Muhammad Zia-ul-Haq (en ) est un militaire et homme d'État pakistanais, né le à Jalandhar en Inde britannique et mort le à Bahawalpur. En tant que chef de l'armée, il est l'instigateur d'un coup d’État contre le pouvoir civil et dirige le pays de manière autoritaire de 1977 jusqu'à sa mort.

Nommé le chef de l'armée pakistanaise par le Premier ministre Zulfikar Ali Bhutto, Zia-ul-Haq renverse ce dernier lors d'un putsch le . Il met un terme à la politique socialiste de son prédécesseur, qui sera pendu en 1979. Zia-ul-Haq est officiellement président de la république du , sans jamais avoir été élu, jusqu'à sa mort en 1988 dans le crash de son avion, un « sabotage probable ».

La Constitution a été suspendue durant près de sept des onze années qu'il a passées au pouvoir, de sorte qu'il est généralement considéré comme un dictateur. Il est par ailleurs le dirigeant pakistanais à la plus forte longévité. Au pouvoir, Zia-ul-Haq islamise en profondeur la société en s'inspirant de la charia, tout en réprimant violemment ses opposants.

Allié des États-Unis, Zia soutient avec Ronald Reagan les moudjahidines contre l'intervention soviétique en Afghanistan et remporte un succès sur le terrain. Bien que le processus démocratique reprenne après sa mort, il laisse une marque importante sur l'histoire du Pakistan, ayant durablement accru la mainmise de l'armée sur les affaires politiques.

Jeunesse et éducation

Muhammad Zia-ul-Haq est né le à Jalandhar dans l'est de la province du Pendjab, alors situé dans le Raj britannique sous domination coloniale. Il est originaire d'une famille musulmane de la classe moyenne. Professeur d'école, son père Mohammad Akbar est pieux et éduque son fils dans les traditions islamiques.

Après avoir terminé son éducation secondaire dans un lycée de Shimla, Zia-ul-Haq fait ses études au collège Saint-Étienne de l'université de Delhi où il obtient un Honours degree. Il y est notamment remarqué pour sa dévotion religieuse alors qu'il offre des prières à ses camarades.

En 1950, Zia-ul-Haq épouse Shafiq Zia (1931-1996). Le couple aura cinq enfants : deux garçons, Anwar-ul-Haq (né en 1950) et Mohammed Ijaz-ul-Haq (né en 1953), ainsi que trois filles, Zian née en 1972, Rubina et Quratulain. Ijaz-ul-Haq entamera une carrière politique et sera ministre dès 1990.

Carrière militaire Ascension Zia-ul-Haq commence sa carrière militaire sous le Raj britannique. Il reçoit sa première affectation le auprès de l'armée indienne britannique, au sein du de cavalerie. Dans le contexte de la Seconde Guerre mondiale, il est envoyé au front en Birmanie, Malaisie et Indonésie, notamment dans le cadre de la campagne de Birmanie. Après la partition des Indes en 1947, il rejoint le Pakistan et sa famille doit quitter sa ville natale, qui se retrouve en Inde, pour se réfugier au Pendjab pakistanais. Il intègre immédiatement la nouvelle armée pakistanaise avec le rang de major, et continue sa formation d'officier à Quetta.

En 1962, il gagne les États-Unis dans le but de poursuivre sa formation au sein du Command and General Staff College à Fort Leavenworth, qu'il complète en 1964. Au cours de sa carrière, il commande plusieurs unités : neuf brigades motorisées, une division de blindés et deux corps de l'armée. Lors de la deuxième guerre indo-pakistanaise de 1965, il est assistant quartier-maitre de la d’infanterie. Entre 1967 et 1970, il est conseiller auprès de l'armée royale jordanienne, notamment dans le cadre de Septembre noir où il aide à lutter contre une tentative de renversement du pouvoir royal. Il sera notamment décoré en récompense par le roi Hussein. Il participe aussi à la guerre de 1971 au Pakistan oriental. En 1975, il devient commandant du corps d'armée de Multan, sa position la plus élevée avant de devenir chef de l'armée. C'est à cette occasion qu'il rencontre le Premier ministre Zulfikar Ali Bhutto et lui témoigne de sa loyauté.

Chef de l'armée

Tikka Khan, le chef de l'armée nommé par Zulfikar Ali Bhutto et qui lui était resté fidèle, prend sa retraite définitive en . Le Premier ministre est conscient de l'importance de son choix, tant l'armée dispose d'un pouvoir politique important depuis les années 1950. Au pouvoir, Ali Bhutto a d'ailleurs réussi à imposer son autorité sur l'armée comme aucun dirigeant civil avant lui, en reprenant en main les dossiers stratégiques nucléaire et diplomatique notamment.

Le , Ali Bhutto nomme Zia-ul-Haq chef de l'armée en ignorant le rang supérieur et l'ancienneté de nombreux officiers, puisqu'il est même le plus jeune lieutenant général. En procédant ainsi, Ali Bhutto espère obtenir sa fidélité, convaincu par sa piété, la loyauté qu'il lui a témoignée et son dévouement au pouvoir pakistanais. Il pense également percevoir chez lui une faible politisation et une ambition modérée. Zia-ul-Haq était le second choix de Bhutto, mais son premier s'est retrouvé impliqué dans un scandale qui a conduit à son exclusion. Le militaire a notamment réussi à convaincre Bhutto de sa fidélité après l'avoir rencontré à Multan, où il lui a juré la loyauté des forces armées.

Au poste de chef de l'armée, Zia-ul-Haq se rapproche des milieux islamistes et notamment de la Jamaat-e-Islami. Il distribue notamment un livre de son fondateur Maududi à des officiers et cherche à l'inclure au sein des programmes de formation militaire.

Au pouvoir Coup d’État

À la suite des élections législatives du , Zulfikar Ali Bhutto est largement accusé de fraudes électorales qui provoquent une crise politique. L'opposition hétéroclite mène alors un mouvement de protestations et les islamistes de la Jamaat-e-Islami sont particulièrement mobilisés. Le pouvoir choisit dans un premier temps la répression, et décrète la loi martiale le . Zia-ul-Haq soutient d'abord le pouvoir civil, mais ce dernier se retrouve de plus en plus isolé, notamment quand la justice annule la loi martiale le . Le , des négociations entre Bhutto et l'opposition aboutissent à un accord pour de nouvelles élections en octobre mais les modalités du scrutin restent source de litiges.

Muhammad Zia-ul-Haq mène son coup d’État dans la nuit du 4 au , sous le nom de code « opération fair play ». Il prend sa décision après avoir consulté les commandants des onze corps d'armée et s'être assuré de leur loyauté. Il fait notamment arrêter des personnalités politiques du pouvoir comme de l'opposition, dont le Premier ministre Bhutto. La loi martiale est de nouveau instaurée et la Constitution suspendue. Alors que le putsch est mené sans violence, le général Zia se pose alors comme arbitre et seul à même de résoudre la crise politique, dénonçant l’incompétence des hommes politiques dans leur ensemble. Il déclare même lors d'une allocution télévisée le que « l'unité de ce pays peut être maintenue par les forces armées, non par des hommes politiques ». Il prend le titre de « chef de l'administration de la loi martiale » (), ce qui le place à la tête du pouvoir exécutif. Il n'affiche alors aucune ambition politique claire et promet même des élections sous trois mois.

Zia fait cependant rapidement libérer Ali Bhutto, espérant qu'il sera défait lors des élections. Toutefois, le meneur du PPP se lance immédiatement dans une tournée de campagne et réunit des foules importantes en critiquant le pouvoir militaire et dénonçant la trahison de Zia-ul-Haq. Le , il est de nouveau arrêté par les militaires, sous le coup de l'accusation d'un meurtre remontant à 1974 et d'une enquête sur les fraudes électorales de 1977. Zia déclare de plus qu'un nouveau scrutin ne pourra être tenu avant que la justice ne se soit prononcée sur les charges criminelles pesant sur Bhutto, mettant un terme à la transition politique promise. Il sera condamné à mort puis pendu le , Zia-ul-Haq refusant d'exercer son droit de grâce, malgré de nombreux appels internationaux en ce sens, notamment de la part des États-Unis, de la France et de l'URSS...

Président de la République Politique intérieure et présidentialisation

Au pouvoir, Zia-ul-Haq va davantage militariser le pouvoir que son prédécesseur putschiste, Ayub Khan. La loi martiale sera en effet en application jusqu'en 1985 et il administre le pays en plaçant des généraux à la tête des provinces. Un conseil exécutif de cinq personnes est mis en place en guise de gouvernement, composé de trois militaires et deux civils, dont Ghulam Ishaq Khan. Une autre instance est créée en pour contrôler les administrations publiques, avec là aussi des militaires et civils dévoués à Zia. Il met toutefois en place en un gouvernement composé d'hommes politiques, dont certains issus de partis de l'ancienne opposition à Bhutto, comme la Ligue musulmane du Pakistan (F).

Zia-ul-Haq s'autoproclame président de la république le mais n'organise un plébiscite que bien plus tard, le , dans le but de lui donner un début de légitimité démocratique. Ce plébiscite est boycotté par l'opposition et les observateurs doutent des résultats officiels : 98 % d'approbation avec 62 % de participation. La question posée à la population portait sur la politique d'islamisation mais Zia considère que le vote lui attribue à compter de cette date un mandat de cinq ans à la tête du pays.

Le , Zia-ul-Haq organise des élections législatives interdites aux partis politiques et celles-ci, de nouveau boycottées par l'opposition, sont surtout remportées par des grands propriétaires terriens ainsi que des chefs tribaux ou religieux. Peu après, Zia restaure en la Constitution de 1973 tout en y ajoutant d'importants pouvoirs pour le président : dissolution de l'Assemblée nationale, démise du gouvernement et nomination des hauts postes.

Le , Zia nomme Muhammad Khan Junejo Premier ministre. Les deux hommes vont cependant entrer en conflit, Junejo cherchant notamment à réduire la répression et le budget de l'armée. Ils deviennent irréconciliables après l'explosion d'Ojhri du pour laquelle Junejo tente de diligenter une enquête et surtout après les accords de Genève signés par le gouvernement le sans l'approbation de Zia. De plus, les députés demandent à Zia de cesser de cumuler son poste de président avec celui de chef de l'armée. En réaction, Zia démet le gouvernement qu'il accuse de corruption et dissout toutes les assemblées le , peu de temps avant sa mort.

Islamisation

Alors que le système pakistanais était jusqu'ici resté modérément religieux, les références à l'islam étant surtout symboliques, Zia-ul-Haq entend islamiser en profondeur la société. En mal de légitimité démocratique et opportuniste, il cherche ainsi à s’attribuer une légitimité religieuse, lui-même étant par ailleurs profondément pieux et proche des deobandis. Dès le , il met en place les ordonnances Hudood, six textes visant à intégrer le droit pénal musulman dans le droit positif, en s'inspirant de la charia. Les relations hors-mariages sont interdites et peuvent conduire à la flagellation, l'adultère à la lapidation et le vol à l'amputation. L'alcool est interdit pour les musulmans et des juridictions religieuses sont mises en place. En 1986, il promulgue la loi sur le blasphème qui proscrit notamment toute critique de Mahomet ou du Coran. Toutefois, ces textes seront peu appliqués et les peines les plus lourdes jamais exécutées, hormis la flagellation.