thumb|250px|Mon fils, va sauver la patrie, affiche « blanche » de 1919 La première campagne du Kouban (), aussi appelée campagne de glace (), du au .., est la première campagne de l’armée des volontaires au Kouban, la menant sous les attaques de l’armée rouge de Rostov-sur-le-Don à Ekaterinodar puis à nouveau sur le Don lors de la guerre civile russe.
Cette campagne fut la première manœuvre militaire de l’armée des volontaires, qui était encore au stade de sa formation sous le commandement des généraux L. G. Kornilov, M. V. Alekseïev et, après la mort du premier, d’A. I. Dénikine.
L’objectif principal de cette campagne était la jonction de l’armée des volontaires avec les unités blanches du Kouban qui se trouvaient aux environs de Ekaterinodar.
Évènements précurseurs
Les évènements de février et conduisirent le pays au bord de l’effondrement et de la guerre civile. Sous ses conditions une partie de l’armée, démobilisée après la signature du traité de Brest-Litovsk par les bolchéviques, décida de s’unir pour rétablir l’ordre (par la suite, il apparut qu’il y avait beaucoup d’opinions divergentes sur la façon de procéder). L’union se fit autour de l’« organisation d’Alekseïev » dont les fondements avaient été posés avec l’arrivée du général Alekseïev à Novotcherkassk le . La situation sur le Don à cette époque était tendue. L’ataman Kaledine, avec lequel le général Alekseïev discuta de ses plans quant à son organisation, répondit favorablement à la demande d’« offrir un asile aux officiers russes », mais au regard de l’opinion de la population locale, il lui recommanda de ne pas rester plus d’une semaine à Novotcherkassk.
Lors d’une réunion extraordinaire des délégués de Moscou et des généraux le on régla la question du commandement de l’« organisation d’Alekseïev » en tranchant que le commandement militaire serait assumé par le général Kornilov, arrivé sur le Don le .
La formation en urgence des unités et leur préparation au combat furent confiées le au lieutenant-général de l’état-major S. L. Markov.
À Noël fut annoncé le décret « secret » relatif à l’entrée du général Kornilov au sein du commandement de l’armée qui porta dès lors officiellement le nom armée des volontaires.
Après le refus des cosaques du Don de soutenir l’armée des volontaires débuta l’assaut des bolchéviques sur le Caucase, le général L. G. Kornilov, commandant en chef de l’armée, prit la décision de se retirer de la région du Don.
À Rostov il y avait des munitions, des obus, de l’équipement, des stocks pharmaceutiques et du personnel médical - tout ce qu’il fallait à une armée peu nombreuse gardant la ville. En ville se trouvaient jusqu’à officiers en congés, qui ne souhaitaient pas participer à sa défense. Les généraux Kornilov et Alekseïev n’eurent pas alors recours à la réquisition ou à la mobilisation. Les troupes bolchéviques de Sivers qui capturèrent la ville après la retraite des blancs « prirent tout ce dont ils avaient besoin et intimidèrent la population en fusillant quelques officiers ».
Le général Dénikine écrira plus tard dans « esquisse des troubles russes » :
Début février l’armée en formation comptait dans ses rangs les unités suivantes : Régiment d'assaut de Kornilov (lieutenant-colonel Nejentsev) Régiment Georguievsky — formé d’un petit nombre d’officiers venus de Kiev. (Colonel Kirienko). , , bataillons d’officiers, formés d’officiers regroupés à Novotcherkassk et Rostov. (Colonel Koutepov, colonels Borissov et Lavrentiev, plus tard colonel Simanovski). Bataillons des junkers — formé principalement de junkers des capitales et de cadets. (Capitaine en second Parfionov) Régiment des volontaires de Rostov — formé d’étudiants de Rostov. (Major-général Borovski). Deux divisions de cavalerie. (Colonels Guerchelman et ). Deux batteries d’artillerie — principalement des junkers des écoles d’artillerie et des officiers. (Lieutenants-colonels Miontchinski et Iegorine). Toute une série de petites unités, comme la « compagnie de marine » (capitaine de second rang Potemkine), une compagnie du génie, le bataillon du génie tchécoslovaque, l’escadron d’assaut de la division du Caucase (Colonel Chiriaev) et quelques détachements de maquisards portant le nom de leurs chefs. Tous ces régiments, bataillons et divisions sont surtout composés d’officiers et l’armée ne comptait guère plus que trois à quatre mille hommes et par moments, au cours des lourds combats de Rostov, se retrouvant avec des effectifs insignifiants. L’armée n’avait pas de base d’approvisionnement. Il fallut simultanément se former, se battre et essuyer de lourdes pertes qui détruisaient parfois les unités formées à grande peine.
Le l’armée des volontaires perdit la possibilité de rejoindre le Kouban par le chemin de fer : les volontaires durent se retirer de la gare de Bataïsk. Les troupes du général rouge Avtonomov arrivèrent à la gare avec le soutien des cheminots et défirent les volontaires peu nombreux. Ceux-ci réussirent toutefois à tenir la rive gauche du Don et les tentatives d’Avtonomov d’avancer sur Rostov furent repoussées. Les rouges se cantonnèrent à pilonner la ville à l’artillerie lourde..
En même temps, de l’autre côté de Rostov (de Matveïev Kourgan à Taganrog) approchait une autre armée bolchévique : sous la pression et la supériorité numérique du commandant rouge R. Sivers, qui avait su organiser une attaque contre la garnison volontaire de Stavropol avec la , il fut décidé le de se retirer de l’autre côté du Don, à la stanitsa Olguinskaïa. La direction à suivre ensuite n’était pas encore choisie, le Kouban ou les terres cosaques du Don.
L’objectif de la campagne naissante, sous des conditions plus que difficiles, était, comme le formulera plus tard le général Dénikine, le suivant :
Composition du détachement Le détachement qui partit dans la nuit du 22 au de Rostov-sur-le-Don, comportaitIgor Rodin « La campagne de glace » (CN #43(223): 242 officiers d’état-major (190 colonels) 2078 officiers supérieurs (215 capitaines, 251 capitaines en second, 394 lieutenants, 535 sous-lieutenants, 668 aspirants) 1067 troupiers (dont 437 junkers et cadets) 630 volontaires (364 sous-officiers et 235 soldats, dont 66 Tchèques) Personnel médical : 148 personnes — 24 médecins et 122 sœurs de miséricorde) Le détachement était accompagné d’un nombre important de civils fuyant les bolchéviques.
Cette marche, accompagnée de lourdes pertes, fut le point de départ de la résistance blanche au sud de la Russie.
Malgré les difficultés et les pertes, du creuset de la campagne de glace émergea une véritable armée de cinq mille hommes, endurcis au combat. Après les évènements d’octobre seul ce nombre des militaires de l’armée impériale russe décida fermement de se battre. L’armée était suivie d’un convoi de femmes et d’enfants. Les vétérans de la campagne reçurent le titre honorifique de « Participant de la première campagne (en ) ».
D’après l’historien soviétique Kavtaradze l’origine sociale des du commandement de l’armée se répartissaient comme suit.: Nobles héréditaires — 21 %; Fils d’officiers (à l’exclusion des officiers supérieurs) — 39 %; Bourgeois, cosaques, paysans — 40 %.
La campagne thumb|right|400px|Carte de la campagne Les généraux Alekseïev et Kornilov prirent la décision de partir vers le sud, en direction d’Ekaterinodar, comptant sur les sentiments anti-soviétiques des cosaques du Kouban et des peuples du Nord-Caucase et souhaitant faire de la région militaire du Kouban la base de leurs actions futures. La taille de leur armée correspondait à un régiment de trois bataillons. Elle ne portait le nom d’armée qu’en raison de l’ennemi qu’elle combattait (dont les troupes formaient une armée complète) et parce qu’elle était l’héritière de l’armée impériale russe, sa représentante.
Le , l’armée des volontaires passa sur la rive gauche du Don et se rendit à la stanitsa Olguinskaïa. Là elle se réorganisa en trois régiments d’infanterie (le régiment de marche des officiers, le régiment d'assaut de Kornilov et un régiment de maquisards) ; elle comptait également un bataillon de junkers, un d’artillerie (10 pièces) et deux divisions de cavalerie. Le les volontaires se dirigèrent vers Ekaterinodar en contournant la steppe du Kouban. Les troupes passèrent par les stanitsy Khomoutovskaïa, Kagalnitskaïa et Iegorlykskaïa, et pénétrèrent dans le gouvernement de Stavropol (Lejanka) avant de retourner dans la région du Kouban, ils franchirent la ligne de chemin de fer Rostov-Tikhoretsk avant de descendre sur la stanitsa Oust-Labinskaïa où ils franchirent le fleuve Kouban.
Les troupes se trouvaient en permanence au contact belliqueux des troupes numériquement supérieures de l’armée rouge, dont les effectifs croissaient régulièrement alors que les rangs des volontaires se faisaient chaque jour plus rares. Toutefois ils parvinrent à remporter victoire sur victoire :
Le , l’Armée rouge occupa Ekaterinodar abandonné sans combat par les troupes du colonel Pokrovski qui s’étaient retirées vers Maïkop, ce qui rendit la situation de l’armée des volontaires encore plus précaire. Les premières rumeurs de la prise de Ekaterinodar par les rouges atteignirent les volontaires le à Vyselki, alors que ceux-ci se dirigeaient vers la ville. L’information fut définitivement confirmée deux jours plus tard après la prise de Korenovskaïa à l’issue de combats acharnés, par un journal soviétique trouvé dans la stanitsa. La nouvelle rendait l’idée stratégique de la campagne du Kouban caduque, alors que des centaines de volontaires avaient déjà laissé leur vie pour elle. Le général Kornilov décida de marcher vers le sud plutôt que sur Ekaterinodar, afin de franchir le fleuve Kouban et laisser ses hommes se reposer dans les stanitsy cosaques et aouls tcherkesses des montagnes et « attendre des conditions plus favorables ».
Bien que le général Alekseïev ait été déçu par le choix de rejoindre le Transkouban il n’insista pas pour réviser la décision de Kornilov, car les raisons de cette décision étaient sérieuses. De plus les relations entre les deux chefs de l’armée se dégradaient, Alekseïev se retira des questions d’état-major. Le général Dénikine estimait que l’ordre de marcher vers le sud était une « erreur fatidique » et était plus enclin à intervenir : avec le soutien Romanovski il tenta de convaincre le commandant de l’armée. Mais malgré les efforts des généraux ils ne firent pas changer d’idée Kornilov, prenant en considération toutes les pertes et l’épuisement des troupes il restait sur sa décision : « si Ekaterinodar avait tenu il n’y aurait pas d’autre choix. Mais maintenant nous ne pouvons pas courir le risque ».
Les motifs de Dénikine et Romanovski étaient liés au fait que le but de la campagne, Ekaterinodar, n’était plus éloigné que de quelques marches et toute l’armée était fixée sur la capitale du Kouban comme point final de la campagne, chaque ralentissement, qui plus chaque détour de cet objectif risquait de porter un « lourd coup au moral de l’armée », l’état d’esprit des troupes qui seul pouvait compenser l’infériorité numérique face aux troupes d’Avtonomov et Sorokine ainsi que l’absence de base d’approvisionnement.
L’historien S. Karpenko estime qu’il était en fait impossible de prédire qui de Dénikine et Romanovski ou de Kornilov proposait la meilleure option et qui une « erreur mortelle ». L’état-major de l’armée des volontaires n’avait aucune idée de ce qui se passait au-delà de la zone occupée par l’armée, au-delà de l’étau de l’ennemi. Chacun des généraux volontaires ne pouvait se fonder que sur des « suppositions théoriques et l’intuition ».