Fernand Jacquet, né le à Petite-Chapelle et mort le à Leval-Chaudeville, est un as belge de la Première Guerre mondiale comptant sept victoires homologuées. Il est le premier pilote belge à remporter un combat aérien, le , et devient le premier as du pays grâce à sa cinquième victoire le .
Fernand Jacquet intègre l'école royale militaire dès 1907 et rejoint, peu avant la guerre, la Compagnie des aviateurs. D'un naturel fonceur et surnommé « banjo », il se porte volontaire pour « les missions spéciales ». Il effectue des missions de reconnaissance et quelques tests de bombardement au début du conflit. En 1915, apprenant la création d'une unité de chasse, il se fait muter à la . Il aime alors voler , en surprenant ses adversaires. Le , à bord de son avion orné d'une tête de mort souriante, il engage un avion allemand et son observateur, Henri Vindevoghel, l'abat. Il s'agit de la première victoire aérienne belge.
Avec le lieutenant Louis Robin, Fernand Jacquet continue les missions d'attaque. Myope, il doit compter sur la présence d'un observateur pour abattre ses cibles. En , il est nommé commandant de la et le , après sa cinquième victoire, il devient, selon les normes des victoires aériennes durant la Première Guerre mondiale, le premier as de l'aviation belge.
Apprécié par le roi des Belges Albert , il a l'honneur de l'emmener pour un baptême de l'air au-dessus du front en . À la même période, il prend la tête du Groupe de chasse qui compte trois escadrilles, à la demande spéciale du roi. Il est secondé par des pilotes expérimentés comme Edmond Thieffry, Jan Olieslagers, Willy Coppens et André De Meulemeester. Fernand Jacquet termine la guerre avec sept victoires homologuées et neuf probables. Il est le seul Belge à avoir été décoré de la Distinguished Flying Cross britannique lors de la Première Guerre mondiale.
Après la guerre, peu enclin à rester dans l'armée en temps de paix, il fonde en 1920 une école de pilotage à Gosselies près de Charleroi, sous l'égide de la SEGA. En 1931, il devient directeur commercial de la filiale belge des Avions Fairey sur le même aérodrome. Lors de la Seconde Guerre mondiale, Fernand Jacquet entre dans la Résistance mais est arrêté en 1942 et incarcéré au fort de Huy. Affaibli, il meurt en 1947, à l'âge de .
Biographie
Enfance, éducation et débuts de carrière militaire Fernand-Maximilien-Léon Jacquet naît le à Petite-Chapelle (Couvin). Il est le fils de Maximilien Jacquet, agriculteur, et de Julie Elisabeth Perlot. Après des primaires à Couvin et des humanités à l'Athénée Royal de Chimay, il s'engage dans l'armée belge. alt=Photographie noir et blanc de quatre hommes en uniforme, deux sont sur des bicyclettes.|gauche|vignette|Fernand Jacquet (au centre à côté de sa bicyclette) avec ses condisciples de l'école royale militaire. Il rejoint l’école royale militaire en comme cadet et entre en service comme sous-lieutenant le au de ligne à Bruges. D'emblée attiré par l'aviation, il obtient son détachement et entre à l'école de pilotage (à la fois civile et militaire) de Saint-Job-in-'t-Goor (près de Brasschaat) fin 1912. Il obtient d'abord son brevet de pilote civil, le brevet , le , et ensuite celui de pilote militaire, le de la même année. Nommé lieutenant, il fait partie de la Compagnie des Aviateurs puis rejoint la d’observation, basée à Boninne, en appui de la place forte de Namur. Il y est basé lorsque la Première Guerre mondiale éclate.
Première Guerre mondiale
Missions de reconnaissance Lorsque la Belgique neutre est envahie par l'Allemagne en , Fernand Jacquet effectue des missions de reconnaissance avec un Farman HF.20 depuis l'aérodrome de Belgrade, situé près de Namur. Il effectue des reconnaissances entre Huy et Liège ainsi qu'à Dinant le . Du 20 au , il participe au siège de Namur au sein d'une escadrille de quatre appareils de reconnaissance. Il effectue une dernière reconnaissance le au-dessus de Wartet, Boninne, Champion et Marchovelette. Lorsqu'il n'effectue pas de mission dans son biplace, il sillonne les routes proches du front dans une automobile Opel équipée d'une mitrailleuse Lewis avec son mitrailleur, le prince de Chimay, Joseph-Philippe François de Riquet. Ils attaquent notamment une patrouille de uhlans. Atteint de myopie, Fernand Jacquet ne peut voir le sol sans ses lunettes et doit compter sur l'habileté de son observateur Isseretant pour survivre dans les airs.
Dès la fin du mois d'août, la déménage à Petite-Chapelle et puis en France, sur l'aérodrome de Buc près de Paris. Elle revient ensuite en Belgique, via l'hippodrome d'Ostende, pour rejoindre la citadelle d'Anvers. Fernand Jacquet, depuis Wilrijk, participe à quelques missions de reconnaissance et à la retraite de l'aviation belge vers Saint-Denis (Gand). Il finit finalement à Ostende le avant de rejoindre début octobre Dunkerque. Il participe aux premiers tests de bombardement de l'aviation belge et la veille de Noël 1914, il attaque, avec comme observateur Isserentant, un train en gare à Beerst. alt=Photographie noir et blanc de quatre hommes assis dans l'herbe, en uniforme, devant un biplan.|vignette|Fernand Jacquet (tête nue), en ., avec trois autres membres de la en France devant un Farman HF.20. D'un caractère fonceur et surnommé « banjo » depuis l'école militaire, il se porte volontaire pour « les missions spéciales ». Au début du conflit, alors que les aviateurs ont pour mission de rapporter des photographies et d'effectuer des missions de reconnaissance sur le front, Jacquet pénètre profondément les lignes ennemies à la recherche de l'affrontement. Son unité rassemble de nombreuses informations sur les mouvements et positions des troupes. Elle suit également les inondations provoquées par les Alliés sur le front de l'Yser pour ralentir les Allemands.
À la fin de 1914, il reçoit à , la croix de chevalier de l'ordre de Léopold des mains du roi Albert avec la citation suivante : .
Passage à la chasse Au début de l'année 1915, il apprend que la va être affectée à la chasse. Il demande alors sa mutation et l'obtient. Il rejoint Saint-Idesbald puis l'aérodrome des Moeres. Lors d'un vol le , il croise dix avions Aviatik et les prend en chasse, mais sans succès. À trois autres occasions, il attaque des Aviatik solitaires. Fernand Jacquet aime voler , c'est-à-dire seul, et surprendre ses adversaires. alt=Photographie noir et blanc de deux hommes assis dans un biplan.|gauche|vignette|Fernand Jacquet et son observateur Henri Vindevoghel à bord de leur MF-13. Le , il remporte la première victoire en combat aérien de son pays. Aux commandes d'un Farman HF.20 armé d'une mitrailleuse, il est pris sous le feu d'un Albatros, avion de reconnaissance allemand biplace. C'est son mitrailleur, Henri Vindevoghel, situé à l'avant de l'avion, qui tire les sept coups fatals et tue le pilote, condamnant son mitrailleur. L'avion ennemi prend feu et s'écrase au sol..
Fernand Jacquet poursuit avec deux victoires non homologuées, la première le , avec un avion ennemi rendu incontrôlable et la seconde le quand il force un avion ennemi à atterrir. Il est promu capitaine en . alt=Photographie noir et blanc de deux hommes devant un biplan. L'avion est orné d'une tête de mort souriante.|vignette|upright|Fernand Jacquet (à gauche) et Louis Robin (à droite) devant un Farman F.40 (« la sale gueule »). Le , le mitrailleur de Jacquet est le lieutenant Louis Robin. Le duo affronte des hydravions allemands en matinée et en soirée. Lors du combat du soir, ils engagent la moitié d'une formation de dix avions ennemis et Fernand Jacquet s'assure ainsi de sa seconde victoire homologuée par la destruction de l'un d'entre eux. Il s'ensuit une série de victoires probables les 26, et . Le , à bord d'un Farman F.40 orné d'une tête de mort peinte sur le nez, il détruit un Fokker. Le mois suivant, les deux Belges demandent l'homologation de deux victoires, le largage de fléchettes sur un ballon d'observation allemand et le bombardement d'une position allemande à Gistel. Elles seront refusées. L’après-midi et le soir du , Fernand Jacquet et Louis Robin affrontent une série d'avions allemands et sont crédités d'une victoire grâce à la destruction d'un LVG. Leur victime probable est le sous-lieutenant , qui ce jour-là est abattu et blessé gravement.
Le , leur avion est touché par , et Fernand Jacquet le ramène difficilement. L'année suivante, en septembre, l'avion de Fernand Jacquet et Louis Robin est pris pour cible et touché par l'artillerie antiaérienne allemande. Ils sont contraints d'atterrir et leur avion est détruit. Fernand Jacquet est blessé sérieusement et en conserve une invalidité. En 1916, les forces belges modifient, sous la direction de Georges Nélis, leurs Farman F.40 en les dotant de nouvelles nacelles équipées de moteur rotatif Gnome et Rhône et en simplifiant les trains d’atterrissage. Plusieurs prototypes, du GN 1 au GN 6 sortent des ateliers. Il est fort probable que Fernand Jacquet et Louis Robin volaient avec le GN 1 lorsqu'ils ont été blessés. Ils volent, après l'accident, à bord du GN 2.
As et commandement En , Fernand Jacquet est nommé commandant de son escadrille, la escadrille de chasse, en remplacement du capitaine Arsène Demanet. Ce changement, selon l'as Willy Coppens, est suspect. Selon celui-ci, le lieutenant Louis Robin se serait adressé à Demanet avec impertinence et le capitaine l'aurait giflé pour le calmer et éviter la cour martiale. Mécontent, Louis Robin, qui selon Willy Coppens, dépose une plainte à l'état-major et Demanet, pourtant expérimenté, est transféré dans son ancienne unité d'artillerie.
Le , Fernand Jacquet devient un as de l'aviation lorsque Louis Robin et lui abattent un Rumpler à une altitude de . alt=Photographie noir et blanc de deux hommes discutant devant un avion. L'un est en uniforme, l'autre en tenue de pilote.|gauche|vignette|Fernand Jacquet donne les dernières instructions au roi des Belges Albert avant un vol le . Le , Fernand Jacquet a l'honneur d'emmener le roi Albert, dont c'est le baptême de l'air, pour faire une reconnaissance au-dessus de la ligne de front. Ils sont escortés par cinq Nieuport. À la même période lorsque, sous l'impulsion du roi Albert, est créé le Groupe de chasse regroupant trois escadrilles (et donc le premier « Wing » de chasseurs), le roi insiste pour que Jacquet en prenne le commandement. Il s'agit d'un fait important de l'histoire de l'aviation militaire belge. Cette création d'un commandement unique permet d'améliorer l'efficacité des unités aériennes et . Fernand Jacquet est secondé par des pilotes expérimentés comme Edmond Thieffry, Jan Olieslagers, Willy Coppens et André De Meulemeester. Le groupe est rapidement surnommé le et avec son Farman décoré d'une tête de mort, « La sale gueule », . alt=Photographie noir et blanc d'un homme en uniforme devant un avion à hélice.|vignette|Fernand Jacquet devant un SPAD S11. Il tente alors de faire l'acquisition de Bristol F.2 Fighter pour remplacer ses vieux Farman. Il reçoit des SPAD S.XI et des Sopwith 1½ à la place. Pendant ce temps, le lieutenant Louis Robin entame sa formation de pilote. Ce dernier rejoint finalement la mais n'obtient aucune victoire comme pilote. Fernand Jacquet, de son côté, vole alors en solo mais n'est pas à l'aise sans observateur, étant myope et portant des lunettes, et abandonne donc rapidement pour revenir aux biplaces.
Fernand Jacquet est promu au grade de capitaine-commandant en décembre.
Le , il est blessé et soigné rapidement à l'ambulance de l'Océan, hôpital militaire situé à La Panne. Le lendemain, il est de nouveau attaqué mais parvient, grâce à une manœuvre habile, à prendre l'avantage et son mitrailleur, le lieutenant M. de Crombrugghe de Looringe, abat le Rumpler dans les environs de Gits. Fernand Jacquet remporte sa septième victoire le . Il termine la guerre avec sept victoires homologuées et neuf probables. Il a été engagé dans aériens durant le conflit lors de .
Après-guerre