Adèle Rebuffel, baronne Alexandre Petiet, née en 1788, morte en 1861, est surtout connue pour la tendresse que lui porte son cousin Henri Beyle (l'écrivain Stendhal) dans leur jeunesse. Stendhal parle d'elle dans sa Vie de Henry Brulard, dans son Journal, dans sa Correspondance, et s'en inspire pour plusieurs personnages : Armance et Adèle Davernay.
Biographie Adélaïde Baptistine Rebuffel, née à Marseille le , est la fille de Jean-Baptiste Rebuffel (1738-1804), cofondateur du théâtre de Marseille, inspecteur général des transports militaires, entrepreneur et homme d'affaires, et de Magdeleine PaulArticles « Rebuffel (Jean-Baptiste) », « Rebuffel (Mme) » et « Rebuffel (Adèle) », dans Henri Martineau, Petit dictionnaire stendhalien, Paris, Divan, 1948, 408-409..
Jeune amie de Stendhal Adèle Rebuffel a moins de douze ans quand son cousin éloigné Henri Beyle (le futur écrivain Stendhal) fait sa connaissance à Paris, mais elle lui fait déjà une impression assez viveHenri Martineau, Petit dictionnaire stendhalien, Paris, Divan, 1948, 409.. En , Stendhal écrit à sa sœur : Stendhal, Correspondance, I, 4 ; cité par Henri Martineau, Petit dictionnaire stendhalien, Paris, Divan, 1948, 409..
thumb|upright=1.8|Liste des femmes que Stendhal a aimées, insérée dans la Vie de Henry Brulard : Adèle Rebuffel est notée « Ad.r » en à partir de la gauche. Lorsque Stendhal rentre d'Italie en 1802, il est encore amoureux d'Adèle, d'autant plus qu'elle est devenue une affriolante jeune fille de quatorze ans. L'esprit, la coquetterie, les astuces de la jeune fille continuent à le séduire. Il se demande même s'il ne va pas l'épouser, et en est longtemps l'esprit occupé. Lors d'un feu d'artifice, Adèle s'appuie tendrement sur son épaule, ce qui émeut fort le jeune homme ; il écrira : Philippe Berthier, Stendhal, Paris, éditions de Fallois, 2010, 125-126..
Ils font des sorties, assistent ensemble pendant quatorze heures à la distribution des aigles au Champ-de-Mars ; leurs sentiments sont toutefois indécis et ambigus. Selon Martineau, Adèle est « prosaïque et pratique », peut permettre à son cousin de l'embrasser, elle lui donne de ses cheveux, mais sans attacher à cela beaucoup d'importance. Elle a de rente, ce qui n'est pas négligeable pour Stendhal ; mais il a par ailleurs des rapports plus intimes avec la mère d'Adèle, ce qu'elle peut difficilement ignorer, et il estime « peu délicat » de l'épouser dans ces circonstancesPhilippe Berthier, Stendhal, Paris, éditions de Fallois, 2010, 142.. Le père d'Adèle meurt le . Henri Beyle qui veut présenter ses condoléances à Madame Rebuffel et à sa fille Adèle est choqué par leur gaietéStendhal club, 1967, 51..
Stendhal pense oublier Adèle en 1805 lorsqu'il part avec Mélanie Guilbert. Lorsqu'il la revoit à son retour en 1806, il la trouve parfois vaniteuse et insensible, mais reprend goût à elle, jusqu'à ce qu'elle se marieHenri Martineau, Le Cœur de Stendhal, Albin Michel, 1958, 168..
Des Tuileries à la Toscane Adèle épouse Alexandre Petiet, intendant de la comptabilité, le . Leur contrat de mariage est signé aux Tuileries par l'empereur Napoléon , l'impératrice, et les principaux dignitaires de la cour impérialeNicole Gotteri, Claude Petiet, ministre de la guerre, intendant général de la Grande Armée et ses fils Alexandre, Auguste et Sylvain: le devenir de la condition militaire de la fin de l'Ancien Régime au Second Empire, 1749-1868, S.P.M., 1999, 133-134..
Elle part avec son mari en Toscane, lorsqu'il y est nommé intendant de la liste civile. Stendhal adresse plein de recommandations à sa sœur Pauline pour recevoir dignement Adèle lors de son passage par Grenoble pour se rendre en Toscane; il ajoute : Stendhal, Correspondance, lettre à Pauline ; aussi dans Lettres à Pauline, La Connaissance, 1921, 51-52. ; il aimerait bien avoir la place d'Alexandre ou celle de Martial Daru qui a un poste similaireStendhal club, Centre national des lettres, Académie française, volume 8, 1965, 157.. Lorsqu'il passe à Florence en 1811, il ne rend plus à Adèle, devenue la baronne Petiet, qu'une « visite de froide politesse »Stendhal Club, 1967, 53. ; il la juge alors sèche et vaniteuse, l'âme froide et sans passionHenri Martineau, Petit dictionnaire stendhalien, Paris, Divan, 1948, ..
Après l'Empire thumb|upright=1.3|Le château de Saint-Brice à l'époque où Adèle s'y est retirée ; elle y meurt en 1861. Pendant les Cent-Jours, Alexandre accepte le poste de préfet des Hautes-Alpes, ce qui lui vaut d'être révoqué à la Seconde Restauration ; Adèle et lui se retirent alors sur leurs terres du château de Saint-Brice à Saint-Bris-le-Vineux dans l'Yonne. Il accepte en 1830 un poste de directeur des subsistances militaires à Paris. C'est là qu'il meurt en 1835. Stendhal écrit : Stendhal, Vie de Henry Brulard, Gallimard, 1973, 384.. Adèle meurt le au château de Saint-Brice à Saint-Bris-le-Vineux dans l'Yonne.
Dans la littérature stendhalienne Stendhal a longuement parlé de sa cousine Adèle dans son Journal, dans sa correspondance, dans sa Vie de Henry BrulardHenri Martineau, Petit dictionnaire stendhalien, Paris, Divan, 1948, 409-410.. Il la désigne souvent, comme sa mère, d'après le nom de leur rue : « of the gate » ou « Bellechasse »Georges Kliebenstein, Figures du destin stendhalien, Presses Sorbonne Nouvelle, 2004, 135.. Il en parle parfois sous des noms d'emprunt, par exemple lorsqu'il parle d'Adèle Clozel et de sa mère.
Il s'inspire d'Adèle pour plusieurs personnages comme Armance et comme Adèle Davernay (l'héroïne dans Les deux hommes), qui est et qui ressemble beaucoup à Armance..
Vie familiale Adèle Rebuffel épouse à Paris le , Alexandre Petiet (1782-1835), intendant de la comptabilité, intendant de la liste civile de Toscane, préfet et baron de l'Empire, fils de Claude Petiet.
Notes et références
Sources bibliographiques « Rebuffel (Adèle) », dans Henri Martineau, Petit dictionnaire stendhalien, Paris, Divan, 1948, 409-410. Henri Martineau, Le Cœur de Stendhal, Albin Michel, 1952, 2 volumes ; réédité en 1958 en un volume. Stendhal, Vie de Henry Brulard, écrite par lui-même, éd. diplomatique présentée et annotée par Gérald Rannaud, Paris, Klincksieck, 1996. Stendhal, Journal (1801-1817), tome 1 (1801-1805) .
Voir aussi Articles connexes Stendhal
Liens externes
Stendhal à la bibliothèque municipale de Grenoble, exposition virtuelle avec : Les manuscrits et transcription de la Vie de Henry Brulard, recherche sur « Rebuffel » Les cahiers du Journal numérisés
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