Le canal de Marseille est la principale source d'approvisionnement en eau potable de la ville de Marseille. D'une longueur de pour sa partie principale ( avec les dérivations dans la ville), il dessert l'intégralité des quartiers marseillais. Il a été construit au milieu du en une quinzaine d'années sous la direction de l'ingénieur Franz Mayor de Montricher, amenant les eaux de la Durance pour alimenter la ville depuis le . Il représente une réalisation marquante de l'ingénierie du en cumulant de très nombreuses infrastructures, aqueducs, ponts, tunnels et réservoirs de stockage.

Jusqu'en 1970, il fut la source quasi unique d'alimentation en eau de la ville de Marseille et en fournit encore les deux-tiers de nos jours, le reste étant acheminé par le canal de Provence.

Origine Marseille, située en bord de mer et enserrée dans des collines, n'est traversée que par un seul fleuve au débit faible et très irrégulier, l'Huveaune, et son affluent le Jarret, canalisé dès le mais devenu avec le temps une sorte d'égout à ciel ouvertLe Jarret a finalement été entièrement couvert au , et sur son emplacement a été réalisée la première rocade urbaine de Marseille.. Jusqu'au , la ville ne disposait que de puits pour son alimentation en eau — on en dénombrait à la fin du Source : Muséum de Marseille.. Le ruisseau des Aygalades (fleuve côtier) dit aussi "Caravelle" — traversant également Marseille au nord de la ville — fut aussi transformé en égout. Ainsi, l'eau était de plus en plus impropre à la consommation et une quantité grandissante en était perdue en raison de l'absence d'entretien du réseau de distribution.

Pourtant, les épidémies accompagnant les sécheresses sévères faisaient des ravages. En période difficile, le débit de l'Huveaune ne permettait de fournir que par personne et par jour. Mais en 1834, il s'assécha pratiquement et ne fournissait plus qu'un seul litre par personne et par jour. La croissance démographique rapide de la ville ( en 1830) et surtout l'épidémie de choléra qui touchait toute l'Europe et frappa Marseille de 1832-1835, firent réagir les élus qui décidèrent de restaurer la salubrité et assurer l'approvisionnement en eau de la ville.

La Durance près de Manosque|thumb|left Cette épidémie, dont les ravages en Provence ont été décrits par Jean Giono dans Le Hussard sur le toit, atteint en Marseille ; en , elle fit , puis encore en 1835.

Ces épidémies vinrent raviver la terreur de la population, surtout à Marseille où le souvenir de la peste de 1720 était encore dans toutes les mémoires.

Maximin-Dominique Consolat, maire de Marseille de 1832 à 1843, décida en 1834 « quoi qu'il advienne, quoi qu'il en coûte » de faire venir à Marseille l'eau de la rivière la plus proche, la Durance, pourtant lointaine et séparée de Marseille par de nombreux chaînons montagneux - chaîne des Côtes, plateau de l'Arbois, massif de l'Étoile). L'eau devait être captée assez haut sur la Durance pour pouvoir, par simple gravité, effectuer tout son parcours, contournant ou traversant les collines intermédiaires, et parvenir à Marseille au point le plus haut de la ville, à Saint-Antoine (altitude ), de manière à pouvoir la desservir en totalité.

Réalisation Il fallut près de quinze ans, de 1839 à 1854, pour construire le canal, avec un tracé tourmenté, ses de long dont en souterrains, ses importants, ses bassins de stockage et ses nombreux ouvrages techniques.

Le canal fut construit avec un cuvelage en béton armé, les ouvrages aériens en pierres ou pierres et briques. Le débit de l'ouvrage était de , la pente étant de .

L'eau arrive enfin le à Marseille dans un réservoir de au plateau Longchamp à la cote + . De 1854 à 1869, de canalisations et de nouveaux bassins réservoirs sont construits permettant l'accès à l'eau sur l'ensemble du territoire de Marseille, incluant les communes avoisinantes - Plan-de-Cuques, Allauch et Aubagne).

Avec la construction du canal et malgré un doublement de la population en , les disposèrent en 1876 de trente fois plus d'eau par jour et par habitant : pour l'usage domestique et pour les activités industrielles.

Parcours à travers les Bouches-du-Rhône thumb|L'aqueduc de Valbonnette. Au premier plan, le grand canal EDF La prise d'eau initiale était située sur la Durance au niveau du pont de Pertuis, à une altitude de , et à à vol d'oiseau de Marseille. De là le canal de Marseille partait vers l'Ouest sous Le Puy-Sainte-Réparade, puis Nord-Ouest jusqu'à Saint-Estève-Janson. Lors de la construction du grand canal EDF qui double la Durance depuis le barrage de Serre-Ponçon jusqu'à Salon-de-Provence et l'étang de Berre, la prise d'eau du canal de Marseille fut reportée sur le canal EDF lui-même, après Saint-Estève-Janson. De là, le canal de Marseille continue vers le Nord-Ouest jusqu'au pont de Cadenet, où il alimente le bassin de Saint-Christophe. thumb|left|Le canal de Marseille à proximité du réservoir du Réaltor thumb|left|Retenue d'eau de Saint-Christophe. Il commence alors à s'accrocher aux collines, passe au-dessus de La Roque-d'Anthéron et de Charleval, puis quitte la Durance et le canal EDF, bifurque vers le Sud, et passe en un long tunnel de , sous l'extrémité Ouest de la chaîne des Côtes.

Après Lambesc, son profil en long devient plus heurté : de nombreux ponts et surtout tunnels lui sont nécessaires pour traverser les vallons et les collines jusqu'à Coudoux. Il contourne par l'est la colline de Ventabren et arrive au-dessus de l'Arc, qu'il franchit par l'aqueduc de Roquefavour.

thumb|La LGV Lyon-Marseille longeant le canal Depuis Ventabren, le canal voisine à plusieurs reprises avec la ligne à grande vitesse Lyon-Marseille. La silhouette du viaduc de la LGV sur la rivière l'Arc a d'ailleurs été dessiné en vue d'une harmonisation avec l'aqueduc de Roquefavour.

La suite du parcours s'effectue à travers le plateau de l'Arbois, qui, malgré son nom, n'est guère plat : tunnels et tranchées ouvertes sont encore nombreux, jusqu'au réservoir du Réaltor à l'altitude , sur la commune de Cabriès.

De là, un tunnel de lui fait franchir l'extrémité Sud de la plaine d'Arbois, jusqu'à l'usine de traitement des Giraudets sur la commune des Pennes-Mirabeau, puis un second de l'amène à La Gavotte, d'où il se dirige, en mode couvert, vers Saint-Antoine (Marseille).

Desserte de Marseille Juste avant d'atteindre Saint-Antoine, le canal laissait partir vers l'ouest une « dérivation », aujourd'hui abandonnée, en direction de l'Estaque - ; de Saint-Antoine partait une autre dérivation, vers le Sud, en direction de Saint-Louis, qui fut aussi abandonnée.

Le canal principal part vers l'est, franchit le ruisseau des Aygalades, contourne le vallon des Tuves et les Borels, puis, accroché aux flancs du massif de l'Étoile, passe au-dessus des Aygalades - , de Saint-Joseph, et de Sainte-Marthe - . Au lieu-dit Four de Buze, le canal se subdivise en deux. thumb|left|L'aqueduc du canal de Marseille dans le parc Longchamp. La branche principale (au sens historique) part vers le Sud, alimente le réservoir de Sainte-Marthe - ou du Merlan, où son eau est traitée puis envoyée par les Chutes-Lavie jusqu'au plateau Longchamp - . Des réservoirs souterrains, deux gigantesques bassins de décantation de , furent construits en 1854 sous le jardin Longchamp, suivis de la création du palais Longchamp en 1862 par l'architecte Espérandieu. Malheureusement, les dépôts de limons de la Durance les rendrirent rapidement inefficaces et la construction d'autres équipements fut nécessaire. Le problème de filtration des eaux de la Durance ne sera résolu qu'en 1882. Ces bassins seront désaffectés en 1969. Le décor du palais avec les statues marines, l'Abondance monumentale qui domine la cascade et contemple la ville vers la mer, illustrent la joie que les Marseillais éprouvèrent à l'idée de disposer enfin d'eau à volonté.

L'autre branche se poursuit vers l'est, continuant à longer les collines en vue de desservir la partie périphérique de la ville qu'il va contourner jusqu'au Sud. Il traverse Château-Gombert - , fait le tour de Plan-de-Cuques - commune distincte de Marseille, passe au pied d'Allauch autre commune, et revient sur les Olives de Marseille. thumb|Le répartiteur des Trois-Lucs Il passe en tunnel sous les Trois-Lucs, puis se divise en trois : une branche Ouest qui passe au pied de Saint-Julien (promenade couverte de Saint-Julien), longe le plateau Beaumont, alimente le réservoir de Saint-Barnabé et, anciennement, poursuivait vers Montolivet () ; une branche Est qui passe au pied de la Treille, sous le village des Camoins () , et traverse les collines jusqu'à Aubagne, où elle se subdivise en plusieurs « dérivations », vers Gémenos, vers la Penne-sur-Huveaune, et, en souterrain, vers Cassis et la Ciotat ; une branche centrale qui descend vers la Valentine (), puis, après un premier siphon sous la « petite route d'Aubagne » (D2) et, plus récemment, l'autoroute Est (A50), traverse la vallée de l'Huveaune par un dispositif étonnant : le canal plonge depuis le rebord de la vallée par une conduite qui passe par-dessus l'Huveaune, puis sous la ligne de chemin de fer Marseille - Toulon et la route d'Aubagne (ex-N8) ; reprenant son altitude sur le versant Sud par effet de siphon, le canal repart à l'air libre (sauf quelques passages couverts) en direction de l'Ouest et traverse successivement la Barasse, Saint-Marcel, la Valbarelle (), les Trois-Ponts (), la Campagne Berger, Valmante, le Redon, Beauvallon (), la Campagne Pastré, et enfin la Madrague de Montredon (), où il se jette dans la mer, ayant approvisionné en eau tous les quartiers de Marseille.

Principaux ouvrages Ponts et aqueducs Il existe et aqueducs sur toute la longueur du canal de Marseilleles informations historiques et techniques contenues dans ce paragraphe proviennent pour l'essentiel du site lecanaldemarseille.fr.

Deux d'entre eux sont des ouvrages architecturaux remarquables : L'aqueduc de Valmousse (commune de Lambesc) ou de la Touloubre, franchissant la Touloubre : de d’ouverture, de hauteur, et de longueur. Les piliers mesurent deux mètres d’épaisseur aux naissances. Les travaux ont débuté en 1844 et se sont terminés en 1848. L'aqueduc de Roquefavour (commune de Ventabren), franchissant l'Arc : hauteur , longueur , largeur . Commencé en 1839, sept ans de travaux. thumb|left|L'aqueduc de Valmousse thumb|L'aqueduc de Roquefavour Une des principales difficultés du tracé était de faire traverser par le canal les vallées de ces deux fleuves, qui vont se jeter dans l'étang de Berre proche, et coulent à basse altitude, alors que l'altitude du canal est ici proche de . Le franchissement de la Touloubre fut placé à l'entrée des gorges de la Barben. Pour l'Arc, l'ingénieur Franz Mayor de Montricher, chargé de la réalisation du projet, refusa la proposition d'un pont-siphon, pourtant plus économique, et décida de réaliser un aqueduc entre deux points où les plateaux bordant l'Arc au Nord et au Sud étaient assez proches pour que l'ouvrage ait une longueur raisonnable (moins de ) : ce fut l'aqueduc de Roquefavour, œuvre architecturale inspirée du pont du Gard romain, et considéré depuis comme un des monuments à visiter dans la région aixoise.

Autres ouvrages notables : L'aqueduc de la Jacourelle (commune de la Roque-d'Anthéron) : neuf arches de six mètres d’ouverture de plein cintre et d’une hauteur maximum de , construit entre 1841 et 1842. Le , la rigole de l'aqueduc s’est effondrée sur la presque totalité de sa longueur (). La mise en place d’une canalisation en tuyaux de béton armé de de diamètre et sur une longueur de sur le tablier, a permis la remise en service du canal quatre jours plus tardSite lecanaldemarseille, section Ponts et aqueducs amont. L'aqueduc de Valbonnette (commune de Lambesc) : onze arches de six mètres d’ouverture en plein cintre, supportées par des piles de d’épaisseur à leur partie supérieure, hauteur totale environ, commencé en 1841 et fini en .