L’expédition de Sardaigne est une opération militaire menée en par les armées de la République française contre le royaume de Sardaigne ; elle échoue rapidement face à la résistance sarde et entraîne la mise en accusation de Pascal Paoli, fondateur en de la République corse, qui décide en 1794-1796 de s'allier avec les Anglais pour proclamer une seconde fois l'indépendance de la Corse.
Contexte Le retour de Pascal Paoli Dès le début de la Révolution, la Corse vit de troubles peu après l'adresse de citoyens d'Ajaccio rédigée le par Napoléon Bonaparte, qui avait bénéficié de congés semestriels dans l'île en 1787-1788. Lors de l'émeute du à Bastia, il fournit des cocardes tricolores et l'intendant royal Charles de Barrin lui intime l'ordre de quitter Bastia. Selon l'historien Jean Tulard, ces incidents éclatèrent à propos de la constitution de la Garde nationale, « Bonaparte y fut mêlé, mais son rôle reste difficile à préciser ».
En , les délégués des six juridictions du Cismonte, réunis à Bastia, désignent le général Raphaël de Casabianca, qui sera un des chefs de l'expédition trois ans plus tard, pour rencontrer à Londres le leader corse Pascal Paoli, avec trois autres personnalités, et le convaincre de revenir sur son île. En , il rentre à Paris avec Paoli, qui lui donne le commandement en second d'Ajaccio . Cette démarche est importante car dans la lutte d'influence que se livrent les Bonaparte et Pozzo di Borgo, Raphaël de Casabianca avait soutenu les premiers. Une constituante en va demander que les prêtres soient désignés par une autorité laïque et non plus par l'évêque, ce qui amenant même à quitter l’île"La place ambiguë de la Corse durant la Révolution française" par Jean-Pierre Girolami le 31 juillet 2019 dansCorse-Matin .
Ensuite en , la France va entrer progressivement en guerre contre le roi de Sardaigne, de Savoie et du Piémont, Victor-Amédée III.
Les visées de Bonifacio sur les îles de La Madalena Dans une assemblée tenue à Bastia, les délégués de Bonifacio ont proposé une expédition pour s'emparer par surprise de l'archipel de La Maddalena, « dont les habitants sont corses et peuvent être « disposés à favoriser les tentatives des Bonifaciens ». Le , on apprend même que des Corses se présentent à Alghero au gouverneur de la ville avec la cocarde nationale"La question de la Maddalena" par Henry Marmonnier, Document conservé à la Bibliothèque des Chartes .
Le , est publié un "Mémoire contenant des moyens contre le Roi de Sardaigne" par Antoine-Marie Costantini (1754-1816), négociant en grains de Bonifacio, député corse résidant à Paris, où il est membre du Club des Jacobins et lieutenant de la "Halle aux Blés" de Paris, mais que son métier a familiarisé avec les ports sardes, où il croit savoir qu'on est mécontent de la tutelle piémontaise. Son mémoire reprend des textes précédents qui depuis 1791 suggéraient de reprendre aux Sardes cet archipel de La Maddalena, situé entre les deux îles et perdus par les Corses au traité qui les avaient rattaché à la France un quart de siècle plus tôt.
Mais cette fois, il propose de ne pas s'arrêter à ces îles riches en minerai mais de prendre peu à peu toute la Sardaigne. Selon lui, il faudrait 2000 corses en appui de 12000 français et de l'argent pour soudoyer les sardes, pour s'emparer de leur île. Il propose d'aller lui même sonder, discrètement, la population sarde, en lui présentant la Constitution française.
Le soutien de Salicetti à Antoine-Marie Costantini Le mémoire du publié par le négociant de Bonifacio s'inscrit opportunément dans un climat européen un peu plus tendu depuis qu'en date du , la législature française s'est résignée à déclarer la guerre au roi François II puis a dûr par conscription 30000 hommes, quantité qui doublera un an plus tard. Mais l'idée proposée par Costantini reçoit dès le le soutien de Christophe Salicetti, qui est alors le procureur-syndic de la Corse. Il écrit au ministre de la Guerre pour vanter ce projet d'expédition de Sardaigne, en estimant qu'il suffit de quelques fonds, munitions et vaisseaux de guerre. Le député Mario Peraldi, qui s'intéresse lui aussi aux blés sardes, l'appuie .
La réquisition et la protestation de Pascal Paoli De son côté, Pascal Paoli ne participe pas même s'il suit de près la situation européenne très tendue. Le , il écrit ainsi qu'il est prêt à républicains dans l'île puis à nouveau début , pour réitérer sa proposition.
Entre-temps, pressenti par Carnot et le conseil exécutif à Paris, Pascal Paoli est requis en par le contre-amiral Laurent Truguet, futur chef de l'expédition et plus tard ministre de la marine. Ce dernier lui demande de mobiliser pour la future expédition.
Marin de renom, Laurent Truguet est l'un des premiers à avoir maille à partir avec les Sardes. Le après avoir échoué à inciter les habitants "Cagnoli, Nice & exil (1782-1796). Gioan Battista le marin et son fils Andrea' , Laurent Truguet réduit en cendres la principauté d'Oneille, en Ligurie, repaire de corsaires sardes mais l'une des préfectures du ressort du Sénat de Nice.
Le , Pascal Paoli écrit au ministre de la Guerre pour mentionner qu'il n' a pas assez de pièces de canon et d'hommes pour mener l'expédition et explique que . Il précise qu'il ne peut mobiliser que 1800 hommes, ce qu'il fera plus tard. Le , il répond aussi aux accusations diffamatoires de l'automne, l'accusant de manquer de patriotisme et de foi dans la Révolution.
Entre-temps, en , l'administration du département de Corse, totalement impopulaire, est désavouée lors des élections et Christophe Saliceti perd son poste de procureur-syndic, remplacé par Pozzo di Borgo, ce dont Christophe Saliceti se plaint dans une lettre à Napoléon Bonaparte où il espère un retour de fortune dans les mois suivant.
Tensions en Corse début 1793 Début 1793, Christophe Saliceti dénonce devant la convention les « prêtres intrigants » et Paoli est soupçonné d'indulgence envers eux.
Le , la Convention envoie en Corse une commission de trois personnes parmi lesquelles Christophe Saliceti, son principal rival, instigateur de la démarche, le seul des trois à parler le corse et le seul qui a voté la peine de mort pour Louis XVI au sein de la délégation Corse, contrairement à ce qu'affirmera Lucien Bonaparte.
Les deux autres commissaires sont Jean-Pierre Lacombe-Saint-Michel et Joseph-Étienne Delcher, mais ils ne débarqueront dans l'île qu'en , après la fin de l'expédition de Sardaigne. En novembre, lors de la Bataille de Farinole, Jean-Pierre Lacombe-Saint-Michel mènera une « petite armée »Ibid., assemblage hétéroclite de matelots (équipages de plusieurs frégates, la , la , la et la Fortunée), de fantassins de plusieurs unités (garde nationale, infanterie légère, gendarmerie), de quelques artilleurs (dotés de deux canons de 4) et de volontaires locaux, qui d'après une lettre de Paoli du Citée dans l'Archivio storico italiano, ne réuniront que 400 à 500 hommes.
Face à ces démarches, le , le conseil général de Corse vote une motion de soutien à Pascal Paoli, à l'unanimité.
Tensions en France début 1793 Le , en prévision de cette expédition de Sardaigne, la Convention décide la levée en masse de ou veufs de 18 à , volontaires ou tirés au sort. Plus tard, le , ce sera la levée en masse des 25 à , qui renforcera considérablement les armées mais causera émeutes et insurrections, puis la guerre de Vendée, car il faut pallier la baisse subite des effectifs de l'armée révolutionnaire française due aux pertes, désertions et départs massifs des volontaires levés en 1792 qui estiment pouvoir rentrer chez eux, l'ennemi ayant été repoussé hors des frontières.
L'expédition de Sardaigne a lieu ainsi trois mois environ avant les insurrections fédéralistes qui éclatèrent en province lors de la Révolution française, après les évènements du et les décrets du éliminant les Girondins de la Convention nationale.
Plan de campagne La Convention décide en 1792 de l'attaquer simultanément au Piémont et en Sardaigne.
En Sardaigne, l'opération se fait sur deux fronts : l’attaque principale sur Cagliari, et une manœuvre de diversion sur les îles de la Madeleine (Archipel de La Maddalena), à au sud du port de Bonifacio.
Préparatifs et forces en présence
Chez les Français
Lorsqu'il arrive le à Ajaccio, le contre-amiral Laurent Truguet, commandant en chef de la flotte de Méditerranée, dispose de neuf navires (deux vaisseaux, le Vengeur et la Perle ayant été perdus en cours de route). Lors du second bombardement de Cagliari, il aligne également trente-trois bateaux de transport.
L'organisation de l'expédition est confiée à Pascal Paoli, qui ne la souhaite pas et qui avertit bien avant qu'il ne peut mettre sur pied qu'un contingent de , au lieu des qui lui sont demandés par la Convention.
Ce contingent est composé des bataillons de volontaires de Martigues, de l'Union, de Luberon, de Tarascon, d'Aix et du de Vaucluse. État des troupes débarquées devant Cagliari le Léonce Krebs : Campagnes dans les Alpes pendant la Révolution, d'après les archives des états-majors français et austro-sarde page LV
Troupes de ligne 305 hommes du régiment d'infanterie de ligne 305 hommes du régiment d'infanterie de ligne 790 hommes du régiment d'infanterie de ligne
Volontaires nationaux bataillon de volontaires de Marseille bataillon de volontaires de Marseille Portion du bataillon de volontaires de Martigues Portion du bataillon de volontaires de Tarascon Portion du bataillon de volontaires de l'Union Portion du bataillon de volontaires du Luberon Portion du bataillon de volontaires d'Aix Portion du bataillon de volontaires de Vaucluse
Il confie le corps expéditionnaire principal au général Raphaël de Casabianca, qui aligne et six canons montés, 14 vaisseau de ligne (le Tonnant, le Centaure, l' , le , l' , l' , le , le Languedoc, le , le , le , le Généreux, le et le Commerce de Bordeaux), 8 frégates (l'Aréthuse, la , la Vestale, la , la , l' Elle fut prise en Sardaigne, la et le RichemontInitialement HMS Richmond avant sa capture il fut brûlé en Sardaigne) et plusieurs galiotes, gabares, bombardes où bâtiments de transports lorsqu'il débarque à CagliariMaxime Mangerel : Le Capitaine Gerbaud, 1773-1799: Les volontaires de la Creuse en 1791. Le contingent chargé de mener l'attaque de la Maddalena est placé sous les ordres du colonel Pierre Colonna Cesari. Celui-ci dispose d'une force de 600 hommes, qui comprend 450 volontaires des et corses, ainsi qu'une compagnie de 150 grenadiers sous les ordres du capitaine Ricard. L'artillerie et le génie sont confiés respectivement au lieutenant-colonel Bonaparte et au capitaine Moydié.
Chez les Sardes L'armée sarde comprend la garnison de Cagliari, soit un demi-bataillon piémontais et 600 fusiliers suisses, ainsi que deux compagnies de dragons commandées par le baron de Saint-Amour et une compagnie d'infanterie légère. La ville d'Alghero est gardée par deux compagnies d'infanterie ainsi que par un corps franc de déserteurs graciés, tandis que deux autres compagnies d'infanterie et une compagnie de dragons sont en position à Sassari..
La milice sarde est composée de 400 soldats, plutôt mal équipés. L'artillerie est quant à elle répartie dans les différentes citadelles.
Déroulement de l'expédition vignette|droite|alt=Portrait de Napoléon jeune en uniforme.|Au cours de l'attaque de la Maddalena, le lieutenant-colonel Bonaparte commande l'artillerie du contingent de Colonna Cesari, avec laquelle il pilonne le village (peinture de Félix Philippoteaux).
L'attaque de Cagliari