La Grand-SalleIl faut écrire grand-salle et non grand'salle car grand en ancien français, écrit grant, a la même forme au masculin et au féminin. Il n'y a aucune élision et donc pas lieu d'utiliser l'apostrophe comme on le fait parfois. fut un des lieux les plus importants du palais de la Cité quand celui-ci était le siège de la royauté française sous les Capétiens directs et les premiers Valois. Elle fut bâtie sous Philippe IV le Bel lorsque celui-ci reconstruisit le palais à la fin de son règne. Son édification constituait un des axes majeurs de la reconstruction du palais.
Dotée d’une forte dimension symbolique par la présence des statues des rois et impressionnante par ses dimensions hors normes pour l’époque, elle était le lieu des manifestations solennelles de la monarchie et resta un lieu emblématique du pouvoir bien après que les rois eurent quitté l’Île de la Cité.
À la suite de l’incendie de 1618 qui la détruisit, elle laissa la place à une nouvelle construction, qui devint la salle des Pas Perdus du palais de justice de Paris.
La construction de la Grand-Salle La construction de la Grand-Salle (vers 1300) date de la fin du règne de et de ceux de ses fils. On en connaît certaines étapesHerveline Delhumeau, Le palais de la Cité, Du Palais des rois de France au Palais de Justice, éd. Actes Sud, 2011, . : en 1299, dans un souci de disposer d'une résidence homogène, moderne et confortable et d'accueil des services issus du développement et de la centralisation de l'administration, le palais de la cité est pratiquement totalement reconstruit sous le règne de le Bel (1285-1314). C’est en cette année qu’apparaissent pour la première fois les mentions de grosses sommes pour les œuvres du palais ; en 1301, on travaillait pro operibus aule Parisiensis, « à la salle de Paris », c’est-à-dire à la Grand-Salle ; l’ancienne Salle du roi ou Aula Regis de qui avait vraisemblablement été bâtie sur le prætorium romain fut alors démolie. On dut commencer par l’ouest la nouvelle construction, beaucoup plus vaste : la surface de l’ancienne Salle du Roi fut plus que doublée puisque sa limite nord fut établie sur la muraille de Philippe Auguste. Elle englobait ainsi à la fois la Salle du Roi et la Chambre du Roi ; en 1311 et 1312, sont rédigées des chartes d’expropriation des maisons voisines indiquant qu’à la fin du règne de le Bel, la Grand-Salle était inachevée à sa mort.
Extérieur de la Grand-Salle Le bâtiment de la Grand-Salle possédait certaines caractéristiques architecturalesHerveline Delhumeau, Le palais de la Cité, Du Palais des rois de France au Palais de Justice, éd. Actes Sud, 2011, .. La Grand-Salle était une halle de de long sur de large qui bordait le côté nord de la Grande cour du Palais de la Cité. Avec plus de , elle figurait parmi les plus vastes salles d’Europe. Son organisation en deux vaisseaux parallèles sur deux niveaux dont seul subsiste le niveau inférieur, dénommé salle des Gens d’Armes ou salle Basse. Depuis la Cour, on entrait latéralement dans la Grand-Salle haute (salle Haute) par un escalier situé au droit de sa première travée orientale. Au sommet du perron, un portail à tympan trilobé sous arc brisé muni de crochets dont subsistent quelques vestiges était encadré de statues sous dais. Celle de droite n’est pas connue, celle de gauche était une Vierge à l’enfant. En haut des marches, jouxtant le portail sur sa droite, figurait aussi sur la base d’une tourelle polygonale, la statue d’Enguerrand de Marigny. Avec une autre tour ronde, elle permettait de relier les deux niveaux. La miniature de Paul de Limbourg des Très Riches heures du duc de Berry montre que les pignons des deux nefs étaient renforcés par un haut contrefort médian, avec, de part et d’autre, des baies à réseau largement ajouré dominées par un oculus.
Intérieur de la Grand-Salle vignette|Vue d'artiste du . Les éléments constitutifs de l'intérieur de la Grand-Salle ont pu être reconstituésHerveline Delhumeau, Le palais de la Cité, Du Palais des rois de France au Palais de Justice, éd. Actes Sud, 2011, .. D’après le dessin de en 1576, la Grand-Salle haute, couverte de deux voûtes en bois carénées, était éclairée par des lancettes géminées trilobées surmontées d’un oculus quadrilobé, regroupées deux par deux dans chaque travée. Les baies figurées, haut placées et relativement réduites, sont celles du nord, ouvertes au-dessus des cuisines et on peut supposer qu’au sud elles étaient plus grandes. Séparant les deux vaisseaux couverts d’une charpente lambrissée, chacun des huit piliers était orné, à cinq mètres de hauteur d’une statue polychrome de l’un des rois de France, sculptures réalisées sous la direction d’Évrard d’Orléans. Ces statues dont le réalisme a frappé les visiteurs qui en ont laissé des descriptions, ont été détruites lors de l’incendie de 1618. Sur le côté ouest de la Grand-Salle, sous des fenêtres, surélevée de quelques marches, une longue table en marbre noir, constituée de neuf plaques juxtaposées dont les dalles polies venaient de Rhénanie, était à demeure pour les festins ou pour servir d’estrade lors de réceptions solennelles, de proclamations, de farces. et de mystères. Le roi était assis face à l’Est. La Grand-Salle était chauffée par trois grandes cheminées. Le public aimait se promener pour admirer le décor, voir ses rois, le grand cerf de bronze et une peau de serpent, peut-être de crocodile, réputée avoir été apportée de la première croisade par Godefroy de Bouillon.
La Salle des Gens d’Armes vignette|La Salle des Gens d’Armes en 2013. La Salle des Gens d’Armes est la seule partie du bâtiment de la Grand-Salle qui subsiste. Ses caractéristiques sont connues : elle servait de réfectoire au personnel du palais, qui comptait près de deux mille personnes ; elle a été bâtie en deux campagnes de construction ; à moitié enterrées, les neuf travées voûtés d'ogives des quatre vaisseaux de la Salle des Gens d’Armes n’atteignent que sous voûte ; son axe médian est marqué de puissants piliers composés, tandis que de part et d’autre, les vaisseaux sont séparés par des colonnes ; la salle était éclairée depuis la Grande cour par des lancettes brisées géminées dépourvues de réseau ; la communication de la Grand-Salle basse où mangeait le « commun » avec la cuisine se faisait par un escalier à vis qui fut construit en même temps (vers 1353) et dans l’axe de celle-ci ; en dehors des heures de repas, la Grand-Salle basse servait durant la première moitié du aux séances de juridiction des enquêteurs réformateurs généraux du royaume.
Utilisation de la Grand-Salle Jusqu’en 1360, la grand-salle servit de lieu de réunion pour la chambre des requêtesHervé Pinoteau, La symbolique royale française, , P.S.R. éditions, 2004, .. fait élever dans la Grand'Salle du Palais de la Cité la chapelle de Saint-Nicolas, où chaque matin l'on célébrait la messe avant l'ouverture des audiences et où se chantait aussi la messe solennelle de rentrée, la messe rouge.. Le , selon Martin du Bellay, c’est dans la Grand-Salle que François , entouré du roi de Navarre, du duc de Vendôme, du fils aîné du duc de Ferrare, du duc d’Albany, régent d’Écosse, du duc de Longueville, grand chambellan ainsi que de magistrats, de cardinaux et de gens de lettres, évoqua ses prédécesseurs les rois pour refuser de céder aux exigences de Charles Quint. Le roi était placé au sommet d’un « tribunal » de quinze marches qui avait été dressé devant la table de marbre pour entendre le héraut d’armes de l’empereur, et lui répondre. La corporation des rois « dont les effigies sont en taille, effigiées en ordres en icelle salle, qui ont en leur temps fait successivement actes glorieux, et augmenté grandement leur royaume » estimerait que « ne serait pas capable d’être leur successeur » s’il acceptait cette demande de l’empereur. C’est la longue lignée des rois de France qui intimait l’ordre au roi Valois de ne pas céder. Le , quand Charles Quint vint visiter , il entra dans Paris ; accueilli par le roi en l’Ile de la Cité, l’empereur visita la Grand-Salle, magnifiquement parée et put admirer les rois sculptés, commentés par le roi de France, avant un souper sur la table de marbreCharles Terrasse, . Le roi & le règne, Paris, 1948, t. 3, ..
Vues de la Grand-Salle Deux vues de la grande salle du parlement de Paris sont connues. La première est celle du De artificiali perspectiva de Jean Pèlerin dit Viator, chanoine de Toul, qui est un traité sur la perspective. La seconde est l’œuvre de , dans ses Plus excellens bastimens de France (entre 1576 et 1579) ; c’est une belle gravure, inachevée.
Le cycle des rois de France Finalité du cycle des rois L'une des vocations principales de la Grand-Salle était de manifester l’ancienneté de la royauté française et de souligner la continuité des trois dynasties royales françaises. En entrant dans cette salle, le magistrat, le clerc, le badaud ou le visiteur se trouvaient devant la démonstration de l’ancienneté de la royauté française : de Pharamond à , en passant par Clovis (premier roi chrétien), Charlemagne, et Saint Louis, quarante-deux statues de rois soigneusement choisis formaient une impressionnante chaîne s’étendant sur Hervé Pinoteau, La symbolique royale française, , P.S.R. éditions, 2004, .. Hervé Pinoteau, citant Marcel Le Glay, a pu comparer la Grand-Salle à la suite des statues du forum d'Auguste, où les rois d’Albe, Énée et Romulus, les grands hommes de la République romaine Hervé Pinoteau, La symbolique royale française, , P.S.R. éditions, 2004, .Marcel Le Glay, Rome. Grandeur et chute d’un empire, Paris 1992, ..
Les premières statues de rois ornant la grande salle ont été réalisées par l'atelier du sculpteur Évrard d'Orléans au .
Selon Noël Valois, se serait fait représenter de son vivant, à genoux aux pieds de la Vierge et, en 1554, aurait demandé au Parlement de Paris comment représenter François . Le fait que Pépin le Bref soit représenté sur un lion, ce qui évoque un épisode de sa vie retracée dans deux textes postérieurs à son décès, permette d'identifier ce roi, également représenté ainsi à Notre-Dame de Reims.
Choix des rois représentés Dans la Grand-Salle, se suivent les Mérovingiens (seuls les rois des Francs de Neustrie, conformément à l’usage sous l’ancienne monarchie d’ignorer les rois d'Austrasie), les Carolingiens (sans Charles Martel, qui dans la basilique de Saint-Denis était pourtant assimilé à un roi, sans non plus les frères et , ni l'empereur ), les Capétiens (sans leurs prédécesseurs robertiens, Eudes et Robert, ni le roi bivinide Raoul, mais avec Philippe, fils aîné de associé au trône). Ces rois qui n'étaient pas représentés dans le programme ont régné à des époques de transition dynastique : l'absence de six rois n'est ni un oubli, ni le résultat d'un manque de place : d'autres raisons prévalaient le critère de sélection était d'abord la continuité dynastique, par la transmission héréditaire du titre, mais aussi la légitimité de la naissanceUwe Bennert, « Art et propagande politique sous : le cycle des rois de » France dans la grand’salle du Palais de la Cité, Revue de l’art, Paris, 1992, , ..
Par la suite, les statues de , avec son fils et des rois suivants furent ajoutées. Philibert Delorme intervint en tant que maître d'ouvrage pour la réalisation des statues de , et pour la Grand-Salle. Maurice Roy a retrouvé le contrat passé le entre Delorme et le sculpteur Pierre Bontemps pour la réalisation de la statue de Jean-Marie Pérouse de Montclos, Philibert De l'Orme à Paris. Le Palais de la Cité, les fêtes de 1549 et 1559, dans : Revue de l'Art, 1996, volume 114, numéro 114, .. , le dernier Valois, occupa la dernière place libre, et ne fut jamais représenté.
Les inscriptions sous les statues