Léglise Notre-Dame qui se dresse sur le territoire de la commune française de Dives-sur-Mer, dans le département du Calvados, en région Normandie, est un édifice catholique. Elle a été le lieu d'un pèlerinage important qui a duré essentiellement jusqu'aux guerres de Religion et à la destruction d'un objet soumis à la dévotion des fidèles, un Christ Saint-Sauveur trouvé selon la tradition au par des pêcheurs ; le pèlerinage a repris ensuite jusqu'à la Révolution française.
Si l'édifice actuel conserve des éléments datés du et a subi au fil des siècles de sévères déprédations, il est en relatif bon état du fait de campagnes de restaurations successives dont la dernière en cours date du début du . C'est selon Arcisse de Caumont. Elle fait l'objet d'un classement au titre des monuments historiques depuis 1888.. Un certain nombre d'éléments mobiliers font l'objet d'une inscription.
L'église a conservé peu de vitraux anciens, même si, à la fin du , un panneau de vitrail du en provenant a été retrouvé et acheté par la commune avec le concours de l’État. L'édifice conserve en outre de remarquables graffitis marins sur ses murs, datés du : le corpus de graffitis, exceptionnel car le nombre de ceux-ci est , permet d'étudier les navires à la fois marins et fluviaux et également de nombreux aspects, dont religieux, de la vie de la communauté présente dans la commune sur plus de cinq siècles.
Localisation L'église se trouve dans la commune de Dives-sur-Mer, dans le département français du Calvados, en France. Située rue Hélène Boucher, au cœur du bourg ancien et dans la partie orientale de la ville, elle est décalée par rapport aux trois axes routiers passant par là. Jusqu'au , l'église était entourée du cimetièreL'église sur le site patrimoine-religieux.fr..
Historique De l'origine au , une église paroissiale dont le développement est lié à un pèlerinage vignette|gauche|alt=Plan montrant, par un jeu de couleurs, les phases successives de construction d'un édifice.|Plan chronologique de l'église. Le site possède un lieu de culte depuis au moins l'époque carolingienne, voire dès le . Au , Dives dépend de l'abbaye de Jumièges.
vignette|alt=|Récupération de la statue dans l'estuaire, selon le vitrail du de l'église dit du Christ Saint Sauveur.
Les pêcheurs découvrent la statue du Christ Saint-Sauveur le selon la date traditionnelle. Le culte est cependant plus récent. Après la pêche, un des hommes présents effleure à la hache la statue, qui se met alors à saigner . La croix est découverte trois ans après dans la mer. La statue aurait été l'objet d'un litige entre les marins de Dives et ceux de Cabourg, ayant été trouvée dans les eaux de cette dernière paroisse ; la statue, après un jet dans l’estuaire sur préconisation des autorités ecclésiastiques, échoue alors sur le rivage de Dives. Cette statue aurait été rattachée à Nicomède, qui aurait sculpté plusieurs effigies, ou à un édifice cultuel détruit par l’érosion marine ou issue d’un navire ayant coulé. Saint-Sauveur est le nom du bourg jusqu’à l’époque moderne. L'édifice est cité dans un texte du duc daté de 1025.
L'église abrite la relique et le village est lieu de pèlerinage qui génère des revenus. Ce pèlerinage a lieu deux fois l'an, de la Pentecôte à la Trinité et au mois d'août. Il est basé sur la légende du Christ Saint-Sauveur, que les pèlerins pénétrant par un portail lisaient dans les clefs de voûte historiées. Le pèlerinage a comme objet le secours en mer, mais également la lutte contre les épidémies ou le salut de l'âme des pèlerins. L'accès se faisait par le portail sud.
Les parties les plus anciennes de l'édifice actuel datent du sans qu'on sache quand fut posée la première pierre, sans doute avant. La tradition attribue la construction à Guillaume le Conquérant, dès 1067, au lendemain de la conquête de l'Angleterre à la suite de la bataille d'Hastings. Mieux attestée, une charte de Guillaume de Breteuil datant de la fin du précise que le donateur accorde à l'abbaye de Troarn un terrain pour étendre l'église. L'agrandissement de l'édifice daterait de la fin du et du début du . Guillaume de Breteuil meurt en 1103.
vignette|gauche|alt=|Piliers du chœur roman et autel.
Après la conquête de l'Angleterre, le fief de Dives fait partie de l'abbaye aux Hommes de Caen dont les droits sont partagés à partir de 1066 avec l'abbaye Saint-Martin de Troarn. Les droits de l'abbaye caennaise sont confirmés entre 1066 et 1077. Le partage entre les deux abbayes est confirmé par Odon entre 1079 et 1083, comme haut dignitaire du duché et non comme évêque. La charte d'Odon qualifie l'édifice de . L'abbaye aux Dames possède la dîme de Dives. L'abbé de Caen y perçoit la dîme, les droits de péage des baleines capturées et les droits sur le sel produit. L'abbaye Saint-Martin de Troarn possède les droits relevant de l'église de Dives, le droit de nommer à la cure et le cimetière.
vignette|alt=|Chapiteau roman de l'église de Dives.
Dives profite des relations avec l’Angleterre. Au , et à une date précise inconnue est fondé, peut-être du fait du succès du pèlerinage, un prieuré dont on ignore l'emplacement. En 1908, l'abbé Bourdier évoque une période entre 1179 et 1203 pour la naissance de ce prieuré. Certains considèrent que les vestiges de l’ancien prieuré fortifié au début du sont situés face à l’église ; l’édifice est vendu au début du . Cette localisation relève d'une tradition locale selon Carpentier, il est peut-être plus simplement localisé dans l'église.
L'agrandissement de style roman de l'église pourrait dater de cette période. Une pièce du chartrier de Saint-Martin de Troarn indique que le nom du donateur, Durand, peut s'appliquer à un abbé en poste de 1059 à 1088 ou à un autre en poste de 1179 à 1203. Carpentier penche pour une datation au dernier quart du .
Après la conquête de la Normandie par Philippe Auguste, Dives intègre le domaine royal, et est géré sur le mode de la fiefferme ; les seigneurs de l'estuaire choisissent le parti anglais, les domaines sont donc confiés à des fidèles du nouveau pouvoir. Vers 1280, la fiefferme est attribuée à l'abbé de Saint-Étienne.
Du , entre rénovations et malheurs vignette|alt=Tableau représentant un noble en habits du |Tableau représentant en 1565 par François Clouet, œuvre conservée au musée d'Art de Saint-Louis. L'amiral est le chef de guerre qui fait dévaster l'église pendant les guerres de Religion.
L'agrandissement se poursuit aux en style gothique rayonnant, en particulier dans la nef. La reconstruction de l'édifice commence par le chœur et remonte jusqu'aux deux premières travées de la nef. Le transept et la partie supérieure de la tour sont refaits à cette occasion. La statue du Saint-Sauveur est déposée dans une chapelle haute et surveillée par trois moines disposant de chambres.
La guerre de Cent Ans entraîne de graves déprédations dans l'église qui est . Les renseignements sur la guerre de Cent Ans sont peu nombreux. Les troupes anglaises dévastent la ville en 1362 et 1410, une bataille a même lieu en 1443 qui aboutit à un incendie. Le chantier de l’église en est retardé, surtout que la peste noire touche la région. Le petit âge glaciaire est à son maximum en 1380. Caen est occupée en 1417 à la suite du siège de la ville.
vignette|gauche|alt=Statue du Christ Saint-Sauveur sur sa croix présent sur le mur du chœur de l'édifice|Statue du Christ Saint-Sauveur du .
Les zones côtières sont ravagées ponctuellement par les troupes anglaises et françaises après 1417, malgré la mise en place d’un gardiennage appelé « guet de mer ». La surveillance est sans doute réalisée à partir de la tour de l’église. La guerre contrarie le commerce et le chantier de l’église est arrêté. Peut-être y a-t-il eu des destructions dans l’église, ce qui explique les phases de construction de l’édifice.
Des travaux ont lieu également au , en style gothique flamboyant. La destruction de la statue du Christ Saint-Sauveur, selon Théodore de Bèze est attribuée aux huguenots de l'amiral de Coligny en 1562, stationnés dans le bourg dans l’attente d’une aide anglaise après avoir saccagé l'abbaye de Troarn. Cet épisode se déroule au début des guerres de Religion. Un incendie aurait laissé des traces sur le clocher.
Une copie de la statue du Christ Saint-Sauveur est réalisée au et placée dans le transept nord après avoir été déposée dans la chapelle absidiale de la Vierge. Le pèlerinage n’attire plus les foules. Selon Carpentier, la désaffection pour le pèlerinage est davantage liée à l'évolution des mentalités, à la Réforme catholique et aux changements économiques à partir du . La cité décline sur le plan économique et démographique jusqu’au . La chapelle haute est encore signalée au début du .
De la Révolution française au vignette|alt=|Gravure de l'église au temps d'Arcisse de Caumont, par Georges Bouet.
Le curé Perrin prête serment à la Constituante, puis émigre en 1792. Il est remplacé par un curé jureur. L’église est pillée en 1793 : les cloches échappent de peu à la fonte, le trésor en argent (représentant ) n’ayant pas cette chance. La statue du Saint-Sauveur est cachée par un habitant pendant toute la durée de la Révolution française . L’église devient un temple de la Raison en .
vignette|gauche|alt=L'église vue du sud-ouest en 1879, figurant la façade sud occupée par un cimetière et des ifs, côté occupé désormais par un parking|L'église vue du sud-ouest en 1879 ; l'espace est désormais occupé en majeure partie par un parking.
L’église est rendue au culte en 1802 après le Concordat et la paroisse doit, pour loger le desservant du culte, louer le presbytère qui avait été vendu. Le pèlerinage s'arrête mais reprend en 1812 avec un nouveau vitrail, et la remise en place de la statue du Christ. Un curé unique officie à Dives et Cabourg en 1825 ; une maison doit être acquise à la fin des années 1820 pour servir de presbytère, cependant l’opération ne se réalise pas avant 1834. La question de travaux au presbytère se pose une quarantaine d’années plus tard.
Des travaux de restauration sont recensés depuis 1842 et se poursuivent jusqu'à l'époque contemporaine. Cependant, la chapelle haute est détruite dans les années 1850, mais l'édifice est reconnu . L'édifice est classé au titre des monuments historiques le .
Les vitraux médiévaux sont remplacés dans la seconde moitié du et ces nouvelles verreries sont restaurées après la Seconde Guerre mondiale. Des travaux sont également menés par la municipalité depuis la fin du et le début du . L'église fait l'objet depuis les années 1990 d'une importante campagne de travaux de restauration. Une nouvelle campagne commence en 2012 et s'achève en 2014 par la restauration de la tour-lanterne et du transept. Les restaurations se poursuivent depuis les années 2010, en particulier des travées de la nef, les vitraux, grâce en partie à un don d'une particulièreL'imposant chantier de réfection des vitraux de l'église de Dives-sur-Mer, sur actu.fr, 29 juin 2017 et certains éléments du mobilier. L'édifice reste fragile car l'air marin érode ses sculptures.
L'édifice est utilisé par la paroisse de Saint Sauveur de la Mer, créée en 1997, qui comprend les communes de Dives-sur-Mer et Houlgate. Une statue du saint Sauveur est offerte à l'édifice en 2001. Depuis 2017, il n'y a plus qu'un seul curé pour trois paroisses (Saint Sauveur de la Mer, Notre Dame des Fleurs et La Trinité des Monts)Présentation sur le site de la paroisse..
Description vignette|alt=Plan de l'église, relevé au .|Plan de l'église, relevé au . Architecture Caractères généraux L'église est bâtie en calcaire. Elle est orientée et en forme de croix latine.
L'édifice comporte une nef et deux collatéraux. Deux porches sont présents au nord et au sud, permettant de placer deux chapelles de chaque côté. Le transept conserve également deux chapelles. Le chevet est plat ; un édifice est placé à l'arrière de ce dernier, peut-être une sacristie.