alt=Sculpture en métal figurant un humain au milieu de cercles de métal figurant les méridiens et les parallèles du globe avec des oiseaux eux-aussi sculptés prenant leur envol.|vignette|Monument au multiculturalisme par Francesco Pirelli (1985), Union Station, Toronto, Ontario. Le multiculturalisme canadien est une vision nationale des rapports entre, d'une part, les immigrants et citoyens issus de l'immigration et, d'autre part, l'État et la population nationale, soutenue par un ensemble de politiques gouvernementales adoptées dans les années 1970 et 1980 et ayant toujours cours aujourd'hui au Canada. La politique du gouvernement fédéral en matière de multiculturalisme consiste à « reconnaître le fait que le multiculturalisme reflète la diversité culturelle et raciale de la société canadienne et se traduit par la liberté, pour tous ses membres, de maintenir, de valoriser et de partager leur patrimoine culturel » et « à reconnaître le fait que le multiculturalisme est une caractéristique fondamentale de l’identité et du patrimoine canadiens et constitue une ressource inestimable pour l’avenir du pays, ainsi qu’à sensibiliser la population à ce fait; [...]. »
En clair, le multiculturalisme canadien prône la coexistence de différentes cultures au sein du pays, par opposition à l'intégration et à la constitution d'une identité commune. En ce sens, la notion de multiculturalisme est souvent opposée à la notion d'« interculturalisme », plutôt préconisée au Québec.
Historique
Le concept de multiculturalisme est apparu au Canada au cours des années 1960 en opposition au concept de biculturalisme utilisé par la Commission royale d’enquête sur le bilinguisme et le biculturalisme (1963-1965). Dans son rapport final, l'enquête a souligné que « le Canada est une mosaïque ou une société multiculturelle, composée de trois principaux éléments : les Britanniques, les Français et les autres Canadiens. »
En 1971, le gouvernement fédéral adopte sa première politique sur le multiculturalisme, une première mondiale. En 1973 est créé le ministère du Multiculturalisme et le Conseil canadien du multiculturalisme.
En 1982, sous le premier ministre Pierre Elliott Trudeau (1968 à 1984), l'article 27 de la Charte canadienne des droits et libertés est incluse dans la Constitution du Canada lors du rapatriement de la constitution. On y lit notamment :
Le , la Chambre des communes adopte la Loi sur le multiculturalisme canadien.
En 2008, le Rapport Bouchard-Taylor, rédigé par des commissaires du gouvernement québécois, définit le multiculturalisme comme ceci : « Dans son acception la plus courante, système axé sur le respect et la promotion de la diversité ethnique dans une société. Cette définition peut conduire à l’idée que l’identité commune d’une société se définit exclusivement par référence à des principes politiques plutôt qu’à une culture, une ethnicité ou une histoire. ». Ce même rapport propose en réponse à ces enjeux spécifiques l'interculturalisme, qu'il définit comme ceci : « Politique ou modèle préconisant des rapports harmonieux entre cultures, fondés sur l’échange intensif et axés sur un mode d’intégration qui ne cherche pas à abolir les différences tout en favorisant la formation d’une identité commune. »
La politique de multiculturalisme est défendue avec une ardeur renouvelée par Justin Trudeau, fils du précédent et premier ministre depuis 2015.
Sources idéologiques Origines Les penseurs John Murray Gibbon, Charles Hobart, Alfred Zimmern et John Buchan ont été les précurseurs idéologiques du multiculturalisme et vantaient l'idée d'une mosaïque culturelle plutôt que d'un système assimilationiste.
Historiquement, le Canada pratiqua une politique d'assimilation culturelle vis-à-vis des immigrés. Ces derniers étaient soumis à un processus d’assimilation à la culture, aux coutumes, aux mœurs et aux traditions des Canadiens anglais. L’immigration était également discriminatoire sur la base de la race. En 1885, sous la pression de la Colombie-Britannique, le gouvernement fédéral imposa des politiques visant à restreindre l’immigration chinoise, comme une taxe d’entrée et, plus tard, la Loi sur l’immigration chinoise de 1923. En 1947, l’interdiction formelle de l’immigration chinoise est levée. Toutefois, en 1952, une nouvelle Loi sur l’immigration maintient les politiques discriminatoires du Canada à l’égard des immigrants non européens et non américains. Ce n’est qu’en 1962 que le gouvernement fédéral met fin à la discrimination raciale dans le système d’immigration. En 1967, un système de points est mis en place pour classer les immigrants potentiels en fonction de leur admissibilité. La race, la couleur ou la nationalité ne sont pas des facteurs dans le nouveau système ; au contraire, les compétences professionnelles, les niveaux d’éducation, les compétences linguistiques (soit le fait de parler le français ou l’anglais) et les liens familiaux deviennent les principales considérations pour décider qui peut immigrer.
Le multiculturalisme en remplacement du biculturalisme vignette|233x233px|Pierre-Elliot Trudeau Le concept de multiculturalisme est apparu au Canada au cours des années 1960 en opposition au concept de biculturalisme utilisé par la Commission royale d’enquête sur le bilinguisme et le biculturalisme. C'est en 1971 que le gouvernement fédéral promulgue sa première politique sur le multiculturalismeGouvernement du Canada, Immigration, Réfugiés et Citoyenneté, « Le multiculturalisme canadien : une citoyenneté ouverte à tous et à toutes » sur www.cic.gc.ca (consulté le 16 décembre 2016), sous l'impulsion de Pierre Elliott Trudeau, lequel fera également adopter en 1982 la Charte canadienne des droits et libertés, sur laquelle s'appuie en très grande partie la politique multiculturaliste canadienne d'aujourd'hui. Entre-temps, en 1973 est créé le ministère du Multiculturalisme et le Conseil canadien du multiculturalisme. Trudeau ne cachait pas que l'adoption du multiculturalisme comme politique d'État marquait une rupture avec le concept antérieur des « deux peuples fondateurs »Guillaume Rousseau, La nation à l’épreuve de l’immigration : le cas du Canada, du Québec et de la France, Du Québécois, Québec, 2006, .
Institutionnalisation La politique de multiculturalisme canadien est institutionnalisée notamment par : La création en 1973 du ministère du Multiculturalisme (le multiculturalisme relève aujourd'hui du ministère du Patrimoine canadien) et du Conseil canadien du multiculturalisme (qui deviendra le Conseil ethnoculturel du Canadahttps://lop.parl.ca/sites/PublicWebsite/default/fr_CA/ResearchPublications/200920E); Les autres institutions fédérales, tenues d'appliquer la Politique de multiculturalisme; La Cour suprême du Canada, surtout après l'adoption de la Charte canadienne des droits et libertés mais avant aussi.
Administration fédérale
Chaque année, le ministre responsable du multiculturalisme (actuellement le ministre du Patrimoine canadien) doit produire un rapport sur l'application de la Politique du multiculturalisme (par ce ministère et par les autres institutions fédérales). Le rapport de 2017-2018 précise que : « Toutes les institutions fédérales ont un rôle essentiel à jouer dans la mise en œuvre de la Politique du multiculturalisme canadienne en encourageant et en aidant les particuliers, les organisations et les institutions à intégrer la réalité multiculturelle du Canada dans leurs activités.. » Il traite des champs d'application suivants de la loi : égalité des chances dans le secteur de l'emploi; amélioration de la capacité des personnes et des collectivités de contribuer à l'évolution permanente du Canada; promotion de la compréhension interculturelle collecte de données sur la diversité pour orienter et permettre l'élaboration de politiques, de programmes, de pratiques et de services; capacité multilingue et recours à des experts culturels.
Cour suprême et Charte canadienne des droits et libertés vignette|Édifice de la Cour suprême Déjà en 1955, le juge Robert Taschereau déclarait dans un jugement « qu’au Canada il n’y avait pas de religion d’État et même que toutes les religions étaient égalesGuillaume Rousseau, La nation à l’épreuve de l’immigration : le cas du Canada, du Québec et de la France, Du Québécois, Québec, 2006, ». Ce jugement souligne le principe de séparation de l’État et des Églises au Canada tout en protégeant, d’une façon plus globale, la liberté religieuse et en interdisant la discrimination fondée sur la religion. L’appareil judiciaire va donc être, en quelque sorte, un bouclier sur lequel les minorités ethniques, religieuses et culturelles peuvent s’appuyer.
C'est toutefois en 1982, en inscrivant le Charte canadienne des droits et libertés, dans la Constitution, que Trudeau fournit à l'État canadien son outil le plus solide pour l'application du principe de multiculturalisme. Selon l’article 27 de la Charte, tout interprétation de cette dernière « doit concorder avec l’objectif de promouvoir le maintien et la valorisation du patrimoine multiculturel des Canadiens ». La Charte confirme les libertés religieuses de manière à laisser libre cours à toutes les cultures des immigrants. Elle vise aussi à promouvoir un idéal de tolérance, de respect et d’égalité de tous envers chacun. On peut considérer que ce document témoigne de l'entrée du Canada dans l’ère du mondialisme, où chaque société doit s’adapter à l’explosion des échanges, en particulier sur le plan humain.
La Charte ayant valeur constitutionnelle, la Cour suprême s'appuie sur elle pour statuer sur toutes les causes touchant de près ou de loin la tolérance et la diversité culturelle.
Valeurs prônées par le multiculturalisme
Au Canada, le multiculturalisme dépouille les Canadiens anglais et les Canadiens français de leur statut de « peuples fondateurs », et en même temps, sonne le glas de la prépondérance de ces deux groupes ethniques au sein de la culture canadienne. Pour Trudeau, s'il faut rendre le Canada bilingue, c'est uniquement parce qu'il y a une proportion significative d'individus francophones au Canada, et non pas pour rendre justice au peuple Canadien français.
Les valeurs du multiculturalisme proviennent notamment de la Constitution du Canada et de la Charte des droits et libertés qui garantissent que tout les citoyens et citoyennes ont des droits et des responsabilités « notamment l’égalité devant la loi, l’égalité de bénéfice et la protection égale de la loi — peu importe leur origine. »
Le multiculturalisme vise à doter les canadiens et canadiennes, de droits de la personne, de libertés, de respect mutuel et de reconnaissance et de participation au sein de la société. Il vise ainsi a faire valoir « la possibilité de préserver, d'améliorer et de faire connaître leur patrimoine culturel. »
D'après l'Enquête sociale générale de 2020, 92 % de la population canadienne âgée de 15 ans et plus étaient « d'accord avec le fait que la diversité ethnique ou culturelle constitue une valeur canadienne. »
Résistance au multiculturalisme vignette|226x226px|Le drapeau du Québec
Au sein de la fédération canadienne, c'est surtout au Québec que le multiculturalisme est critiqué, étant perçu généralement comme une stratégie fédérale, inspirée par Pierre Elliott Trudeau, pour étouffer les particularités québécoises. Au multiculturalisme, le Québec oppose l'interculturalisme, notion qui a été développée notamment dans le rapport Bouchard-Taylor (2008). Voir développement ci-dessous.
Critique du multiculturalisme vignette|259x259px|Mathieu-Bock-Côté