alt=|vignette|Logotype du Parti communiste français des années 1970 à 1990.
L'histoire du Parti communiste français débute en 1920 lorsque la fraction majoritaire de la SFIO au congrès de Tours fonde la Section française de l'Internationale communiste (SFIC). Devenu le Parti communiste français en 1943, le parti connaît son maximum d'influence au lendemain de la Seconde Guerre mondiale. Il décline fortement à partir des années 1980.
1920-1939 : du congrès de Tours à la Seconde Guerre mondiale 1920 : création lors du congrès de Tours
gauche|vignette|redresse|Vue générale de la salle au Congrès de Tours, décembre 1920. La grande banderole « Prolétaires de tous les pays, unissez-vous ! » est déployée sous la bannière « L'émancipation des travailleurs sera l'œuvre des travailleurs eux-mêmes » et deux portraits de Jean Jaurès. Agence Meurisse, Paris, BnF, département des estampes et de la photographie.
Le parti est créé sous le nom de Section française de l'Internationale communiste (SFIC), et sous la forme d'une scission de la SFIO. Il naît du traumatisme de la Première Guerre mondiale et de l'échec du modèle français du socialisme et du syndicalisme (socialisme influencé par la « synthèse jaurésienne », démocratique et parlementariste en même temps qu'anticapitaliste, et syndicalisme révolutionnaire ou d'« action directe »). La génération des jeunes militants qui ont vécu les combats perçoivent comme une trahison la participation de la SFIO à l'effort de guerre (Raymond Lefebvre (écrivain) au Congrès de la SFIO de Strasbourg en 1920).. Si la révolution russe d'octobre 1917 n'est pas immédiatement perçue comme par le mouvement ouvrier français, l'échec des socialistes aux législatives de 1919 et de la grève générale préparée par la CGT préparent le terrain d'un renouveau politique..
En 1920, au congrès à Tours, une majorité des militants socialistes de la SFIO, emmenés par Fernand Loriot, Charles Rappoport et Boris SouvarineJulien Chuzeville, Un court moment révolutionnaire : La création du parti communiste en France (1915-1924), Libertalia, 2017. Chapitre 4 : La scission., décident de s'affilier à la Troisième Internationale, fondée en 1919 à la suite de la révolution d'Octobre. La motion d'adhésion, émanant du Comité de la Troisième internationale et des autour de Marcel Cachin et Ludovic-Oscar Frossard, l'emporte sur les motions d' (déposée par Jean Longuet et ses partisans) et , refusant l'adhésion (déposée par Léon Blum et son Comité de Résistance socialiste). Le Congrès est marqué par des : le "coup de pistolet Zinoviev", un télégramme des bolcheviks qui entend imposer l'exclusion de Longuet et de ses partisans, et une intervention théâtrale de Clara Zetkin pendant le discours de Frossard sur les réserves des socialistes à l'égard des exigences bolcheviks. Celles-ci sont en effet très lourdes : les 21 conditions de Lénine imposent le centralisme démocratique, la rupture complète avec les réformistes, la formation d'un organe clandestin, l'épuration des dissidents et des … Cependant elles ne sont pas immédiatement prises au sérieux par les partisans de l'adhésion à la Troisième internationale, convaincus qu'elles resteront lettre morteSerge Berstein et Pierre Milza, Histoire du .. Le Parti communiste français, qu'on appelle alors Section française de l'Internationale communiste (SFIC) est ainsi créé« Komintern », « Internationale communiste » et « Troisième Internationale » sont des synonymes : Komintern est l'abréviation russe d'« Internationale communiste », qui désigne la « Troisième Internationale »..
vignette|redresse| congrès du PC à Marseille, décembre 1921. De gauche à droite : Charles Rappoport, Daniel Renoult, Ludovic-Oscar Frossard et Marcel Cachin. Agence Meurisse, Paris, BnF, département des estampes et de la photographie.
Il est estimé à le nombre d'adhérents qui avaient rejoint le nouveau parti, alors que la SFIO n'en comptait plus que , tout en conservant néanmoins la majorité de ses députés et de ses élus locaux. La scission au sein de la SFIO devait entraîner un an plus tard une scission du syndicat CGT, mais cette fois, les partisans de l'Internationale communiste qui fondèrent la CGTU étaient minoritaires.
La SFIC milite pour la libération des soldats mutins de 1917, dont plusieurs milliers, outre les fusillés, avaient été envoyés dans des camps de travail par le gouvernement de Raymond Poincaré..
En , Ludovic-Oscar Frossard (le secrétaire général du Parti) démissionne, à la suite de la politique de front unique imposée par le Komintern, qu'il désapprouve, et le refus d'une codirection avec la gauche.
En 1924, l'emprise de Grigori Zinoviev sur l'IC et la bolchévisation se traduisent par l'exclusion de dirigeants historiques situés à la gauche du parti, comme Boris Souvarine, Pierre Monatte et Alfred Rosmer, et par une conduite caporaliste du parti français par Albert Treint et Suzanne Girault jusqu'en 1926. La SFIC se proclame alors comme bolchevique et léniniste, s'engage à construire un parti qui peut utiliser des moyens légaux, mais qui doit également se doter d'un appareil clandestin et ne doit pas exclure l'action illégale. Le parti constitué devait être discipliné voire militarisé, suivant les règles étroites du centralisme démocratique : les minoritaires doivent suivre la ligne décidée majoritairement, et n'ont pas le droit de s'organiser pour défendre leur tendance.
Après Albert Treint, secrétaire général de 1923 à 1926, Pierre Semard est le nouveau secrétaire général en titre de 1926 à 1929. Différents membres fondateurs, devenus oppositionnels, sont exclus ou quittent progressivement le parti : Fernand Loriot (1926), Amédée Dunois (1927), Albert Treint (1929). Le nombre d'adhérents chute à en 1926Julien Chuzeville, Un court moment révolutionnaire : La création du parti communiste en France (1915-1924), Libertalia, 2017, p. 484..
1920-1930 : premières années, « classe contre classe » vignette|gauche|Six candidats communistes aux élections législatives de 1928. De gauche à droite et de haut en bas : Jacques Duclos, Marcel Cachin, Henri Barbé, Jacques Doriot, Robert Alloyer et Maurice Thorez. En 1921, la SFIC devient le Parti communiste (SFIC), dont l’acronyme est PC-SFICL’Internationale Communiste, le Parti communiste et la question algérienne au début des années 20 Le PCF et la première guerre mondialeLe Parti communiste français sous la Troisième République (1920-1939). Évolution de ses effectifs Le Parti communiste et la colonisation au début des années 30Chronologie indicative de l’histoire du mouvement ouvrier français de 1914 à 1939, et qui ne doit pas être confondu avec le Parti communiste (PC), parti d’inspiration libertaire et anti-parlementariste créé en 1919, dissout en , duquel émergera le soviétisme-libertaire, et lié aux anarchistes soutenant la révolution russe« Le mouvement anarchiste en France 1917-1945 », par David Berry, maître de conférences au Department of Politics, History & International Relations à l’université de Loughborough (Royaume-Uni), édition commune des éditions Noir & Rouge et des éditions libertaires.
Les premières années du parti furent mouvementées et un tant soit peu confuses. C'était un parti révolutionnaire, « gauchiste », comme on dira couramment plus tard des groupes d'extrême gauche qui ont fleuri en mai 68. L'action antimilitariste se développa auprès des jeunes, dans les casernes, à l'occasion de l'occupation de la Ruhr en 1923 par les troupes françaises et de la guerre du Rif, au Maroc, en 1925.
Lors des élections législatives de 1924, le PC obtient 9,8 % des voix et 26 sièges, soit beaucoup moins que la SFIO. Mais sous la direction de la fraction de gauche (Treint-Girault), la priorité est donnée aux grèves générales et aux actions révolutionnaires plutôt qu'aux élections. Au Parlement français, les premiers députés élus du PC s'opposent à la coalition du Cartel des gauches, formée par la SFIO et le Parti radical, qui gouverne entre 1924 et 1926.
En Union soviétique, en 1927, Staline évince ses rivaux, Zinoviev, Kamenev et Trotski qui participent à la direction collégiale depuis la mort de Lénine, en 1924. L'IC (Internationale communiste) impose une politique dure et sectaire, dite « classe contre classe », qui consiste notamment à refuser toute alliance avec les socialistes, et elle pousse en avant les JC (Jeunesses communistes, alors dirigées par Doriot, également député de Saint-Denis) pour mettre en œuvre cette ligne ultra sectaire. Des exclus forment des organisations communistes dissidentes, anti-staliniennesLe Cercle communiste démocratique, la Ligue communiste, l'Union communiste, entre autres..
Henri Barbé devient secrétaire du Parti, après Pierre Semard. La SFIO est attaquée au même titre que les partis bourgeois. Aux élections de 1928, le PC-SFIC obtient 11 % des voix, mais, en raison de son isolement, ne compte que 14 élus contre 25 sortants. Jacques Duclos, vainqueur de Léon Blum dans le de Paris, est l'un des 14 rescapés.
Avec Jacques Duclos, Benoît Frachon et Maurice Thorez sont des hommes qui montent et qui prennent de plus en plus d'importance au sein du Parti. Comme Duclos, Maurice Thorez est passé dans la clandestinité à la suite d'actions antimilitaristes. Il a déjà effectué plusieurs séjours à Moscou. Entré au Bureau politique (BP) en 1926, il assure la fonction de secrétaire à l'organisation. En 1929, à 36 ans, Benoît Frachon devient le doyen du secrétariat, aux côtés des 2 dirigeants des JC, Henri Barbé et Pierre Celor, tous deux âgés de 27 ans, et de Thorez, 29 ans.
Au début des années 1920 est créé au sein du parti le Comité d’études coloniales (CEC), transformé au milieu de la décennie en Comité colonial (CC) ; il est chargé d'animer son activité anticoloniale. Nguyễn Ái Quốc y joue un rôle à ses débuts. Après s'être opposé à la guerre du Rif, l'activité anticoloniale du PC décroit cependant rapidementMarangé, Céline. « Le Komintern, le Parti communiste français et la cause de l’indépendance algérienne (1926-1930) », Vingtième Siècle. Revue d'histoire, vol. 131, no. 3, 2016, p. 53-70., notamment sous le Front populaire et la politique de « nationalisation » du PC menée sous la direction de Thorez. L'antifascisme devient la priorité.
1930-1934 : début de la direction de Maurice Thorez vignette|redresse|Maurice Thorez, secrétaire général du PC-SFIC et député de la Seine (photo prise en 1932). En 1931, Charles Tillon, membre du bureau confédéral de la CGTU, effectue son premier et d'ailleurs unique voyage à Moscou. Il y sera reçu par les dirigeants de l'Internationale, Manouïlsky et Piatnisky. Manouïlsky est une vieille connaissance du Parti. Lénine l'avait envoyé clandestinement en mission en France en 1921, et il put intervenir au congrès de Paris, faisant une profonde impression sur tous les délégués. Depuis, c'est lui qui suit le PC-SFIC pour l'Internationale, dont il deviendra le principal dirigeant jusqu'en 1934. Manouïlsky éprouvait des doutes sur le bien-fondé de la ligne ultragauchiste et s'apprêtait à débarquer Barbé et Celor, les jeunes dirigeants propulsés à la tête du Parti pour appliquer la ligne « classe contre classe ».