Le Mouvement pour la restauration des dix commandements de Dieu (Movement for the Restoration of the Ten Commandments of God, MRTC en anglais) est une secte dissidente de l'Église catholique fondée en Ouganda dans le district de Kanungu par Credonia Mwerinde et Joseph Kibwetere. Fondé dans les années 1980, le mouvement prospéra pendant une dizaine d'années sous la direction de ses cinq leaders Credonia Mwerinde, Joseph Kibwetere, Joseph Kasapurari, John Kamagara, et Dominic Kataribabo. En cependant, plusieurs centaines de fidèles ont été retrouvés morts par la police ougandaise. Certains ont péri dans l'incendie de leur église, d'autres ont été empoisonnés ou assassinés. Après enquête, l'hypothèse d'un suicide collectif a été écartée. Il semble plutôt que les leaders du groupe, après avoir annoncé l'imminence de l'Apocalypse aient directement organisé ce massacre de masseUganda Survivor Tells of Questions When World Didn't End Ian Fischer, The New York Times, April 03, 2000 consulté le 9 mars 2012.

Contexte local

Après son accession à l'indépendance en 1962, l'Ouganda a connu plusieurs décennies de forte instabilité politique et sociale consécutives à la dictature d'Idi Amin Dada, la guerre de brousse, l'explosion de la pandémie de SIDACults: Why East Africa?, BBC News, 20 March, 2000, consulté le 9 mars 2012 et l'absence de véritable démocratie En Ouganda, la prolifération des sectes est encouragée par l'absence de démocratie, Le Temps, 17 avril 2000, consulté le 15 mars 2012. De nombreux Ougandais ont fini par perdre espoir et se sont éloignés de l'Église catholiqueUganda Cult's Mystique Finally Turned Deadly Ian Fischer, The New York Times, April 02, 2000 consulté le 9 mars 2012.

À partir des années 1980, comme dans d'autres pays d'AfriqueUn spécialiste explique le regain des sectes en Afrique, Libération, 5 avril 2000, consulté le 15 mars 2012, plusieurs groupes charismatiquesIci, c'est le royaume des forces surnaturelles, Le Parisien, 9 avril 2000, consulté le 15 mars 2012 se sont formés autour de messies autoproclamés et ont commencé à attirer de nombreux fidèles. Ces groupes ont prospéré d'autant plus vite qu'ils ont permis à des fidèles de connaître des promotions dans la hiérarchie qu'ils n'auraient pas pu espérer en restant dans l'Église catholique"Religion That Kills", ABC News, 14 February 2001.

En 1986, une jeune fille, Alice Lakwena originaire de Gulu dans l'extrême nord de l'Ouganda a ainsi créé un mouvement spirituel, le Holy Spirit Movement, afin de mener une « guerre contre le mal » en instaurant la loi des dix commandements. À la tête d'une armée de fidèles se croyant invincibles grâce à des pratiques magiques transformant les balles de leurs ennemis en eau, elle a affronté l'armée ougandaise (National Resistance Army) avant de battre en retraite et de s'enfuir au KenyaCredonia, prêtresse démoniaque, Libération, 5 avril 2000, consulté le 15 mars 2012.

À la différence du Holy Spirit Movement, la plupart de ces sectes ont longtemps bénéficié en Ouganda de la bienveillance des autorités comme le montre l'audience accordée par le Président ougandais, Yoweri Museveni à des représentants du Mouvement pour la Restauration des Dix Commandements, le , dans sa résidence de RwakituraL'incroyable histoire d'une église et de ses gourous, Le Soir, 11 avril 2000. À la fin des années 1990 cependant, les pouvoirs publics ont commencé à s'inquiéter de l'activité de certains de ces groupes. Le , à Bukoto, dans le comté de Nakaseke, la police ougandaise a pris d'assaut une ferme utilisée par l'Église du Dernier Message d'Avertissement Mondial, une secte apocalyptique, dont des membres étaient accusés d'enlèvements d'enfants et d'abus sexuels sur mineursPrès de 200 morts dans un suicide collectif en Ouganda AFP, 18 mars 2000, consulté le 15 mars 2012. Le , la police ougandaise a dispersé le rassemblement d'une secte dirigée par une prophétesse de 19 ans affirmant être décédée en 1996 et être revenue sur terre pour exhorter le peuple à se repentir avant l'avènement de l'an 2000.

Histoire Création du mouvement

Selon la presse et l'enseignement diffusé par la secte elle-mêmeViolence and new religious mouvements, James R. Lewis, Oxford University Press, 2011, p. 196, Paulo Kashaku, le père de Credonia Mwerinde serait à l'origine de la fondation du mouvement. En 1960, sa fille décédée, Evangelista, lui serait apparue et lui aurait annoncé qu'il verrait un jour le paradis. Cette prédiction se serait réalisée en 1988 avec une vision de Jésus Christ, de Vierge Marie et de saint Joseph. Par la suite, sa fille Credonia aurait reçu des visions similairesThe preacher and the prostitute, BBC News, 29 March, 2000, consulté le 9 mars 2012. En 1989, Paulo Kashaku, disant agir sur ordre de la Vierge Marie, aurait demandé à sa fille Credonia de diffuser à travers l'Ouganda des messages concernant l'imminence de la fin du monde. C'est à cette époque que Credonia rencontra Joseph Kibwetere, un notable local affirmant avoir, lui aussi, reçu une vision de la Vierge Marie dès 1984Apocalyptique Trajectories, John Wallis, Millenarism and violence in the contemporary world, Bern 2004, p. 208.. Ensemble, ils créèrent le Mouvement pour la restauration des dix commandements de Dieu dont l'objectif était de faire observer le respect scrupuleux des Dix commandements et de prêcher la parole de Jésus Christ afin d'éviter la damnation des hommes lors du jugement dernier.

Le rapport de la Commission des droits de l'homme ougandaise publié en 2002 a proposé une version sensiblement différente des circonstances ayant présidé à la création du mouvement : en 1988, Mwerinde, peut-être sous l'influence de réfugiés rwandais Tutsi originaires de Kibeho où se serait produite une apparition mariale, aurait rejoint un mouvement fondé par Blandina Buzigye, une femme affirmant elle aussi avoir vécu une apparition de la Vierge Marie à Nyabugoto Rock, dans le district de Rukungiri. Blandina Buzigye affirmait avoir été informée par la Vierge Marie de l'imminence de l'Apocalypse et avoir reçu comme mission de créer un Mouvement pour la Restauration des dix commandements afin de permettre aux hommes pieux d'être sauvés. C'est au sein de ce mouvement que Credonia Mwerinde se serait affirmée comme leader et aurait recruté plusieurs membres importants de la secte comme Joseph Mwerinde, Paul Ikazire et Dominic Kataribabo. À partir de 1992, elle aurait encore renforcé son ascendant sur le mouvement en mettant à la disposition de la secte un terrain fourni par son père, à Kateete dans le district de KanunguRapport de la Commission des droits de l'homme de l'Ouganda sur le massacre de Kanungu, 2002.

Croissance du mouvement

Le Mouvement défendait une version littérale et extensive des dix commandements : le neuvième commandement « Tu ne feras pas de faux témoignage » était, ainsi, interprété de manière extensive, les fidèles, y compris les enfants, n'ayant pas le droit de parler et devant communiquer entre eux par le seul langage des signes. Les fidèles étaient également tenus de vendre tous leurs biens avant de rejoindre la communauté, de pratiquer des jeûnes fréquents, de ne prendre qu'un seul repas le vendredi et le lundi, de s'abstenir de toutes relations sexuelles et de ne plus faire usage du savon.

En dépit de son caractère rigoriste, le mouvement connut rapidement un grand succès, notamment après l'arrivée de Paul Ikazire et Dominic Kataribabo, un ancien prêtre titulaire d'un doctorat obtenu aux États-Unis. À la fin des années 1990, le mouvement rassemblait près de adeptes. Ces derniers construisirent une école primaire et des maisons pour recruter, sensibiliser des fidèles et prier. Ils achetèrent des terres en commun grâce à l'argent tiré de la vente de leurs biens au moment de rejoindre la communauté. La secte disposait également de plantations de bananiers et d'ananas.

Quelques incidents émaillèrent la vie du mouvement au cours de ces années. En 1992, chassés de Rwashamaire par les anciens du village et la famille de Joseph KibwetereFateful meeting led to founding of cult in Uganda Henri E. Cauvin,March 27, 2000 consulté le 9 mars 2012, les fidèles durent se réinstaller sur une propriété mise à leur disposition par le père de Mwerinde dans le district de Kanungu. En 1994, Paul Ikazire quitta la secte avec sept autres membres. En 1998, la secte fut accusée d'avoir recours au travail d'enfants, d'avoir des locaux insalubres et d'avoir kidnappé des mineurs. Une lettre de dénonciation fut adressée en ce sens à la Commission des droits de l'homme ougandaise. L'école, Ishayuuriro rya Maria fut fermée temporairement mais elle continua à recevoir l'aide de l'État (Universal Primary Education)A party, prayers, then mass suicide Anna Borzello The Guardian March 20, 2000.

Ce qui inquiétait le plus les autorités ougandaises (notamment les services de renseignementDeath cult activities 'ignored, BBC News, 30 March 2000, consulté le 15 mars 2012) était l'enseignement diffusé par la direction de la secte. Résumé dans l'ouvrage de référence A Timely Message from Heaven: The End of the Present Time, cet enseignement portait principalement sur l'imminence de la fin des Temps. Les leaders du groupe avaient convaincu les fidèles qu'ils étaient en communication directe avec la Vierge Marie et que la fin du monde aurait lieu le . Ils présentaient le mouvement comme une sorte d'Arche de Noé pouvant sauver les justes au milieu d'un monde totalement corrompu.. Malgré cela, la surveillance du mouvement par la police locale fut déficiente et ne permit pas d'éviter le drame.

L'Apocalypse

À l'approche de l'année 2000, les préparatifs en vue de la fin du monde s'accélérèrent au sein du mouvement. La direction du groupe fit pression sur les fidèles pour qu'ils confessent leurs péchés et fassent revenir d'anciens adeptes. Les disciples vendirent leurs habits et leur bétail et cessèrent leurs travaux dans les champs. Cependant, lorsque le rien ne se passa, un conflit éclata au sein de la secte et le leadership de Mwerinde et Kibwetere fut ouvertement contesté. La police ougandaise suppose qu'à ce moment-là, certains fidèles qui avaient été poussés à vendre leurs biens avant le demandèrent à être remboursés.

Peu de temps après, la direction du Mouvement reprit l'initiative en annonçant que la fin du monde aurait lieu le . Le Mouvement organisa une grande fête à Kanungu au cours de laquelle trois bœufs furent rôtis et dix caisses de boissons non alcoolisées consommésEvidence Indicates Uganda Cult Held an Eerie Prelude to Fire Henri E. Cauvin, The New York Times, March 26, 2000.

Le , des membres du groupe entrèrent dans leur église de Kanungu en priant et en chantant. Quelques minutes plus tard, une explosion retentit et un incendie se déclara dans le bâtiment. Comme les fenêtres et les portes avaient été condamnées, les fidèles furent pris au piège des flammes et 530 moururent parmi lesquels des dizaines d'enfants. On pensa dans un premier temps que les cinq leaders du groupe, Joseph Kibwetere, Joseph Kasapurari, John Kamagara, Dominic Kataribabo, et Credonia Mwerinde étaient également morts dans l'incendie.

Quatre jours après le drame, la police découvrit des centaines d'autres corps dans des propriétés utilisées par le Mouvement dans le sud de l'Ouganda. Six corps furent retrouvés enfermés dans les toilettes du compound de Kanungu, 153 corps dans celui de Buhunage, 155 sur le domaine de Dominic Kataribabo à Rugazi où ils avaient été empoisonnés et poignardés, 81 corps dans la ferme de Joseph Nyamurinda et 55 corps à Kampala. Les enquêtes médico-légales ont montré que ces victimes avaient été tuées plusieurs semaines avant l'incendie de l'église.

Les suites de l'affaire