La période du Second Temple désigne dans l'histoire des Juifs la période qui s’étend depuis le retour des Juifs en Judée à partir du milieu du jusqu’au (de 516 av. J.-C. à 70 ap. J.-C.).

La période du Second Temple intègre beaucoup de l'Israël antique. Le Second Temple de Jérusalem est le principal centre religieux des Juifs, même s’il existe en dehors de la Judée d’autres temples où sont pratiqués des sacrifices. La Judée est successivement soumise aux différentes puissances régionales. Elle forme progressivement une province au sein de l’empire perse achéménide, appelée Yehoud Medinata. Cette province est à son tour absorbée par les royaumes hellénistiques lagides puis séleucides au , jusqu'à une courte période d'indépendance aux sous la conduite des souverains hasmonéens. Le royaume hasmonéen est finalement intégré à l'empire romain dans lequel la Judée devient une province romaine. C'est pendant cette période que se développe le judaïsme hellénistique.

Au sens strict, la période du Second Temple désigne une période allant de 539 av. J.-C. à 70 ap. J.-C.. La communauté juive survit pourtant à la destruction du Second Temple de Jérusalem et ne disparaît de Judée qu’après 135 à la suite de la révolte de Bar Kokhba.

Pendant la période du Second Temple, le judaïsme prend forme à la suite de trois crises majeures et à la manière dont les différents groupes juifs y ont fait face : la destruction du royaume de Juda et l’exil, la révolte des Maccabées et les guerres judéo-romaines. C’est pendant cette période que la rédaction de la Bible hébraïque se termine et que sont rédigés les livres deutérocanoniques et le Nouveau Testament. Commence également le processus d’élaboration de la Loi orale qui sera mise par écrit dans la Mishna et le Talmud.

Histoire La période perse

La fin de la domination perse On ne dispose que peu d’informations sur l’histoire politique et sociale de la Judée au début de la période hellénistique. Les sources sont fragmentaires et ne concernent la Palestine qu’à la marge, telles les archives de Zénon de Caunos, l’intendant d’Apollonios, diœcète (ministre des finances) de Ptolémée Philadelphe et de Ptolémée Évergète. La principale source est Flavius Josèphe, bien que celui-ci mélange histoire et légendes. Les sources grecques donnent surtout des renseignements sur la côte et méconnaissent l’intérieur des terres. C’est la côte qui sert de point de contact entre les populations de l’intérieur des terres et le monde hellénistique.

vignette|Monnaie perse avec l'inscription « Yehud » Au , à la veille de la conquête de la région par Alexandre le Grand, la Judée comme l’ensemble du Levant-sud est pleinement intégrée à l’empire perse. La province perse de Judée n’y occupe cependant pas une place importante même si un gouverneur perse réside à Jérusalem. Les Juifs sont majoritaires dans les districts qu’ils occupent, mais ils sont environnés de populations araméennes, arabes et iduméennes. Ils utilisent des monnaies grecques, le sicle perse, et une émission qui leur est propre à partir de la fin du À cette période, le monnayage apporté par les Grecs ne suffit plus pour le commerce et plusieurs cités phéniciennes battent monnaie (Tyr, Sidon, Byblos, Arados). Au , les pièces marquées « Yehud » indiquent que la Judée s’est aussi dotée d’une monnaie propre. Comme pour les villes phéniciennes, le monnayage répond à un besoin économique car c’est un instrument utile au commerce. Il répond aussi à un besoin politique car il permet d’affirmer l’existence de la communauté..

La côte méditerranéenne du Levant-sud est dominée les villes phéniciennes de Tyr et Sidon. Les villes d’Adaros (Atlit), Jaffa et Yavné dépendent de Sidon, alors que Tyr possède Dora (Tel Dor), Crocodilopolis () et Ashkelon. Ces villes ne sont pas phéniciennes mais ont été données par le pouvoir achéménide au milieu du en remerciement de la lutte contre Athènes.. Les dernières décennies de l’empire perse sont marquées par des guerres qui affectent la Palestine. Au milieu du , la révolte de Ténès, roi de Sidon, affecte donc tout le littoral méditerranéen. Elle est suivie par la contre-attaque d’ qui reprend Sidon vers 345 av. J.-C., puis l’Égypte. Celle-ci était redevenue indépendante de l’empire perse depuis 404 av. J.-C.. La Judée a pu souffrir de la répression perse même si les preuves manquent. Des Juifs sont déportés en Hyrcanie; il existe des traces de destructions à Lakish et Jéricho, comme à Hazor et Megiddo en Galilée, mais on ne peut savoir si ces destructions accompagnent la révolte de Sidon contre les Perses ou s’il s’agit de révoltes indépendantes..

Alexandre et les Diadoques En -332, la province de Yehoud passe des mains des Perses Achéménides à celles d'Alexandre le Grand. Après la mort d'Alexandre en 322 av. J.-C., ses généraux, les Diadoques, divisent l'empire entre eux. La Syrie et le Levant-sud subissent près de 30 ans de guerre. La région, et notamment les villes de la côte (Tyr, Gaza, Akko), changent de main à plusieurs reprises. En 319 av. J.-C., entreprend d’occuper la Syrie pour sécuriser ses possessions en Égypte. Flavius Josèphe mentionne la prise de Jérusalem mais sans en préciser la date. Antigone le Borgne finit par occuper toute la région jusqu’à Gaza. En 312 , Ptolémée contre-attaque. Lors de la bataille de Gaza, il se rend maître de la Syrie. Le , date de sa victoire, marque notamment pour les Juifs le début de lère de la royauté des Grecs, système de datation qui sera encore en usage au Moyen Âgearticle « chronology » Jewish Encyclopedia.. Ptolémée est cependant contraint d'évacuer la région face à Antigone le Borgne et à son fils Démétrios Poliorcète. Avant de se retirer, il rase les forteresses d’Akko, de Samarie, de Jaffa et de Gaza. Antigone le Borgne domine la région pendant environ 10 ans. En 301 av. J.-C., il est finalement écrasé à la bataille d'Ipsos. Ptolémée réoccupe le sud de la Syrie alors que en contrôle le nord.

Ces conflits donnent à la région un intérêt stratégique sur le plan militaire. Des garnisons grecques sont installées autour et dans les villes. Parallèlement, les souverains grecs cherchent à transformer les villes orientales en villes hellénistiques. La venue de colons macédoniens modifie la démographie de la région et accélère l’hellénisation. Pour les villes, l'hellénisation se traduit par la création de légendes de fondation reprenant des mythes grecs : les villes se trouvent dotées d'un passé mythique grec. Ainsi des étymologies grecques sont attribuées à des noms sémitiques : Gaza tire son nom d'Azon, fils Héraclès; Ashkelon d'Ascalos, frère de Tantale; Jaffa de Joppè, fille d'Éole; Dor de Dôros, fils de Poséïdon..

La domination lagide La Judée, au sein de la Syrie méridionale, est intégrée à l’empire lagide. On ignore si la Syrie forme une province unique, héritée de la satrapie achéménide ou si elle est découpée en districts.. La Judée quant à elle continue à former un district. L'ancienne province perse conserve sous les Lagides son régime d'autonomie dominé par le pouvoir des Grands-prêtres. Comme à l’époque perse, le nom de « Judée » figure sur des monnaies émises à Jérusalem, mais elles portent à présent l’effigie de . Le nom « Judée » y apparaît en hébreu (« YeHuDaH »)..

Si Alexandre et les Lagides fondent des colonies militaires sur la côte ou en Samarie, ils ne cherchent pourtant pas à urbaniser ou coloniser la Judée.. La Judée bénéficie d'un quadrillage administratif dont témoigne le séjour de Zénon de Caunos dans la plaine côtière et à Jérusalem sous Évergète entre 260 et 258

Philadelphe (285-246 ) fait traduire le Tanakh (la Bible hébraïque) en grec, c'est la version dite des Septante, ou Targoum Chiviim, qui illustre l'ouverture sur la culture hellénistique. La Lettre d'Aristée rapporte une version des circonstances de cette traduction.

La domination séleucide En 198 av. J.-C., durant la cinquième guerre de Syrie, défait Scopas, général de Épiphane près des sources du Jourdain, à Panion (la future Césarée de Philippe). En 197 av. J.-C., la Judée est soumise aux Séleucides. La province ptolémaïque est intégrée à l'empire séleucide au côté de la province de Samarie. Les relations entre les Séleucides et les Juifs sont d'abord bonnes. Antiochos traite les Juifs avec bienveillance. Il fait bénéficier la Judée de privilèges économiques importants qui contribuent à son essor économique et attirent les communautés babyloniennes. Jérusalem est exemptée de tribut pendant 3 ans dans les années -193/-190. On a peu de renseignements sur la situation politique à Jérusalem lors de l’arrivée d'. Il se peut qu’il y ait eu une faction anti-séleucide restée fidèle au pouvoir lagide. Le grand prêtre Simon II lui-même ne figure pas parmi les partisans du nouveau pouvoir. Son fils est d’ailleurs dénoncé plus tard à comme pro-lagide. Dans ce contexte, les mesures favorables aux Juifs consenties par le nouveau souverain sont le résultat des négociations d'une ambassade juive auprès d'Antiochos..

Pendant cette période prospère, le scribe hiérosolomitain Yeshoua ben Shimon ben Eleazar ben Sira exalte la grande prêtrise de Simon II le Juste, la pureté du culte du Temple et le régime théocratique de Jérusalem (Siracide 50). La grande prêtrise de Simon, disciple d'Antigone de Sokho, laisse une trace si importante dans la mémoire juive que, trois siècles plus tard, les tannaïm feront remonter l'origine de leur tradition à ce maître fondateur.

Cependant la situation change en 189 av. J.-C.. Antiochus III est défait par les Scipions. Lors de la paix d'Apamée, les Romains soumettent Antiochus à d'énormes indemnités. Ces problèmes financiers causés par Rome plongent l'empire séleucide dans la crise. Le souverain séleucide n'hésite pas à s'emparer des trésors des temples, dont celui d'Élymaïs, et ses successeurs convoitent celui du Temple de Jérusalem. Cette déstabilisation s'étend à Jérusalem où le climat se détériore sous . L'aristocratie sacerdotale a bénéficié de l'essor économique grâce aux mesures d'Antiochus III mais le régime des grands prêtres la prive d'accès au pouvoir politique ; l'émancipation politique passe par l'hellénisme. La tentative d'Antiochus IV Épiphane d'imposer la culture hellénistique à Jérusalem traduit les tensions internes de la société judéenne. La Judée plonge dans la guerre civile avec la révolte des Maccabées. Profitant de l'affaiblissement du pouvoir séleucide et de ses dissensions, les hasmonéens parviennent à établir un royaume juif indépendant. Leurs actions militaires leur permettent de reconquérir l'Idumée et la Samarie, l'ancien royaume d'Israël.

Période hasmonéenne et hérodienne vignette|Monnaie hasmonéenne

Les Hasmonéens profitent de la désintégration de l’état séleucide pour favoriser l’émancipation politique de la Judée. Sous la conduite de Jean Hyrcan et de ses fils, ils conquièrent un grand territoire, comptant peut-être un million d'habitants appartenant à divers groupes ethniques ou culturels..

Période romaine

Après la Première Guerre judéo-romaine et le siège de Jérusalem en 70, la Judée reste densément peuplée à l'exception de Jérusalem où les Juifs ne sont probablement plus autorisés à retourner. Quelques Juifs sont peut-être autorisés à résider à côté de Jérusalem car des inhumations juives continuent à être pratiquées dans quelques tombes de la nécropole de la ville. Des crémations sont pratiquées dans d'autres tombes, indiquant que ce ne sont plus des Juifs qui les utilisent. En Benjamin et dans la Shéféla, l'utilisation des tombes qui se poursuit jusqu'à la révolte de Bar Kokhba.. Après 135, les environs de Jérusalem et la majorité des monts de Judée et de la Shéféla sont abandonnés. On n'observe plus d'enterrement juif à Jérusalem au moins jusqu'à la fin du ou au début du .. À l'époque byzantine, les Juifs retournent à Jérusalem et s’établissent au sud-ouest du Mont du Temple.

Société