FSGT. Reste un « pavé » en milieu de page : Le Tour de l'URSS cycliste, écrit au temps futur : kilomètres, 13 étapes, Les concurrents seront divisés en 2 groupes. Le premier courra sur des bicyclettes de course, le second groupe utilisera... des « vélos de route ». Des vitesses moyennes minimum seront imposées : 24 km/h, pour les coursiers, 20 km/h pour les vélos routiers. Une épreuve éliminatoire aura lieu le Le lecteur apprend par ce détail que le futur se situe en 1937., entre Leningrad et Moscou, doublée des épreuves du Championnat de l'URSS de cyclisme. Le but sera d'atteindre une centaine de coureurs.

Le premier Tour de l'URSS (13 - 30 août 1937) , journal L'HumanitéPage 6, numéro 14 121, site Gallica de la BNF. Il peut sembler surprenant que cette page ne fasse aucune référence à une « source » russe. Mais le cyclisme soviétique semble avoir implosé comme l'État soviétique. Certains sites russes citent en chronologie la date de 1937, comme celle du premier Tour cycliste. Le site velorider.ru mentionne le vainqueur et le présente, tout comme le wikipedia russophone. Mais on a cherché en vain un palmarès, une liste des vainqueurs d'étapes, une histoire, comme c'est le cas pour le Tour de France, ou la Course de la Paix. Outre le site de la BNF, riche de la collection intégrale de nombreux quotidiens, avec la date ultime de l'année 1944, recours est fait pour cette page, à la littérature cycliste francophone pour dresser un palmarès bien incomplet, du Tour de l'URSS. En février 2012, cette littérature « papier », les annuaires belges Velo (René Jacobs, Hector Mahau, Harry Van dem Bremt, René De Smet) essentiellement, est lacunaire, mais quasi unique. Un site Internet livre quelques précieux détails. Voir infra., page des sports et programmes radio, revoilà le Tour de l'URSS cycliste. Si une annonce publicitaire placée opportunément sous les 24 lignes d'une colonne peu valorisée vante les « cycles International », l'adjectif ne s'applique pas au nouveau-né. Soviétiques sont les 128 coureurs au départ du périple de kilomètres. Ils sont répartis en deux groupes inégaux : la catégorie « course » rassemble 106 sportifs, la catégorie « tourisme » (sic) réunit 22 concurrents avec les cycles du même tonneau. Dix-sept jours de courses, 3 jours de repos. La caravane, en rien publicitaire, regroupe 100 véhicules (cela semble un exploit) dédiés aux personnels et aux « arbitres ».

De « tour » de l'URSS la course n'en a que le nom. Trois Républiques fédératives sur les onze que compte alors l'URSS sont visitées par les coureurs : Partis de Moscou les coureurs vont plein sud, à Toula. ils obliquent sud-ouest pour Orel. Après ces deux étapes en République fédérative de Russie, ils gardent le même cap et s'arrêtent en Ukraine à Tchernigov, puis presque plein sud, ils font étape à Kiev. Ils remontent vers le nord et font escale en Biélorussie à Gomel, Mogilev, Minsk, et Vitebsk. retrouvant la Russie, plein est ils font arrêt Smolensk, Inukouny (?) et arrivent en fait à Moscou le à 3 heures 30 de l'après-midiL'Humanité, 31 août 1937 page 6..

Un homme de fer ? Mikhaïl Ivanovitch Rybaltchenko Originaire d'Odessa où il est né en 1910, le vainqueur est âgé de 27 ans. Pratiquant le ski de fond, le cyclisme sur piste et sur route, est un athlète protéiforme, adepte des longues distances. Selon ses biographes, il aurait en 1935, en compagnie de quatre coéquipiers du Dynamo de Kiev, accompli le trajet Odessa-Vladivostok à vélo de course....Sa saison 1937 est une addition de performances : 340 kilomètres, en avril, pour une course entre Odessa - Nikolaev - Voznessenski - Odessa. 2 265 kilomètres pour remporter le premier Tour d'Ukraine, du au , en 87 heures, 52 minutes et 9 secondes. 2 594 kilomètresCurieusement la notice de Mikhaïl Rybaltchenko citée ci-dessus ne mentionne qu'à peine le premier Tour de l'URSS, mettant en avant le Tour d'Ukraine... Il est permis d'être dubitatif. De même on citera avec prudence l'énormité des écarts avec ses seconds. Sur les routes ukrainiennes il aurait distancé le Kiévain Saveliev de 8 heures, 8 minutes et 20 secondes. Les résultats du Tour d'URSS lui confèrent seulement 3 heures, 31 minutes et 43 secondes d'avance sur son « dauphin » Verchinine. du 12 au pour le premier tour de l'URSS, bouclé en 94 heures, 4 minutes et 58 secondes. Le est sans doute la date qui lui vaut d'enter dans la saga vélocipédique. Trois jours plus tard, la page sportive de L'Humanité renseigne ses lecteurs : « Rybaltchenko enlève brillamment le premier Tour de l'URSS cycliste ». Brillamment ? Le sociétaire de l'équipe Dynamo triomphe aussi au classement par équipes, après avoir été vainqueur de la plupart des nombreuses étapesCf. le communiqué paru dans L'Humanité, le 31 août 1937..

Champion de l'Union soviétique, dans l'épreuve sur route, en 1938, Rybaltchenko, comme l'ensemble des sportifs soviétiques voit sa « carrière » sportive s'interrompre le Voir la notice biographique citée supra.

: Moscou - Kiev - Minsk - Leningrad - Moscou La course et son image Par le biais du même journal françaisnumérisé par la Bibliothèque nationale (BNF), le deuxième Tour cycliste de l'URSS trouve un écho durant l'été 1938Cf. L'Humanité, 9 août 1938 puis 3 septembre 1938.. L'aire géographique de la compétition est encore limitée à l'URSS de l'ouest, mais elle s'étend vers le nord. Léningrad est inclus dans le parcours. La distance à parcourir s'allonge de 700 kilomètres, le nombre des étapes passe de 13 à 20.Le , le peloton de 125 coureurs, tous soviétiques, prend la route de Moscou pour Toula. Le seul vainqueur d'étape que cite la chronique est celui qui triomphe ce premier jour, Serebriakov, un étudiant âgé de 20 ans, élève de l'Institut industriel de Sverdlovsk. Un profil idéal pour populariser auprès des lecteurs occidentaux le sport soviétique. La classe ouvrière, jeune, moderne et avide de connaissances conquiert le « haut du pavé », dans une course dynamique, dans une discipline (le cyclisme) dont l'essor rappelle un Tour de France au faîte de sa popularité. Son équipe, Les métallurgistes de l'Orient, le nom même de son Université, qui fait référence à un des fondateurs du régimeIakov Mikhaïlovitch Sverdlov, mort en 1919 à l'âge de 34 ans était alors le président du Comité exécutif central des Soviets, cf. Georges Haupt, Jean-Jacques Marie, Les bolchéviks par eux-mêmes, François Maspero éditeur, Paris, 1969. contribuent à la construction de l'image nommée Tour de l'URSS. Après le stakhanoviste Rybaltchenko, place aux jeunes techniciens. Mais ce n'est qu'un vainqueurLa première étape est accomplie par le vainqueur en 5 h 3 min 2 s, à la moyenne de , selon le journal. d'une courte étape (166 km)...

Nouvelle victoire pour le Dynamo Trois mille deux cents kilomètres et 108 heures de pédalage plus tard, c'est un certain Denissov qui triomphe à Moscou. Une fois encore L'Humanité tient au courant ses lecteurs. Ceux-ci apprennent que la lutte a été chaude entre les deux principales équipes celle du Dynamo, à laquelle appartient le vainqueur, et celle du Spartak, emmenée par le challenger Boukriev. La société sportive Dynamo est la plus ancienne structure sportive créée après la Révolution d'Octobre. Le sport soviétique avait hérité des sociétés sportives mises en place avant 1917, mais dès la fin de la Guerre civile l'État prenait en main son organisation. Créé en 1920P. Sobolev, L. Borodina, G. Korobkov, Les sports en URSS, éditions en langues étrangères, Moscou, 1958. le Conseil supérieur de la culture physique, dépendant de... la Direction principale de la préparation militaire, devient en 1923 un Conseil permanent près du Gouvernement. 1923, c'est aussi l'année de création de la société sportive Dynamo qui s'adresse aux membres de la milice. Mais étant seul sur le « marché », cette société sportive ne pouvait organiser, ni encadrer l'ensemble du mouvement sportif soviétique. En 1935 les membres des coopératives artisanales se regroupent dans une autre société, le Spartak. Chacune était omnisport, encourageait à la création de clubs locaux, d'infrastructures sportives. Le compte-rendu laconique résumant en peu de lignes le déroulement du deuxième Tour de l'URSS note précisément qu'une chose : « la rivalité des deux grands clubs ». Alors qu'en 1937, Rybaltchenko semblait inexpugnable, et anormalement seul, l'édition de 1938 marque la naissance du cyclisme de compétition routière, comme il se pratiquait dans le reste de l'Europe.

L'écart séparant le vainqueur de son second, chiffré en heures l'année précédente est en cet été 1938 de 31 minutes et 25 secondes. Le troisième accuse 36 minutes de retard sur le vainqueur. Une preuve supplémentaire de la normalisation de la course tient dans le fait du nombre important d'abandons. Partis 117 de Moscou, ils ne sont que 88 à revenir « au port ». Soit environ 25 % de « pertes ».Un mois plus tôt, au Tour de France Gino Bartali avait distancé Félicien Vervaecke de 18 minutes et 27 secondes, et Victor Cosson de 29 minutes et 26 secondes. 55 des 96 partants avaient ralliés Paris, soit un déficit de 42 %.

De l'après-guerre aux années 1970 Le Tour de l'URSS a-t-il existé ? À lire les différents « livres d'or » du cyclisme et du sport, il est à se demander si le Tour de l'URSS a existé... Hormis un annuaire belge consacré au vélo, qui publie de façon irrégulière des résultats concernant le cyclisme soviétique, les sources possibles sont à peu près muettes. Cela ne concerne pas uniquement le Tour de l'URSS, mais l'ensemble de l'activité cycliste à l'intérieur des quinze Républiques formant l'Union soviétique. Si on observe les magazines cyclistes français, le pointage- Le Miroir du cyclisme a été consulté dans son intégralité de 1960 à 1991; y ont été adjoints les numéros spéciaux de Miroir sprint concernant le vélo (1952, 1956, 1958, 1959) et les Almanachs du-dit « Miroir », parus de 1947 à 1951. Pour Cyclisme magazine publié par le groupe L'Équipe, mué en Vélo puis en Vélo sprint ont été inventoriés les spéciaux « fins de saison » de 1968 jusqu'à 1990, en y ajoutant les numéros cyclistes annuels de L'Équipe (de 1959 à 1963, puis 1980, 1981, 1982). Il y été a joint l'opus annuel de Pierre Chany, de 1974 à 1990, L'année du cyclisme. Sprint international pour la seule période 1981-1986, et Cyclisme international, ont fait l'objet de sondage.