Federico Grisone (parfois francisé en Fédéric ou Frédéric Grison) est un écuyer napolitain du , dont on ne connaît ni la date de naissance ni celle de décès, qui se situerait probablement entre 1560 et 1565. Il est l'un des écuyers les plus célèbres de la Renaissance italienne. La réputation de l'Académie de Naples lui est due en grande partie. Il est, paraît-il, « doué de tous les avantages recherchés dans un cavalier ». Avec son contemporain Cesare Fiaschi et Gianbatista Pignatelli, il est l'un des fondateurs de l'équitation italienne de la Renaissance qui est à l'origine des équitations européennes de cette période. Son ouvrage est le premier livre de toute la littérature équestre moderne qui pose les bases de la connaissance de l'équitation de manège et d'extérieur..
Il est mentionné en son temps comme « le père de l'art de l'équitation » .
Biographie
Origines familiales La famille de Federico Grisone est originaire de Ravello dans la province de Salerne. C'est une famille de notables parmi lesquels on trouve des généraux, des mercenaires, des archevêques et des ambassadeurs. Elle s'installe à Naples au . Certains de ses membres siègent au Conseil composé de notables du Nilo, quartier du centre historique de la ville ainsi nommé du fait de la présence d'une statue du Nil dressée en mémoire des marchands originaires d'Alexandrie habitant à proximité. Plusieurs de ses membres occupent des fonctions importantes à la cour. L'oncle de Federico, Antonio, est le premier chambellan et conseiller personnel du roi Frédéric Ier de Naples, ainsi que son ambassadeur auprès du pape Alexandre VI. Son père, Iacopo, ou Giacomo, Seigneur de Gaète et de Castelpetroso, est Premier Valet de Ferdinand et conseiller d'État. Apprécié du roi Frédéric , il est nommé comte d'Avellino en 1502 mais ne demeure à ce poste que peu de temps .
Vie Federico Grisone est probablement né à la fin du . Lors du conflit entre la France et l'Espagne pour la possession du royaume de Naples, il rejoint le parti Français quand, en 1527, Naples est assiégée par l'armée conduite par Odet de Foix Comte de Lautrec. Ce choix malheureux lui vaut de perdre un revenu de 50 ducats. Pour la même raison, les biens de son frère Michelangelo, connétable de Gaète, sont confisqués.
Federico Grisone est marié à Lucrezia de Dura dont il a un fils, Annibale. Celui-ci est tué un soir par un noble génois.
Giovan Battista Ferraro, cavalier napolitain auteur en 1560 d'un traité intitulé mentionne que le premier maître de Grisone est Giovan Girolamo Monaco. Il écrit encore qu'il approfondit ses connaissances en art équestre avec un autre maître, Cola Pagano, fils du Premier Ecuyer de Frédéric de Naples, qui est auparavant au service du roi d'Angleterre, puis du vice-roi de Naples Philibert de Chalon-Arlay, Prince d'Orange. Il est impossible de préciser avec certitude à quel moment de sa carrière Pagano a Grisone comme élève, mais d'après des données historiques, il semble que ce soit pendant la vice-royauté du Prince d'Orange qui se situe de 1528 à 1530. Grisone mentionne Cola Pagano dans lorsqu'il met en évidence l'importance du travail au trot comme base du dressage du cheval.
Plusieurs auteurs attribuent à Grisone la création de l'académie équestre de Naples, mais cette assertion n'est attestée par aucun document. Il est toutefois certain qu'il n'est pas seulement un théoricien éclairé, mais aussi un cavalier talentueux et certainement un maître d'équitation. On sait de Pasquale Caracciolo que des chevaux qu'il a dressés sont offerts à des personnalités de haut rang appartenant à la cour d'Espagne, dont un bai du nom de Castagno, provenant de l'élevage du duc de Gravina, offert au prince d'Espagne.
La date de sa mort demeure incertaine. Caracciolo, qui publie ses travaux en 1566, parle de lui comme d'une personne encore en vie. Pirro Antonio Ferraro dont les travaux sont certainement été terminés avant 1589, le mentionne comme quelqu'un qu'il ne connait que de réputation. Il serait à priori mort dans la dernière décade du .
Traités équestres « Gli Ordini di Cavalcare » Dédié à Hippolyte d'Este, cardinal de Ferrare, son livre publié, en 1550, traité d'équitation et d'embouchures en italien, récolte un grand succès. Le premier exemplaire est édité par Giovanni Paulo Suganappo à Naples.. C'est aussi le premier traité imprimé abordant le dressage des chevaux de guerre.
Entre 1550 et 1623, ce traité est édité vingt fois en Italie et traduit quinze fois en français, six fois en anglais, sept fois en allemand et une fois en espagnol. En l'espace de 50 ans, huit autres ouvrages consacrés à l'art équestre sont publiés par différents auteurs. Jusqu'alors, les ouvrages s'intéressent essentiellement aux maladies du cheval et à la façon de les traiter et n'abordent qu'accessoirement les sujets relatifs à l'équitation, comme le débourrage ou le dressage du cheval, sans fournir de conseils techniques spécifiques aux cavaliers. À l'inverse, se réfère expressément à l'art du dressage du cheval de guerre et aux moyens de corriger ses vices.
Dans sa dédicace à Hippolyte d'Este, Grisone signifie son souhait d'écrire sur l'art équestre bien que ce sujet soit laissé aux mains de personnes de basse extraction. Si l'exercice de la chevalerie est une prérogative réservée aux nobles de haut rang, le débourrage et le dressage des chevaux est confié aux marchands de chevaux, aux palefreniers et aux dresseurs. Grisone reconnait toutefois l'existence de quelques hommes de cheval d'origine noble qui se sont dévoués à cet art au point d'être appelés « Maîtres ».
Federico Grisone dit lui-même qu'il a écrit principalement avec l'intention de donner des informations techniques, et de ce fait qu'il a fait primer l'exactitude de ces informations techniques sur le style.
L'ouvrage in quarto comporte de texte et non numérotées pour les illustrations. Il se divise en quatre livres suivis de deux figures de plans de sol et cinquante planches gravées sur bois représentant des mors accompagnés d'une description sommaire.. L'édition originale comporte une impression en italique soignée à l'aide d'un caractère intermédiaire entre l'italique aldine et la médiane cursive pendante de Granjon. Les têtes de chapitre sont ornées de lettrines gravées sur bois. L'édition parue chez Giovanni Andrea Vavassore en 1571 comprend un texte de maréchalerie joint par l'éditeur, , orné d'une planche intitulée , copiée sur Le Petit Cheval d'Albrecht Dürer (1505). Enfin, dans son ouvrage, Grisone répertorie mors différents et attribue à chacun des vertus spécifiques.
Il est publié la première fois en 1559, en français sous le titre L'écuirie du Sir Frederic Grison..., imprimé à Paris par Guillaume Auvray, rue Jean de Beauvais, et parait chez le libraire Charles Perier. à l'enseigne du Bellérophon couronné. La traduction en français est de Bernard du Poy-Monclar et cette première traduction est dédiée à Jacques de Silly. C'est le premier ouvrage en français portant sur le dressage des chevaux. L'ouvrage est enrichi des figures de mors copiés de l'édition italienne. Les plans au sol ont été redessinés et sont intégrés dans des paysages où circulent des cavaliers à cheval. Bernard du Poy-Monclar s'en tient au texte de Grisone et met entre parenthèses dans le texte les mots et expressions pour lesquels il n'a pas trouvé d'équivalent en français. Certains termes qu'il traduit ou adapte apparaissent pour la première fois en français et perdurent toujours comme les mots piste, zain, ou encore ramingue, synonyme de rétif, aujourd'hui en désuétude mais que Salomon de La Broue employait et qui eut cours pendant plus de deux siècles. Le titre français complet était : L´Ecurie du Sr. Federic Grison, gentilhomme Napolitain. En laquelle est monstre l´ordre et l´art de choisir, dompter, piquer, dresser et manier les chevaux, tant pour l´usage de la guerre qu´autre commodite de l´homme..
La traduction littérale allemande par Hans Frölich et Veit Forster qui parait en 1566 à Augsbourg chez Matthäus Franck sous le titre, , est l'une des traductions les plus fidèles. De nombreuses traductions plus ou moins fiables, dont beaucoup ne sont que des compilations ou adaptations des auteurs italiens, paraissent dans d'autres pays d'Europe. Cette édition originale rare est tirée à quatre cents exemplaires. Elle contient cinq parties alors que le texte italien original en comprend quatre. Un des exemplaires, qui fait partie des collections Anderhub et Sarasin comporte un sixième chapitre de trois pages consacré à l'art du tournoi et une suite de planches dépliantes gravées à la pointe présentant le monogramme C.S. attribuable à Conrad Saldoerffer dont l'activité à Nuremberg se situe entre 1563 et 1583. Après le verso du feuillet , l'éditeur a ajouté un texte de Fiaschi.
Une autre traduction importante parait en 1568 en Espagne. Elle est due à Antonio Flores de Benavides et est éditée à Baeça chez Baptista de Montoya sous le titre . Cet ouvrage parait fiable. Il comprend le même nombre de chapitres que l'édition italienne. Les cinquante planches représentant les embouchures sont regravés à l'identique. Seuls manquent les deux plans de sol.
En Angleterre, la traduction de Thomas Blundeville datant de 1560, reste confidentielle et passe inaperçue. Par contre, son ouvrage , très populaire, se compose de quatre livres dont le second donne une version corrigée et augmentée de la première version de Grisone. Ce texte est réédité régulièrement pendant une cinquantaine d'années.
Ses contemporains constatent l'originalité de l'ouvrage reconnaissant qu'il a ouvert la voie aux traités équestres. Il est le précurseur de l'élaboration théorique et de la transmission des connaissances équestres, telles qu'elles perdurent de nos jours.
Pour Federico Grisone, seuls la diligence, la patience, une insatiable curiosité et un désir permanent et continu d'apprendre, permettent d'exceller dans un art.
Manuscrit découvert Une étude de 2013 de Sabina De Cavi, chercheuse italienne de l'université de Cordoba, révèle la présence d'un ouvrage manuscrit attribué à Federico Grisone dans le fonds Osuna de la Bibliothèque Nationale d'Espagne à Madrid intitulé . Ce document, qui doit encore être étudié, est demeuré ignoré des bibliographes équestres majeurs comme Hutt et Gabriel-René Mennessier de la Lance et constitue une véritable découverte. Les principaux haras du royaume de Naples existant à l'époque de Federico Grisone y sont listés. Ils sont présentés par ordre d'importance et en fonction de la catégorie sociale de leur propriétaire.
Naissance de la Haute école Federico Grisone est souvent désigné comme le fondateur de ce qui sera quelques siècles plus tard appelé « Haute école ». Dans les faits, son ouvrage se polarise sur les exercices de manège nécessaires pour faire la guerre et ne présente qu'accessoirement les airs qui seront ensuite appelés « sauts d'école ». Parmi ceux-ci, il ne s'attarde vraiment que sur la courbette et la capriole. Plus qu'une méthode, Grison y expose des recettes et célèbre l'art équestre.