Le port de Liverpool est un vaste complexe portuaire établi sur les deux rives de l'estuaire de la Mersey, dans le nord-ouest de l'Angleterre. Ses installations s'étendent principalement des docks méridionaux de Liverpool jusqu'à Seaforth sur la rive orientale, ainsi qu'aux docks de Birkenhead et Wallasey sur la péninsule de Wirral.
Le développement du port joue un rôle déterminant dans l'essor de Liverpool à partir du . L'ouverture en 1715 de l'Old Dock, premier bassin commercial fermé à flot au monde, inaugure un système de docks interconnectés qui devient l'un des plus importants et des plus innovants de son époque. Le port accompagne ensuite l'essor du commerce atlantique, de la Révolution industrielle et de l'Empire britannique, mais aussi celui de la traite transatlantique, dont Liverpool devient l'un des principaux centres européens au .
Au , l'expansion des docks, des entrepôts, des réseaux ferroviaires et des compagnies maritimes fait de Liverpool l'un des grands ports commerciaux et transatlantiques du monde. Après le déclin et la fermeture de nombreux docks au , l'activité portuaire se concentre progressivement vers le nord, autour de Seaforth. Le port contemporain est exploité par Peel Ports à travers la , intégrée au groupe en 2005. Il comprend notamment les terminaux à conteneurs de Royal Seaforth et de Liverpool2.
Histoire
Origines et premier bassin à flot
vignette|droite|Vestiges de l'Old Dock, premier bassin commercial fermé à flot de Liverpool, ouvert en 1715.
vignette|gauche|Le port de Liverpool en 1809, avant les grandes extensions du .
Liverpool dispose dès le Moyen Âge d'un mouillage sur la Mersey. À la fin du , la croissance du trafic maritime rend toutefois insuffisantes les installations établies autour de l'embouchure du Pool, le cours d'eau à l'origine du nom de la ville.
En 1708, les autorités municipales font appel à l'ingénieur Thomas Steers afin de concevoir un bassin permettant aux navires de rester à flot et de charger ou décharger leurs marchandises indépendamment des marées. Le nouvel Old Dock ouvre le . Il est considéré comme le premier bassin commercial fermé à flot au monde. Son succès entraîne la construction de nouveaux docks et contribue à attirer vers Liverpool une partie du commerce jusque-là traité par Londres, Bristol et Chester.
Au cours du , le réseau portuaire se développe le long de la Mersey. Les bassins sont protégés des marées par des portes et reliés entre eux, ce qui permet d'organiser plus efficacement le mouvement des navires et des marchandises. La croissance des quais accompagne celle de la ville et de son arrière-pays industriel.
Traite transatlantique
L'essor du port est étroitement lié à la traite transatlantique. La première expédition négrière documentée au départ de Liverpool est celle du Liverpool Merchant en 1700 ; le navire transporte alors 220 captifs africains vers la Barbade..
Au cours du , Liverpool supplante progressivement Bristol et Londres dans la traite. Dans les années 1780, la ville est devenue le principal centre européen de la traite transatlantique et un important lieu de construction et d'armement de navires négriers. Les marchands de Liverpool financent des expéditions vers les côtes africaines, où des personnes réduites en esclavage sont achetées puis déportées vers les Amériques. Les navires reviennent ensuite en Europe avec des produits coloniaux tels que le sucre, le coton et le tabac.
Selon les chiffres repris par Marcel Dorigny et Bernard Gainot, sont organisées depuis Liverpool entre 1686 et 1811 et entraînent la déportation de africains vers les colonies américaines. National Museums Liverpool estime pour sa part qu'environ 1,5 million de personnes ont été transportées vers l'esclavage à bord de navires de Liverpool avant l'abolition britannique de la traite en 1807
Les profits tirés de ce commerce contribuent à la croissance de Liverpool et au financement d'activités commerciales, bancaires et industrielles. National Museums Liverpool souligne que les profits tirés de la traite et du commerce de produits issus du travail d'esclaves ont laissé une empreinte durable sur le développement économique et urbain de la ville.
Expansion au XIXe siècle
La Révolution industrielle accroît fortement le volume des marchandises transitant par Liverpool. Le coton brut importé des États-Unis et d'autres régions alimente les filatures du Lancashire ; du sucre, du tabac, du thé, des céréales et d'autres produits sont également débarqués, tandis que les manufactures du nord de l'Angleterre exportent leurs produits par la Mersey. Vers 1850, le coton représente environ la moitié du commerce de Liverpool.
vignette|droite|Le Royal Albert Dock, ouvert en 1846, et ses entrepôts en brique.
Le système portuaire connaît plusieurs phases d'agrandissement. Au milieu du siècle, l'ingénieur Jesse Hartley conçoit plusieurs des ensembles qui marquent encore le paysage des docks. Le Royal Albert Dock, ouvert en 1846, associe bassins et grands entrepôts directement accessibles aux navires. Ses bâtiments utilisent largement la brique, la pierre et la fonte, limitant l'emploi du bois dans leur structure.
vignette|gauche|Le Tobacco Warehouse de Stanley Dock, achevé en 1901.
Plus au nord, Stanley Dock, ouvert en 1848, est lui aussi conçu par Hartley. Ses entrepôts, ses ouvrages hydrauliques, ses écluses et, plus tard, l'immense Tobacco Warehouse achevé en 1901 témoignent de l'échelle atteinte par les infrastructures portuaires..
Le port est relié à son arrière-pays par les canaux puis par le chemin de fer. L'ouverture du Liverpool and Manchester Railway en 1830 accélère le transport du coton et des produits manufacturés entre les docks et Manchester. Les voies ferrées se multiplient ensuite à l'intérieur et autour des docks.
Compagnies maritimes et trafic transatlantique
Au , Liverpool devient l'un des grands ports de la navigation transatlantique. La Cunard Line, créée pour assurer le service postal à vapeur entre la Grande-Bretagne et l'Amérique du Nord, débute ses traversées régulières en 1840. La compagnie conserve longtemps des liens étroits avec Liverpool et fait construire le Cunard Building à Pier Head comme siège et terminal entre 1913 et 1916..
La White Star Line possède également son siège à Liverpool, à Albion House, construit à la fin du . De nombreux paquebots sont associés au port, parmi lesquels le Lusitania, le Mauretania, le Britannic ou les navires de la White Star Line. Le Titanic, enregistré à Liverpool et arborant le nom de la ville sur sa poupe, n'y effectue cependant jamais d'escale commerciale.
Le port joue également un rôle majeur dans l'émigration européenne vers l'Amérique du Nord. Au et au début du , des compagnies telles que la White Star transportent des dizaines de milliers d'émigrants britanniques et européens vers les États-Unis et le Canada..
Administration portuaire
La gestion des docks relève d'abord de la municipalité de Liverpool. L'expansion du système conduit à la création de structures spécialisées, jusqu'à la formation en 1857 du Mersey Docks and Harbour Board, chargé des docks de Liverpool et de Birkenhead.
Le siège de l'autorité portuaire est établi au début du dans le Port of Liverpool Building, construit entre 1903 et 1907 à Pier Head. Cet édifice, le Cunard Building et le Royal Liver Building forment l'ensemble monumental des « Three Graces »..
La structure devient par la suite la Mersey Docks and Harbour Company. En 2005, celle-ci est acquise par Peel, opération qui intègre le port de Liverpool au groupe aujourd'hui connu sous le nom de Peel Ports.
Réseaux ferroviaires des docks
vignette|droite|Le réseau ferroviaire desservant les docks de Liverpool au début du .
La desserte des docks repose sur un important réseau ferroviaire de marchandises. Des embranchements permettent de relier les quais aux grands réseaux britanniques et d'acheminer vers l'intérieur du pays le coton, les céréales, le charbon et les autres marchandises débarquées.
Le Liverpool Overhead Railway ouvre en 1893 afin d'assurer le transport de voyageurs le long des docks et de réduire la congestion au niveau du sol. Cette ligne électrique surélevée relie initialement Alexandra Dock à Herculaneum Dock avant d'être prolongée vers Seaforth et Dingle. Surnommée le Docker's Umbrella, elle ferme en 1956 et son viaduc est démoli à partir de l'année suivante.
Transformations au XXe siècle
Guerres mondiales et évolution du trafic
Le port conserve une importance stratégique au cours des deux guerres mondiales. Liverpool et ses docks sont particulièrement visés lors des bombardements allemands de la Seconde Guerre mondiale, qui endommagent de nombreuses installations du front de mer. Une partie importante des secteurs touchés est reconstruite après 1945..
Après 1945, les transformations de la navigation commerciale fragilisent les docks historiques. La croissance de la taille des navires, le déplacement du trafic de passagers vers Southampton et surtout la conteneurisation rendent de nombreux bassins trop petits ou inadaptés. Une partie des docks méridionaux cesse progressivement son activité commerciale.
Le Royal Albert Dock, pratiquement privé de trafic commercial après les années 1920, ferme définitivement en 1972. Plusieurs autres bassins sont fermés, comblés ou réaffectés au cours des décennies suivantes..
Seaforth et la conteneurisation
Le développement du transport conteneurisé conduit à la création de Royal Seaforth Dock, à l'extrémité nord du système. Ouvert au début des années 1970, le terminal est conçu pour accueillir de grands navires, des conteneurs, des céréales et des vracs. Son développement déplace durablement vers le nord le centre de gravité des activités commerciales du port.
Au , Royal Seaforth reste l'un des deux principaux terminaux à conteneurs du port, avec Liverpool2. Le site est relié aux réseaux routier et ferroviaire britanniques.
Grève des dockers de Liverpool
De à , un long conflit social oppose plusieurs centaines de dockers à la Mersey Docks and Harbour Company. Le conflit débute après le licenciement de travailleurs qui refusent de franchir un piquet de grève et devient l'un des mouvements sociaux britanniques les plus connus des années 1990. Il attire des soutiens syndicaux et militants au Royaume-Uni et à l'étranger.
Patrimoine et reconversion
À partir des années 1980, plusieurs secteurs portuaires désaffectés sont reconvertis. Le Royal Albert Dock est restauré et accueille notamment le Merseyside Maritime Museum, le Musée international de l'esclavage, des commerces et des espaces culturels. D'autres ensembles, tels que Stanley Dock, connaissent à leur tour des projets de réhabilitation.
En 2004, six secteurs du centre historique et des docks sont inscrits au patrimoine mondial de l'UNESCO sous le nom de « Liverpool – Port marchand ». Le bien couvre notamment Pier Head, le Royal Albert Dock, Stanley Dock et plusieurs quartiers commerciaux du centre-ville. L'UNESCO considère alors que Liverpool témoigne du développement d'un grand centre du commerce mondial aux et d'innovations majeures en matière de construction des docks, de transports et de gestion portuaire.
Le site est inscrit sur la Liste du patrimoine mondial en péril en 2012, notamment en raison du projet d'aménagement Liverpool Waters. Le , le Comité du patrimoine mondial le retire de la Liste du patrimoine mondial, estimant que les nouveaux aménagements ont entraîné une perte irréversible des attributs exprimant sa valeur universelle exceptionnelle..
Port contemporain
Activités commerciales
vignette|droite|Le terminal à conteneurs Liverpool2, développé à l'entrée de l'estuaire de la Mersey.