L’acculturation psychologique est le processus d'un changement culturel et psychologique en tant que conséquence et résultat du contact entre groupes culturels et leurs membres.

Depuis une vingtaine d'années de plus en plus d'études s'intéressent aux stratégies d'acculturation adoptées par les immigrés ainsi que celles perçues par les populations hôtes. En effet, depuis les années 1980 l'immigration familiale est plus importante et remet en cause l'organisation des sociétés quant à l'accueil des immigrés. Les études portent sur les différents facteurs et leurs rôles dans les stratégies d'acculturation. L'objectif est de comprendre ces facteurs afin d'améliorer notamment les relations entre les groupes. Pour cela, différentes échelles de mesure ont été créées et plusieurs théories tentent d'expliquer les comportements et les avis des immigrés et des hôtes.

Émergence du concept C’est à partir d'études concernant la domination européenne et plus précisément sur les populations colonisées ou indigènes qu’est né, parmi les anthropologues d’abord, l’intérêt pour l’acculturation. Par la suite, des sociologues et psychiatres se sont penchés sur la manière dont les immigrants (volontaires et involontaires) changeaient au fur et à mesure de leur arrivée et de leur installation dans un pays d’accueil.

En 1880, Powell a utilisé le terme "acculturation" pour désigner les changements psychologiques induits par l'imitation interculturelle.

La première théorie sur l'acculturation psychologique fut celle de Thomas et Znaniecki en 1918 qui s'intéressaient aux paysans polonais en Europe et en Amérique. Ils ont étudié les immigrés polonais à Chicago et en ont défini trois formes d'acculturation: les Bohémiens (qui correspond à l'assimilation de Berry), les Philistins (la séparation) et le type-Créatif (l'intégration).

Ensuite, en 1936,Linton et Herkovitz ont donné une définition de l'acculturation plus commune Melville Herskovits(1895-1963)définit l'acculturation comme .

À cette même période, certains chercheurs, comme Stonequist (1899-1959), ont insisté sur les conséquences néfastes de l’acculturation pour les immigrés, ce qui a suscité plus d'intérêts à l'étude de ce sujet. Finalement, Graves (1967) a introduit le concept d’acculturation psychologique. Selon lui, l’individu qui est dans une situation de contact culturel sera influencé par la culture d’accueil et aussi par sa propre culture, elle-même en processus de changement.

Des études se sont focalisées ensuite sur les procédés auxquels les groupes ethnoculturels ont recours entre eux ainsi qu’aux changements qui ont lieu. Grâce des observations, des études et des recherches plus approfondies sur les procédés utilisés par des groupes immigrants, des anthropologues aussi spécialisés dans la psychologie en sont venus à « l’acculturation psychologique » .

Par la suite, la mondialisation n’a fait qu’accentuer les flux migratoires et les contacts entre différentes populations ethnoculturelles et a suscité de plus en plus d'études concernant les processus d'acculturation.

L'acculturation psychologique dans les situations d'immigration Au sein de la communauté européenne, à partir des années 1980, l’immigration de main-d’œuvre s’est transformée en immigration familiale, ce qui implique une plus grande stabilité et plus de durabilité. C’est ainsi que l’organisation des États face à l’immigration a été remise en cause avec notamment des débats concernant la conception de la citoyenneté, de l’identité nationale et du statut des immigrésBourhis, R.Y., & Leyens, J.P. (1999), Stéréotypes, Discrimination et Relations Intergroupes. Sprimont, Belgique: Mardaga, 2, 416. En 1999, Sabatier propose une nouvelle définition de l’immigré « une personne qui s’est déplacée plus ou moins volontairement d’une société pour s’installer durablement dans une autre société » Sabatier, C., Bril, B., Dasen, P.R., Krewer, B.(1999) , Adolescents issus de l’immigration : les clichés à l’épreuve des faits, Propos sur l’enfant et l’adolescent : quels enfants pour quelles cultures ?, Paris, L’Harmattan, 364. Les raisons de leur migration peuvent être économiques, politiques ou encore familialesVan Oudenhoven, J.P. (2006). Immigrants, Sam, D. L. & Berry, J. W. The Cambridge Handbook of Acculturation Psychologie, Cambridge: Cambridge University Press, 163-180. Ce phénomène d’immigration est un cas d’acculturation car deux groupes culturels entrent en contactGuimond, S. (2010). Immigration et processus d'acculturation, Psychologie sociale: perspective multiculturelle, Bruxelles: Mardaga, 223-249 ce qui provoque des changements qui sont ici culturels et psychologiques. Il s’agit donc de phénomène d’acculturation psychologique. En général, les immigrés se trouvent face à de nouvelles pratiques culturelles et doivent s’adapter aux codes du pays d’accueil. Les transformations qui découlent de cet interculturalisme sont appelées soit « acculturation », soit « mouvement vers une culture ». La plupart des études montrent qu'il est possible de s'adapter à une nouvelle culture tout en maintenant sa culture d'origine.

Les problèmes d’adaptation des migrants ont été longtemps considérés comme un échec de leur intégration à la société d’accueil, dont ils étaient responsables. D'ailleurs, certains modèles d’acculturation n’accordent pas d’attention aux membres de la majorité d’accueil dominante, qui influencent les orientations d’acculturation des immigrants. Or, la qualité d’adaptation de l’immigré serait aussi la résultante de l’interaction entre les processus d’acculturation des immigrés et des membres de la société d’accueil pour la plupart des auteurs. Ainsi, Malinowski et Ortiz insistent sur le fait que les acculturés et la culture d'accueil ne sont pas passifs, ces deux groupes ont une influence sur les rapports de pouvoir qu'il y a dans le processus d’acculturation. L'un des intérêts à ce type d'étude est de bien comprendre ces processus pour pouvoir mettre en place des programmes adaptés pour le bon fonctionnement des différents groupes. Il y a donc les processus d'acculturation adoptés par les immigrés et ceux perçus par la population hôte. Ces processus vont être expliqués ci-dessous.

Stratégies et modèles d'acculturation Sam Sam, D. L. & Berry, J. W. (2006). Acculturation: Conceptual background and core components, The Cambridge handbook of acculturation psychology, New York, NY: Cambridge University Press, 11-26 définit trois éléments essentiels dans le processus d’acculturation : Le contact continu et direct des groupes qui doit se faire en même temps et sur le même lieu. L’influence réciproque sur lequel certains modèles d’acculturation s’appuient pour évoquer les rôles du groupe majoritaire et celui du groupe minoritaire. Les modifications que subissent les deux groupes de par leur contact et leur influence, cette notion permet de comprendre les changements qui se produisent ainsi que les conséquences qui s'ensuivent.

Les processus d'acculturation adoptés par les immigrés Le modèle d'identification ethnique de Hutnik Ses études l'ont amené à définir quatre stratégies d'auto-catégorisation qui sont déterminées par le niveau auquel l'individu se définit dans les limites du groupe minoritaire et du groupe majoritaire. Il en conclut quatre points: Les individus intégrés se concentrent sur les aspects des identités majoritaires et minoritaires, les assimilés se concentrent plus sur les aspects de leur identité majoritaire, les séparés portent de l'importance aux aspects de leur identité minoritaire, les marginaux quant à eux, ne se concentrent sur aucun des deux.

Hutnik insiste sur l'importance de la distinction entre le modèle d'identification ethnique et le modèle d'acculturation car ils sont faiblement corrélés. En effet, il différencie la stratégie d'adaptation individuelle et la stratégie d'insertion de la société d'accueil.

Le modèle de John W. Berry Le modèle de Berry a eu une grande influence sur les études en psychologie sociale et interculturelle concernant les stratégies d'acculturation adoptées par les immigrants dans une nouvelle société. Afin d'identifier le choix de ces différentes stratégies, il distingue deux questions. D’abord, l’individu décidera de garder ou pas et de développer ou pas sa culture d’origine, et donc aussi son identité ethnique. Ensuite, il est question d’adopter la culture d’accueil à un certain degré, ou pas. C'est en croisant les réponses à ces deux questions que Berry a pu proposer quatre stratégies d’acculturation.

Dans ce modèle bidimensionnel d’acculturation, il met en évidence le fait que les contacts culturels intergroupes causent un double changement : un au niveau groupal/culturel et un au niveau individuel/psychologique. Le niveau culturel se définit par les caractéristiques des cultures, la nature des contacts, les interactions et les changements produits. C'est à travers ces mutations que les modalités d’acculturation psychologique changent chez les individus. Un nouveau cadre culturel va se créer et les individus vont s'adapter aux niveaux psychologique et socioculturel. En général, c’est le groupe non dominant qui subit le plus de changements culturels car le groupe dominant a en général une plus grande influence. Le stress acculturatif pour le groupe non dominant est une conséquence directe des processus d’acculturation et de l’adaptation dans le nouveau pays de ces immigrés. Ces derniers peuvent subir des changements à d'autres niveaux : biologique (nouvelles maladies, métissage, nouvelle alimentation, etc.) ; physiques (urbanisation, nouveau milieu, nouvel habitat, pollution, etc.) ; politiques et économiques (emplois, salaires, etc.) ; culturels (langue, religion, éducation, etc.) ; et sociaux (nouvelles relations interindividuelles et intergroupes, etc.). Les quatre stratégies d'acculturation que développe Berry peuvent être présentées à deux niveaux.

+ Tableau des stratégies d'acculturation adoptées par les immigrés (John W. Berry): Maintien de la culture d'origineOUINON Adoption de la culture d'accueilOUIIntégrationAssimilationNONSéparationMarginalisation

Les processus d'acculturation perçus par les autochtones Avec le modèle de Berry, la population hôte n'apprécie pas de la même façon chacune des stratégies, elle semble avoir des préférences pour certaines.

L'intégration

L'intégration est l'orientation la plus appréciée par la population hôte dans la plupart des études. Elle reflète le désir de maintenir la culture d’origine tout en mettant en valeur l’adoption des éléments clefs de la culture d’accueil majoritaire. Une population hôte qui préfère l’intégration, devrait valoriser un biculturalisme stable avec le groupe d’immigrés.

L'assimilation

L’assimilation est souvent retrouvée en deuxième choix de préférence. C’est le fait « d’abandonner » sa propre culture et d’adopter les pratiques de la culture d’accueil.

La séparation

La séparation se caractérise par le désir de maintenir tous les aspects de la culture de l’immigré en rejetant la culture et les relations avec les membres de la communauté majoritaire d’accueil. En ce qui concerne la population hôte, à travers cette orientation, elle accepte que les immigrés maintiennent leur héritage culturel tant qu’ils gardent une distance avec les membres de la culture d’accueil. Ils ne veulent donc pas que les immigrés adoptent, « contaminent » ou transforment la culture d’accueil. Dans ce cas, la population hôte défavorise le contact interculturel avec les immigrés, elle préfère qu’ils vivent séparément, enclavés dans une communauté. Cette situation semble ambivalente car la société d’accueil considère l’immigré comme un citoyen qui a les mêmes droits que les hôtes.