La reddition de la colonne Elster est la reddition signée le à Issoudun dans le département français de l'Indre d'une colonne allemande composée de soldats et personnels militaires de la Wehrmacht et commandée par le général Elster qui se repliait vers le nord-est de la France. Cette reddition est considérée comme l'un des épisodes militaires les plus glorieux de la Résistance intérieure française pendant la Seconde Guerre mondiale.
Contexte En août 1944, la situation militaire est devenue très difficile pour l'armée allemande sur son front de l'Ouest. Les Alliés après avoir piétiné plusieurs semaines après le Débarquement, ont définitivement gagné la bataille de Normandie, avec la réduction de la poche de Falaise et foncent vers les Vosges. Les Américains et la française, débarqués le 15 août en Provence, progressent rapidement vers le nord. Les unités allemandes d'occupation encore en place au sud de la Loire vont être prises en tenaille et doivent se replier au plus vite vers l'Allemagne.
Organisation du repli L'ordre de repli est donné le aux troupes stationnées dans le Sud-Ouest et le Centre-Ouest de la France. L'opération, dénommée Herbstzeitlose (« Colchique d'automne » en français), est habillée en action militaire contre les terroristes français. Il s'agit en fait de rejoindre au plus vite les villes de Dijon puis Belfort, tout en détruisant au passage les maquis rencontrés. Trois groupements de marche sont constitués. Le groupement du sud-ouest, le plus important, réunit sous les ordres du général Elster. Les deux autres sont le groupement Taglishbeck au Centre-Ouest, avec , et le groupement Wurzer, au Centre, avec . Ces deux derniers groupements, les plus au nord, partent les premiers et parviendront à regagner l’Allemagne malgré leurs pertes pendant la marche.
Botho Elster est alors le chef de la Feldkommandantur 54 de Mont-de-Marsan, après l'avoir été de celle de Marseille. Il est peu apprécié des éléments nazis de la Wehrmacht et d'Adolf Hitler. Sa nomination paraît étonnante mais s'explique facilement : tous les généraux bien considérés sont au front. C'est un officier de valeur, dans la tradition prussienne, qui s'est illustré pendant la Première Guerre mondiale et dans les chars au début de celle de 1939. Il a 50 ans, est rigoureux et organisé, et a l'esprit vif.
L'ordre de marche donné par le haut commandement allemand prévoit de tout détruire derrière soi : Ordre repris dans l'ordre du jour du 19 août du commandant du de l'armée allemande..
Composition de la colonne Elster Les forces sont composées d'éléments disparates mais fortement armés. Ce n'est pas une division en ordre de marche mais un assemblage d'éléments divers sinon hétéroclites, un groupement de marche, d'où le nom de « colonne Elster », et non de division, qui lui est resté.
Il s'agit des et d'infanterie, du Sicherungs-Bataillon 692 (Bataillon de sécurité)La source (voir plus bas) indique le 692. Pourtant cette unité semble ne pas avoir été dans le sud de la France contrairement au Sicherungs-Regiment 197 qui a été poste à Bordeaux, Mont-de-Marsan et Saintes., de personnels de la marine, de douaniers et feldgendarmes, de convalescents des troupes du front de l'Est, de de différents services, d'éléments des Feldkommandanturen, de groupes de DCA de la Luftwaffe, de personnels hospitaliers« La capitulation de la colonne Elster » - Victoire des Maquis de France — 10 septembre 1944. La colonne va progresser avec les moyens qui lui restent : motorisation, voitures à cheval, charrettes, bicyclettes… Beaucoup d'hommes sont à pied, bientôt dépenaillés, affamés, épuisés. La rapidité de déplacement est pourtant une nécessité : c'est une course contre la montre, les deux armées alliées progressant à toute allure, notamment la 1re armée française qui remonte le long de la vallée du Rhône 2 planches photos de la reddition de la colonne du général ELSTER - Arcay 1944.
Opérations militaires de la Résistance L'ordre de marche de la colonne aurait dû être de se replier en convois groupés utilisant les grandes routes et permettant d'atteindre rapidement Belfort. Cette tactique n'est pas possible car la motorisation disponible est très insuffisante et surtout l'armée allemande a perdu la maîtrise des airs : des convois importants seraient rapidement détruits par les bombardiers et chasseurs-bombardiers alliés, qui peuvent désormais intervenir en nombre sur tout le territoire français. Il reste donc au général Elster à adopter la seule méthode qui lui reste : utiliser les petites routes en se dispersant, au risque d'aller plus lentement, et de donner beaucoup plus de prise à la Résistance française, ce qui va être effectivement fatal à la colonne. Celle-ci se déplace principalement à pied, par marches forcées de jour puis de nuit, et s'étire sur de nombreuses routes secondaires. Quand Elster installe son état-major à Châteauroux, son arrière-garde quitte Poitiers, à .
La colonne va se heurter successivement à de nombreux maquis, notamment : Groupes Dir et Foch (Charente) ; FFI-FTP de la Haute-Vienne (lieutenant-colonel Georges Guingouin) ; Maquis Rousselet-Vivier ; Maquis Bernard (Vienne) ; Maquis FTP Rolland (Indre) ; Maquis de Guy Lebon (Indre) ; Brigade de marche Charles Martel (colonel Chomel) : 27 et d'infanterie (RI) reconstitués ( dont 100 officiers d'active), qui va intégrer les des maquis suivants : Maquis Nord-Indre et Indre-Est (commandant Viollet) ; Maquis Akex (FTP, commandant Laubière) ; FFI du Cher, ou brigade Bertrand (commandant Bertrand, alias Benoît), comprenant le RI reconstitué, la 1/2 brigade FFI, les FFI du Cher-Nord du commandant Arnaud de Vogüé, un autre maquis FTP, le maquis FFI-FTP du colonel Minguet, alias Surcouf, soit, face à la colonne, 23 compagnies, 225 mitrailleuses et fusils mitrailleurs et sept canons sortis de l'arsenal de Bourges ; plus deux escadrons français de jeeps du SAS (colonel Bourgoin, opération Spencer) et sept sections de jeeps parachutistes prêtées par le général de Lattre ; Groupement Thollon (commandant Robert Thollon), issu de 200 aviateurs de Jeunesse et montagne, comprenant aussi une compagnie de fusiliers-marins (commandant Fontaine)Tombée en embuscade et sévèrement touchée à Luzy le 7 septembre. et une brigade de la garde du maréchal Pétain.
La colonne se regroupe les 20 et autour de Libourne puis essaie dans un premier temps de passer par Périgueux et Limoges mais se heurte aux Résistants de la Corrèze et de la Haute-Vienne (Guingouin). Elle gagne Angoulême qu'elle atteint le 25 et remonte vers le nord par Poitiers, et est harcelée tous les jours par les maquis de la Charente et de la VienneIl y a 70 ans, 20.000 soldats allemands déposaient les armes dans le Berry. De Poitiers, elle se dirige vers Châteauroux. La gendarmerie de l'Indre, commandée par le colonel Adrien Henry, va la surveiller et renseigner en continu l'aviation alliée ; un accrochage meurtrier avec les gendarmes aura lieu au sud de Châteauroux dans la forêt du Poinçonnet et à Ardentes. La colonne allemande est attaquée au Blanc par les FTP du colonel Rolland, le maquis Lebon et la brigade de marche Charles Martel du colonel Chomel. Ce dernier, en liaison radio permanente à partir du avec les Américains, coordonne avec eux les interventions de l'aviation alliée, USAAF et RAF, qui harcèle les convois et les bombarde systématiquement quand ils franchissent la Creuse. Désormais, la colonne ne peut progresser que la nuit. Du 3 au , elle subit les harcèlements de la brigade Charles Martel et des maquis FFI et FTP de l'Indre du colonel Minguet. Ces attaques incessantes retardent, épuisent et exaspèrent les soldats qui, ne respectant plus les ordres d'Elster, se livrent à de nombreuses exactions, incendies, vols, viols, massacres de prisonniers et de civils, notamment à Saint-Michel, Sainte-Gemme (où 36 maisons sont brûlées sur 54), Mézières-en-Brenne...
À partir du , les jeeps lourdement armées de mitrailleuses du SAS (2e RCP) des FFL arrivées de Bretagne interviennent en commandos au sud de la Loire et harcèlent les troupes allemandes (Opération Spencer).
Le , l'avant-garde est attaquée de toute part lorsqu'elle approche du Cher. Le poste de commandement du général Elster est à Châteauroux et l'aviation américaine bombarde la route de Châteauroux à Issoudun, tuant 400 soldats et 300 chevaux et détruisant 70 véhicules. Le RI du Cher intervient à son tour. Le groupement d'Auvergne (colonel Fayard), faisant partie de la colonne Schneider qui protège sur son flanc ouest la progression de la française et envoyé par le général de Lattre, attaque l'avant-garde de la colonne. Le , le commandant de l'avant-garde est tué et le chef d'état-major d'Elster fait prisonnier. Les ponts sur la Loire sont tenus par les FFI ou détruits.
L'armée allemande lance une contre-attaque dans la nuit du 9 au 10, pour forcer à tout prix le bouchon de Decize, y emporter le pont et pouvoir rejoindre Autun. Le pont est tenu par le groupe Thollon. Ce combat nocturne de quatre heures, très violent, montre bien la volonté du général de tout tenter pour sortir de la poche. Le pont est pris mais saute au début du passage. Les Allemands doivent refluer au lever du jour. Au matin du , la situation est sans issue pour le général Elster. Il signe le soir sa reddition à Issoudun.
Le , à 13h, à Nod-sur-Seine, les troupes de la ( DFL) du général de Lattre, venant du sud, font jonction avec celles de la blindée ( de cuirassiers) du général Leclerc, venant du nordMonument de la Jonction à Nod-sur-Seine. Pour les Allemands, tous espoirs de repli seraient restés vains Une armée allemande en déroute sur ina.fr..
Pourparlers et reddition La reddition est le résultat des combats menés par les Résistants mais elle a été préparée par plusieurs acteurs, personnalités et préfets français, officiers d'état-major français et américains, comme par Elster lui-même.
Le général savait dès sa prise de commandement que sa mission serait très difficile. Il n'imaginait probablement pas qu'elle serait impossible mais a commencé à en prendre conscience dès son arrivée à Poitiers. Il s'y entretient avec le préfet qui se plaint que des civils aient été abattusA Saint-Cyr le 28 août mais les 6 jeunes gens réquisitionnés pour déplacer des troncs d'arbres n'ont pas été abattus ensuite par des soldats de la colonne Elster mais par ceux de la colonne Täglischbeck., et lui remet une lettre assurant que de tels faits ne se reproduiront pas. Cette promesse ne pourra être tenue mais montre que le général adopte une attitude de prudence.
Le , Elster a des entretiens au château de la Pointerie, près de Châteauroux, avec son hôte involontaire, le comte Guillaume d'Ornano, qui l'informe de l'importance des groupes FFI et lui suggère de capituler. Le général l'écoute attentivement et lui dit qu'il ne se rendra jamais aux Résistants, qualifiés de terroristes rouges. Le lendemain, Ornano rend compte au secrétaire général de la préfecture de l'Indre, Roger Brac, lequel prévient le colonel Chomel qui définit aussitôt les conditions françaises d'une reddition.