Benno Elkan, né le à Dortmund, Allemagne et mort le à Londres, Angleterre, est un sculpteur allemand auteur de la grande Menorah de la Knesset à Jérusalem (Israël) et de nombreux bustes et médaillons en Allemagne et en Angleterre. Il commence à exercer dans sa ville natale de Dortmund en sculptant des monuments funéraires, puis il réalise des médailles et des bustes de militaires, d'hommes politiques, d'artistes et de scientifiques en Allemagne, en France et en Angleterre. Elkan, considéré comme artiste juif est interdit de travailler en Allemagne en 1935 et émigre à Londres. L'œuvre d'Elkan est alors oublié en Allemagne jusque dans les années 1950, où il est de nouveau exposé. L'œuvre d'Elkan ne s'apparente à aucun style artistique

Biographie Enfance et jeunesse à Dortmund Elkan est le seul enfant du maître-tailleur Salomon Elkan, copropriétaire d'une petite entreprise textile pour hommes située en centre ville, et de sa jeune épouse Rosalie (née en 1861 à Heidelberg)Achim Becker (éd.), archives municipales de Völklingen; Trésor de Völklingen; numéro spécial pour le mémorial aux victimes de la Première Guerre mondiale de Benno Elkan; Völklingen; 2008; page: 3. Selon Hans Menzel-Severing (thèse sur le sculpteur Benno Elkan; page: 9) en 1898, Salomon Elkan est copropriétaire de la fabrique de vêtements pour hommes Braun und Elkan, située 23 Reinoldistraße.. Il étudie au collège municipal (appelé alors Schola Tremoniae) jusqu'au Mittlere ReifeFritz Hofmann et Peter Schmieder: Benno Elkan; pages: 12 et 20 (équivalent au Certificat général de l'enseignement secondaire). Dans la jeunesse d'Elkan, Dortmund est une ville où la petite communauté juive ( sur un total de en 1890Fritz Hofmann et Peter Schmieder: Benno Elkan; page: 19) est parfaitement intégrée, et qui envisage de construire une grande synagogue. Elle possède aussi un carré juif dans le cimetière de l'Est (à Dortmund-Innenstadt-Ost). Benno Elkan participe à la vie de la communauté juive, fête sa Bar Mitzvah et suit des cours de Talmud Torah au collège.

Ses années d'études artistiques Afin d'améliorer ses compétences linguistiques, Elkan est inscrit à partir de l'année1880 au pensionnat pour enfants du Château du Rosey, à Rolle sur les rives du lac Léman, un établissement réputé pour son coût particulièrement élevé.

À Anvers, il exerce une brève activité commerciale, qu'il interrompt avec l'accord de ses parents, pour se préparer à Munich, à partir de décembre 1897, à l'examen d'entrée de l'Académie des beaux-arts de Munich en s'inscrivant à l'école d'art privée du peintre Walter Thor. Après avoir réussi l'examen à Pâques 1898, il étudie à l'Académie des beaux-arts auprès du peintre Johann Caspar HerterichFritz Hofmann et Peter Schmieder: Benno Elkan; page: 12; Ses dessins de cette période se trouvent au Museum am Ostwall de Dortmund; voir Hans Menzel-Severing: thèse sur le sculpteur Benno Elkan, page: 11. En 1900, il effectue son service militaire, puis en 1901, il poursuit ses études d'art à Karlsruhe auprès du peintre Friedrich Fehr.

En 1903, il prend la décision de se consacrer dorénavant qu'à la sculptureHans Menzel-Severing: thèse sur le sculpteur Benno Elkan, page: 11. Sa première commande en tant que sculpteur vient de sa ville natale, Dortmund: le rédacteur en chef du journal Dortmunder General-Anzeiger (Moniteur général de Dortmund), Karl Richter, demande au jeune sculpteur la statue d'une jeune femme grandeur nature, pour la tombe de la famille Richter-Seippel. La statue réalisée par Elkan, qui symbolise la vie à la recherche constante du véritable cheminHans Menzel-Severing: thèse sur le sculpteur Benno Elkan, pages: 11 et suivantes, est conservée au cimetière de l'est de Dortmund. Bien qu'Elkan soit un sculpteur autodidacteBenno Elkan a écrit dans un curriculum vitæ: "Peut-être, cela va devenir compliqué pour moi, mais j'ai été suffisamment longtemps à l'école. Ce qui peut s'apprendre, j'espère l'acquérir par le biais d'auto-étude approfondie."; citation d'après Hans Menzel-Severing: thèse sur le sculpteur Benno Elkan, page: 12, la population de Dortmund est impressionnée.

À Karlsruhe, Elkan rencontre sa future épouse, la pianiste Hedwig Einstein, sœur de l'historien d'art Carl Einstein, qu'il va épouser en 1907.

Paris Début 1905, Elkan se rend à Paris et s'installe dans un atelier d'artiste avec le sculpteur Jules Steiner et le peintre américain Patrick Henry Bruce. Dès 1905, Elkan expose à la Société nationale des beaux-arts où il présente certaines de ses œuvresHans Menzel-Severing: thèse sur le sculpteur Benno Elkan, page: 12. Il rencontre à Paris Auguste Rodin, qui impressionne énormément le jeune sculpteur. Benno Elkan écrit au sujet d'une de ses rencontres avec Rodin: J'ai été… profondément touché, moi qui luttais pour mon propre chemin, étais en face ici, du dernier achèvement, de la substance de la force, de l'artiste qui incarnait dans lui-même le bras vivant de plusieurs siècles: Benno Elkan, The Third Hand of Rodin; article polycopié vers 1950; citation d'après Hans Menzel-Severing: thèse sur le sculpteur Benno Elkan, pages: 13 et 264. Les premières œuvres parisiennes d'Elkan ne montrent cependant aucune influence de Rodin. Elle n'apparait que plus tard, par exemple dans l'œuvre narrative de la Grande Menorah, avec des figures de la Bible hébraïque, aussi influencée par les Portes du Paradis de Lorenzo Ghiberti, sculpteur du Quattrocento Italien, qui se trouvent dans le baptistère de la cathédrale de Florence. Dans sa dernière œuvre, le mémorial aux victimes des bombardements, on retrouve l'inspiration de la Porte de l'Enfer de Rodin. Dans ses œuvres parisiennes, comme la sculpture Joueur de flute (1906), Elkan s'inspire plutôt du JugendstilSur l'influence de Rodin et la période parisienne d'Elkan, voir Hans Menzel-Severing: thèse sur le sculpteur Benno Elkan, pages: 62 et suivantes (l'Art nouveau allemand).

Bien qu'Elkan emprunte des idées à son entourage parisien, il n'adhère à aucune école ou groupe moderne. Il se lie d'amitié avec le peintre expressionniste Jules Pascin qui dessine régulièrement pour la revue satirique Simplicissimus. Tout en vivant à Paris, Elkan reste en contact avec Karlsruhe où vit sa fiancée, et avec Dortmund d'où il continue de recevoir des commandes pour des tombes. Lors d'une visite, il établit un premier contact avec le collectionneur d'art et mécène, Karl Ernst Osthaus dont il attire l'attention en lui présentant ses sculptures funéraires. Menzel-Severing suppose, dans sa thèse, que sa participation à la Deutschen Kunstausstellung (Exposition artistique allemande) à Cologne en 1906 est due au soutien d'OsthausHans Menzel-Severing: thèse sur le sculpteur Benno Elkan, page: 16.

En 1906, Elkan organise sa première exposition individuelle dans l'ancienne mairie de Dortmund où il présente des bustes et des sculptures. C'est la seule exposition qu'il fera dans sa ville natale, jusqu'après la Seconde Guerre mondialeFritz Hofmann et Peter Schmieder: Benno Elkan; pages: 74 et suivantes, mais il participe aux expositions au Kunsthalle de BrêmeCatalogue du Kunsthalle: Deutsche Kunstausstellung. In Verbindung mit einer Sonderausstellung der Vereinigung nordwestdeutscher Künstler. 36. Große Ausstellung des Kunstvereins, ohne Abbildungen, 15. Februar–20. April 1908. (Exposition artistique allemande. En liaison avec une exposition spéciale de l'union des artistes du nord-ouest de l'Allemagne. Une grande exposition de la société des amis des arts "; sans reproductions; du 15 février au 20 avril 1908)Catalogue: Deutscher Künstlerbund, Grosse Ausstellung in der Kunsthalle Bremen“, 47 reproductions; février-31 mars 1912</ref> en 1908, 1910 et 1912, ainsi qu'à l'ouverture du Musée de Wiesbaden en 1915Die Große Kunstausstellung zur Museumseinweihung (La grande exposition artistique pour l'inauguration de musée); 1915.

Rome thumb|180px|left|Perséphone thumb|220px|right|La Marche de la mort De 1908 à 1911, Elkan, qui a remporté le Prix de Rome de la Fondation Michael Beer, et sa femme vivent à RomeFritz Hofmann et Peter Schmieder: Benno Elkan; page: 13. Ils sont logés dans un palais ayant appartenu au pape Jules III et son atelier se trouve Via Quattro Fontane. Elkan profite de son séjour à Rome pour effectuer différentes visites en Italie, particulièrement à Naples et à Florence. Il étudie avec passion la sculpture de la RenaissanceHans Menzel-Severing: thèse sur le sculpteur Benno Elkan, pages: 17 et suivantes.

En 1910, nait sa première fille, Ursula, qui plus tard épousera le pianiste des Comedian Harmonists, Erwin BootzErwin Bootz divorcera en 1938. Malgré les affirmations de plusieurs de ses connaissances, il démentira après la Seconde Guerre mondiale que ce soit parce que sa femme était juive.. Trois ans plus tard, nait son fils Wolf.

Pendant son séjour à Rome, Elkan continue à recevoir des commandes de Dortmund pour le cimetière de l'Est. Il réalise ainsi la sculpture funéraire Todesgang (la Marche de la mort) et la statue de Perséphone. On reconnait particulièrement l'influence italienne dans la grande sculpture Bergpredigt (le Sermon sur la montagne) de 1909, un bas-relief en trois parties pour la tombe du pasteur Karl Evertsbusch à Bad GodesbergŒuvre –Nr: 117.. Le panneau central représente le Christ prêchant, à droite ses disciples et à gauche ses ennemis. Elkan réalise des passerelles entre les panneaux sur le modèle du bas-relief de l'autel de la basilique Saint-Antoine de Padoue sculpté par Donatello. La configuration de l'ensemble est inspirée des Portes du Paradis de Lorenzo GhibertiHans Menzel-Severing: thèse sur le sculpteur Benno Elkan, pages: 70 et suivantes.

Pour la première fois à Rome, Elkan, confronté aux sculptures antiques, utilise la pierre comme matériau. En quittant Rome, il emmène avec lui des pierres provenant de ruines antiquesHans Menzel-Severing: thèse sur le sculpteur Benno Elkan, page: 19.

Alsbach À son retour de Rome, Elkan va vivre à Alsbach près de Darmstadt de 1911 à 1919, dans sa propre maison. En 1912, il rend visite à Heidelberg à l'écrivain Friedrich Burschell et au poète, critique et écrivain Ernst Blass.

À Alsbach, Elkan réalise plusieurs œuvres sur commande, comme des médailles pour la mort du compositeur Gustav Mahler ou avec le portrait du dramaturge Frank Wedekind. Il exécute aussi de nouveaux bustes comme celui du marchand et collectionneur d'art Alfred Flechtheim en 1912. Pour le cimetière juif de Roßweide à Wickrath, maintenant quartier de Mönchengladbach, Elkan élabore en 1912, son premier grand monument en pierre, la Pierre des lamentations, que l'on peut rapprocher de sa sculpture Todesgang.

Pendant son séjour à Alsbach, Elkan entretient des liens étroits avec l'écrivain alsacien de langue allemande, René Schickele, et sera même, sous un nom légèrement modifié, le héros de son roman inachevé Benkal, der Frauentröster (Benkal, le consolateur de femmes) de 1914 (Leipzig).

En 1914, au début de la Première Guerre mondiale, Elkan est mobilisé. Il sert comme officier d'approvisionnement en Pologne, puis est rapatrié en Allemagne pour être soigné du choléra. Après sa guérison, il est affecté à la surveillance du courrier à Francfort-sur-le-Main. Elkan donne ses impressions sur la guerre dans le livre Polnische Nachtstücke (Nocturnes polonaises), qu'il illustre avec de sinistres dessins à la plume. C'est dans ce contexte qu'il réalise une médaille pour honorer le Generalfeldmarschall August von Mackensen.

Ses années à Francfort