thumb|Tuile de toit représentant l’emblème de la XX Valeria Victrix découverte à Holt, borough de comté de Wrexham (anc. Clwyd), Pays de Galles. thumb|En 2017, une reconstitution de la Légion.

La Legio XX Valeria Victrix (litt : " légion valeureuse et victorieuse") est une légionLe nombre (indiqué par un chiffre romain) porté par une légion peut porter à confusion. Sous la république, les légions étaient formées en hiver pour la campagne d’été et dissoutes à la fin de celle-ci ; leur numérotation correspondait à leur ordre de formation. Une même légion pouvait ainsi porter un numéro d’ordre différent d’une année à l’autre. Les nombres de I à IV étaient réservés aux légions commandées par les consuls. Sous l’empire, les empereurs numérotèrent à partir de « I » les légions qu’ils levèrent. Toutefois, cet usage souffrit de nombreuses exceptions. Ainsi Auguste lui-même hérita de légions portant déjà un numéro d’ordre qu’elles conservèrent. Vespasien donna aux légions qu’il créa des numéros d’ordre de légions déjà dissoutes. La première légion de Trajan porta le numéro XXX, car 29 légions étaient déjà en existence. Il pouvait donc arriver, à l’époque républicaine, qu’existent simultanément deux légions portant le même numéro d’ordre. C’est pourquoi s’y ajouta un cognomen ou qualificatif indiquant (1) ou bien l’origine des légionnaires (Italica = originaires d’Italie), (2) un peuple vaincu par cette légion (Parthica = victoire sur les Parthes), (3) le nom de l’empereur ou de sa gens (famille ancestrale), soit qu’elle ait été recrutée par cet empereur, soit comme marque de faveur (Galliena, Flavia), (3) une qualité particulière de cette légion (Pia fidelis = loyale et fidèle). Le qualificatif de « Gemina » désignait une légion reconstituée à partir de deux légions ou plus dont les effectifs avaient été réduits au combat. Dans les textes anciens, les chiffres « 4 » et « 9 » sont rendus par « IIII » et « VIIII » plutôt que par « IV » et « IX » (). de l’armée romaine levée probablement par l’empereur Auguste vers 31 av. J.-C. Assignée d’abord en Hispanie tarraconaise, elle prend part aux guerres cantabres de 25 à 13 av. J.-C. avant d’être réaffectée sur le Rhin après le désastre de la forêt de Teutobourg en 9 apr. J.-C. Elle est l’une des légions employées par l’empereur Claude pour l’invasion de la Bretagne en 43. Elle y restera tout au cours des siècles suivants prenant part à la construction des murs d’Hadrien et d’Antonin destinés à prévenir les attaques des tribus calédoniennes. Encore active sous les usurpateurs Carausius et Allectus à la fin du , elle n’est plus mentionnée par la suite, soit qu’elle ait été dissoute lors de la reconquête de la Bretagne par l’empereur Constance , soit qu’il s’agisse de la légion retirée de Bretagne par Stilicon pour protéger le nord de l’Italie vers la fin du .

Son emblème est le sanglier ; au cours du , le capricorne est également utilisé, mais ne se retrouve plus aux .

Histoire de la légion

Sous les Julio-Claudiens

thumb|left|Les peuples de Cantabrie au moment des guerres.

Une première Legio XX fut probablement levée par Jules César lors des guerres civiles qui l’opposèrent à Pompée (49 à 45 av. J.-C.). À son avènement en 44 av. J.-C., Octave (qui devait devenir l’empereur Auguste en 27 av. J.-C.) hérita de 60 légions, nombre qu’il réduisit à 28.

La légion qui devait devenir la Valeria Victrix fut probablement recrutée par Octave vers les années 30 av. J.-C. à partir d’unités déjà existantes lors de la bataille d’Actium (31 av. J.-C.). Selon Tacite, la légion reçut ses étendards de Tibère lorsqu’elle fut envoyée en Espagne (Hispania Tarraconensis) en 25 av. J.-C.Tacite, Annales, I, 42 en vue des guerres cantabres menées par Auguste et Marcus Vipsanius Agrippa de 29 à 19 av. J.-C. Un commentaire du général Germanicus indique que la légion recevait des recrues en provenance d’Orient en 14 apr. J.-C.. La géographie de la région et le courage des Cantabres obligea Auguste à employer sept légions (I Germanica, II Augusta, IV Macedonica, V Alaudae, VI Victrix, IX Hispana, X Gemina) ainsi que des troupes auxiliaires et une flotte maritime en plus de la Legio XX Valeria Victrix. On ignore où fut établi son quartier général mais des vétérans de cette campagnes reçurent des terres à Mérida (Estrémadure en Espagne) lors de leur démobilisation ; comparer à ..

Certaines unités de la légion furent transférées vers 20 av. J.-C. à Burnum (aujourd’hui Kistanje en Croatie) qui devait devenir le quartier général de l’ensemble de la légion au tournant de l’ère moderne. Au moins une unité (vexillatio) était alors stationnée en Mésie au camp de la Colonia Ulpia Oescus (au nord de la Bulgarie d’aujourd’hui).

En 6 apr. J.-C., Tibère mit sur pied un plan de campagne visant à s’emparer de la partie méridionale de la Germanie ainsi que de la Bohême pour faire du Rhin et de l’Elbe la nouvelle frontière de l’empireVelleius Paterculus, Histoire romaine, II, 108 (2-3).. Conçue comme une « manœuvre à tenaille », cette opération devait permettre à Tibère de mener au moins huit légions (VIII Augusta de Pannonie, XV Apollinaris et XX Valeria Victrix d’Illyrie, XXI Rapax de Rhétie, XIII Gemina, XIV Gemina et XVI Gallica de Germanie supérieure et une légion inconnue) contre le roi des Marcomans, Maroboduus, en Bohême pendant que cinq autres légions suivraient le cours de l’Elbe ; ce fut l’opération la plus grandiose menée par des légions romaines. Toutefois la grande révolte illyrienne de 6 à 9 apr. J.-C. réunissant Dalmates et Pannoniens, vint entraver ces projets et forcer Tibère à reconnaitre Maroboduus comme roi des MarcomansTacite, Annales, II, 46; Velleius Paterculus, Histoire romaine, livre II, 109, 5; Cassius Dion, Histoire romaine 55, 28, 6-7..

Il fallut trois ans à Tibère et une armée qui totalisait la moitié des forces romaines disponibles pour venir à bout de cette révolte. La légion joua un rôle important dans ces combats sous les ordres du praepositus Marcus Valerius Messalla MessalinusVelleius Paterculus, Histoire romaine, II, 112.. Après le désastre de la forêt de Teutobourg qui vit les légions XVII, XVIII et XIX annihilées par les tribus germaniques, Auguste réorganisa la défense de la Germanie inférieure et Tibère, chargé de ramener l’ordre dans la région, prit avec lui la légion en raison de son expérience. Celle-ci fut d’abord cantonnée à Colonia Claudia Ara Agrippinensium (aujourd’hui Cologne)Tacite, Annales, I, 31-37, Temporini (1979) ..

Après la mort d’Auguste en 14, les légions de Germanie se révoltèrent contre les conditions de vie qui leur étaient imposées. Germanicus qui avait été nommé par Auguste commandant en chef des légions de Germanie réussit à calmer les esprits et, pour donner un nouvel élan aux légions, conduisit trois expéditions punitives contre les GermainsTacite, Annales, livre I ; Dion Cassius, Histoire romaine, livre LVII, 5-6.. Les légions II Augusta, XIII Gemina, XIIII Gemina et XVI Gallica étaient sous les ordres de Germanicus lui-même, alors que les légions I Germanica, V Alaudae, XX et XXI Rapax faisaient partie des forces commandées par Aulus Caecina.

thumb|right|Carte montrant le limes germanicus et les forts romains construits sur le Rhin inférieur.

Si ces campagnes remportèrent un certain succès contre Arminius et ses alliés, tout en réconfortant le moral des Romains qui purent reprendre deux des trois aigles perdues lors de la bataille de Teutobourg, elle marquèrent aussi la fin du rêve de conquérir la Germania Magna (grande Germanie), Tibère réalisant que les efforts qui devraient être déployés à cette fin étant trop grands pour ce que Rome considérait être une région inhospitalière de forêts, marécages et de peu de valeur matérielleTacite, Annales, II, 88..

En 21 apr. J.-C. des détachements des quatre légions de Germanie inférieure, la Legio I Germanica, V Alaudae, XX et XXI Rapax conduites par le tribun de la Legio I, Torquatus Novellius AtticusCIL 14, 3602. furent employés pour mettre un terme à la révolte des Turones (actuelle région de Touraine) et des Andécaves (actuelle région de l’Anjou) sous les ordres de Julius Sacrovir et Julius Florus qui s’étaient rebellés en raison des lourdes taxes que la population était obligée de payer aux gouverneurs romainsTacite, Annales, III 40-42..

Vers l’an 30, la légion quitta le camp de Cologne, pour s’établir à Novaesium (aujourd’hui Neuss) ; comparer à .. Cependant des unités des légions I Germanica et XX demeurèrent stationnées à Alteburg à quelques kilomètres au sud de Cologne. Quelque vingt ans plus tard, la légion devait être impliquée dans la démonstration de force de Caligula (r. 37-41) sur le Rhin dont les détails sont mal connus.

En 42, le gouverneur de la province de Pannonie, Aulus Plautius, se vit confier par l’empereur Claude (r. 41-54) la mission de conquérir la Grande-Bretagne. L’année suivante, il débarquait sur les côtes de l’ile avec quatre légions : la Legio II Augusta, la Legio VIIII Hispana, la Legio XIV Gemina et la Legio XX. Sa mission accomplie, il devint le premier gouverneur de la nouvelle province.

thumb|left|Les tribus celtes du sud de la Bretagne insulaire au temps des Romains.

Au début, une partie de la légion fut stationnée avec des troupes auxiliaires dans le camp construit à la hâte de Comulodunum (Colchester), dans le pays des Trinovantes. À l’hiver 48-49, le gouverneur Publius Ostorius Scapula qui avait succédé à Aulus Plautius la transféra à Glevum (Kingsholm près de Gloucester) au pays de Galles; le fortin de Comulodunum fut reconstruit pour devenir une colonie de vétérans, la Colonia Victrix. Elle devait y combattre les Silures sous la conduite de Caratacos, chef des Catuvellauni, qui s’était enfui de l'est de la Bretagne après la défaite de son peuple et s’était alliés aux Ordovices voisins en 51.

thumb|right|Les peuples du pays de Galles au moment de l’invasion romaine.

En 57, le gouverneur Quintus Veranius réussit à soumettre les Silures et transféra la légion à Usk (aujourd’hui Monmouthshire, au pays de Galles). C’est là qu’elle se trouvait lorsque éclata la révolte de la reine Boadicée. Selon Tacite, celle-ci était la fille du roi des Iceni qui, à sa mort, aurait voulu que son royaume devienne un État-client de Rome sous la gouverne de ses deux filles. Toutefois, Rome annexa simplement le royaume. La veuve du roi Prasutagus protesta : elle fut battue de verges et ses deux filles violéesTacite, Annales, Livre 14, XXXV et suivants ; notons toutefois que la version de Cassius Dion [Dion Cassius, Histoire romaine, 62, 2] diffère sensiblement de celle de Tacite sans donner beaucoup plus de détails.. Constituant une armée, elle chercha des alliés chez ses voisins, les Trinovantes (dans l'actuel Suffolk) et d'autres tribus, profitant du fait que le nouveau gouverneur romain, Suetonius Paulinus, se trouvait trop loin pour intervenir car menant une expédition dans l'île de Mona (l'actuelle Anglesey), au nord du pays de Galles avec les et légions. Son armée de s’attaqua d’abord à la colonie de Comulodunum qui fut rasée avant de se diriger vers Londinium (aujourd’hui Londres). Le gouverneur Suetonius décida alors de revenir à la hâte et d’affronter les troupes de Boadicée à proximité de la chaussée romaine connue sous le nom de Watling Street (sans doute une plaine à Mancetter dans le Warwickshire). L'armée de Boadicée subit des pertes effroyables : quelque furent tués, alors que les Romains n'en perdaient que quatre cents. Il est possible que ce soit lors de cette victoire que la légion reçut le cognomen de Valeria Victrix (voir toutefois la section « Origine du surnom » ci-après).

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Pendant l’Année des quatre empereurs et sous la dynastie flavienne