Le Petroleum Warfare Department (PWD) était une organisation établie au Royaume-Uni en 1940 en réponse à la crise de l'invasion, pendant la Seconde Guerre mondiale quand il apparut que l'Allemagne allait envahir le pays. Le département fut initialement chargé de développer l'utilisation du pétrole comme arme de guerre et il supervisa la mise en place d'un large éventail d'armes incendiaires telles la fougasse incendiaire.

Plus tard au cours de la guerre, cette organisation joua un rôle dans la création de la Fog Investigation and Dispersal Operation (communément connue sous le nom FIDO) qui faisait disparaître le brouillard des pistes des aérodromes, permettant ainsi l'atterrissage des avions de retour de bombardements sur l'Allemagne par mauvaise visibilité. Elle participa également à l'opération Pluto, qui permit d'installer des oléoducs préfabriqués entre l'Angleterre et la France, peu après l'invasion alliée en Normandie en .

Origine vignette|droite|Maurice Hankey en 1921.

Au début de la Seconde Guerre mondiale, en , il avait eu peu de combats à l'Ouest jusqu'à l'invasion allemande de la France et des Pays-Bas en . À la suite de la chute de la France et du retrait de la Force expéditionnaire britannique des plages de Dunkerque, en , la Grande-Bretagne était sous la menace d'une invasion par les forces armées allemandes en 1940 et 1941.

En réponse à cette menace d'invasion, les Britanniques cherchèrent à augmenter les effectifs de la marine, de l’armée de l’air et de terre et à remplacer l'équipement qui avait été abandonné à Dunkerque. De plus, ils cherchèrent à compléter les forces armées régulières avec des organisations bénévoles comme les soldats à temps partiel de la Home Guard. Avec de nombreux types d'équipements en nombre insuffisant, il déployèrent des efforts frénétiques pour développer de nouvelles armes, en particulier des armes qui ne nécessitaient pas de matériaux rares.

Bien que les importations de pétrole en provenance du Moyen-Orient fussent interrompues et que la plupart du pétrole de la Grande-Bretagne provenait des États-Unis, il n’y avait pas, à cette époque, de pénurie de pétrole : les approvisionnements initialement prévus pour l'Europe remplissaient les installations de stockage britanniques et il y avait un certain nombre de pétroliers chargés attendant dans les ports américains. La quantité d'essence allouée aux usages civils fut strictement rationnée et les plaisirs automobiles furent fortement déconseillés. Ce ne fut pas, au moins initialement, en raison d'une pénurie d'essence, mais parce que .

En cas d'invasion, les Britanniques seraient confrontés au problème de la destruction de ces embarrassantes richesses de peur qu’elles ne se révélassent utile à l'ennemi (comme il l'avait fait en France). À la mi-juin, comme une précaution anti-invasion de base, les stations-service en bordure de route à proximité de la côte furent vidées, ou tout au moins leurs pompes furent rendues inopérables, et partout les garages étaient tenus d'avoir un plan pour empêcher leurs stocks de tomber aux mains de l’envahisseurIf The Invader Comes. Ministry of Information. 1940, rule IV..

Le , alors que l'évacuation de la Force expéditionnaire britannique était en cours, Maurice Hankey, alors ministre sans portefeuille, rejoignit le Comité ministériel sur la défense civile, présidé par Sir John Anderson, Secrétaire d'État à l'Intérieur et à la Sécurité civile. Parmi plusieurs idées, Hankey « sortit de son écurie un cheval de bataille qu'il avait monté très durement durant la guerre de 1914-18, à savoir l'utilisation de la combustion du pétrole à des fins défensives ». Hankey pensait que le pétrole ne devrait pas simplement être refusé à un envahisseur, mais utilisé pour lui nuire. Vers la fin juin, Hankey apporta son projet lors d'une réunion de la Commission de contrôle du pétrole et produit, pour le commandant en chef de la Home Forces Edmund Ironside, un extrait de ses comptes rendus sur des expériences avec du pétrole durant la Première Guerre mondiale. Le , Churchill autorisa Geoffrey Lloyd, le secrétaire au Pétrole à aller de l'avant et de réaliser des expérimentations, sous la supervision de Hankey.

Donald Banks Donald Banks (1891-1975) avait servi pendant la Première Guerre mondiale se voyant décerner l’Ordre du Service distingué et la Croix militaire. Il avait rejoint la fonction publique et, en 1934, il avait été nommé directeur général de la Poste. Il fut nommé au ministère de l'air et servit comme sous-secrétaire permanent de 1936 à 38. En raison de la surcharge de travail, Banks reçut des fonctions plus légères, dont une mission de conseil en Australie sur la production d'avions et un emploi au Comité consultatif aux droits à l'importation. Pendant cette période, Banks était resté sur les listes des officiers de réserve de l'Armée territoriale et lorsque les hostilités éclatèrent en , le comité consultatif fut supprimé et il fut libre de servir dans les forces armées.

Banks fut bientôt attaché de l'air au quartier-maître général de la d'infanterie (Northumbrian). Une division de première ligne de l'armée territoriale. Banks s’entendit bien avec son commandant, , qu’il admirait pour son leadership et son enthousiasme pour l'expérimentation et l'improvisation. En , la division fut envoyée dans la région des Cotswolds et en , elle fut déplacée en France.

Lorsque l'Allemagne passa à l'offensive en , la division fut fortement impliquée dans les combats autour d’Arras et, plus tard, fut retirée de la côte. Banks, par la suite, se rappela d'avoir vu, du sommet d'une falaise face à la mer, « un spectacle grandiose [...] À quelques miles de là, un pétrolier avait été bombardé ou avait heurté une mine. Des panaches de fumée noire s’élevaient dans le ciel tels de gigantesques linceuls, tandis que la vaste nappe enflammée s'étendait, il semblait sur des miles à la surface de l'eau qu’une flamme brûlait et bondissait comme un volcan en colère [...] Je me suis souvent rappelé cette scène dans les jours suivants de la guerre incendiaire ». La division fut évacuée vers l'Angleterre.

Au début de , Donald Banks fut convoqué devant Geoffrey Lloyd, qui expliqua la vision qu'il partageait avec Hankey : « Enflammez toute la Grande-Bretagne », « retentissant sur les côtes, jaillissant des haies et dévalant les collines. Nous allons brûler l'envahisseur jusque dans la mer ».

Considérant les idées de Lloyd les jours suivants, Banks consulta d'autres soldats ; il y trouva à la fois un scepticisme professionnel et de l'enthousiasme. Banks, un homme qui a dit qu'il préférait la perspective d'un véritable combat qu’une direction narcissique, n'était lui-même pas enthousiaste et son premier instinct fut de suggérer que les armes à base de pétrole devraient être développées localement. Lloyd n’en eut cure et Banks reçut l’ordre de lui rendre compte pour des tâches spéciales. Le , s'affranchissant des formalités administratives, le Petroleum Warfare Department vit le jour. Banks en reçut la direction et il ne devait jamais plus regarder en arrière.

Le Petroleum Warfare Department débuta ses activités le dans trois petits bureaux. Il était administré et financé de façon indépendante, mais, avec peu de personnel, manquant complètement de connaissances techniques, il n’était animé que par l'enthousiasme contagieux de Lloyd et Hankey.

Piège incendiaire

Le PWD prit son l'inspiration dans des événements qui s’étaient produits lors de la retraite de Dunkerque en . Un exemple se produisit lorsque Boulogne fut attaqué dans les premières heures du et que la route de Calais fut coupée. Dans la défense de Boulogne, un groupe de pionniers sous le commandement du lieutenant-colonel Donald Dean, avait improvisé un barrage routier constitué de véhicules et de tas de meubles provenant de maisons bombardées. Un char approchant commença à pousser ce qui obstruait son chemin, comme Dean l’écrivit :

Le département nouvellement formé prit rapidement des dispositions pour certaines expérimentations pratiques à Dumpton Gap dans le Kent. Celles-ci furent la source d'une certaine excitation pour les témoins, qui incluaient les pilotes des avions ennemis. Beaucoup des premières idées se révélèrent infructueuses, mais l'expérience mena rapidement à l'élaboration de la première arme pratique : le piège incendiaire statique.

Piège incendiaire statique

vignette|droite|Le réservoir d’un piège incendiaire statique, près de Gifford, dans l’East Lothian, en Écosse.

Un piège incendiaire statique permettait de couvrir une longueur de route, généralement de , de flammes et de fumée sur notification. L'arme était un simple arrangement de tuyaux perforés placé à côté d'une route. Les tuyaux étaient en acier, d’un diamètre de un à deux pouces et percés de trous de 1/ de pouce à angles soigneusement calculés pour couvrir la route de façon identique. Les tuyaux perforés étaient reliés à de plus grands tuyaux qui conduisaient à un réservoir de carburant en position haute. Le mélange de carburant était constitué de 25 % d'essence et de 75 % de fioul qui ne serait d'aucune utilité comme carburant pour les véhicules à moteur s’il devait être capturé. Tout ce qui était nécessaire pour déclencher l'arme était d'ouvrir une vanne et un membre de la Home Guard devait lancer un cocktail Molotov pour déclencher les flammes de l’enfer. L'emplacement idéal pour le piège était un endroit où les véhicules ne pouvaient pas facilement s'échapper, comme un chemin creux. Certains furent camouflés : les tuyaux pourraient être cachés dans des gouttières ou déguisés comme des mains courantes; d'autres ont tout simplement été laissés tels quels ayant l’aspect d’innocente plomberie.

Tous les tuyaux et les valves nécessaires pourraient être obtenus auprès de l’industrie du gaz et de l'eau avec pour seule modification requise le forage de quelques trous. En général, la gravité était tout ce qui était nécessaire pour assurer une pression suffisante pour les pièges incendiaires, mais où les pompes étaient nécessaires, elles furent installées.

Les versions ultérieures furent un peu plus sophistiquées; un allumage à distance pouvait être réalisé d’une multitude de façons. Un des systèmes, appelé la mise à feu Birch, la pression du pétrole à l’extrémité de la canalisation compresserait la glycérine contenue dans une poire en caoutchouc ; la glycérine tomberait sur un conteneur de permanganate de potassium, qui s’enflammerait alors spontanément. Une autre méthode consistait à installer deux petits tubes en caoutchouc, acheminant l'un de l'acétylène et l'autre du chlore. À leurs extrémités, ces deux gaz pouvaient se mélanger, ce qui provoquait une inflammation spontanée. Ce système avait l'avantage qu'il pouvait être activé et désactivé à plusieurs reprises. Le développement de la fougasse incendiaire (voir ci-dessous) fournit une méthode de mise à feu électrique à distance qui ne pouvait être utilisée qu'une seule fois, mais était pratiquement instantanée.

Quelque 200 pièges incendiaires statiques furent installés, principalement par les employés des compagnies pétrolières dont les services furent mis à la disposition du gouvernement.

Piège incendiaire mobile En plus des pièges incendiaires statiques, des unités mobiles furent créées. La conception principale utilisait un réservoir de installé sur la plateforme d'un camion d’, juste derrière la cabine. Au milieu de l'espace restant était placée une pompe à essence et sur le côté étaient stockés de tuyau en caoutchouc armé. Deux buses étaient fournies avec une visée primitive et avec des pointes pour les fixer dans le sol. Des tuyaux pour le chlore et le gaz d'acétylène étaient fournis pour l'allumage. Les jets de flammes résultant avaient une portée d’environ .