Philippe Sollers est un écrivain français né le à Talence (Gironde) et mort le à ParisRelevé des fichiers de l'Insee.
Après des débuts littéraires salués par François Mauriac et Louis Aragon, Philippe Sollers anime de 1960 à 1982 la revue d'avant-garde Tel Quel, dans laquelle sont publiés des intellectuels et écrivains français tels que Roland Barthes ou Marcelin Pleynet. Auteur de textes critiques et de littérature expérimentale dans les années 1970, il publie également des ouvrages romanesques à compter de Femmes, dans les années 1980. Il dirige à partir de 1983 la revue et la collection L'Infini aux éditions Gallimard.
Il se marie en 1967 avec la philosophe et psychanalyste Julia Kristeva.
Biographie Famille, jeunesse et formation vignette|gauche|Philippe Sollers enfant à Bordeaux, dans le parc de la propriété familiale en 1937, avec sa mère et sa sœur Annie. De son vrai nom Philippe Joyaux, il naît à Talence d'Octave Joyaux et de Marcelle Molinié. Sa famille dirige la société Joyaux Frères, la ferblanterie Recalt qui produit du matériel de cuisine, de construction métallique, des machines-outils pour la SNCASO sous l'occupation allemandeUsine de ferblanterie Recalt ; usine de chaudronnerie Boyer S.A., Actuacity.
Après des études au lycée de Talence (nommé lycée Victor-Louis en 1967) de la 1A en 1946-1947 jusqu'à la 1B en 1951-1952, il déménage à Paris en 1955 pour faire ses études supérieures au lycée Sainte-Geneviève de Versailles puis à l'ESSEC, qu'il quitte en fin de première année pour s'inscrire en lettres à la SorbonneAnna Topaloff, « ESSEC, la business school qui mène à tout », GQ, juillet 2015, pages 54-58.. Délaissant sa scolarité, il rencontre Francis Ponge lors des conférences de ce dernier à l'Alliance française et commence à fréquenter les milieux littéraires parisiens.
suggèrent qu'il aurait utilisé comme pseudonyme « Philippe Diamant », mais on n'a connaissance d'aucun texte signé Philippe Diamant. C'est toutefois le nom que Sollers a donné au narrateur de son roman Portrait du joueur, qui est largement autobiographique.
Premières publications vignette|redresse|gauche|Philippe Sollers en 1958 (Studio Harcourt). En 1957 paraît Le Défi, son premier texte, dans la revue Écrire dirigée par Jean Cayrol aux éditions du Seuil. En 1958, il accède à la célébrité en publiant son premier roman, Une curieuse solitude. Ses premières œuvres, de facture classique, suscitent alors des critiques élogieuses de la part de François Mauriac et de Louis Aragon, , dira-t-il« Portrait d'un joueur », Vanity Fair , avril 2021, ..
En 1960, Philippe Sollers participe à la fondation de la revue Tel Quel au Seuil et en devient rapidement le principal animateur, avec notamment Jean-Pierre Faye, qui participera à son comité de rédaction de 1963 à 1967, et qui rompra avec Sollers afin de fonder la revue Change, point de départ d'une polémique qui agitera le milieu des intellectuels de gauche durant plusieurs années. et à laquelle participera Catherine Claude. Les textes publiés dans la revue revisitent les œuvres de nombreux auteurs, dont certains sont méconnus ou controversés : Lautréamont, Dante, Artaud, Bataille, Joyce, Derrida, Foucault ou encore Barthes.
En 1962, pour éviter d'être mobilisé en Algérie, Philippe Sollers simule la schizophrénie et reste pendant trois mois sous observation à l'hôpital militaire de Belfort. Il sera réformé après l'intervention du ministre André Malraux.
Une nouvelle écriture En parallèle, délaissant le style classique de son premier roman, Philippe Sollers publie, en 1961, Le Parc (pour lequel il reçoit le prix Médicis), puis L'Intermédiaire en 1963. Ses travaux romanesques suivants témoignent d'une recherche stylistique marquée par l'abandon des structures narratives traditionnelles, par l'influence de la culture chinoise et par l'exploration des limites de l'écriture et de l'abstraction. Cela le conduit, dans un premier temps, à écrire des textes structurés de façon rationnelle. Ainsi, Drame (1965) est construit selon une structure de 64 sections, analogue à celle de l’échiquier et du yi jing. Poursuivant dans cette veine, Nombres (1968) est un texte découpé en 25 cycles successifs de quatre séquences, rappelant la structure d'un carré en perpétuelle rotation.
Dans un second temps, son écriture évolue vers une tendance à l'éclatement des structures avec Lois (1972), qui explore les rapports du langage, de l'histoire et de l'inconscient. Cette œuvre est, en particulier, très marquée par l'influence de Finnegans Wake de James Joyce, dont Sollers traduit à la même époque des passages avec Stephen Heath.
Fasciné par la scansion des textes religieux (en particulier de la Bible), il en vient à abandonner toute ponctuation visible pour libérer son expression avec H (1973) et réfère à Ezra Pound qui, selon lui, est allé au-delà de l'écriture automatique. Dans la foulée, il entame, à partir de 1974, la rédaction continue de Paradis, qui paraît sous la forme d'un feuilleton dans Tel Quel jusqu'en 1982. Ce roman, considéré par beaucoup comme l'œuvre majeure de Sollers, se présente comme une « machine » capable d'enregistrer et retranscrire « tout ce qui est dit » à l'heure post-moderne. Paradis 1 est publié en 1981, suivi de Paradis 2 en 1986. Sollers travaille sa diction pour des lectures publiques de Paradis.. En 2000, il déclare, au cours d'un entretien, que la rédaction de cette œuvre est toujours en coursLa Divine Comédie (avec Benoît Chantre), éd. Desclée de Brouwer, 2000..
Engagements et intérêt pour la Chine 1968 : marxisme Selon Philippe Sollers, son intérêt pour le marxisme date de 1966, première année de la révolution culturelle en Chine.. À la fin des années 1960, il s'engage aux côtés du Parti communiste français. Le , il participe à la manifestation de la CGT, aux côtés notamment de Louis Aragon, Elsa Triolet, Jean-Luc Godard et d'une grande partie du comité de rédaction de Tel Quel. En , il intervient à la Semaine de la pensée marxiste sur le thème « Les intellectuels, la culture et la révolution » et fait partie du comité national de soutien à la candidature de Jacques Duclos lors de l'élection présidentielle qui se tient cette même année.
Au printemps 1971, il fait paraître aux éditions du Seuil l'ouvrage De la Chine, écrit par Maria Antonietta Macciocchi, dont Louis Althusser lui a transmis le manuscrit. Cette journaliste, membre du Parti communiste italien, a écrit le livre à l'issue d'un voyage de trois semaines en république populaire de Chine. Elle y vante les « mérites » du maoïsme et la « réussite » de la révolution culturelle. Sollers voit dans De la Chine Le , il rompt avec le Parti au motif que celui-ci a refusé que De la Chine soit vendu à la fête de l'Humanité.
1971 : maoïsme Dans le de la revue Tel Quel, Sollers commente les « quatre essais philosophiques » de Mao :
Avec Marcelin Pleynet, Sollers crée le Mouvement de au sein de Tel Quel. Trois bulletins sont publiés en 1972. Selon Pleynet : « Le ton général en étant très agressif et décidé à ne pas laisser en paix, et à liquider à l’intérieur de la revue, ceux qui se sont laissé prendre aux ruses sociales de la politique du parti stalinien… » Le Mouvement utilise les dazibaos au sein de la rédaction et emprunte la phraséologie maoïste et ses mots d'ordre : « À bas le dogmatisme, l'empirisme, l'opportunisme, le révisionnisme ! Vive la véritable avant-garde ! Vive la pensée maotsétoung. ! » À la fin de l'année, les écrivains Jean Ricardou et Jean Thibaudeau, proches du Parti communiste et qui ne partagent pas l'orientation maoïste de Tel Quel, sont contraints d'en quitter le comité de rédaction.
En , Philippe Sollers, Julia Kristeva, Marcelin Pleynet, François Wahl et Roland Barthes sont invités par le gouvernement chinois à séjourner en Chine durant trois semaines. Ce déplacement est encadré par les autorités chinoises. À leur retour, la revue Tel Quel consacre un numéro entier à la révolution culturelle. François Wahl publie dans Le Monde du 15 au une série d'articles dans lesquels il fait notamment un parallèle entre la révolution culturelle et la période stalinienne. Au nom de la revue, Philippe Sollers publie une réponse dure, mettant en cause l’assertion de Wahl selon laquelle son passé était « forclos » à la Chine. « Il est dommage que François Wahl n’aime pas la Chine », conclut l’article. « Il serait regrettable qu’il fasse trop partager cet inintérêt.. »
En , avec quelques intellectuels, dont Maria Antonietta Macciocchi et Pierre Halbwachs, il signe un texte, publié dans le journal Le Monde., critiquant la nouvelle ligne chinoise menée par Deng Xiaoping et soutenant Jiang Qing, veuve de Mao et arrêtée dans la nuit du 6 au , leader de la Bande des QuatreClaude Hudelot, « Quand le maître montre la Lune, les imbéciles regardent le doigt. (À l'ombre de la Chine de Mao) » 28 août 2013.. Le texte réaffirme l'importance de la Chine et du maoïsme pour ses auteurs.
Selon Christophe Bourseiller, qui a écrit une étude historique sur le maoïsme français, la fascination de Sollers pour la Chine maoïste s’explique d’abord par l’idée de rénover la langue et la littérature françaises à travers une expérience radicale. À la fin du chapitre qu'il lui consacre, il synthétise la période maoïste de Sollers en ces termes : .
1977 : prise de distance Tel Quel prend discrètement ses distances à l’égard du maoïsme à la fin de 1976. Le numéro 68 de l’hiver 1976 se conclut ainsi :
Le de l'année suivante, Sollers salue les nouveaux philosophes et La Barbarie à visage humain, l'ouvrage que vient de publier Bernard-Henri Lévy, un . Il écrit notamment que et déclare admirer l'écrivain Alexandre Soljenitsyne et être de ceux que sa lecture a ..
Le , il s'en prend violemment aux intellectuels qui et se félicite .. » Une controverse l'oppose alors à Bertrand Poirot-Delpech, qui l'accuse de s'être en vantant les mérites du marxisme-léninisme et du maoïsme depuis 1968.. Bien que, parfois dans des émissions de la télévision, comme lors de la dernière émission d'Apostrophes, le , Philippe Sollers explique son engagement maoïste par des formules désinvoltes : ., il s'en explique longuement d'une manière approfondie et conséquente dans certains de ses livres, comme Un vrai roman, Mémoires, et surtout dans la deuxième partie de son livre Improvisations, où il écrit :
Sollers reconnaîtra plus de trente ans après la justesse des analyses de Simon Leys, qui fut l'un des premiers sinologues à dénoncer le régime maoïste dans son ouvrage Les Habits neufs du président MaoPublié en 1971 aux éditions Champ libre, dans la collection Bibliothèque asiatique dirigée par le situationniste René Viénet.Philippe Sollers, Deux et deux font quatre. :
À partir des années 1980 En 1982, Philippe Sollers arrête la publication de Tel Quel aux éditions du Seuil et crée la revue L'Infini aux éditions Denoël puis, rapidement, aux éditions Gallimard. Il entame alors la publication d'une série de romans écrits dans une veine plus « figurative » que les précédents, sans toutefois revenir à la structure du récit narratif. Influencé par la lecture de Céline, Paul Morand et de grands auteurs américains — William Faulkner, Ernest Hemingway, Henry Miller, William S. Burroughs, Jack Kerouac ou encore Charles Bukowski —, il publie Femmes. Pour Vanity Fair, il s'agit de . Ce roman, empruntant au style de Louis-Ferdinand Céline, analyse entre autres les conséquences du féminisme et des bouleversements politiques et artistiques de l'histoire à travers la vie aventureuse d'un journaliste américain. Le pouvoir et la sexualité sont étudiés et exposés à partir de la thèse : « Le monde appartient aux femmes. C'est-à-dire à la mort. Là-dessus tout le monde ment ». Son écriture est de plus en plus marquée par une utilisation du cut-up et de la réflexion intérieure.