La bataille d'Amiens est un épisode de la campagne de France qui s'est déroulé du au . Elle opposa l'Armée française, soutenue par le Corps expéditionnaire britannique à la Wehrmacht, pour le contrôle de la ville d'Amiens lors de la Seconde Guerre mondiale. Malgré une résistance acharnée, elle se solda par la retraite des armées françaises.

Contexte historique

La percée allemande La Drôle de guerre prit fin brusquement le avec l'attaque allemande aux Pays-Bas, au Luxembourg et en Belgique. Après la percée allemande à Sedan, une suite de revers des armées française et britannique entraîna une avancée rapide des armées allemandes. Amiens, tout comme Lille, Arras et Calais, constituait pour elles un objectif majeur : située sur la Somme dernier obstacle naturel avant la Seine et Paris, la ville était un nœud ferroviaire et routier de première importance. La prise d'Amiens ouvrit à la Wehrmacht la route de Paris et lui permit de poursuivre son offensive vers le sud. Le , les Allemands étaient aux portes d'Amiens.

La Ligne Weygand Sur décision du gouvernement, le , le général Gamelin fut remplacé à la tête des armées françaises par le général Weygand revenu précipitamment du Moyen-Orient. Il parvint à constituer une ligne de front la « Ligne Weygand » sur le cours de l'Aisne, puis de l'Ailette, du canal Crozat et de la Somme jusqu'à son embouchure avec des troupes refluant de différents lieux de combat.

Les unités militaires françaises sur la Somme en mai-juin 1940 Au , les unités de l'armée française présentes sur la Ligne Weygand dans la Somme étaient :

la commandée par le général Altmeyer composée de : Le d'armée commandé par le général Ilher composé de : la d'infanterie du général Baudouin, la d'infanterie alpine du général Vauthier, la d'infanterie du général Durand, la 2e division légère de cavalerie du général Gastey, la 5e division légère de cavalerie du général Chanoine, Le d'armée commandé par le général Gransard composé de : la d'infanterie du général Mordant, la d'infanterie du général Voirin, la 4e division d'infanterie coloniale ( D.I.C.) du général de Bazelaire de Ruppierre, la 3e division légère de cavalerie du général Petiet, la division cuirassée du colonel de Gaulle, la 5e division d'infanterie coloniale du général Sechet, un des deux corps d'armée de la du général Frère : Le d'armée, commandé par le général Sciard composé de : la 7e division d'infanterie nord-africaine ( D.I.N.A.) du général Barré, la d'infanterie du général Lenclud; la d'infanterie du général Gérodias, la d'infanterie du général Mendras, la (Highland) du général Fortune et les restes de la division blindée britannique. Ces troupes disparates formant le Groupe d’armées n° 3, commandé par le général Besson, tenaient la ligne de la Somme mais ne possédaient pas l'armement lourd suffisant pour leur permettre de barrer la route au groupement blindé von Kleist.

Déroulement de la bataille Attaques aériennes allemandes Premiers bombardements Dès le , les avions allemands survolèrent le département de la Somme et bombardèrent plusieurs villes : Abbeville, Doullens et l'usine aéronautique de Méaulte. Amiens fut survolée à plusieurs reprises sans être bombardéePierre Vasselle, La Tragédie d'Amiens, préface du général Weygand, Amiens, Librairie Léveillard, 1952.

Bombardements aériens des 18 et 19 mai 1940 Le samedi vers , Amiens subit un premier bombardement : une douzaine d'avions allemands s'abattirent en piqué sur la ville. Les bombes touchèrent la gare de triage de Longueau à l'est de la ville et le quartier Saint-Roch à l'ouest du centre-ville. La gare Saint-Roch fut détruite en grande partie faisant une dizaine de tués et un plus grand nombre de blessés parmi la population et les militaires britanniques dont le train stationnait en gare.

Le lendemain, dimanche , vers midi, une nouvelle attaque aérienne frappait la ville: trois escadrilles de bombardiers, protégés par des chasseurs volant à plus haute altitude détruisirent une grande partie du centre-ville ainsi que la gare du Nord, le faubourg Saint-Pierre à proximité de la citadelle, l'église Saint-Honoré et les immeubles avoisinant, une partie du faubourg de Hem et le quartier Saint-Jacques. On estime le nombre de tués à plus d'une centaine, le nombre de blessés étant plus grand. La population s'enfuit alors que la cité était en flamme, le préfet parcourant la ville avec des membres de la municipalité, dénombra une cinquantaine de foyers d'incendie dans le seul centre-ville. L'incendie dura cinq jours épargnant la cathédrale.

Le lendemain, l'armée allemande entrait dans Amiens.

Prise d'Amiens par l'armée allemande Le , vers , la de Panzer entre dans Amiens. Le , renforcé de canons de 75 et de chars Renault FT, barricade les entrées de la ville mais il doit se replier après la destruction de la barricade de la route d'Albert. Sur leur lancée, les Allemands capturent vers 14 h le Battalion du au sud de la ville. Cependant, les troupes du commandant Thuillier, 16 officiers et de troupe avec un armement réduit : 16 fusils mitrailleurs, 8 mitrailleuses, sans canon antichar, résistèrent dans la citadelle jusqu'au soirPierre Vasselle, La Tragédie d'Amiens, préface du général Weygand, Amiens, Librairie Léveillard, 1952..

La de Panzer longea ensuite la Somme en direction d'Abbeville, son principal objectif, qu'elle atteignit dans l'après-midi. Les troupes françaises de la Armée étaient coupées des troupes françaises du Nord. L'armée allemande atteignit Noyelles-sur-Mer et la Manche vers 20 h 00 après avoir parcouru dans la journée. Les Allemands encerclèrent les armées belges, britanniques et 30 divisions françaises autour de Boulogne-sur-Mer, Calais et Dunkerque.

Bataille à l'est d'Amiens Le d'armée atteint ses positions près de Le Hamel, Aubigny, et le long de la route allant d'Amiens à Saint-Quentin. Le , à la fin de la première phase de la campagne de France, les Allemands avaient constitué une tête de pont sur la rive gauche de la Somme à Aubigny et à Fouilloy. Du 24 au , les troupes de la DIC prirent et perdirent Aubigny deux fois au prix de lourdes pertes.

Le du 24e régiment de tirailleurs sénégalais ( RTS) du commandant Gélormini prit le village après une contre-attaque violente. Durant toute la journée du 24, le bataillon repoussa les contre-attaques de la d'infanterie allemande mais les Français manquant de munitions et d'armes automatiques, l'ordre de repli fut donné, dans la soirée. Après un combat de rue qui infligea de nombreuses pertes aux Allemands, le bataillon parvint à regagner ses positions de départ. Une cinquantaine de tirailleurs blessés, n'ayant pu parvenir à se replier, furent achevés par les troupes allemandes.

Le , un nouvel ordre d'attaque fut donné au du RTS dont les troupes avaient été complétées. L'attaque débuta à 19 h 10 par un raid de bombardiers français qui lâchèrent leurs bombes sur le village de Fouilloy. L'artillerie allemande disloqua l'attaque des tirailleurs à 20 h 00. Des renforts permirent la reprise de l'attaque à 20 h 30 mais la contre-attaque allemande menaçait les Français d'encerclement. À 2 h 00, le , après avoir résisté à la pression allemande, le Commandant Gélormini donna l'ordre de repli.. du du RTS périrent pour la défense d'Aubigny.

Des combats se déroulèrent également à Villers-Bretonneux entre la DIC et l'armée allemande.

Bataille au sud d'Amiens Amiens était située sur le flanc sud du dispositif militaire allemand qui cherchait à réduire la poche de Dunkerque du au Raymond Regrain, Michel Gilloir, Joëlle Acoulon, Jean-François Leblond, Yvan Brohard, Michel Lazure, Paul Oudart, Amiens, Paris, Christine Bonneton éditeur, 1989 .

Du au , Amiens fut la cible de bombardements aériens menés par la LuftwaffeJuin 1940, bataille de la Somme : un Héros parmi tant d’autres..., Histoire-Généalogie.com, consulté le 5 mars 2012.

Le , les Allemands attaquèrent les quartiers sud de la ville et obligèrent la population restée sur les lieux à se réfugier au nord de la Somme. 12 otages, détenus au Palais de Justice, répondirent sur leur vie de la sécurité de l'occupant.

Après que les Allemands furent entrés dans la ville, l'artillerie française bombarda les faubourgs d'Amiens. Jusqu'au , la ville subit les attaques de l'armée française ( D.I.C. et D.I.) retranchée au sud d'Amiens, sur le plateau de Dury comme en 1870. La d'infanterie reprit le village de Cagny, le après de furieux combats mais dut se replier le à l'aubeJdA Journal d'Amiens Métropole 27 avril-3 mai 2016. Les Français de la d'infanterie tinrent le village de Saint-Fuscien, appuyés par la d'infanterie, défendant la position d'Essertaux, et le bataillon de chars de combat (BCC) résistèrent héroïquement face aux assauts allemands des 7 du général Rommel, 9 du général von Hubicki et Panzerdivision du général Schaal. Cette résistance fut payée chèrement car les pertes humaines furent nombreuses, ainsi la bataille de Bezencourt se solde par la perte de 90 hommes du 67e Bataillon de chasseurs alpins. Des prisonniers furent assassinés : 86 corps furent retrouvés près du saut-de-loup qui marque la limite du parc du château de DromesnilInscription sur la stèle commémorative à l'arrière du château de Dromesnil..

Le , les divisions blindées allemandes ayant réduit la poche de Dunkerque, purent participer à la deuxième phase de l'offensive et se concentrer sur la Somme pour percer les lignes françaises.

Le lendemain et le , les Allemands intensifièrent leur offensive, appuyés par des dizaines de blindés. Les Français tentèrent de défendre leurs positions avec l’appui de quelques chars et canons anti-chars qui se battirent à un contre quatre mais l'effort fut vain. Le , les dernières unités françaises se retirèrent de la ville.

Conséquences Bilan humain et matériel

La résistance des troupes françaises fut payée chèrement avec des pertes importantes.Des 50 tirailleurs sénégalais blessés du du RTS furent achevés à Aubigny. 86 corps furent retrouvés au saut de loup, à l'arrière du château de Dromesnil et une centaine d'hommes du Régiment de Tirailleurs Sénégalais (RTS) furent brûlés vifs dans une grange par des soldats allemands. 196 blindés allemands (Panzer III et IV) furent détruits lors de la bataille. 25 % de la ville furent détruits dont 60 % du centre-ville. La population fuyant la ville, il ne restait que environ sur une population de en 1939.

Conséquences militaires et politiques Le président des États-Unis, Franklin Delano Roosevelt, adressa un télégramme de félicitations à Paul Reynaud, président du Conseil, pour la résistance des divisions françaises lors de la bataille.

Charles de Gaulle se serait inspiré de ce télégramme pour créer l'idée d'une France résistante, d'une France librePierre Rocolle, La guerre de 40. La Défaite:10 mai-25 juin 1940. Paris, éd Armand Colin, 1990.Jacques Riboud, Souvenir d'une bataille perdue, Paris, ed J.R.S.C. 1990, rééd.2006..

Bien que l'Armée française infligeât de lourdes pertes aux Allemands, elle s’avéra incapable de freiner la Blitzkrieg allemande et dut se replier le sur la Seine. Le , après avoir sécurisé leur flanc nord, les Allemands entraient dans Paris.

Cependant, les troupes françaises continuèrent de résister dans le cadre de la bataille des Alpes après que l'Italie eut déclaré la guerre à la France.

La débâcle des armées françaises se poursuivit après l'échec de la défense de la Loire et de la vallée du Rhône. Pétain demanda l'armistice qui fut signé le à Compiègne et entra en vigueur le de la même année.

Conséquences de la défaite française pour la ville Le , le préfet fut de retour à Amiens, la vie reprit ses droits, une grande partie de la population regagna la ville.

Du au , Amiens subit quatre années d'occupation par la Wehrmacht avec son cortège d'humiliations, pénurie, restrictions, spoliation, stigmatisation, répression, déportation et extermination. Elle fut libérée par les Britanniques et les FFI, le .