L'agence de presse autrichienne Telegraphen Korrespondantz Bureau ("Korbureau") était l'une des principales agences télégraphiques au "Trafic de nouvelles" par Oliver Boyd-Barrett, Michael Palmer - 1981- page 259, mais fut ensuite marginalisée après la Première Guerre mondiale.

Histoire La période "Correspondance autrichienne" Le "Telegraphen Korrespondantz Bureau" s'appelle d'abord "Correspondance autrichienne". Elle est fondée à Vienne le par le journaliste Joseph Tuvora (1820-1872), un des animateurs de la Révolution autrichienne de 1848, écrasée dans le sang en octobre. Joseph Tuvora décide alors de changer de camp et rallie le nouveau pouvoir autrichienLa Vie quotidienne à Vienne à l'époque de Mozart et de Schubert, par Marcel Brion - Hachette -1960 , page 329. Dès ses débuts, la "Correspondance autrichienne" est une agence de presse télégraphique. Le ministre de la Justice puis de l'Intérieur Alexander von Bach souhaite la réfutation des « mensonges » de la presse et la diffusion rapide des messages du gouvernement, en échange d'une subvention de par an.

La reprise en main des territoires italiens par le maréchal tchèque Joseph Radetzky, qui commande l'armée autrichienne en Lombardie et Vénétie, entraîne une certaine décentralisation de la "Correspondance autrichienne", avec la participation des autorités de chaque région de l'empire austro-hongrois. Après le décès du premier ministre Felix Schwarzenberg le , Alexander von Bach devient le personnage le plus important de l’État. Il renforce la censure et ses fonctionnaires administrent la Hongrie, découpée en cinq arrondissements, tandis que la Transylvanie et la Croatie sont séparées du corps du royaume.

Le directeur de la "Correspondance Autrichienne", Joseph Tuvora fait appel à Eduard Warrens (1820-1872)"Es war ein echtes Abenteuer" – "Die Gründung und Entwicklung der Chronikredaktion in der größten österreichischen Nachrichtenagentur APA in den 1980er Jahren Verfasserin", par Barbara Lorencz, ex-consul américain à Trieste, devenu rédacteur en chef du Journal du Lloyd autrichien. Dès ses débuts en 1833, le Lloyds Autrichien s'était créé en société centralisant les informations liées au transport maritime, via un réseau international de correspondants et de journaux, dont le commerce avec l'Orient sera dopé après , quand Mohammed Saïd, nouveau vice-roi d’Égypte, accorde à Ferdinand de Lesseps la permission de percer le Canal de Suez. Joseph Tuvora veut aussi se développer dans l'information générale. Inspiré par le modèle de l'Agence Havas française, il lui rend visite en 1858 à Paris.

Ces projets sont stoppés par une erreur professionnelle. Le , la "Correspondance autrichienne" est victime d'un canular boursier, dans le nord de l'Italie, transmis par le télégraphe jusqu'en Angleterre et en Belgique. À l'issue de la Bataille de Magenta, elle a annoncé à tort la victoire autrichienneRecueil des collections du 'Journal des chemins de fer, volume 18, année 1859, page 521 , en précisant qu'un renfort de avait rejeté les Français sur l'autre rive du Tessin, alors que la bataille se termine une victoire décisive pour les forces franco-sardes. La fausse nouvelle inverse pendant quelque temps la direction des cours sur le marché boursier parisien.

Le , le conseil des ministres autrichien a décidé de créer sa propre agence de nouvelles pour l'Autriche et la Hongrie, en lui donnant le monopole d'État souhaité depuis des années par une ex figure de la politique autrichienne, Klemens Wenzel von Metternich. Nationalisée, la "Correspondance autrichienne" est rebaptisée "Bureau de la correspondance télégraphique", après avoir envoyé ses dernières dépêches en décembre 1859. À la fin des années 1850, l'Autriche-Hongrie a une filiale de son « bureau de presse » à Paris, dirigé par le journaliste Miklós JósikaLe Compromis austro-hongrois et l'opinion publique française en 1867, par André Lorant, page 25 , auquel collabore Lajos Kossuth, qui en rendra compte dans ses écrits.

Les années 1860 Le nouveau Korrbureau est installé à Vienne dans le Modenapalais dans Herrengasse puis un an plus tard dans l'arsenal impérial dans Renngasse, intégré au commandement militaire. Le premier directeur du Bureau est le général Josef Wilhelm von Gallina (1820-1883), théoricien de la guerre de mouvement et futur chef d'état-major de l'armée autrichienne. Ludwig Hirschfeld, embauché en 1861, prend en 1866 des responsabilités comme secrétaire général. Le scientifique suisse Karl Brunner von Wattenwyl, ex-professeur de physique à l'université de Berne, qui a dirigé l’administration suisse du télégraphe, de 1853 à 1857, est depuis responsable de celle de l'Autriche, et y restera pendant toutes les années 1860. Il a été recruté pour développer le réseau télégraphique autrichien, relancer les infrastructures, ce qui était déjà son crédo en Suisse. C'est une époque où l'Autriche accomplit des réformes souhaitées par les partis libéraux. Le , le député Eduard Herbst propose quatre comités pour travailler sur la constitution, dont l'un pour instituer plus de liberté de la presse"Liberalism and the Habsburg Monarchy, 1861-1895" par Jonathan Kwan, page 34 , dans l'espoir de faire émerger un consensus, ou au moins une forme d harmonie au sein de l'empireLiberalism and the Habsburg Monarchy, 1861-1895 par Jonathan Kwan, page 1 .

De 1862 à 1867, la liberté de la presse accordée se révèle cependant écornée, car il existe aussi une loi permettant qu'un journal soit suspendu immédiatement, en cas de guerre ou de guerre proche.

Après la bataille de Sadowa En , à la Bataille de Sadowa, la Prusse triomphe sur l'Autriche, en partie grâce au télégraphe. Dans l'Autriche conservatrice, cette déroute est perçue comme "la fin d'un monde""Les fondements du conservatisme autrichien, 1859-1879", par Jean-Paul Bled, page 386 . L'armée autrichienne, où près de la moitié des officiers sont encore issus de l'ancienne noblesse"Les fondements du conservatisme autrichien, 1859-1879", par Jean-Paul Bled, page 184 , et qui contrôle le "Telegraphen Korrespondantz Bureau", est discréditée. D'autant que Vienne a d'abord annoncé une victoire, exactement comme sept ans plus tôt lors de la défaite de Magenta. Les appétits de Bismarck, son Agence Continentale et son Berliner National-Zeitung inquiètent.

Les libéraux autrichiens acquièrent une large majorité au Reichsrat. La presse se vend comme des petits pains et se sent des ailes. Moriz Szeps, l'éditeur du Wiener Morgenpost le quitte avec toute la rédaction pour créer le Wiener Tagblatt, futur gros tirage de la presse autrichienne, en reprenant le titre créé par un jeune économiste prometteur, Carl Menger"Editing Economists and Economists as Editors: Papers Given at a Conference Held at the Centre D'études Interdisciplinaires Walras-Pareto, University of Lausanne", par Pascal Bridel Librairie Droz, 1992 page 97 . Les journaux conservateurs se multiplient aussi, 70 dès le début des années 1870, dont dix d'inspiration centraliste"Les fondements du conservatisme autrichien, 1859-1879", par Jean-Paul Bled, page 219 . De taille modeste, ils sont obligés d'acheter à la grande presse libérale ses nouvelles de l'étranger. Le gouvernement nomme alors à la tête du « Bureau de presse » comme conseiller chargé des affaires de presse un journaliste renommé et libre de plume, Eduard Warrens, qui avait fait du prestigieux Journal du Lloyd autrichien un journal politique et plus seulement économique, proche de Friedrich Ferdinand von Beust, qui deviendra ministre-président d'Autriche en .

Dès l'automne 1866, le Korrbureau négocie avec Havas et l'Agence Continentale. En décembre, il signe un premier accord séparé avec Havasselon Elisabeth Springer et Léopold Kammerhofer, tandis que Reuters tente aussi de prendre pied à Vienne. Au cours du même mois, lors d'une réunion décisive des représentants des Allemands de Bohême, le leader Eduard Herbst, très proche du quotidien libéral viennois Neue Freie Presse, proclame ses idéaux de libertéPolitical Radicalism in Late Imperial Vienna: Origins of the Christian Social Movement, 1848-1897 par John W. Boyer, University of Chicago Press, 5 mai 1995, page 326 Par John W. Boyer, page 326 . En 1867, il devient ministre de la justice du Prince Carlos Auersperg. Parmi ses réformes, l'instauration d'un jury en cas de poursuites contre la presse, pour mieux la protéger. Un nouveau "Telegraphen Korrespondantz Bureau" est créé sur fond de préparation du compromis de 1867, signé le pour créer l'Autriche-Hongrie. Son activité s'emballe pendant deux ans, le régime libéral permettant la multiplication des quotidiens. Comme il dépend en beaucoup, pour les nouvelles de l'étranger, de l'Agence Continentale, dès , il ouvre une succursale à Prague puis en une autre à Trieste.

Eduard Herbst doit cependant mettre un peu d'eau dans son vin. Il menace de suspendre des journaux pour rassurer Bismarck, qui brandit le risque d'extension vers l'est des confits sociaux constatés en Allemagne et séduit une partie de la bourgeoisie et des fonctionnaires autrichiens"Bismarck and Mitteleuropa", par Bascom Barry Hayes . Le , Havas et l'Agence Continentale signent avec l'agence autrichienne pour échanger ses nouvelles de Prague, Agram, Pesth, Lemberg contre celles d'Europe de l'Ouest et les cours de Wall Street.

C'est un premier biais au Cartel des agences de presse de 1859, qui prévoyait que l'Agence Continentale allemandeMichael B. Palmer, Des petits journaux aux grandes agences, Paris, Aubier, 1983, page 344 règne sur l'Empire austro-hongrois. Mais un renversement d'alliance va se mettre en place rapidement: en , huit mois après, un nouveau cartel redonne à l'Agence Continentale la primauté sur cette zone.

L'année 1866 voit aussi l'ambassadeur autrichien à Paris, le prince Richard Klemens von Metternich, suivre de près le contenu des journaux français, pour les influencer par le biais du ministère de l'IntérieurLe Compromis austro-hongrois et l'opinion publique française en 1867, par André Lorant, page 15 , dans le but de faire échouer les négociations secrètes entre Paris et Berlin"Le compromis austro-hongrois et l'opinion publique française en 1867", par André Lorant, page 16 . Cette politique, appuyée par un budget de accordé par Vienne, pour acheter les journalistes français, obtient un certain succès, au point que le baron Colmar von der Goltz écrit en à Bismarck pour se plaindre du fait qu'aucun organe de presse ne soutient la cause prussienne. En France au contraire, le vicomte de Kervéguen accuse certains journalistes d'avoir été payés pour soutenir la politique de BismarckCorrespondance générale, Prosper Mérimée et Maurice Parturier Privat, 1959.

En , Friedrich Ferdinand von Beust, ministre des affaires étrangères autrichien, obtient même que le "Bureau de presse" autrichien passe sous son contrôleIl s'en félicite dans une lettre d'avril 1968, voir Le Compromis austro-hongrois et l'opinion publique française en 1867, par André Lorant, page 16 . La presse française vit alors parfois des retournements spectaculaires : Léon Plée, journaliste du quotidien Le Siècle passe rapidement du soutien à la cause prussienne à celui des projets autrichiens de Friedrich Ferdinand von Beust et reçoit dans la foulée la légion d'honneur. Pour autant, la presse française reste difficile à contrôler, après les décrets du et , qui suppriment en particulier l'autorisation préalable.

La "Triple alliance" voulue par Bismarck